Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=628474

( 628474 )
Super : "Comment j'ai pourri le web" par Michel (2012-03-22 02:50:50)
Transmis par France catholique sur Facebook...
Très important et très amusant.
Voici sa conclusion (mais faut lire tout l'article
http://www.laviemoderne.net/lames-de-fond/009-comment-j-ai-pourri-le-web.html ) :
"On recommande aux professeurs d'initier les élèves aux NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). Je crois que j'ai fait mon travail et que la conclusion s'impose d'elle-même :
les élèves au lycée n'ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres. Leur servitude à l'égard d'internet va même à l'encontre de l'autonomie de pensée et de la culture personnelle que l'école est supposée leur donner. En voulant faire entrer le numérique à l'école, on oublie qu'il y est déjà entré depuis longtemps et que, sous sa forme sauvage, il creuse la tombe de l'école républicaine.
Je crois qu'avec cette expérience pédagogique j'ai d'abord démontré aux élèves que les professeurs peuvent maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu'eux, voire mieux qu'eux. J'ai ensuite montré que tout contenu publié sur le web n'est pas nécessairement un contenu validé, ou qu'il peut être validé pour de basses raisons qui relèvent de l'imposture intellectuelle. Et enfin je leur ai démontré que, davantage que la paresse, c'est un manque cruel de confiance en eux qui les pousse à recopier ce qu'ils trouvent ailleurs, et qu'en endossant les pensées des autres ils se mettent à ne plus exister par eux-mêmes et à disparaître.
Ai-je réussi ? Ce serait à mes élèves de le dire. Une chose est sûre : cette expérience a, je pense, marqué mes élèves et me vaut aujourd'hui une belle réputation dans mon lycée.
Pour ma part je ne crois pas du tout à une moralisation possible du numérique à l'école.
Et je défends ce paradoxe : on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui."

( 628485 )
Oui, mais là, il y a de l'abus par Emmanuel (2012-03-22 09:14:51)
[en réponse à 628474]
Le gars qui a organisé cela (mais cela parait beaucoup de boulot -plus d'un an de travail !- pour un petit résultat) est un peu tordu. En fait, il crée divers ressources plus ou moins concordantes. Or une des pistes de crédibilité, ce sont les sources diverses et concordantes. Ce qui est le cas.
Si, à l'aide des éditeurs en ligne, tel LULU.com, il avait aussi édité et réédité des ouvrages littéraires falsifiés (c'est un peu plus cher, mais pas beaucoup plus de travail) et qu'il les avait mis dans le CDI de son lycée, il aurait obtenu le même résultat en faisant faire le travail de recherche et de rédaction à ces élèves dans le CDI !
Les deux problèmes fondamentaux d'internet à côté desquels ce prof passe à côté, ce sont :
- la recherche hyper facilité ce qui n'apprend plus aux enfants à faire "l'effort" de recherche (et le plaisir que peut procurer cet effort)
- l'esprit de zapping qui apprend à compiler différentes sources et cela au dépend de l'esprit d'analyse. La disparition de cette capacité d'analyse fait que même les compilations d'informations ramassées sur le web sont mal faites et parfois avec de gros contresens.

( 628492 )
Je suis d'accord, d'autant plus que... par Michel (2012-03-22 10:40:38)
[en réponse à 628485]
"Tu ne portera pas de faux témoignage."
Et cela a des effets enquiquinants : sur wikipedia, ils étaient déjà des ayatollahs (sic, quelques intervenants se définissent comme tels) du "sourçage" (indiquer les sources).
Or il n'est pas possible d'indiquer à chaque demi-phrase où se trouve l'info : les infos d'une page peuvent être éparses dans les divers livres indiqués comme source en bibliographie.
De même, un contributeur vraiment spécialiste de son domaine peut avoir des informations absolument certaines sur son domaine, mais dont il n'existe pas de source "admissible" (ah oui parce qu'en plus il faut des sources "secondaires", et il y a beaucoup d'autres exigences, à tel point qu'ils peuvent supprimer source après source et finalement supprimer l'info. Par exemple, il veulent qu'un historien récent, d'après 1970, ait repris l'info, pour avoir un regard vraiment critique : or après 1970 les universités sont monopolisées par des historiens athées).
Donc effectivement, un professeur est là pour transmettre la vérité.
Sinon, chacun, pour des motifs très louables, se met à raconter n'importe quoi, et la vérité est obscurcie.
Dans le cas présent, on n'est pas en doctorat, ni même en licence, on est dans le secondaire. On se fonde sur les documents disponibles, on n'est pas censé vérifier les infos des livres et encyclopédies. Cela, on ne le demande même pas en licence, c'est plutôt pour le doctorat !
Cela dit, certaines de ses remarques sont justes.
---
Effectivement, il aurait aussi bien pu aller falsifier les livres de la bibliothèque !
C'est d'ailleurs ce qu'avaient fait il y a 30 ans deux (? ...ou un ?) étudiants de ...Science-Po (? ...ou un truc équivalent). Ils avaient falsifié une carte d'un ouvrage, rajoutant un micro-état inventé de toutes pièces, nommé Sao Varga (ou Sao Darva, je ne sais plus) entre le Brésil et un de ses voisins, probablement l'Argentine. Et ils avaient fait tout un exposé sur ce micro-état, subsistance des réductions des Jésuites, dont la Constitution était telle que finalement c'était toujours les Jésuites qui avaient la majorité pour gouverner.
Et à l'époque, il n'y avait pas Internet dans le public, le prof n'a rien pu vérifier, a été très intéressé par ce truc dont il n'avait jamais entendu parler...

( 628577 )
Pas du tout! par Sic transit (2012-03-22 22:04:51)
[en réponse à 628492]
Il y a deux problèmes différents:
-utiliser une info sans discernement (il est inutile de donner le nom de la femme à qui le poème est destiné pour l'expliqur; surtout, rien n'indique que le nom cité dans la "biographie" soit celui de cette femme): ça c'est véniel;
-le travail de commentaire demandé est un exercice personnel, or beaucoup d'élèves sont allés acheter un travail tout fait(comme c'est de plus en plus fréquent, ce qui explique qu'on renonce souvent à donner ce type de devoir à la maison).
Là où c'est drôle, c'est que les sites à qui l'auteur avait laissé ce travail n'ont pas été capables d'évaluer la qualité du commentaire déposé: un régal à découvrir pour un prof de lettres, ou quelqu'un d'un peu cultivé, car truffé de contre-sens et autres inexactitudes!
Les tricheurs ne se sont pas posé de question!
Je suis sur le même forum professionnel que ce professeur, il a raconté cela hier, et aujourd'hui nous sommes tous consternés par les réactions négatives qui affluent!
Merci à Paterculus qui a bien analysé la situation.

( 628513 )
Ce professeur a eu bien raison ! par Paterculus (2012-03-22 12:44:42)
[en réponse à 628474]
Evidemment je ne sais s'il s'agit d'une parabole ou d'un fait réel.
Mais si c'est vrai, peut-on l'accuser de mensonge ? Je ne crois pas, pas plus qu'on peut accuser de vol celui qui, pour démontrer que les verrous des cartes bancaires étaient faibles, a fabriqué lui-même une fausse carte et a acheté avec un ticket de métro : ce faisant il a rendu service à la société, mais celle-ci l'a condamné !
Ce professeur n'a pas menti, il a juste prouvé que le web pouvait être menteur.
Et c'est là l'intérêt de sa démonstration : le web mis au service de Big Brother serait terrible.
Ainsi il a mis en garde ses élèves et leur a donné l'occasion de progresser.
Votre dévoué Paterculus

( 628530 )
Excellent exercice ! par Glycéra (2012-03-22 14:44:14)
[en réponse à 628474]
et ensuite, commentaire référencé de "Il n'y a pas de fumé sans feu ?"

( 628578 )
En avant-première! par Sic transit (2012-03-22 22:15:36)
[en réponse à 628474]
Pour vous faire une idée exacte, lundi prochain, à 20h, ce collègue sera en direct sur Europe1.
Tous à vos postes!