Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 628047 )Disputationes: le doyen de philosophie du Latran contre la « fausse théologie » par Beauceron (2012-03-18 19:24:46) 

Mgr. Antonio Livi, doyen émérite de la faculté de philosophie de l’Université Pontificale du Latran, ancien élève d’Etienne Gilson offre à Disputationes une réflexion sur les conséquences du débordement de la philosophie hégélienne en théologie. Sa familiarité avec la “philosophia perennis”, qu’il a longtemps enseignée, le rend l’un des épistémologues thomistes majeurs.

Il a récemment donné à la presse un texte qui dénonce les racines conceptuelles de l’actuel égarement doctrinal. Le problème est philosophique avant d’être théologique. Dans son dernier livre "Vera e falsa teologia, come distinguere la scienza della fede da un'equivoca filosofia religiosa" il dénonce la “théologie” de Teilhard de Chardin, Karl Rahner, Hans Küng e Klaus Hemmerle ; il montre qu’en tant que philosophe, il lui revient de déclarer “fausse” la théologie de celui qui est dans l’incohérence logique avec les principes philosophiques essentiels et il exprime un jugement sur les présupposés philosophiques qui minent toute tractation théologique, tout en laissant au seul Magistère la charge de se prononcer par une condamnation.

Disputationes Theologicae

images/icones/fleche2.gif  ( 628089 )Il faudra bien un jour remonter jusqu'à Kant. par Scrutator Sapientiæ (2012-03-18 22:01:16) 
[en réponse à 628047]

Bon dimanche et merci à Beauceron.

Il est question de remonter des effets, théologiques, néo-modernistes, que l'on déplore, aux causes, philosophiques, idéalistes, que l'on dénonce.

L'"après-première" de ces causes philosophiques réside en effet dans l'hégélianisme, et il est heureux que Mgr. Antonio LIVI rappelle l'incompatibilité entre la philosophie hégélienne et la théologie catholique.

Hegel

Hégélianisme

Et si l'on veut vraiment remonter du dernier des effets théologiques à la première des causes philosophiques, il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin, et il ne faut pas hésiter à passer de "l'après-première" à "la première" de ces causes, qui réside dans la philosophie kantienne.

Kant

Criticisme

Or, il faut le savoir,

- si davantage d'auteurs, au sein ou autour du plus haut niveau de responsabilité intellectuelle, à l'intérieur de l'Eglise catholique, veulent bien, dans le meilleur des cas, dénoncer l'hégélianisme, ne serait-ce qu'à cause de l'historicisme qui le caractérise,

- en revanche, bien moins nombreux sont ceux qui veulent bien dénoncer le kantisme, lequel, au contraire, a longtemps été considéré comme bien moins difficilement "compatibilisable" avec la théologie catholique que l'hégélianisme.

J'ai déjà eu l'occasion d'écrire quelques mots à ce sujet dans un texte que j'ai consacré, il y a déjà plusieurs mois, au 75 ° anniversaire de la naissance de la "nouvelle théologie", celle-ci étant apparue en tant que telle à peu près à partir de 1937.

Et je rappelle que, par exemple dans "Entrez dans l'Espérance", paru en 1994, Jean-Paul II commet, en page 67, ce qui ressemble fort à une manifestation de bienveillance indéfinie ou iréniste, à la limite du contresens, ou en tout cas du modalisme ; selon lui, il y aurait, d'une part, une manière biblique et thomiste, d'autre part, une manière éthique et kantienne, de procéder, de raisonner, de réfléchir, en ce qui concerne, globalement, les preuves de l'existence de Dieu, comme si le thomisme et le kantisme constituaient deux modes de réflexion également légitimes, également recevables, pour fonder en droit une théologie catholique.

Et quand on sait que c'est le "thomisme kantien", le "thomisme transcendantal", qui a le plus influencé la théologie fondamentale, au XX ° siècle, notamment en Allemagne, d'abord dans le quart de siècle qui a précédé le début du Concile, ensuite au moins jusqu'au milieu des années 1980, on se dit que s'il est nécessaire de ne pas s'arrêter en si bon chemin, il est également difficile de continuer en si dur chemin, quand on voit jusqu'à quel niveau, dans la hiérarchie ecclésiale, on s'est illusionné sur l'apparente moindre contradiction entre la philosophie kantienne et la théologie catholique.

Celle-ci, précisément, existe-t-elle encore en tant que telle ? L'expression "LA théologie catholique" a-t-elle encore tout son sens, en ces temps de surexposition des intelligences, non seulement au modalisme, mais aussi au pluralisme, que ce soit dans l'ordre du fondement des méthodes ou dans celui du déploiement des systèmes ?

A quelques mois du début de l'Année de la Foi, peut-être serons-nous bientôt témoins d'une tentative de réhabilitation, de relégitimation de LA théologie catholique, puisque nous avons récemment appris ceci, grâce au site Riposte Catholique :

"La Commission théologique internationale a publié (hier) un document intitulé « La théologie aujourd’hui. Perspectives, Principes and Critères ». Ce document comporte trois chapitres:

1) Ecouter la Parole de Dieu,

2) Demeurer dans la communion de l’Eglise,

3) Rendre compte de la vérité de Dieu.

Trois axes qui sont trop souvent oubliés par les théologiens contemporains, qui se croient dépositaires d’une sorte de magistère alternatif à l’authentique Magistère…"

Je vous remercie pour votre message et je vous souhaite une bonne fin de journée, ainsi qu'un bon début de semaine.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 628102 )test intéressant par jbbourgoin (2012-03-18 23:00:40) 
[en réponse à 628047]

Bonjour,

Merci pour ce lien. J'ai lu cet article lors de sa publication. Il est très intéressant, malheureusement il est un peu trop dense, il y a trop d'allusions. La traduction est également très approximative et ne facilite pas la lecture. Le texte original n'était sans doute pas facile à traduire.
images/icones/neutre.gif  ( 628174 )"Texte revu et approuvé par Mgr Livi". Mais les hégéliens restent incompréhensibles... par Beauceron (2012-03-19 12:05:32) 
[en réponse à 628102]

Le texte français a été « revu et approuvé » par Mgr Livi - qui maitrise très bien le français - donc le problème auquel vous faites allusion est surtout relatif à la prose hégélienne de Mgr Coda: ses écrits sont incompréhensibles même en italien, ce qui ne lui a pas empêché d’être un théologien très à la mode dans les facultés pontificales de Rome…

Le mérite (et le courage) de Mgr Livi est d’avoir dévoilé les aspects proche de l’hérésie dans des phrases inextricables ; je conviens cependant que la lecture de l’article demande beaucoup d’attention et une certaine connaissance du problème.
images/icones/neutre.gif  ( 628216 )à moitié d'accord par jbbourgoin (2012-03-19 17:32:01) 
[en réponse à 628174]

Certes, la prose de Coda est lourdingue, et il est vrai que les lourdeurs auxquelles je faisais référence sont principalement tirées de cette prose.

Mais voici une phrase prise au hasard dans le texte (c'est du Coda) :

« La phénoménologie d’E. Husserl et l’analyse existentielle de M. Heidegger – peut-être les deux plus grands enseignements de la philosophie allemande de la première moitié de notre siècle – lui arrivaient ainsi par l’intermédiaire et à la lumière de la foi chrétienne limpide de son “maître”, qui le reconnut bientôt comme son disciple le plus aigu et original »

La traduction est quand même lourdingue non ?

Mais voici un passage de Livi lui-même :

«Quant à sa méthodologie théologique personnelle, dans un de ses essais de 2006 Coda s’inscrit volontairement dans la méthode de cette « philosophie religieuse » moderne et contemporaine que j’ai dénoncée ailleurs comme la source de la pollution méthodologique de la théologie catholique du XIXème siècle»

Le phrasé est également un peu lourd non ?

Il est clair que le style Coda n'aide pas, mais je continue de penser que la traduction française n'est pas extraordinaire.

Cela dit, ce genre de texte n'est jamais facile à traduire.
images/icones/abbe2.gif  ( 628103 )On oublie d'en citer un... par Fatherjph (2012-03-18 23:28:12) 
[en réponse à 628047]

... Hans Urs von Balthasar
images/icones/neutre.gif  ( 628106 )une liste par jbbourgoin (2012-03-18 23:45:13) 
[en réponse à 628103]

C'est une liste pour le bûcher ?

Avant de proposer une personne à une liste de quasi hérétiques il serait bon d'exprimer les raisons de sa condamnation.
images/icones/fleche2.gif  ( 628257 )Il y a plus que des nuances entre ces théologiens. par Scrutator Sapientiæ (2012-03-19 23:19:01) 
[en réponse à 628106]

Bonsoir jbbourgoin,

Il n'y a rien de plus réducteur que de mettre, pour ainsi dire, tous les théologiens catholiques non thomistes du XX° siècle sur un bûcher, sur une même liste, ou bien encore, comme on dit, "dans le même sac", car il y a plus que des nuances entre eux, et eux mêmes en avaient bien conscience, d'où les divergences, pour aller vite, notamment entre les théologiens de la tendance Concilium et ceux de la tendance Communio.

Je souscris d'autant plus à votre remarque que vous la formulez en réponse à un message faisant allusion à l'appartenance supposée de Hans Urs von Balthasar à la même mouvance que celle qui est pointée du doigt à cause de sa soumission à une inspiration philosophique hégélienne.

HUV Balthasar est probablement le théologien catholique, plus "patristique" que "scolastique" le plus atypique de toute la deuxième moitié du XX° siècle ; sans doute doit-on déplorer certaines de ses prises de position, notamment sur l'enfer, mais je ne pense pas que l'on puisse lui reprocher d'avoir succombé au chant de sirènes hégéliennes.

Je formule deux regrets, diamétralement opposés, et néanmoins complémentaires :

1 - les théologiens néo-modernistes s'expriment souvent à partir de présupposés philosophiques "idéalistes" ou "herméneutistes" d'origine allemande, présupposés auxquels ils semblent souscrire comme on souscrit à des vérités d'Evangile ou d'évidence ; or, la validité de ces présupposés ne va pas de soi, et n'a pas à être mise en avant sous la forme d'un argument d'autorité historiciste :

- "depuis Kant puis Hegel, nous savons qu'il n'est plus possible de croire comme ceci ou comme cela" ;

- "depuis Husserl et Heidegger, nous savons que la révélation ne signifie pas tant connaissance qu'une certitude que compréhension d'un dévoilement"...

2 - les détracteurs de ces théologiens, même quand ils ont raison sur le fond, ne nous disent pas toujours précisément en quoi le fait, pour ces auteurs, de faire reposer leur théologie sur une philosophie idéaliste, et non réaliste, peut être stérile, voire nuisible, pour la théologie, mais aussi, en définitive, pour la Foi elle-même.

Je pense ici au livre "Trente ans de théologie française", qui n'est certes pas un mauvais livre, mais qui m'a un peu laissé sur ma faim, dans la mesure où son auteur ne précise ou ne rappelle pas assez clairement en quoi le fait de prendre appui sur tel ou tel philosophe idéaliste allemand, pour faire de la théologie catholique, est vraiment problématique, alors que je crois par ailleurs que cette prise d'appui est bel et bien préoccupante à plusieurs titres.

Enfin, que retenir de ces alignements successifs de bon nombre de théologiens catholiques, au XX° siècle, d'abord sur Kant puis Hegel, ensuite sur Husserl puis Heidegger, enfin sur Lévinas ?

D'une part, ces théologiens se seraient peut-être mis à l'abri de certaines tentations, sous l'angle du mimétisme intellectuel, si leurs intentions avaient été beaucoup plus délibérément apologétiques.

D'autre part, on est en droit de se demander si le but de la manoeuvre n'a pas consisté, pour certains de ces auteurs, à donner des gages à leurs collègues philosophes non catholiques.

"Voyez, bien que théologiens catholiques, nous aussi nous sommes intelligents, ouverts sur la modernité, au point de nous mettre aux mêmes auteurs, aux mêmes idées que vous ; vous n'avez donc plus aucune raison, en tout cas, d'ordre intellectuel, de nous ringardiser ou de nous stigmatiser".

Je ne crois pas forcer le trait...

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 628258 )oui par jbbourgoin (2012-03-19 23:47:42) 
[en réponse à 628257]

Oui, vous avez parfaitement raison. Au sujet des théologiens non thomistes du XXe, au sujet de Balthasar, au sujet de cet espèce de sentiment d'infériorité du théologien face au philosophie qui a bien souvent conduit ce dernier à perdre de vue quelle était l'autorité véritable qui devait guider ses pensées.

Nous sommes d'accord sur Balthasar. Le principal problème de sa pensée c'est cette théorie de l'enfer vide qui nait des expériences mystiques d'Adrienne von Speyr. Mais en faire un hégélien est presque comique !

Avez-vous lu "la Vérité Captive" de Maxence Caron ? C'est sans doute l'anti-hégélien catholique qui connait le mieux Hegel (son ouvrage collectif sur Hegel est une référence mondiale). Bon, personnellement, si le fond est intéressant son style m'a un peu déçu. C'est très brillant, mais ça devient vite très répétitif et pesant. La manière extrêmement violente avec laquelle il attaque ses adversaires philosophe est d'abord amusante et finit par déranger un peu. Cela dit, l'ouvrage est intéressant et audacieux, ce qui n'est pas courant, dans le domaine de la pensée catholique contemporaine.