Les modalités d'élection du patriarche de l'Eglise copte orthodoxe
Le règlement actuellement en vigueur, promulgué en 1957, fixe les conditions d'éligibilité des candidats, les modalités de constitution du collège électoral puis des étapes du processus électoral et du tirage au sort final. Toutefois, plusieurs objections ont été formulées à l'encontre de ce règlement, tant au sujet du premier point que du second. En outre, le fait qu'il existe un tel règlement n'implique pas qu'il sera suivi lors des prochaines élections. Il ne l'avait été lors des deux précédentes qu'après de longues discussions (avant l'élection de Kirillus VI) et moyennant quelques entorses (dans les deux cas).
Les conditions de candidature au trône patriarcal sont les suivantes: il faut être un moine, âgé de quarante ans au moins, et avoir servi au minimum quinze ans dans un monastère. Après débats, le Saint Synode a admis que les évêques diocésains ne pouvaient être candidats puisqu'ils avaient été consacrés à vie, mais certains souhaitent que la clause restreignant aux moines la possibilité de se présenter soit levée. Plusieurs acteurs du courant des «laïcs», actifs depuis la fin des années 1980, critiques de la politique chénoudienne, promoteurs de projets de réforme de l'Eglise, soutiennent l'idée d'une élection du patriarche par l'ensemble des coptes. Idée qui, d'après d'autres protagonistes de la scène copte, révèle une profonde mécompréhension du sens de la fonction patriarcale.
Le Saint Synode et le Conseil communautaire doivent se réunir dans un délai de sept jours après que le siège patriarcal soit devenu vacant afin de choisir un caïmacan ("faisant fonction", mot dérivé du turc qui l'emprunta à l'arabe: qâ'im, participe présent de "se tenir", et maqâm, "lieu"), dont la nomination sera entérinée par un décret présidentiel et qui se chargera de la gestion des affaires de l'Eglise jusqu'au sacrement du nouveau patriarche.
La seconde étape consiste dans la formation du comité qui établit la liste des candidats. Ce comité, présidé par le caïmacan, comprend dix-huit membres élus par le Saint Synode, pour moitié des évêques et des archevêques, pour moitié des membres du Conseil général de la communauté, et doit être formé au plus tard un mois après la vacance du siège patriarcal (sauf ajournement dans le cas où le quorum des deux tiers de chacun des deux éléments composant le comité n'est pas atteint).
Lors d'une troisième étape, les candidatures, déposées dans les deux mois suivant la vacance du siège patriarcal, sont examinées par ce comité quinze jours après expiration du délai de leur présentation. Le comité dresse la liste des candidatures jugées recevables, la rend publique et la soumet de la sorte aux réclamations éventuelles de tout électeur. Il élabore ensuite et publie la liste définitive des candidats (cinq à sept).
Dans un quatrième temps, un comité de trois membres du clergé et deux membres du Conseil communautaire, choisis par le caïmacan, enregistre les noms des quelques centaines de personnes qui formeront le collège électoral. Les électeurs doivent satisfaire à plusieurs exigences relatives à leur âge (35 ans au moment de la vacance du siège patriarcal), leurs revenus et/ou leur profession, leur moralité, leur niveau d'étude, et sont répertoriés en 8 catégories (3 pour les membres du clergé, 5 pour les laïcs). Ce collège sélectionne ensuite par voie élective trois noms parmi ceux dont la candidature avait été retenue.
Enfin, sixième et dernière étape, ces trois noms sont soumis à un tirage au sort. Un jeune enfant dont la main, présumée innocente, transmet, en quelque sorte, la volonté divine, saisit l'un des papiers portant, chacun, le nom de l'un des candidats. La tradition de l'Eglise veut qu'un bulletin blanc soit ajouté aux trois autres. Si le tirage au sort portait sur ce bulletin blanc, cela serait interprété comme l'expression divine du refus des trois candidats sélectionnés par les électeurs et le tirage au sort devrait, dans cas, être effectué à nouveau entre les noms des trois candidats suivants.