1. Il est licite de « suspendre son assentiment ». C'est le choix de la Fraternité.
Ce point est exact : ce n'est pas parce que l'Église enseigne quelque chose sans exercer son privilège de l'infaillibilité, que les fidèles doivent considérer cet enseignement pour peu de chose ! Les âmes doivent recevoir cet enseignement comme certainement vrai, mais pas d'une certitude absolue : d'une certitude seulement conditionnée, en ce sens que l'on doit adhérer à cet enseignement « à la condition que l'Église ne décrète pas quelque chose d'autre, avec une autorité égale ou même supérieure », selon Joachim Salaverri (10).
Or, si l'on suit Mgr Ocariz – et c'est sur ce point qu'il ne dit pas tout ce qu'il faudrait dire –, on doit dans tous les cas adhérer à cet enseignement et le considérer comme vrai. Selon lui, lorsque ces points enseignés de façon non infaillible semblent causer des difficultés quant à leur continuité avec la Tradition, il convient de « repousser » toute tentative d'interprétation qui reviendrait à une incompatibilité avec la Tradition.
Suivez mon regard : si, par exemple, Vatican II enseigne que tout homme a droit à la liberté de culte, quelle que soit sa religion (même si c'est l'islam), alors les catholiques, même s'ils ne sont pas tenus d'y croire de foi divine (ouf !), et même si cet enseignement leur paraît inconciliable avec les enseignements de Pie IX, de Léon XIII ou de Pie XII, ces catholiques, donc, doivent repousser toute tentation intérieure de juger cette théorie de la liberté religieuse comme fausse. Dès lors que Rome, interprète « authentique » du Concile, a interprété ces passages comme conformes à la Tradition, alors il convient de chasser toute idée contraire.
Or, puisque la liberté religieuse, que revendique l’homme dans l’accomplissement de son devoir de rendre un culte à Dieu, concerne l’exemption de contrainte dans la société civile, elle ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle au sujet du devoir moral de l’homme et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ. En outre, en traitant de cette liberté religieuse, le saint Concile entend développer la doctrine des Souverains Pontifes les plus récents sur les droits inviolables de la personne humaine et l’ordre juridique de la société.
Mgr Ocariz semble déranger, dans la Fraternité, l'influence de l'Opus Dei, des querelles lors des discussions doctrinales?
Une volonté d'avoir plus d'influence que l'Opus Dei dans l'Eglise?
Des intérêts humains?
Une guerre d'influence?
Est ce pour cela que l'on fait monter l'Abbé Toulza au créneau?
Un des problèmes dans tout cela, est que si l'on peut suspendre son adhésion au concile en conscience, l'on ne peut forcer les autres à suspendre la leur... Et jusqu'à preuve du contraire...
Et jusqu'à preuve du contraire, le pape reste la seule autorité compétente en la matière
– les intentions (présumées) des uns et des autres (que Dieu seul connaît en toute certitude).
En effet, l’enseignement de Vatican II sur la liberté religieuse comme droit civil n’est sûrement pas de nature dogmatique. Cependant, il s’agit du Magistère solennel d’un concile œcuménique et, à ce titre, il doit être accepté par les fidèles avec une obéissance religieuse (pas moins, voire même plus que les condamnations de Pie IX en son temps). En tout cas, il ne peut constituer une raison de justification d’une division de l’Eglise. De plus, la position des traditionalistes ne se limite pas à affirmer qu’on peut critiquer cet enseignement, mais il va jusqu’à affirmer que cet enseignement est hérétique et que l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise de Jésus-Christ. C’est pourquoi l’argumentation du Père Gaudron passe aussi à côté du problème lorsqu’il écrit : « Il doit donc être permis au sein même de l’Eglise de critiquer un enseignement qui contredit l’ensemble des déclarations précédentes de l’Eglise et d’y opposer des objections importantes aussi d’un pont de vue juridique et politique. Il s’agit ici du droit d’avoir un avis différent… » Je considère cette déclaration comme malhonnête, car le problème n’est pas que les membres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X « critiquent » l’enseignement conciliaire, mais bien qu’ils prétendent que la conception traditionnelle de l’Etat et des relations entre l’Etat et l’Eglise – en particulier la vision selon laquelle l’Etat a le devoir de promouvoir la religion catholique et dans la mesure du possible d’entraver l’expansion d’autres religions par des moyens coercitifs tout comme par la condamnation afférente d’un droit civil à la liberté de religion et de culte – soit un élément constitutif de la doctrine de la foi catholique, de sorte qu’en refusant cette conception le Christ a été « détrôné » et l’Eglise trahie. Face à une telle conception, le principe libéral de la liberté religieuse fait figure d’apostasie, l’Eglise de Vatican II n’est plus la véritable Eglise catholique et les ordinations épiscopales schismatiques de 1988 se trouvent en fin de compte justifiées[13].
"Si le problème se présentait sous cet angle, vous auriez probablement raison, n’en déplaise à l’abbé Toulza. La question est de savoir si, depuis Vatican II, l’autorité est toujours là où vous croyez la voir." (Vianney)
Non ce n’est pas du tout la question sur un plan historique. Vatican II reprend explicitement les prérogatives dogmatiquement définies à Vatican I pour le Souverain Pontife. Vous irez dans un mur en essayant d’établir une discontinuité, une rupture là où il n’y en a pas.
Un théologien de la Commission doctrinale, à qui, déjà durant la deuxième session, j’avais exprimé mon désappointement en face du minimalisme sur la collégialité papale, me répondit, pour me tranquilliser : “Nous l’exprimerons d’une façon diplomatique, mais, après le Concile, nous tirerons les conclusions implicites”.
Dans la question de la collégialité des évêques, les affaires vont mal également. Mgr Felici, Mgr Staffa et d’autres sont venus expliquer au Pape que les textes proposés sont en contradiction formelle avec les décisions de Vatican I et que les approuver consisterait à faire une hérésie, c’est-à-dire qu’en les approuvant le Pape se mettrait lui-même hors de l’Eglise. Qu’une aussi grave menace, même voilée, ait pu être faite auprès du Pape montre à quel point les passions sont déchaînées dans cette affaire. Cela revient pratiquement à menacer le Pape d’excommunication s’il se ralliait aux conclusions de la Commission et, semble-t-il, du Concile. (p. 446.)
Mgr Staffa a envoyé à tous les évêques du monde de longs articles de mise en garde. Au cours d’un voyage aux Etats-Unis, il était parvenu à obtenir du Cardinal Cushing l’engagement de présenter au nom de 70 Pères une demande de réouverture du débat. Il a encouragé également des théologiens du Latran à publier force notes et articles pour démontrer l’incompatibilité entre Collégialité et Primauté. Des théologiens dominicains du Saint-Office se multiplièrent dans le même sens. (p. 462-463.)