Le Forum Catholique
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( 625879 )
Un oubli réparé : LA phrase Pie XII que je préfère. par Scrutator Sapientiæ (2012-02-25 11:39:57)
Bonjour à tous,
J'aurais dû en parler le 26 octobre 2011, pour le 65° "anniversaire" de LA phrase de Pie XII que je préfère :
"Le péché de ce siècle est la perte du sens du péché."
Cette phrase a été prononcée dans le cadre du Radiomessage destiné au Congrès catéchétique national des Etats-Unis d’Amérique, réuni à Boston, le 26 octobre 1946 (Discorsi e Radiomessaggi, VIII (1946), 288).
Le corollaire de cette formulation, et de cette réalité, est à peu près le suivant :
"L'autre péché de ce siècle est la perte du sens de la grâce."
Et la combinaison de ces deux péchés n'est autre que
- la surnaturalisation de la nature,
et
- la naturalisation du surnaturel,
qui constituent le motif et le ressort de la crise du christianisme catholique,
- une première fois, au début du XX° siècle,
- une deuxième fois, à partir du milieu du XX° siècle,
une crise dont nous ne sommes toujours pas sortis, à l'heure actuelle.
Demain, ce sera le dimanche 26 février, quatre mois après le 65° "anniversaire" de cette phrase clairvoyante et prophétique (elle !).
Et ce sera aussi le premier dimanche de Carême, alors que cette phrase, et la prise de conscience qu'elle contribue à rendre possible, sont bien adaptées à ce moment de l'année liturgique.
Aussi, ai-je pensé qu'il n'était pas mauvais de la rappeler, à toutes fins utiles.
Bien entendu, si qui que ce soit dispose de la version intégrale du radio-message concerné, merci beaucoup pour tout envoi sur le FC.
Bonne journée à tous.
Scrutator.

( 625883 )
La naturalisation du surnaturel par Jean-Paul PARFU (2012-02-25 12:05:10)
[en réponse à 625879]
ou la surnaturalisation du naturel, c'est le problème de l'Eglise, mais aussi de toute la société occidentale depuis près de deux siècles.
Cette double confusion est liée à un affaissement, à une sécularisation du message chrétien. Il explique aujourd'hui d'ailleurs très concrètement que tout le grand Ouest français soit passé de la démocratie-chrétienne au socialisme rose pâle.
Le vote, les choix politiques, il ne faut pas s'y tromper, sont d'abord culturels et c'est au Mans, à Rennes à St Brieuc, à Nantes, à Tours ou à Poitiers que les socialistes font désormais leur meilleur score !
Fondamentalement, le socialisme, par exemple ... est une utopie millénariste et les utopies millénaristes sont des naturalisations du surnaturel qui visent en réalité, ni plus ni moins, qu'à recréer le Paradis sur la Terre, ce qui, nous le savons, compte-tenu du péché originel, n'est plus possible !

( 625911 )
Deux conséquences de cette double perte de sens. par Scrutator Sapientiæ (2012-02-25 18:43:08)
[en réponse à 625883]
Bonjour et merci à Jean-Paul PARFU,
J'envisage rapidement quelques conséquences de cette double perte de sens.
A - Première conséquence : la perte de conscience de ce qu'EST le péché :
1 - l'oubli du fait que tout péché
a - n'est pas avant tout un péché commis contre l'homme, contre soi-même ou contre un ou plusieurs êtres humains : c'est l'omission commise par les horizontalistes humanitaristes ;
mais
b - est avant tout un péché commis, même d'une manière indirecte, contre Dieu, parce qu'il est commis contre notre vocation à la relation avec Dieu et à la communion avec Dieu.
2 - l'oubli du fait
a - qu'il n'existe pas uniquement des péchés commis dans l'ordre des moeurs, privées ou publiques : c'est l'omission commise par ceux qui réduisent le sérieux de l'adhésion au Christ à "une morale qui engage sans religion qui oblige" ;
mais
b - qu'il existe également des péchés commis dans l'ordre de la Foi, des péchés qui sont formellement commis contre la Foi inspirée par, et orientée vers, le seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit.
B - Deuxième conséquence : la perte de conscience de ce que N'EST PAS la grâce :
1 - celle-ci n'est ni une sensation, ni un sentiment, individuel(le) ou communautaire,
- qui serait sollicitable, puis reproductible, comme s'il suffisait de demander à Dieu la grâce de ressentir cette sensation,
- qui serait appropriable, puis communicable, comme s'il suffisait de proposer aux hommes de partager ce sentiment ;
2 - celle-ci n'est pas le carburant spirituel qu'utiliserait chacune des traditions religieuses ou spirituelles, prophétiques ou symboliques, salvifiques ou sapientielles, afin que toutes ces traditions, qui seraient comparables à différents véhicules, avancent ensemble sur l'autoroute, à plusieurs voies, mais à sens unique, de la fraternité universelle.
Merci beaucoup de me dire ce que vous en pensez.
Scrutator.

( 625966 )
la spiritualité du Sacré-coeur par jejomau (2012-02-26 17:43:58)
[en réponse à 625911]
ne pose-t-elle pas les limites de cette désincarnation à laquelle justement les catholiques tradi. sont souvent soumis contrairement aux progressistes littéralement appelés à se fondre dans tout sentimentalisme mièvre?
Je rappelle votre point B:
- Deuxième conséquence : la perte de conscience de ce que N'EST PAS la grâce :
1 - celle-ci n'est ni une sensation, ni un sentiment, individuel(le) ou communautaire
Car, si je vous rejoins pour l'essentiel (= dans
l'essence même de votre point de vue), il me semble que justement la spiritualité du Sacré-Coeur qui apparaît en 1689 fait ressortir un aspect "charnel" de notre religion... Le Seigneur semblant nous appeler à plus de "sentiment" envers Lui et les autres, non ?
Qu'en penser ?

( 625956 )
le cardinal de Lubac par Aigle (2012-02-26 16:40:49)
[en réponse à 625883]
Accusé de confondre naturel et surnaturel, le cardinal de Lubac a bien montré que la séparation des deux domaines conduit à releguer la foi dans un monde abstrait et à perdre le sens chrétien de notre vie terrestre.
Cette séparation peut conduire des Catholiques sincères à s'allier à des incroyants (voire à des ennemis du Christ) pour poursuivre des buts strictement temporels : ce fut la voie ouverte par Maurras (dont on sait dans quel mépris il tenait les Evangiles et l'enseignement du Christ) et ensuite employée par les communistes pour attirer leurs funestes compagnons de route ...

( 625963 )
Le surnaturel dans le prolongement du naturel, mais ... par Paterculus (2012-02-26 17:21:13)
[en réponse à 625956]
Le Cardinal de Lubac fut du point de vue des rapports entre le naturel et le surnaturel un des théologiens du XXème siècle les plus clairvoyants. Il faut les distinguer sans perdre de vue leur profonde unité.
J'aime dire, en image, que le surnaturel est dans le prolongement du naturel, mais à un autre niveau.
Votre dévoué Paterculus

( 625892 )
les "structures de péché" causes de "la perte du sens du péché" par jejomau (2012-02-25 14:36:03)
[en réponse à 625879]
Je reprends votre phrase qui est si interessante :
Le péché de ce siècle est la perte du sens du péché.(Pie XII)
Dès lors il faut se poser la question : Pourquoi ? Pourquoi ce siècle plus précisément donne-t-il des hommes qui "
perdent le sens du péché". Je pense que c'est Jean-Paul II qui y répond. Il utilise la formule de "
structures de péché". Ce qu'aucun pape n'avait jamais décelé ni jamais dénoncé auparavant à travers les siècles... Tous simplement parce que seul notre monde les a mises en place.
C'est donc là que réside le Mal. C'est à cette source qu'il faut frapper si l'on veut que les hommes "
retrouvent le sens de la Grâce" à laquelle vous faites allusion.
Voilà ce que dit Jean-Paul II:
"
L’ignorance du bien commun va de pair avec la poursuite exclusive et parfois exacerbée des biens particuliers tels que l’argent, le pouvoir, la réputation, considérés comme des absolus et recherchés pour eux-mêmes : c’est-à-dire des idoles. C’est ainsi que naissent les « structures de péché », ensemble de lieux et de circonstances où les habitudes sont perverses et qui font en sorte que tout nouvel arrivant, pour ne pas les prendre, doit faire preuve d'héroïsme.
"Les « structures de péché » sont nombreuses : elles sont plus ou moins vastes, certaines à niveau mondial – comme par exemple les mécanismes et les comportements qui engendrent la faim - , d’autres à échelle beaucoup plus restreinte, mais provoquant des dissymétries qui rendent la pratique du bien plus difficile aux personnes affectées.
Ces « structures » engendrent toujours des coûts élevés en termes humains : ce sont des lieux de destruction du bien commun.
Il est moins courant de constater combien elles sont dégradantes et coûteuses au plan économique. On peut en donner des exemples frappants . Les freins au développement ne sont pas seulement l’ignorance et l’incompétence : ce sont aussi, et à une grande échelle, les nombreuses « structures de péché ». Elles agissent comme un détournement contagieux de la finalité des biens de la terre, qui sont en réalité destinés à tous, vers des fins particulières et stérilisantes. Il est clair, en effet, que l’homme ne peut pas soumettre la terre et la dominer efficacement tout en adorant les faux dieux que sont l’argent, le pouvoir et la réputation considérés comme des biens en soi et non comme des moyens de servir chaque homme et tous les hommes. La cupidité, l’orgueil et la vanité aveuglent celui qui y succombe : il finit par ne plus même voir combien ses perceptions sont limitées et ses actions autodestructrice"
"
La faim dans le monde , un défi pour tous , le développement solidaire"
Ce texte cible plus particulièrement les causes de la faim dans le monde. Mais il est clair que Jean
-Paul II fait apparaître un fait majeur : l'homme a mis en place au plan politique, financier, économique... Dans son choix de société à bâtir... Des
structures qui institutionnalisent le pêché en l'offrant à l'homme comme un "
bien" à acquérir et à poursuivre s'il veut faire sa place dans la société...

( 625913 )
Je vous invite à (re)lire ces deux textes de Jean-Paul II. par Scrutator Sapientiæ (2012-02-25 19:00:05)
[en réponse à 625892]
Bonjour jejomau,
Là où il y a confusion permanente, car entretenue, entre civilisation et concupiscence, ou entre civilisation et divertissement, il y a des structures de péché qui, comme vous l'écrivez, font en sorte que l'être humain perde, petit à petit, puis presque tout à fait, le sens du péché.
Dans le prolongement de votre message, je vous invite à (re)lire,
- notamment, la deuxième partie de cette exhortation apostolique :
Reconciliatio et Paenitentia.
- notamment, le cinquième chapitre de cette lettre encyclique :
Sollicitudo Rei Socialis
Comme vous le savez déjà, ou comme vous le verrez bientôt, des trésors sont cachés dedans.
Bonne soirée et à bientôt.
Scrutator.

( 625957 )
Atyention aux formules toutes faites par Aigle (2012-02-26 16:44:30)
[en réponse à 625879]
Il n'y a pas que la naturalisation du surnaturel ou la surnaturalisation du naturel.
Il y aussi l'objectivation du subjectif et la subjectivation de l'objectif.
Ou la laicisation des clercs ou la cléricalisation des laics.
La militarisation des civils ou la civilisation des militaires
l'oralisation de l'écrit et (à vous de compléter).
Ces formules s'apparentent à des slogans dont on voit mal le sens.
Depuis l'expérience de Pascal avec les jésuites, je me méfie de ces constructions intellectuelles complexes dont au final on voit mal la portée concrète pour l'homme pécheur ...et l'unité de l'Eglise !

( 626420 )
Deux précisions sur l'origine de cette formule. par Scrutator Sapientiæ (2012-03-03 06:52:38)
[en réponse à 625957]
Bonjour Aigle,
Je vous renvoie,
- d'une part, surtout à la troisième partie, mais aussi à la quatrième partie de la brochure intitulée "Pensée philosophique et religieuse du Père Teilhard de Chardin", de Dom Georges FRENAUD, brochure parue dans la collection "OCTOBRE", aux éditions de Solesmes, en 1963.
- d'autre part, aux pages 20 à 44 du livre intitulé "L'homme dans son univers", du Père André MANARANCHE, ouvrage paru dans la collection "Concile et Masses", aux Editions ouvrières, en 1966.
Je suis convaincu que vous comprendrez, au contact de ces textes, difficiles à trouver, j'en conviens, pourquoi j'ai recouru à cette "formule toute faite", dont je n'ai pas la paternité, et qui est riche de sens.
Bonne journée.
Scrutator.

( 626645 )
Définition de nature et surnaturel ? par Bernard de Midelt (2012-03-05 19:46:16)
[en réponse à 625957]
Ce débat intéressant me semble hypothéqué par la non-définition des termes. Par exemple, quand on parle de "nature" on peut vouloir désigner la nature humaine ou bien l'ordre naturel.
Puis-je me permettre de rappeler que l'ordre naturel n'est jamais "gracié" (car étant divin, il n'en a nul besoin).
En outre les théologiens thomistes s'accordent, contre l'ordre naturel/surnaturel du p. H. de Lubac, pour dire qu'il existe une solution de continuité - certains disent même un abîme - entre les deux ordres.

( 626001 )
J'ai le texte. par Paterculus (2012-02-26 20:05:20)
[en réponse à 625879]
Il est aux pages 330 à 335 du tome VIII des oeuvres complètes de Pie XII.
Je vais essayer de le scanner.
Votre dévoué Paterculus