Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 625629 )les pénitences de Carême doivent obligatoirement être corporelles par jejomau (2012-02-21 14:24:46) 

"Le corps en tant que corps, tel qu’il est rappelé par les pénitences du temps de Carême, est exacerbation de nos limites d’êtres incarnés. Plus que tout, par sa mise en lumière du corporel, le jeûne de Carême permet de lutter contre la spiritualisation empathique de la chair. Voilà d’ailleurs pourquoi les pénitences de Carême doivent obligatoirement être corporelles.

Le jeûne de Carême remet en lumière la finitude, les singularités et les aspérités de notre condition terrestre ; il nous redécouvre comme incarnés. Incarnés dans notre finitude et dans notre faiblesse, mais aussi dans ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas (sens de la limite). Par le jeûne, et grâce au regard qu’il nous fait tourner vers le corps, nous redécouvrons le sens de la différence (de visage, de posture, de culture), le sens de la frontière (c’est-à-dire le fait que le fini est inhérent à tout ce qui est) et le sens de l’identité (ce qui fait d’une vague souffrance empathique, celle de l’autre en général, ma souffrance, celle de mon corps qui a faim). Le jeûne nous délivre le corps en nous délivrant de la chair (et non l’inverse), nous livrant tout ce qui s’en suit, finitude, frontière, consistance du corps, différence, concrétude, et cætera.

C’est pourquoi le Carême, en plus de son importance religieuse, a une importance phénoménologique : par lui nous redécouvrons que ce n’est pas l’autre qui fait la finitude, mais que c’est la finitude qui fait qu’il y a autre (redécouverte de la consistance et de l’autonomie du fini), et que ce n’est pas la vie qui requiert mon corps, mais que c’est le corps qui requiert la vie (redécouverte de la vie comme entéléchie première d’un corps organisé.

L’inversion de l’ordre des rapports constitue la nouvelle tâche du phénoménologue et du chrétien : redécouvrir la finitude du corps et sa consistance véritable pour le premier et s’appliquer à faire contrepoids à la spiritualisation fautive de l’existence pour le second. Quant à celui qui est – par incroyable – phénoménologue et chrétien, on ne saurait trop recommander de ne plus pratiquer son corps mais, dorénavant, de pratiquer comme corps"


LIEN
images/icones/1d.gif  ( 625630 )Mais aujourd'hui, c'est le mardi gras ! par Jean-Paul PARFU (2012-02-21 14:30:21) 
[en réponse à 625629]

et le dernier jour du Carnaval !

ici
images/icones/neutre.gif  ( 625636 )Corps ? Qu'est-ce ? par Glycéra (2012-02-21 14:43:11) 
[en réponse à 625629]

Corps = physique (matériel) + psychique
Il y a deux parties, toutes deux "naturelles".


Si on enlève la partie invisible du naturel, on ne comprend pas.
Réprimer son impatience, se priver d'actes d'impatiences, n'est-ce pas Carême ?

Incarner son effort permet d'obliger son corps à attendre, à souffrir un peu sans s'enfuir, sans rouspéter. Mais il est aussi des actes de privation, d'ascèse qui ne sont jamais physiques. Ils valent aussi pour se préparer, pour vivre son Carême.

Briser, réprimer, contraindre son corps matériel seul ne vaut rien.
" Quand je jeûnerai sans l'esprit, je n'aurais rien fait."
images/icones/1v.gif  ( 625683 )Tout à fait d'accord Glycéra par L'enchanteur (2012-02-21 21:21:58) 
[en réponse à 625636]

Connaissez-vous l'histoire de ce monastère orthodoxe dans lequel les moines ne pouvaient plus se supporter à la fin du Carême car ils avaient fait trop de pénitence corporelles?
Bon je suis tout à fait d'accord qu'il FAUT faire des pénitences corporelles mais on se doit de les remettre à leur place c'est à dire de les ordonner à la conversion du coeur (véritable but du Carême à mon sens).
images/icones/fleche3.gif  ( 625710 )d'un autre côté par jejomau (2012-02-22 08:14:05) 
[en réponse à 625636]

Quand le Christ lui-même se retire dans le désert pendant quarante jours, Il aurait aussi pu ne rien retrancher se plus concernant l'alimentation. Nous sommes à une époque où l'on ne mangeait pas trois fois par jour avec entrée, plat principal, fromage et dessert ! Il aurait pu donc prêcher un "carême" de tolérance et d'amour envers le prochain afin d'apprendre à "découvrir" son "frère" Romain dans les orgies bacchanales... Il ne l'a pas fait : Il nous dit de jeûner vraiment - à son exemple dans le désert - en retirant encore de l'alimentation tout en priant mieux et plus.

Ce que feront ensuite, à son exemple, les Pères du désert et les saints ermites ou moines !

Ce n'est pas pour celà que vous avez tort. Bien au contraire ! Mais je pense quant à moi que ce travail particulier du jeûne est une ascèse très spécifique qui a des vertus propres. D'ailleurs le Christ lui-même nous enseigne à un autre moment dans les Evangilesque pour "déraciner" certains démons il faut "jeûner" et prier...

images/icones/sacrecoeur.gif  ( 625719 )Vous soulignez que... par Glycéra (2012-02-22 10:51:40) 
[en réponse à 625710]

Nous sommes aussi corps, comme Jésus l'assuma.

Oui, nous le sommes, et l'âme lui a donné forme, et l'entretient vivant, l'animant à chaque instant.

Oui, le corps participe à tout.
Il est notre lieu, le seul endroit de la terre où nul n'a le droit de nous interdire.
Il est notre outil, celui que l'âme enmploie pour oeuvrer les choses (physique et/ou psychique).

Mais il ne suffit pas !
Notre époque a raconté il y a 100 ans que la matière existe et émane de l'âme.
Cette sottise a conduit à faire revenir en force les pharisiens qui prônent les pratiques visibles, et enseignent de fait que la matière suffit : se priver de telle viande ou cigarette = carême.
Ces "philosophies" qui n'aiment pas la vraie sagesse ont vidé l'Esprit, des pratiques de l'Eglise et de nous si nous nous laissons imbiber d'elles.

Oui, le corps compte.
Mais il ne pèse pas dans le processus.
C'est l'intention qui compte, c'est elle qui pèse pour Dieu.
Sans ascèse d'esprit, sans orientation d'âme, c'est raté !

Et cela j'aimerai tant l'entendre prêcher partout, partout !
Je le sens plus chez les écolo ou les new Age (comme on les catégorise) que chez les installés confortables.
Et je l'ai vu chez des gens que personne ne voyait : ils vivaient "quand tu jeûnes, parfume-toi la tête, et ne le dis pas, le Seigneur le voit, Lui"

Alors écarter le corps est nul, et négatif, certes.
Mais, se limiter au corps l'est encore plus !


Et vivent les ermites !
C'est eux qui ont sauvé Paris, ces hommes que tout le monde ignore, et vivent ainsi cachés dans la grande ville.
Ce sont eux qui font aussi courir les foules quand Dieu veut répandre leur bonne odeur, malgré eux.


Glycéra


images/icones/sacrecoeur.gif  ( 625832 )Carême n'est pas choses bien pénibles extérieures... La vraie pénitence est de se décider à se détourner... par Glycéra (2012-02-23 22:07:18) 
[en réponse à 625629]

""Beaucoup de gens estiment qu'il leur faut entreprendre des choses pénibles avec un comportement extérieur ; comme jeûner, marcher pieds nus et autres choses de ce genre. On appelle cela : des pénitences.

Mais la meilleure pénitence - par laquelle on fait vraiment de grands progrès - consiste en ce qu'on se décide à se détourner complètement de ce qui, en nous, n'est pas absolument Dieu et divin et du monde entier ; et en ce que nous nous tournions résolument, en échange, vers notre Dieu bien-aimé, dans un don de nous-mêmes à toute épreuve, en sorte que notre pensée et nos désirs soient vivement tendus vers lui.

L'oeuvre par laquelle cela te réussit le mieux, c'est justement celle-là qui te convient, et plus tu t'y livres, plus la pénitence et le repentir sont de bon aloi et vidangent le péché, en même temps d'ailleurs que tout purgatoire.

Oui, si au dernier moment tu voulais avec un sincère regret te détourner de tous les péchés et te tourner vers Dieu avec une résolution égale : et si tu avais commis tous les péchés qui ont été amoncelés depuis le temps d'Adam et le seront jusqu'à l'avenir le plus éloigné, tout cela en même temps que le purgatoire te sera entièrement pardonné, en sorte que, mourussses-tu sur l'heure, tu serais conduit devant la face de Dieu !

Ceci est la vraie pénitence. Et elle est produite le plus parfaitement, comme à son sommet, dans la précieuse passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Plus on s'approche de ce modèle, dans la même mesure se détachent de nous tous les péchés en même temps que leur peine. Nous devons nous habituer dans toute notre action et notre inaction, dans notre souffrance et notre vie, à nous modeler sur la vie et les oeuvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à n'avoir en vue en tout temps que lui et les desseins qu'il a toujours eus sur nous.

Cette " pénitence " est simplement l'élévation de l'âme au-dessus de tout ce qui est fini, une entrée en Dieu. Les oeuvres par lesquelles cela te réussit le mieux, consacre-toi à elles hardiment. Et si une oeuvre extérieure telle que la veille, le jeûne, la lecture ou quelque autre chose y fait obstacle, laisse-la délibérément de côté sans te soucier de ce que tu pourrais par là laisser échapper de " pénitence ".

Dieu ne regarde pas ce que sont les oeuvres, mais seulement l'amour, la dévotion, l'esprit qui sont dans ces oeuvres : peu lui importent nos oeuvres mais uniquement nos dispositions intimes, qu'il soit en tout notre but. Car il est par trop avide celui à qui Dieu ne suffit pas. Que ceci te soit une récompense suffisante dans toutes tes oeuvres : que Dieu les connaît et que tu le prends en elles comme but !

Plus tu fais cela nettement et résolument, plus tes oeuvres expient profondément tout ce qui est peccamineux. Tu dois considérer que Dieu a été un rédempteur général du monde entier - et je dois lui en être encore beaucoup plus reconnaissant que s'il m'avait sauvé tout seul ! De même tu dois être aussi un rédempteur général de tout ce que tu as corrompu en toi par le péché. Jette-toi, tel que tu es, en lui !

Si tu as par tes péchés corrompu ton coeur et tes sens et ton âme et toutes ses puissances : pense que ce qui est de toi et en toi, tout cela est tout à fait malade et pourri. C'est pourquoi fuis vers lui, en qui il n'y a rien de malade mais seulement la pure santé : afin qu'il soit un rédempteur général de toute corruption en toi aussi bien intérieur qu'extérieure !""




Cette page de Maître Eckhart


Glycéra
qui remercie d'avoir eu l'occasion de retrouver cette page égarée !