Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 623356 )Ouverture ou capitulation ? par Aigle (2012-01-28 09:17:24) 

Suite à deux anecdotes que j'ai racontées hier à propos de la laicisation rempantes de deux institutions ex catholiques (l'école libre et la CFTC), j'ai apprécié le commentaire de Luc Perrin :

"2 bons exemples de sécularisation interne d'institutions catholiques (nominalement pour l'Ecole diocésaine sauf quelques exceptions et historiquement pour la CFTC).

Pour la CFTC d'avant, la dérive a produit la CFDT (1964) mais avec un fort détachement dès l'après 1945. Pour l'école, ce furent les fameuses années 1968 à 1981. On se souviendra que les dirigeants de ladite école diocésaine furent contraints par la base, un peu Rome et quelques rares évêques, à résister au projet Savary qu'ils approuvaient en fait.

Vous avez ici 2 excellents (?) exemples de l'orientation catholique néo-libérale : se fondre dans la "modernité" pour soi-disant la convertir au départ et assez vite, ce sont les institutions qui se décatholicisent et finissent par en oublier même d'où elles sont issues et pourquoi elles existent.

La question se pose depuis le Grand Sillon sous Pie X. Ce n'est donc pas d'hier. "

Il y a là me semble-t-il une question fondamentale relative à l'esprit d'ouverture au monde voulu par les Pères du IId concile du Vatican et par les Papes qui l'ont présidé - certes cet esprit a été largement exagéré lors de la "reception" du Concile en France (surtout après 1968 !) mais néanmoins on ne peut nier ce qu'écrit Luc Perrin : loin de convertir le monde, l'esprit d'ouverture (consubstantiel au concile) à la modernité a abouti à ruiner des institutions vénérales et apparement solides (comme l'école libre qui avait résisté à bien des tempêtes) sans convertir personne (ou presque).

Comme les partisans de ces réformes (s'ils sont encore en vie) réagissent ils à ces échecs patents? les nient ils toujours ? les parent ils de vertus insoupçonnées ?

Ou bien pensent ils que "cela" aurait pu fonctionner mais a échoué pour une raison imprévue ?

Vous noterez que je connais aussi des athées de gauche (voire d'ext-gauche) qui pensent que l'Eglise n'a pas réellement changé depuis Pie XII...et qui qualifient jacques Julliard d'intégriste car il croie en la résurrection !




images/icones/fleche3.gif  ( 623358 )vous faites fausse route par jejomau (2012-01-28 09:31:15) 
[en réponse à 623356]

pour les tenants de cet "esprit d'ouverture" il n'y a aucun échec ! Vous voulez une preuve ? Je vous la fournis. Vous remarquerez que lorsqu'ils se réunissent ensemble : dans une "assemblée dominicale", lors d'une cérémonie pénitentielle, ou encore pendant un séminaire pour réfléchir comment aborder "l'intégrisme"(sic!), etc... ils ont tous des cheveux gris ou blancs ! Eh bien voilà la preuve !

Ce qui signifie qu'ils ont eu beaucoup de mal à se renouveler d'abord. Et aussi qu'eux, en revanche, sont absolument convaincus qu'ils ont raison .. et qu'il faut continuer !

Maintenant, vous dites quelques chose d'interressant. Vous parlez de "l'esprit d'ouverture à la modernité". N'y a-t-il pas justement une étrange similitude avec "l'esprit du Concile" ?

Enlevons le mot "esprit". Et maintenant , peut-on penser que "l'ouverture à la modernité" était alors possible pour l'Eglise ?? N'est-ce pas justement cette chose un peu floue : "l'esprit"... qui est à remettre en cause seulement avec un grand coup de barre vers un retour à la Tradition ? Ou alors faut-il penser que "la modernité"en soi - consubstantielle au monde moderne -est définitivement condamnable pour l'Eglise ?
images/icones/fleche2.gif  ( 623414 )La confusion:humanisation=christianisation est doublement sanctionnée. par Scrutator Sapientiæ (2012-01-28 17:27:05) 
[en réponse à 623358]

Bonjour et merci à jejomau,

I. D'une part, vous avez évidemment raison : pour "eux",

- premièrement, "ce n'est pas un échec",

- deuxièmement, "il faut continuer",

car, si l'Eglise n'arrive toujours pas à se faire comprendre, à se faire approuver, par l'homme et par le monde modernes,

- ce n'est pas de la faute des hommes de ce temps, ni même du fait du monde de ce temps,

- mais c'est parce que l'Eglise n'est pas encore, en dépit du Concile, en mesure de rejoindre les uns et les autres "au plus profond de leurs aspirations fondamentales les plus légitimes".

II. D'autre part, cette confusion conciliaire entre humanisation et christianisation, confusion qui a consisté et qui consiste toujours, même si ce n'est que par intermittences, à confondre sciemment

- humanisation apparente et officielle des relations, des structures, des institutions, notamment politique, intra-nationales et internationales,

et

- christianisation effective, mais implicite, des principes, des pratiques, des individus,

est aujourd'hui doublement sanctionnée,

- par un véritable trou d'air inter-générationnel,

- par une ruse de la raison historique.

III. Et quelle est cette ruse de la raison historique ? Elle tient en ceci : on a "dédiabolisé", revalorisé, la sécularisation de l'esprit public et du corps social, dans l'espoir de reconquérir le terrain perdu entre 1789 et 1960, grâce à un christianisme catholique

- plus "authentiquement chrétien", plus placé sous le signe du témoignage inter-personnel, à peine audible et visible,

- moins "manifestement catholique", moins placé sous le signe de l'enseignement institutionnel, bien plus audible et visible,

et la sécularisation s'est retournée contre le christianisme catholique, et s'est transformée en une entreprise de marginalisation et de ringardisation du christianisme catholique lui-même, au coeur de la "civilisation" contemporaine.

IV. C'est pour cette raison que je suis tenté de parler, à propos du Concile, non d'intuitions prophétiques, mais d'intuitions mimétiques : on s'est adapté, on s'est rénové, on s'est mis à l'école et à l'écoute des non catholiques, pour combler le fossé, réduire la distance (dogmatique, liturgique, doctrinale, pastorale, argumentaire, vestimentaire),

- entre l'Eglise et les autres chrétiens,

- entre l'Eglise et les autres croyants,

- entre l'Eglise et les hommes du monde de ce temps,

afin que les non catholiques pensent que c'est moins coûteux, plus agréable ou moins difficile, moins aliénant ou moins exigeant qu'avant, de rejoindre l'Eglise elle-même, que cela nécessite

- moins de renoncements aux erreurs et moins de sacrifices pour la vérité,

- moins d'aversion vis-à-vis du péché et plus de conversion dans et par la grâce,

qu'en amont du Concile.

V. De fait, on a assisté à l'éclosion ou à l'invention d'un christianisme "light" et "soft", parce que l'on n'a pas suffisamment voulu voir que la modernité est à double tranchant :

la modernité comporte une grande part

1. de modernisations, de découvertes scientifiques et d'innovations technologiques,

2. de socialisations, de mise à disposition d'un grand nombre de prestations collectives,

MAIS elle comporte AUSSI un grande part de déshumanisation, et non d'humanisation potentiellement ou tendanciellement christianisable, à cause de la surmondanisation des préoccupations et des activités qu'elle implique.

Bonne fin d'après-midi et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 623418 )remarquable synthèse par Aigle (2012-01-28 17:40:31) 
[en réponse à 623414]

je remercie vivement scrutator pour sa brillante synthèse. ne devriez vous pas l'adressser à nos évêques pour voir comment ils réagissent ?

J'ajouterais pour ma part deux petites observations
: renoncer à ce qui fait l'essentiel de votre identité n'est pas le meilleur moyen de convaincre autui de la justesse de vos positions. Dans le cas de l'Eglise soutenir que tout ce qui a été fait et dit depuis des siècles voire des millénaires (par exemple la liturgie) est inaproprié et qu'on va tout changer pour convaincre ... ne convainc personne en fait !

Et il se trouve qu'après avoir aspirer à la banalisation (abandon de bien de traditions et des uniformes, bien illustré par le réforme liturgique ou par l'abandon de la soutane), la société contemporaine est désormais attirée par les identités fortement marquées (voyez l'immigration qui refuse l'assimilation ou l'islam qui utilise l'arabe littéraire et divers costumes très visibles). Bref le monde a changé : l'Eglise doit elle changer à nouveau pour lui plaire ?

Et j'ajouterais une remarque grinçante : en 1956 déjà le PCUS avait changé de doctrine en condamnant Staline et le Stalinisme... cela n'avait alors convaincu personne de devenir communiste !

images/icones/neutre.gif  ( 623439 )Les têtes chenues ne prouvent rien. par le torrentiel (2012-01-28 20:27:25) 
[en réponse à 623358]

Le mouvement traditionaliste est jeune, or la jeunesse manque de repères, la forme extraordinaire en est pleine, les jeunes s'y retrouvent.


Quant à la mise en oeuvre de l'adjiornamento post-conciliaire,elle s'est heurtée à un folklore. Ce folklore ne fait pas très "djun", d'où la désaffection de ceux-ci.


Le catholicisme a un véritable effort à faire, alternatif ou complémentaire avec celui que fait le courant traditionaliste, pour moderniser son expression de la foi.


Par "expression", je viserais naturellement le langage, mais je constate que les évangélistes ont trouvé un moyen terme qui est aussi un préalable : moderniser le folklore, rendre le culte spectaculaire, ce qui n'a rien de choquant, puisque "la liturgie est le théâtre de dieu", citation que j'ai entendue pour la première fois dans la bouche de M. l'abbé chanu et que peu d'hommes d'eglise renient.


Cette modernisation purement formelle accompagne une conception somme toute assez traditionnelle d'une observance intègre des préceptes bibliques. Cette modernisation formelle, autrement dit, sait se mettre au service d'un certain fidéisme.


Il y a quelques jours, je ne sais plus qui a ironisé sur la reconnaissance de la liturgie néo-catéchuménale en disant qu'il y a désormais trois formes du rite latin.


et pourquoi pas...


Ce qui a fait que la génération d'après le concile n'a pas fait d'émules, c'est que son relatif adogmatisme était compensé, plutôt négativement pour la propagation de ses idées, par un esthétisme qui continuait d'aimer les bâtiments d'église, les grandes orgues, les candélabres, les fleurs, les vêtements sacerdotaux, les oripeaux liturgiques.


Or, à cet esthétisme, seuls pouvaient se rattacher parmi les jeunes ceux qui ne voulaient pas se laisser déboussoler dans un monde sans balises et dont ç'a été une des motivations pour ne pas perdre la foi.


Garder la foi, dans la démarche traditionaliste, en dehors d'autres considérations esthétiques ou mystiques, à en rester d'un point de vue tout naturel qui ne préjuge pas du travail de la grâce, ç'a été pour beaucoup une lutte contre la sécularisation pour ne pas perdre la boussole.