Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 620103 )Vers Vatican III ? (Jean Madiran) par Bernard Joustrate (2011-12-28 13:25:36) 

Vers Vatican III ?

C’était trop gros, ce pouvait être une erreur de transcription, je l’avais mise de côté, je n’ai pas voulu l’alléguer en analysant (Présent du 15 décembre) la faiblesse d’ensemble de la « réponse » que Mgr Ocariz a été chargé d’opposer en bloc aux critiques qui de plus en plus s’élèvent à propos des nouveautés du concile Vatican II et de leurs conséquences. Cette « réponse » avait paru dans L’Osservatore romano du 2 décembre. Quatre semaines ont passé, aucune rectification n’est venue. Nicolas Senèze, qui avait imperturbablement cité l’énormité dans La Croix du 5 décembre, n’a manifesté aucun trouble.

Lisons donc maintenant cette énormité non démentie par son auteur ni par ses propagateurs :

« Le fait, a osé écrire Mgr Ocariz, qu’un acte du Magistère de l’Eglise ne soit pas garanti par le charisme de l’infaillibilité ne signifie pas qu’il puisse être considéré comme “faillible”, au sens où il transmettrait une “doctrine provisoire” ou encore des “opinions autorisées”. »

Or il est au contraire évident que si un acte n’est pas infaillible, il est inévitable de le considérer comme faillible.

Et un acte qui n’est pas « faillible » est évidemment « infaillible ».

Il peut paraître très commode de se retrancher dans l’argument d’autorité. Mais d’une telle acrobatie l’autorité ne sort pas augmentée.

Donc, par une construction conceptuelle audacieuse jusqu’à l’incohérence, Mgr Ocariz distingue une catégorie : l’« infaillible », et immédiatement au-dessous une autre catégorie : le « non-faillible ».

Il tente ainsi d’instituer, pour renforcer ce qui n’est évidemment pas infaillible, la promotion d’une non-faillibilité qui serait une sorte d’infaillibilité alternative, subreptice, non officielle mais impérative.

Son article de L’Osservatore romano n’était certes pas infaillible : voudrait-il le faire passer néanmoins pour « non faillible » ?

Cette embrouille dans L’Osservatore romano nous a été présentée dans La Croix comme l’acte décisif par lequel « Rome rappelle l’importance doctrinale du concile [pastoral] Vatican II ».

Ce qui devient plutôt décisif en l’occurrence, c’est la faiblesse prolongée d’une « réponse » officieuse qui voudrait se faire passer pour officielle afin de se dispenser d’argumenter.

Les deux livres de Gherardini, sa « Supplique au Saint Père », et celle qui a suivi, d’une cinquantaine de personnalités italiennes, « au pape Benoît XVI pour un examen approfondi du concile œcuménique Vatican II », tout cela, en marge des requêtes propres à la FSSPX et finalement dans le même sens, exprime la persistance d’une réclamation qui s’est manifestée avec une insistance ininterrompue depuis quarante-cinq ans. Elle tend à une réinterprétation point par point de l’ensemble des nouveautés de Vatican II. Autrement dit, quand le moment sera venu, une sorte de Vatican III doctrinal pour un examen théologique du Vatican II pastoral : la comparution des nouveautés devant les critères traditionnels du Magistère de l’Eglise, pour obtenir que soient tranchées les contestations, les divergences, les oppositions. Mais elles ne pourront l’être, demain ou plus tard, en concile ou sans concile, que par le Pape.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 7505 de Présent du Mercredi 28 décembre 2011
images/icones/iphone.jpg  ( 620108 )Merci Madiran! par Bertrand Decaillet (2011-12-28 14:04:36) 
[en réponse à 620103]

J'avais moi aussi, tres modestement, relevé l'énormité, et finalemt le sempiternel rabâchage de l'argument totologique d'autorité... hesitant a "poster" sur le forum et finalement renonçant,me disant que c'etait tellement gros, qu'Il devait y avoir une finesse qqpart qui m'avait échappée, sûrement.... et c'est exactement à cet endroit que j'avais, pour ma part, cessé la lecture de la dite "réponse" qui ne répondait pas...

Merci Madiran, combien d'années de fidélité indéfectible et de combat pour la Foi? Merci, merci.
images/icones/neutre.gif  ( 620112 )le 1er acte "d'autorité" après Vatican II par S A Benengeli (2011-12-28 15:09:41) 
[en réponse à 620108]

à savoir "Humanae Vitae" a été radicalement et très officiellement contesté par la grande majorité des grandes CEF (Allemagne- Etats Unis et France)à l'exception notable de l'Espagne et sans que cela ne donne lieu à conséquences.

C'était on ne peut mieux ratifier ce caractère "pastoral" sur un dossier pratico-pratique qui était essentiel, fondamental dans le processus de sécularisation en cours des catholiques.

Voir l'intéressant historique de ce document (abordé sous l'angle de la contraception et dans le style de la maison) :
sel de la terre
images/icones/fleche3.gif  ( 620113 )oui par jejomau (2011-12-28 15:29:27) 
[en réponse à 620112]

effectivement.

Avant de se lancer dans l'écriture d'"Humanae Vitae", le pape avait pris le soin de réunir un collège d'experts, catholiques, choisis par lui. Pour qu'ils donnent leur avis. La commission pontificale d’experts nommé par Paul VI comptait 72 membres. La plupart étaient d’accord sur l'autorisation de la pilule, à l'exception de six personnes : 4 théologiens américains, le cardinal Ottaviani, président de la Commission et le théologien du pape à la Commission, l’évêque Carlo Colombo . Le pape avait également confié un rapport à l'évêque de Cracovie - lequel a soutenu fortement la doctrine traditionnelle - et qui se nommait... Karol Wojtyla.

Ainsi la réponse était : oui à la contraception .

l'Eglise devait montrer, dans certaines conditions, de l'ouverture aux moyens de contraception tel que la pilule !

Le Saint-Père Paul VI, devant un tel désastre, a effectivement fait alors acte d'Autorité en rédigeant une Encyclique qui se positionna contre l'avis des experts, théologiens ou évêques ! Le Saint-Esprit veille encore sur l'Eglise ...

Maintenant, il faut dire que c'est aussi Paul VI qui avait fait les nominations d'évêques....
images/icones/1a.gif  ( 620121 )Qu'est-ce qu'un argument ... par Ion (2011-12-28 17:11:08) 
[en réponse à 620108]

... totologique ? Sans doute la prose de Madiran vous a fait penser à une bonne blague de ... Toto!

Ion
images/icones/1d.gif  ( 620177 )Toto, c'est logique, puisque c'est tautologique ! par Vulpus (2011-12-29 08:48:08) 
[en réponse à 620121]

Wikipédia : "La tautologie (du grec ὁ ταυτὸς λόγος, le fait de redire la même chose) est une phrase ou un effet de style ainsi tourné que sa formulation ne puisse être que vraie. La tautologie peut aussi s'apparenter au truisme ou à une lapalissade. En logique, le mot tautologie désigne une proposition toujours vraie selon les règles du calcul propositionnel. On utilise aussi l'adjectif tautologique en mathématique pour désigner des structures qui émergent naturellement de la définition de certains objets."

images/icones/hein.gif  ( 620170 )En appliquant le même raisonnement par Anton (2011-12-29 01:55:19) 
[en réponse à 620108]


qu'Il devait y avoir une finesse qqpart qui m'avait échappée, sûrement....



Au Magistère, au concile Vatican II, en pensant aux promesses de l'assistance du Saint Esprit, pourquoi n'y aurait-il pas quelques finesses qui nous échappent?

Ainsi la demande de démonstration, attestée par la supplique de Mgr Gherardini, n'en témoigne-t-elle pas?
Pourquoi en 40 ans aucune démonstration?

Les modernistes ou les traditionalistes ont-il fait une démonstration de la rupture? à ce jour ils l'ont simplement alléguée...en opposant des citations, des textes, souvent en ne considérant pas le contexte.
Mgr Gherardini aurait-il alors passé sous silence une démonstration théologique de rupture? L'étude qu'il envisage, laquelle semble devoir nécessiter beaucoup de travail, ne serait-elle que pour faire perdre du temps?
images/icones/fleche2.gif  ( 620120 )C'est Madiran qui est en l'occurence pathétique par Ion (2011-12-28 16:56:58) 
[en réponse à 620103]

Soit il le fait exprès, et c'est, comme d'habitude, de la polémique pour la polémique, soit il ne s'est même pas rendu compte qu'il ne faisait que jouer sur les mots de manière puérile, et là, c'est inquiétant.

Il cite pourtant bien l'expression qu'il incrimine (je souligne les termes importants qu'il aurait dû commenter).

« Le fait, a osé écrire Mgr Ocariz, qu’un acte du Magistère de l’Eglise ne soit pas garanti par le charisme de l’infaillibilité ne signifie pas qu’il puisse être considéré comme “faillible”, au sens où il transmettrait une “doctrine provisoire” ou encore des “opinions autorisées. »



Il ne s'agit en effet pas de comparer les qualificatifs d'infaillible et faillible, cela n'a aucun intérêt, mais de comparer :
- Un enseignement garanti par le charisme de l'infaillibilité, d'une part
- Une doctrine "provisoire" ou simple "opinion autorisée", d'autre part

Et il est évident qu'entre les deux, il y a tous les enseignements Magistériels ordinaires, extraordinaires ou authentiques, dont ceux de Vatican II, et dont Mgr Ocariz explique fort bien qu'ils ... obligent.

Mais je suis persuadé que Madiran le sait très bien. Mais pour faire de l'audience, on peut s'amuser, faire un bon mot en décortiquant le terme in-faillible, sans risquer d'être trop ridicule, tout au moins auprès des lecteurs peu exigeants de Présent.

Ion
images/icones/fleche3.gif  ( 620122 )ah, là par jejomau (2011-12-28 17:14:52) 
[en réponse à 620120]

j'avoue que votre argument.. m'interesse! Je repense par exemple à la doctrine sur la Liberté religieuse.

Le Père Garrigou-Lagrange disait : "Nous pouvons (…) faire de la liberté des cultes un argument ad hominem contre ceux qui, tout en proclamant la liberté des cultes, persécutent l’Eglise (Etats laïcs et socialisants) ou empêchent son culte directement ou indirectement (Etats communistes, islamiques, etc.). Cet argument ad hominem est juste et l’Eglise ne le dédaigne pas, l’utilisant pour défendre efficacement le droit de sa liberté. Mais il ne s’ensuit pas que la liberté des cultes, considérée en elle-même, soit soutenable par les catholiques comme un principe, parce qu’elle est en soi absurde et impie : en effet, la vérité et l’erreur ne peuvent avoir les mêmes droits"

Le R.P Garrigou-Lagrange rejoint bien la position soutenue par Vatican I (dans sa deuxième phrase) . Mais, il remarque la justesse que peut avoir "pour un temps"(et donc dans certaines circonstances) l'argument ad hominem.

On a bien ainsi un argument qu’un " acte du Magistère de l’Eglise" ne garantit pas "par le charisme de l’infaillibilité" MAIS QUI "ne signifie pas qu’il puisse être considéré comme “faillible”, au sens où il transmettrait une “doctrine provisoire”. Non ?

Mais en même temps qu'on dit celà, on a démontré en même temps que le Concile Vatican II ... N'est pas infaillible !

Cornélien cette affaire!
images/icones/hein.gif  ( 620173 )La liberté par Anton (2011-12-29 02:52:22) 
[en réponse à 620122]

Religieuse, n'est pas faite pour donner un droit à l'erreur mais pour permettre à tout homme de chercher, (sans contrainte extérieure de la part de l'état, ou d'un groupe quelconque, sur sa conscience) la vérité en ce qui concerne Dieu et son Eglise, n'est ce pas précisé en préambule de DH?

Dans ce cadre l'a peut-on affirmer que le croyant dans une autre religion a-t-il l'intention d'honorer Dieu dans l'erreur?

Donc la citation du Père Garrigou-Lagrange n'est elle pas hors contexte?


Peut-on alors conclure que:


Mais en même temps qu'on dit celà, on a démontré en même temps que le Concile Vatican II ... N'est pas infaillible !









images/icones/fleche3.gif  ( 620178 )l'intention est une chose par jejomau (2011-12-29 08:49:28) 
[en réponse à 620173]

Vous dites : "Dans ce cadre là, peut-on affirmer que le croyant dans une autre religion a l'intention d'honorer Dieu dans l'erreur ?"

L'intention est une chose... Mais l'objectivité en est une autre.

Prenez un daltonien qui n'aurait pas appris les couleurs. Il verrait un feu rouge.. et accélèrerait pour passer en le "voyant" vert. Son intention est bonne en effet. Mais il n'en reste pas moins qu'objectivement , il est dans l'erreur et que le feu était bien rouge.

Donc : le fait que celui-qui-est-dans-l'erreur croit honorer Dieu... est chose louable. MAIS le résultat objectif est qu'il ne correspond quand même pas au désir vrai de Dieu dont la Révélation nous est donnée par l'Incarnation (la venue) de Son Fils - Vrai Dieu et vrai Homme, 2° personne de la Trinité - il y a deux mille ans... Et qui LUI SEUL est le "chemin, la vérité, et la vie". Et "nul ne vient au Père que par" Lui.

Ou alors ce serait dire que toutes les religions se valent !

Bien sûr, on peut dire que, comme son intention était louable, il appartient à Dieu seul de prendre la décision de sauver cet homme ou pas en dernier ressort. Mais c'est tout ce qu'on peut dire. On n'en sait rien finalement. Tout ce qu'on sait avec certitude, c'est que l'on est sauvé dans l'Eglise catholique fondée par Lui.





images/icones/neutre.gif  ( 620208 )Justement puisque l'on par Anton (2011-12-29 13:17:49) 
[en réponse à 620178]


On n'en sait rien finalement.



alors ayons un préjugé favorable?
n'est-il pas dit paix aux hommes de bonne volonté.


Puisque:

Tout ce qu'on sait avec certitude, c'est que l'on est sauvé dans l'Eglise catholique fondée par Lui.



c'est pour cela qu'il y a cette magnifique encyclique mystici corporis.

Oui nous sommes tous sauvés par Notre Seigneur, Fils unique de Dieu.

images/icones/2a.gif  ( 620218 )eh bien non justement par jejomau (2011-12-29 13:57:05) 
[en réponse à 620208]

nous ne sommes pas tous sauvés par le Seigneur. Nous avons par exemple une certitude avec Judas qui est en enfer.
images/icones/neutre.gif  ( 620220 )Je maintiens par Anton (2011-12-29 14:01:25) 
[en réponse à 620218]

Nous sommes tous sauvés...Dans le sens ou il est venu pour tous nous sauver.
Mais je ne néglige pas votre nuance.

Cordialement.
images/icones/neutre.gif  ( 620134 )le regard acéré de Madiran. par Theonas (2011-12-28 19:46:46) 
[en réponse à 620120]

c'est évidemment Madiran qui a vu juste. Car pourquoi Mrg Ocariz use du terme faillible ( avec des guillemets, soit!), si ce n'est pour faire une sorte de tour de passe-passe sémantique? faire croire que le magistère non infaillible de VII est bel et bien infaillible. c'est de l'enfumage pur et simple qui consiste à faire croire que faillible veut dire provisoire, entaché d'erreur. et croyez moi nombreux sont ceux qui tombent dans le piège. voyez ce prêtre( voire ici l'échange que j'ai eu avec un prêtre victime consentant) avec lequel j'ai discuté. Il croit que faillible veut dire entaché d'erreur.

l'usage restrictif que fait Mrg Ocariz du terme faillible n'a aucune légitimité, il n'avait qu'à dire que l'enseignement de VII sans être couvert par le charisme d'infaillibilité ne doit pas pour autant être considéré comme provisoire ou entaché d'erreur. et effectivement, tout catholique doit avoir un a priori favorable. reste que si l'enseignement n'est pas couvert par le charisme d'infaillibilité il est faillible et donc possiblement faux. mais en usant du terme faillible avec guillemets il crée la confusion, cherche à "infaillibiliser" encore un moment VII. Le vatican est acculé, il n'a plus que des tours de passe-passe pour contourner le débat, empêcher l'inévitable.

les guillemets prouvent que l'on se situe une fois de plus dans un registre sémantique approximatif, dont on espère pouvoir tirer le maximum, un registre qui se prête en fait à la manipulation et le pauvre prêtre avec lequel j'ai discuté est malheureusement tombé dedans. c'est caractéristique du concile Vatican et du magistère postérieur, avec ses formules " Dans un certain sens", "d'une certaine façon" etc qui sont impropres de la clarté et de la précision que l'on en est droit d'attendre de l'autorité suprême. c'est de l'enfumage qu'un esprit rigoureux ne peut accepter.
images/icones/neutre.gif  ( 620140 )que dit le droit canon ? par Aigle (2011-12-28 20:21:38) 
[en réponse à 620103]

Ce débat peut sans doute être éclairé par l'analyse des canons suivants (CIC de 1983):

"Can. 749 - § 1. Le Pontife Suprême, en vertu de sa charge, jouit de l'infaillibilité dans le magistère lorsque, comme Pasteur et Docteur suprême de tous les fidèles auquel il appartient de confirmer ses frères dans la foi, il proclame par un acte décisif une doctrine à tenir sur la foi ou les moeurs.
§ 2. Le Collège des Évêques jouit lui aussi de l'infaillibilité dans le magistère lorsque les Évêques assemblés en Concile OEcuménique exercent le magistère comme docteurs et juges de la foi et des moeurs, et déclarent pour l'Église tout entière qu'il faut tenir de manière définitive une doctrine qui concerne la foi ou les moeurs; ou bien encore lorsque les Évêques, dispersés à travers le monde, gardant le lien de la communion entre eux et avec le successeur de Pierre, enseignant authentiquement en union avec ce même Pontife Romain ce qui concerne la foi ou les moeurs, s'accordent sur un point de doctrine à tenir de manière définitive.
§ 3. Aucune doctrine n'est considérée comme infailliblement définie que si cela est manifestement établi.

Can. 750 - On doit croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la tradition, c'est-à-dire dans l'unique dépôt de la foi confié à l'Église, et qui est en même temps proposé comme divinement révélé par le magistère solennel de l'Église ou par son magistère ordinaire et universel, à savoir ce qui est manifesté par la commune adhésion des fidèles sous la conduite du magistère sacré; tous sont donc tenus d'éviter toute doctrine contraire.

Can. 751 - On appelle hérésie la négation obstinée, après la réception du baptême, d'une vérité qui doit être crue de foi divine et catholique, ou le doute obstiné sur cette vérité; apostasie, le rejet total de la foi chrétienne; schisme, le refus de soumission au Pontife Suprême ou de communion avec les membres de l'Église qui lui sont soumis.

Can. 752 - Ce n'est pas vraiment un assentiment de foi, mais néanmoins une soumission religieuse de l'intelligence et de la volonté qu'il faut accorder à une doctrine que le Pontife Suprême ou le Collège des Évêques énonce en matière de foi ou de moeurs, même s'ils n'ont pas l'intention de la proclamer par un acte décisif; les fidèles veilleront donc à éviter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine.

Can. 753 - Les Évêques qui sont en communion avec le chef du Collège et ses membres, séparément ou réunis en conférences des Évêques ou en conciles particuliers, bien qu'ils ne jouissent pas de l'infaillibilité quand ils enseignent, sont les authentiques docteurs et maîtres de la foi des fidèles confiés à leurs soins; à ce magistère authentique de leurs Évêques, les fidèles sont tenus d'adhérer avec une révérence religieuse de l'esprit.

Can. 754 - Tous les fidèles sont tenus par l'obligation d'observer les constitutions et les décrets que porte l'autorité légitime de l'Église pour exposer la doctrine et proscrire les opinions erronées, et à un titre spécial, ceux qu'édictent le Pontife Romain ou le Collège des Évêques."


J'ai toujours compris que le IIè concile du Vatican n'avait pas adopté de position relevant du canon 749 (l'infaillibilité) mais un enseignement relevant du canon 752 ("Ce n'est pas vraiment un assentiment de foi, mais néanmoins une soumission religieuse de l'intelligence et de la volonté ").

Bref ce qui est demandé à tous ce n'est pas croire mais de soumettre religieusement l'intelligence et la volonté. Nous ne sommes plus dans l'infaillibilité mais nous ne sommes pas dans la libre critique non plus - et loin de là d'ailleurs.

images/icones/1v.gif  ( 620164 )Vous êtes un peu trop légaliste... par Michel (2011-12-28 22:40:04) 
[en réponse à 620140]

Le Droit canonique est très, très souple.
Et le Code de 1983 en particulier.
Je suis très fatigué ce soir, je ne peux pas chercher, mais vous trouveriez des canons (vers les c. 204 et suivants) qui insistent sur les droits des fidèles, y compris celui de faire part à l'autorité de leur désarroi et de leur incompréhension (par exemple lorsque le magistère enseigne des choses apparemment contradictoires).
Et puis il y a aussi les droits des théologiens, qui doivent certes discuter de ces choses avec prudence et retenue, dans des revues spécialisées (pour éviter le scandale des fidèles).
Malheureusement (?...) ces débats ont fini par aboutir sur la place publique : on attend donc (avec tout le respect dû, et une sainte impatience) des éclaircissements de l'autorité.
Les fidèles se trouvent donc devant un conflit entre deux enseignements magistériels apparemment contradictoires.
Ils exercent donc leur droit de baptisés en demandant des éclaircissements, qui sembleraient poser quelques petites difficultés à l'autorité, et qui tardent un peu à venir.
Il est donc normal, cela est juste et bon, qu'ils se posent des questions.
Rien que de très normal donc.
C'est là la dignité de baptisé, si justement mise en valeur par le dernier concile.
Au point de devenir un des axes fondamentaux du nouveau Code.

Michel (canoniste et très fatigué)


P.S. Au passage, le canon 750 et ses collatéraux ont été modifiés par le Motu proprio Ad tuendam fidem.
Il est très bien, ce Motu proprio.
A lire en entier. Ici.







images/icones/hein.gif  ( 620172 )Le fait de poser des questions par Anton (2011-12-29 02:24:42) 
[en réponse à 620164]

Légitimes, dispense-t-il de la réception du Magistère, dans la soumission au successeur de Saint Pierre?

images/icones/neutre.gif  ( 620169 )C'est surprenant comme analyse. par Anton (2011-12-29 01:43:45) 
[en réponse à 620103]


« Le fait, a osé écrire Mgr Ocariz, (1)qu’un acte du Magistère de l’Eglise ne soit pas garanti par le charisme de l’infaillibilité ne signifie pas qu’il puisse être considéré comme “faillible”, au sens où il transmettrait une “doctrine provisoire” ou encore des “opinions autorisées”. »

(2)Or il est au contraire évident que si un acte n’est pas infaillible, il est inévitable de le considérer comme faillible.

Et un acte qui n’est pas « faillible » est évidemment « infaillible ».

Il peut paraître très commode de se retrancher dans l’argument d’autorité. Mais d’une telle acrobatie l’autorité ne sort pas augmentée.



(1) pas garanti par le charisme de l'infaillibilité
(2) Si un acte n'est pas infaillible, il faut le considérer comme faillible...

Il faudrait savoir ce qu'entend exactement Mgr Ocariz par : non garanti par le charisme de l'infaillibilité, si cela s'entend comme l'absence de preuve théologique, cela ne signifie pas nécessairement la faillibilité sur laquelle (2) envoie allègrement.

Une proposition non encore démontrée qui n'est pas garantie par une démonstration(ici théologique) n'est pas nécessairement faillible, il faut attendre la démonstration simplement qui fera la preuve.

Quand les apôtres dirent à Saint Thomas qu'ils avaient vu Notre Seigneur ressuscité, quelle fut son attitude?
Il refusa d'y croire sans preuves.Il voulut des preuves, preuves, qu'il obtint par la suite.
Pourtant ce qui était dit à Thomas était infaillible, mais pour lui il manquait les preuves...a-t-il pour autant dit aux autres que ce qu'ils affirmaient était faillible, car il n'en avait pas la preuve?

Mais en ce qui concerne le Magistère pouvons nous en refuser la réception, devons nous le considérer comme faillible sous prétexte qu'il n'y aurait pas encore de preuve théologique?




images/icones/fleche3.gif  ( 620175 )réception ou acceptation du Concile ? par jejomau (2011-12-29 08:30:22) 
[en réponse à 620169]

Sans le vouloir peut-être, vous avez posé le bon problème auquel a tenté de répondre Mr l'abbé Guillaume de Tanouarn en 2006 : LIEN
images/icones/neutre.gif  ( 620210 )D'autres ont répondu par Anton (2011-12-29 13:31:49) 
[en réponse à 620175]

Avant Monsieur l'abbé de Tanouarn, à ce problème...même s'il a les moyens intellectuels et les connaissances, nécessaires pour développer ce thème.
Mgr Lefebvre lui même en signant tous les textes du concile, n'en aurait-il pas fait la réception?

Monseigneur Lefebvre a fondé son oeuvre dans cet esprit, ce qui permet aujourd'hui à cetains qui ont tout reçu de lui d'avoir cette attitude, et à d'autres de dire que seul deux ou trois pour cent des textes posent des interrogations...Il n'y pas eu de théologien, qui dans la tradition à ce jour furent capable de résoudre le problèmes.

Ils ont constaté des dérives, ont donc évoqué la possibilité que ces dérives proviennent du Magistère...

Mais ces dérives sont elles du Magistère ou de sa mauvaise interprétation, là il n'y a aucune réponse théologique à ce jour.
D'ou la supplique de Mgr Gherardini.

Ensuite les problèmes que connut l'oeuvre de Mgr Lefebvre sont dues à une opposition farouche des modernistes, et à l'erreur dans laquelle il fut conduit...Celle des sacres sans mandat pontifical, et la levée de l'excommunication des évêques en dit long, surtout quand elle fut promulguée par Le pape Benoit XVI.

Cordialement.


images/icones/fleche2.gif  ( 620212 )L'homélie de Benoît XVI, le 8 décembre 1965 par Scrutator Sapientiæ (2011-12-29 13:35:24) 
[en réponse à 620175]

Bonjour et merci à jejomau,

Grâce à vous, dans le même numéro, j'ai découvert cet article :

Objections.

Et l'article en question renvoie à cette homélie du Pape Benoît XVI :

" Chers frères dans l'épiscopat et dans le sacerdoce,
Chers frères et soeurs,

Il y a quarante ans, le 8 décembre 1965, sur l'esplanade de la Basilique Saint-Pierre, le Pape Paul VI concluait solennellement le Concile Vatican II. Il avait été inauguré, selon la volonté de Jean XXIII, le 11 octobre 1962, qui était alors la fête de la Maternité de Marie, et il fut conclu le jour de l'Immaculée. Un cadre marial entoure le Concile. En réalité, il s'agit de beaucoup plus qu'un cadre: c'est une orientation de tout son chemin. Il nous renvoie, comme il renvoyait alors les Pères du Concile, à l'image de la Vierge à l'écoute, qui vit dans la Parole de Dieu, qui conserve dans son coeur les paroles qui viennent de Dieu et, les rassemblant comme dans une mosaïque, apprend à les comprendre (cf. Lc 2, 19.51); il nous renvoie à la grande Croyante qui, pleine de confiance, se remet entre les mains de Dieu, s'abandonnant à sa volonté; il nous renvoie à l'humble Mère qui, lorsque la mission de son Fils l'exige, s'efface et, dans le même temps, à la femme courageuse qui, alors que les disciples s'enfuient, demeure au pied de la croix. Paul VI, dans son discours à l'occasion de la promulgation de la Constitution, conciliaire sur l'Eglise, avait qualifié Marie de "tutrix huius Concilii" - "protectrice de ce Concile" (cf. Oecumenicum Concilium Vaticanum II, Constitutiones Decreta Declarationes, Cité du Vatican 1966, p. 983) et, à travers une allusion au récit de la Pentecôte rapporté par Luc (Ac 1, 12-14), il avait dit que les Pères s'étaient réunis dans la salle du Concile "cum Maria, Matre Iesu" et que, également en son nom, ils en seraient à présent sortis (p. 985).

Dans ma mémoire demeure inscrit de manière indélébile le moment où, en entendant ses paroles: "Mariam Sanctissimam declaramus Matrem Ecclesiae" - "Nous déclarons la Très Sainte Vierge Marie Mère de l'Eglise", les Pères se levèrent spontanément de leurs chaises et applaudirent debout, rendant hommage à la Mère de Dieu, à notre Mère, à la Mère de l'Eglise. De fait, à travers ce titre, le Pape résumait la doctrine mariale du Concile et donnait la clef pour sa compréhension. Marie n'a pas seulement un rapport singulier avec le Christ, le Fils de Dieu qui, comme homme, a voulu devenir son fils. Etant totalement unie au Christ, elle nous appartient également totalement. Oui, nous pouvons dire que Marie est proche de nous comme aucun autre être humain, car le Christ est homme pour les hommes et tout son être est une "présence pour nous". Le Christ, disent les Pères, en tant que Tête, est inséparable de son Corps qui est l'Eglise, formant avec celle-ci, pour ainsi dire, un unique sujet vivant. La Mère du Chef est également la Mère de toute l'Eglise; elle est, pour ainsi dire, totalement expropriée d'elle-même; elle s'est entièrement donnée au Christ et, avec Lui, elle nous est donnée en don à tous. En effet, plus la personne humaine se donne, plus elle se trouve elle-même.

Le Concile entendait nous dire cela: Marie est tellement liée au grand mystère de l'Eglise qu'elle et l'Eglise sont inséparables, tout comme sont inséparables le Christ et elle. Marie reflète l'Eglise, elle l'anticipe dans sa personne, et, dans tous les épisodes douloureux qui frappent l'Eglise qui souffre et qui oeuvre, elle reste toujours l'étoile du salut. C'est elle qui est son centre véritable en qui nous avons confiance, même si bien souvent, ce qui est autour pèse sur notre âme. Le Pape Paul VI, dans le contexte de la promulgation de la Constitution sur l'Eglise, a mis tout cela en lumière à travers un nouveau titre profondément enraciné dans la Tradition, précisément dans l'intention d'illuminer la structure intérieure de l'enseignement sur l'Eglise développé au cours du Concile. Le Concile Vatican II devait s'exprimer sur les composantes institutionnelles de l'Eglise: sur les Evêques et sur le Pontife, sur les prêtres, les laïcs et les religieux dans leur communion et dans leurs relations; il devait décrire l'Eglise en chemin, "qui enferme des pécheurs dans son propre sein, et est donc à la fois sainte et appelée à se purifier..." (Lumen gentium, n. 8). Mais cet aspect "pétrinien" de l'Eglise est inclu dans l'aspect "marial". En Marie, l'Immaculée, nous rencontrons l'essence de l'Eglise d'une manière qui n'est pas déformée. Nous devons apprendre d'elle à devenir nous-mêmes des "âmes ecclésiales", comme s'exprimaient les Pères, pour pouvoir nous aussi, selon la parole de saint Paul, nous présenter "immaculés" devant le Seigneur, tels qu'Il nous a voulus dès le commencement (Col 1, 321; Ep 1, 4).

Mais à présent nous devons nous demander: Qu'est-ce que signifie "Marie l'Immaculée"? Ce titre a-t-il quelque chose à nous dire? La liturgie d'aujourd'hui éclaire pour nous le contenu de cette parole à travers deux grandes images. Il y a tout d'abord le récit merveilleux de l'annonce à Marie, la Vierge de Nazareth, de la venue du Messie. Le salut de l'Ange est tissé de fils de l'Ancien Testament, en particulier du prophète Sophonie. Celui-ci fait voir que Marie, l'humble femme de province qui est issue d'une lignée sacerdotale et qui porte en elle le grand patrimoine sacerdotal d'Israël, est "le saint reste" d'Israël auquel les prophètes, au cours de toutes les périodes de douleurs et de ténèbres, ont fait référence. En elle est présente la véritable Sion, celle qui est pure, la demeure vivante de Dieu. En elle demeure le Seigneur, en elle il trouve le lieu de Son repos. Elle est la maison vivante de Dieu, qui n'habite pas dans des édifices de pierre, mais dans le coeur de l'homme vivant. Elle est le germe qui, dans la sombre nuit d'hiver de l'histoire, jaillit du tronc abattu de David. En elle s'accomplit la parole du Psaume: "La terre a donné son fruit" (67, 7). Elle est le surgeon, duquel dérive l'arbre de la rédemption et des rachetés. Dieu n'a pas essuyé un échec, comme il pouvait sembler au début de l'histoire avec Adam et Eve, ou bien au cours de l'exil à Babylone, et comme il semblait à nouveau à l'époque de Marie, quand Israël était devenu un peuple sans importance dans une région occupée, avec bien peu de signes reconnaissables de sa sainteté. Dieu n'a pas failli. Dans l'humilité de la maison de Nazareth vit l'Israël saint, le reste pur. Dieu a sauvé et sauve son peuple. Du tronc abattu ressurgit à nouveau son histoire, devenant une nouvelle force vive qui oriente et envahit le monde. Marie est l'Israël saint; elle dit "oui" au Seigneur, se met pleinement à sa disposition et devient ainsi le temple vivant de Dieu.

La deuxième image est beaucoup plus difficile et obscure. Cette métaphore, tirée du Livre de la Genèse, nous parle à partir d'une grande distance historique, et ne peut être éclaircie qu'avec beaucoup de peine; ce n'est qu'au cours de l'histoire qu'il a été possible de développer une compréhension plus profonde de ce qui y est référé. Il est prédit qu'au cours de toute l'histoire, la lutte entre l'homme et le serpent se poursuivra, c'est-à-dire entre l'homme et les puissances du mal et de la mort. Cependant, il est également préannoncé que "la lignée" de la femme vaincra un jour et écrasera la tête du serpent, de la mort; il est préannoncé que la lignée de la femme - et en elle la femme et la mère elle-même - vaincra et qu'ainsi, à travers l'homme, Dieu vaincra. Si nous nous mettons à l'écoute de ce texte avec l'Eglise croyante et en prière, alors nous pouvons commencer à comprendre ce qu'est le péché originel, le péché héréditaire, et aussi ce que signifie être sauvergardé de ce péché héréditaire, ce qu'est la rédemption.

Quelle est la situation qui nous est présentée dans cette page? L'homme n'a pas confiance en Dieu. Tenté par les paroles du serpent, il nourrit le soupçon que Dieu, en fin de compte, ôte quelque chose à sa vie, que Dieu est un concurrent qui limite notre liberté et que nous ne serons pleinement des êtres humains que lorsque nous l'aurons mis de côté; en somme, que ce n'est que de cette façon que nous pouvons réaliser en plénitude notre liberté. L'homme vit avec le soupçon que l'amour de Dieu crée une dépendance et qu'il lui est nécessaire de se débarasser de cette dépendance pour être pleinement lui-même. L'homme ne veut pas recevoir de Dieu son existence et la plénitude de sa vie. Il veut puiser lui-même à l'arbre de la connaissance le pouvoir de façonner le monde, de se transformer en un dieu en s'élevant à Son niveau, et de vaincre avec ses propres forces la mort et les ténèbres. Il ne veut pas compter sur l'amour qui ne lui semble pas fiable; il compte uniquement sur la connaissance, dans la mesure où celle-ci confère le pouvoir. Plutôt que sur l'amour, il mise sur le pouvoir, avec lequel il veut prendre en main de manière autonome sa propre vie. Et en agissant ainsi, il se fie au mensonge plutôt qu'à la vérité et cela fait sombrer sa vie dans le vide, dans la mort. L'amour n'est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre. La liberté d'un être humain est la liberté d'un être limité et elle est donc elle-même limitée. Nous ne pouvons la posséder que comme liberté partagée, dans la communion des libertés: ce n'est que si nous vivons d'une juste manière, l'un avec l'autre et l'un pour l'autre, que la liberté peut se développer. Nous vivons d'une juste manière, si nous vivons selon la vérité de notre être, c'est-à-dire selon la volonté de Dieu. Car la volonté de Dieu ne constitue pas pour l'homme une loi imposée de l'extérieur qui le force, mais la mesure intrinsèque de sa nature, une mesure qui est inscrite en lui et fait de lui l'image de Dieu, et donc une créature libre. Si nous vivons contre l'amour et contre la vérité - contre Dieu -, alors nous nous détruisons réciproquement et nous détruisons le monde. Alors nous ne trouvons pas la vie, mais nous faisons le jeu de la mort. Tout cela est raconté à travers des images immortelles dans l'histoire de la chute originelle et de l'homme chassé du Paradis terrestre.

Chers frères et soeurs! Si nous réfléchissons sincèrement sur nous et sur notre sur histoire, nous constatons qu'à travers ce récit est non seulement décrite l'histoire du début, mais l'histoire de tous les temps, et que nous portons tous en nous une goutte du venin de cette façon de penser illustrée par les images du Livre de la Genèse. Cette goutte de venin, nous l'appelons péché originel. Précisément en la fête de l'Immaculée Conception apparaît en nous le soupçon qu'une personne qui ne pèche pas du tout est au fond ennuyeuse; que quelque chose manque à sa vie: la dimension dramatique du fait d'être autonomes; qu'être véritablement hommes comprenne également la liberté de dire non, de descendre au fond des ténèbres du péché et de vouloir agir tout seuls; que ce n'est qu'alors que l'on peut exploiter totalement toute l'ampleur et la profondeur du fait d'être des hommes, d'être véritablement nous-mêmes; que nous devons mettre cette liberté à l'épreuve, également contre Dieu, pour devenir en réalité pleinement nous-mêmes. En un mot, nous pensons au fond que le mal est bon, que nous avons au moins un peu besoin de celui-ci pour faire l'expérience de la plénitude de l'être. Nous pensons que Méphistophélès - le tentateur - a raison lorsqu'il dit être la force "qui veut toujours le mal et qui accomplit toujours le bien" (J.W. v. Goethe, Faust I, 3). Nous pensons que traiter un peu avec le mal, se réserver un peu de liberté contre Dieu est au fond un bien, et peut-être même nécessaire.

Cependant, en regardant le monde autour de nous, nous pouvons voir qu'il n'en est pas ainsi, c'est-à-dire que le mal empoisonne toujours, il n'élève pas l'homme, mais l'abaisse et l'humilie, il ne le rend pas plus grand, plus pur et plus riche, mais il lui cause du mal et le fait devenir plus petit. C'est plutôt cela que nous devons apprendre le jour de l'Immaculée: l'homme qui s'abandonne totalement entre les mains de Dieu ne devient pas une marionnette de Dieu, une personne consentante ennuyeuse; il ne perd pas sa liberté. Seul l'homme qui se remet totalement à Dieu trouve la liberté véritable, l'ampleur vaste et créative de la liberté du bien. L'homme qui se tourne vers Dieu ne devient pas plus petit, mais plus grand, car grâce à Dieu et avec Lui, il devient grand, il devient divin, il devient vraiment lui-même. L'homme qui se remet entre les mains de Dieu ne s'éloigne pas des autres en se retirant dans sa rédemption en privé; au contraire, ce n'est qu'alors que son coeur s'éveille vraiment et qu'il devient une personne sensible et donc bienveillante et ouverte.

Plus l'homme est proche de Dieu et plus il est proche des hommes. Nous le voyons en Marie. Le fait qu'elle soit totalement auprès de Dieu est la raison pour laquelle elle est également si proche de tous les hommes. C'est pourquoi elle peut être la Mère de toute consolation et de toute aide, une Mère à laquelle devant chaque nécessité quiconque peut oser s'adresser dans sa propre faiblesse et dans son propre péché, car elle comprend tout et elle est pour tous la force ouverte de la bonté créatrice. C'est en Elle que Dieu imprime son image, l'image de Celui qui suit la brebis égarée jusque dans les montagnes et parmi les épines et les ronces des péchés de ce monde, se laissant blesser par la couronne d'épine de ces péchés, pour prendre la brebis sur ses épaules et la ramener à la maison. En tant que Mère compatissante, Marie est la figure anticipée et le portrait permanent de son Fils. Nous voyons ainsi que même l'image de la Vierge des Douleurs, de la Mère qui partage la souffrance et l'amour, est une véritable image de l'Immaculée. Son coeur, grâce au fait d'être et de ressentir avec Dieu, s'est agrandi. En Elle, la bonté de Dieu s'est beaucoup approchée et s'approche beaucoup de nous. Ainsi Marie se trouve devant nous comme signe de réconfort, d'encouragement, d'espérance. Elle s'adresse à nous en disant: "Aie le courage d'oser avec Dieu! Essaye! N'aie pas peur de Lui! Aie le courage de risquer avec la foi! Aie le courage de risquer avec la bonté! Aie le courage de risquer avec le coeur pur! Engage-toi avec Dieu, tu verras alors que c'est précisément grâce à cela que ta vie deviendra vaste et lumineuse, non pas ennuyeuse, mais pleine de surprises infinies, car la bonté infinie de Dieu ne se tarit jamais!"

En ce jour de fête, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour le grand signe de sa bonté qu'il nous a donné en Marie, sa Mère et Mère de l'Eglise. Nous voulons le prier de placer Marie sur notre chemin comme une lumière qui nous aide à devenir nous aussi lumière et à porter cette lumière dans les nuits de l'histoire. Amen. "

C'est exactement ce à quoi je pense, quand je dis

- qu'à une période de l'histoire de l'Eglise marquée par la falsification du Concile, malheureusement facile à falsifier,

devrait pouvoir succéder

- une période de l'histoire de l'Eglise qui serait marquée par la rectification du Concile, malheureusement difficile à rectifier.

C'est à peu près dans cet ordre d'idées que je considère que cette rectification doit porter sur tous les sujets, conformément à ce qui serait une herméneutique de la transmission dans la continuité qui serait encore plus courageuse que l'herméneutique pontificale actuelle, car elle serait alors encore plus clarificatrice, consolidatrice et réorientatrice, tout en étant également plus contrariante et dérangeante, y compris du point de vue de bien des évêques.

Bon après-midi.

Scrutator.
images/icones/fleur.gif  ( 620215 )En ce qui me concerne par Anton (2011-12-29 13:46:35) 
[en réponse à 620212]

Je suis persuadé que l'on résoudra tous ces problèmes, quand nous cesseront d'aimer raisonner, et que l'on commencera à raisonner aprés avoir aimé, ou que l'on raisonnera en aimant.

L'attitude d'amour de l'Eglise, ne veut elle pas réception dans la soumission et raisonnement ensuite...

Attitude qui pour moi est celle de Mgr Gherardini, et fut celle de Mgr Lefebvre, mais qui n'est pas nécessairement celles de ceux qui voudraient faire la leçon à l’Église, sans accepter une entière soumission.

Cordialement.
images/icones/fleche2.gif  ( 620227 )Je suis plutôt d'accord, sauf sur la notion de soumission. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-29 14:34:14) 
[en réponse à 620215]

Rebonjour à Anton,

A mes yeux, il n'y a pas antinomie entre l'amour du raisonnement et le raisonnement dans l'amour, mais je ne parle évidemment pas

- de l'amour du raisonnement pour le plaisir de raisonner "en circuit fermé", d'une manière déconnectée des réalités

ni

- du raisonnement dans l'amour qui risque de devenir un raisonnement sans amour, nuisible, ou sur l'amour, stérile.

A mon sens, oui à l'esprit d'analyse respectueux des personnes,

- donc non aux invectives méprisantes à leur égard,

- et non à l'esprit de soumission a priori ou par principe.

Au surplus, la rébellion, la soumission, ne sont, pas plus l'une que l'autre, des conditions ou des garanties de sainteté, car la question est de savoir à quoi l'on décide de résister, et à quoi l'on accepte de se soumettre.

Je suppose que l'on trouve, dans l'histoire de l'Eglise, quelques exemples de rébellion, ou en tous cas de résistance, non à l'Eglise elle-même, mais à certaines erreurs ou à certaines fautes, exemples qui ont fait, en définitive, plus de bien que de mal, à l'Eglise dans son ensemble, ce que l'Eglise, dans quelques cas, a même fini par reconnaître, mais je ne pense pas nécessairement, en écrivant cela, à la période actuelle.

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 620223 )2005 par Aigle (2011-12-29 14:14:08) 
[en réponse à 620212]

Erreur de date : chacun aura corrigé, le saint-Père parlait le 8 décembre 2005, 40 ans après la clôture du concile par le pape Paul VI
images/icones/fleche2.gif  ( 620179 )Un Concile d'autant moins infaillible qu'il est plus falsifiable. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-29 09:36:27) 
[en réponse à 620103]

Bonjour,

I. Ce qui suit ne constitue qu'une hypothèse ; certes, j'ai quelques exemples en tête, susceptibles de venir à l'appui de cette hypothèse, mais je ne suis pas sûr de disposer de suffisamment de temps pour les rédiger, aussi, par modestie, car j'ai conscience de mes limites, et par prudence, car j'ai conscience des limites de mon hypothèse, je vais essayer de rédiger ce qui suit avec le plus de précautions et de précisions possible, quant aux termes utilisés.

II. Mon hypothèse est la suivante : une assez grande partie du corpus textuel du Concile Vatican II est d'autant moins "non faillible" qu'elle est plus falsifiable, y compris par le Concile lui-même.

III. Quand j'écris que le Concile est, au moins partiellement, falsifiable, je ne veux pas dire que sa fausseté globale éventuelle peut être aisément démontrée, mais je veux dire que plusieurs éléments qui le constituent sont falsifiables,

1 - OU BIEN en ce qu'ils sont DEFORMABLES,

A - de par leur mode de rédaction, certes programmatique, mais adogmatique, au sens de

a -non catégorique ni définitif, car pas assez explicitement au-dessus de la conjoncture ou du provisoire,

b - non déterminant ni discriminant, car pas assez explicitement à la fois pour le vrai ET contre le faux,

ce qui nuit à leur autorité intrinsèque ;

ou

B - de par leur mode de réception puis de transmission, au sens où ils sont potentiellement manipulables et dirigeables, mobilisables et orientables, dans des direction potentiellement ambivalentes, voire tendanciellement ou tendancieusement erronées.

2 - OU BIEN en ce qu'ils sont REFUTABLES :

- d'une part, au contact d'une partie du Magistère antérieur au Concile, qui n'annonce pas, ou évoque en des termes différents, voire opposés, des novations marquantes, dont on essaie aujourd'hui de minimiser le caractère interrupteur de la continuité du Magistère,

- d'autre part, au moyen d'extraits du Concile, qui en contredisent d'autres, ou qui se démarquent d'autres,

- enfin, au contact d'une partie du Magistère postérieur au Concile, Magistère fréquemment formulé en fonction du discours à tenir ET du positionnement, notamment confessionnel, du destinataire, face auquel on veut, le plus possible, éviter de contrarier ou de déplaire,

il n'est pas impossible de montrer que le Concile est susceptible d'être mis en présence de ses anomalies ou imprécisions, au point ou au risque d'être REFUTABLE dans son fond, sur telle ou telle question.

IV. Doctrinalement et historiquement, il y a une des premières traces de la FALSIFIABILITE du corpus textuel du Concile, dans le Concile lui-même, plus précisément dans les célèbres notifications faites par le secrétaire général du Concile, au cours de la 125 ème congrégation générale, le 16 novembre 1964, à propos de la portée théologique de la constitution De Ecclesia (Lumen Gentium) et au sujet du sens de la collégialité épiscopale.

V. D'une manière générale, tout texte dont le début est rédigé comme celui qui va suivre, est aisément FALSIFIABLE, au sens de DEFORMABLE ou REFUTABLE, dans la mesure où il se prête aisément aux déformations et aux réfutations au sein de sa mise en forme ou autour de sa mise en oeuvre.

" Face aux nouveautés sans précédent qui caractérisent la conjoncture contemporaine, nouveautés au contact desquelles la charité commande de s'adapter et de se rénover, d'une manière appropriée et en permanence, il convient d'être à la fois ceci et cela, sans exclure d'être plutôt ceci que cela, ni s'interdire d'être plutôt cela que ceci, compte tenu des circonstances, changeantes et mouvantes, et en fonction des contextes, appréhendés dans leur complexité et dans leur diversité.

Cependant...

Néanmoins...

Pour autant...

Toutefois..."

Je ne dis pas que l'ensemble du Concile est rédigé ainsi, mais je dis qu'au Concile, la ligne magistérielle, qui aurait dû et pu être plus rectiligne, a été rendue falsifiable par la ligne rédactionnelle, qui a été et est toujours curviligne.

VI. La question majeure, dans cet ordre d'idées,

- n'est donc pas celle de l'adhésion à ou de la critique de la réaffirmation ecclésiastique contemporaine de la non faillibilité officielle du Concile, ce qui ne lui donne pas davantage d'autorité

- mais est bien celle de sa rectification effective, au vu du fait que sa forme et son fond se prêtent à bien des falsifications, dans les deux sens de ce terme, tel qu'il est employé ici même.

VII. Dans le cadre du présent message, je ne me prononce pas sur des arguments relatifs à tel ou tel texte du Concile ; j'ai déjà dit, pour ma part, dans quelle mesure, pour quelles raisons, il est difficilement envisageable que des textes tels que DV, UR, NA, DH, soient pleinement conformes au Magistère antérieur, sur les sujets dont ils traitent.

VIII. Je me contente juste de poser une question préjudicielle, celle de la falsifiabilité d'un corpus textuel dans lequel il a été prévu et voulu qu'il n'y aurait aucune définition, faisant autorité, accompagnée de la condamnation, faisant autorité, des positions contraires.

Bonne journée.

Scrutator.

PS : j'ajoute ici les points suivants.

1. La question la plus fréquemment posée est celle de la falsifiabilité, le plus souvent au sens de : REFUTATION, du Concile, compte tenu des enseignements doctrinaux antérieurs au Concile.

Mais l'autre preuve de la falsifiabilité, au minimum au sens de : DEFORMATION, du corpus textuel conciliaire, ne réside t-elle pas dans la majorité des expériences pastorales postérieures au Concile ?

En d'autres termes, ce ne sont pas les traditionalistes qui ont le mieux montré l'excédent de falsifiabilité, le déficit d'infaillibilité, en brandissant, dans leur main droite, telle ou telle encyclique de Saint Pie X ou de Pie XII, dans leur main gauche, telle ou telle constitution ou déclaration conciliaire.

Ce sont les "horizontalistes humanitaristes" qui l'ont le mieux montré, non seulement par leurs abus et leurs excès, mais aussi en montrant que le corpus textuel, au minimum de par sa ligne rédactionnelle, est bien plus propice à une falsification d'inspiration "horizontaliste humanitariste" qu'à une rectification d'inspiration traditionnelle.

2. Il me semble que, dans l'état actuel des choses, et par exemple,

- envisager d'organiser une conférence favorable à la conception implicitement inclusiviste, actuellement dominante, du dialogue interreligieux, en prenant appui sur la première partie de NA, n'est pas, pour l'instant, considéré comme contraire à l'interprétation officielle du Concile ;

- envisager d'organiser une conférence favorable à une conception explicitement exclusiviste, actuellement dominée, du dialogue interreligieux, en prenant appui sur le deuxième chapitre de LG, n'est pas, pour l'instant, considéré comme conforme à l'interprétation officielle du Concile.

Sauf, en un sens, dans le document Dominus Iesus, que le Saint-Siège lui-même semble avoir oublié, et qui montre bien A QUEL PRIX le Concile, falsifiable, est rectifiable : au prix d'un dissensus nécessaire et salutaire, avec lequel il devient vraiment urgent de renouer : la Foi catholique comporte ELLE AUSSI des points non négociables, à préciser ou à rappeler, à l'attention du monde entier.
images/icones/hein.gif  ( 620213 )Je rebondis juste sur votre titre par Anton (2011-12-29 13:36:48) 
[en réponse à 620179]

Le prince des ténébres, n'a t'il pas falsifié la parole de Dieu?
La première fois dans le paradis terrestre.
Pourrait-on dire une parole de Dieu d'autant moins infaillible qu'elle est plus falsifiable?

Les juifs ont perverti l'ancien testament, et sa promesse en refusant le messie, la promesse était elle infaillible? peut-on dire:

Une promesse d'autant moins infaillible qu'elle est plus falsifiable?
images/icones/fleche2.gif  ( 620221 )Ce que j'ai essayé de rappeler tient en ceci. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-29 14:07:17) 
[en réponse à 620213]

Bonjour Anton,

Ce que j'ai essayé de rappeler tient en ceci : au Concile, on s'est d'autant moins prémuni vis-à-vis des possibilités de falsification, c'est-à-dire de réfutations ou de déformation ultérieures, que l'on a décidé de recourir à un mode d'expression propice à bien des ambivalences magistérielles.

Si vous lisez telle ou telle encyclique antérieure au Concile, ou, je le reconnais volontiers, telle ou telle encyclique postérieure au Concile, mais rédigée d'une manière comparable à celle que l'on trouve dans Veritatis Splendor, Evangelium Vitae, Fides et Ratio, vous vous trouvez en présence de textes beaucoup moins facilement falsifiables, au sens de : déformables ou réfutables, que les textes promulgués au Concile.

Paul VI voulait la quasi unanimité des évêques, sur et pour chacun des textes du Concile, et il l'a obtenue ; mais bien des contradictions ou imprécisions ont été insérées ou maintenues dans les textes, pour que le plus grand nombre d'évêques possible y puisse y trouver son compte.

Je crois important ou utile de rappeler par ailleurs que le Concile, en lui-même, et indépendamment de toute interprétation déloyale ou partisane, est "plutôt"

- un Concile de "désaffirmation", de mise en retrait d'une certaine forme de radicalité et de spécificité de l'identité et de l'orientation du christianisme catholique, et non un Concile de "réaffirmation" de l'identité et de l'orientation du catholicisme, par rapport aux autres confessions chrétiennes ;

- un Concile de "rattrapage pastoral", et non de "recentrage doctrinal", compte tenu d'un certain "retard", avéré et constaté, ou ressenti et supposé, de l'Eglise catholique, dans son organisation et son fonctionnement, par rapport à certains modes d'organisation et de fonctionnement extérieurs à l'Eglise, et que les Pères du Concile ont cru devoir, ou su pouvoir, envier, puis imiter ou intégrer.

Bon après-midi et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 620225 )bien vu par Aigle (2011-12-29 14:18:36) 
[en réponse à 620221]

votre analyse synthétique présente bien les problèmes posés par ce concile...

Mais ces problèmes conduisent à exiger un effort de reception loyal de la part des clercs et des fidèles - et notamment d'écarter toute interprétation conçues en termes de rupture (ce qui est hélas la méthode adoptée par le progressises et ... certains traditionnalistes) alors que le Saint Père nous invite à une lecture respectueuse fondée sur la réforme dans la continuité si j'ose dire...
images/icones/fleche3.gif  ( 620235 )Pourquoi le Concile.. et pourquoi le "trouble" par jejomau (2011-12-29 15:13:13) 
[en réponse à 620179]

Dès le début, on remarque que ce Concile "chiffonne" Mgr Lefebvre. Quel était le but du Concile ? Voici :

"Dans son Message radiophonique du 11 septembre 1962, le Souverain Pontife Jean XXIII a insisté particulièrement sur deux points.

D’abord, le problème de la paix entre les peuples. Qui n’a point en horreur la guerre ? Qui n’aspire à la paix de toutes ses forces ? L’Église aussi, plus que personne, parce qu’elle est la mère de tous. Par la voix des papes, elle ne cesse de proclamer son amour de la paix, sa volonté de paix, sa collaboration loyale à tout effort sincère en faveur de la paix. Elle travaille de toutes ses forces au rapprochement entre les peuples, à leur compréhension et à leur estime réciproque. Notre assemblée conciliaire n’est-elle pas elle-même le témoignage vivant, le signe visible d’une communauté d’amour fraternelà travers la diversité des races, des nations et des langues ? Nous affirmons l’unité fraternelle des hommes par-dessus les frontières et les civilisations.

En outre, le Souverain Pontife rappelle les exigences de la justice sociale. La doctrine présentée dans l’encyclique Mater et Magistra montre à l’évidence que l’Église est, plus que jamais, nécessaire au monde moderne pour dénoncer les injustices et les inégalités criantes, pour restaurer la vraie hiérarchie des valeurs, rendre la vie plus humaine et plus conforme aux principes de l’Évangile
."


Or voilà la remarque faite par le Supérieur des Spiritains dans sa première intervention, à l'égard des motifs qui sous-tendent la convocation du Concile Vatican II :


"Tout d’abord, il me semble que le temps accordé à l’étude et à l’approbation de ce message n’est pas assez long ; en effet, ce message est du plus haut intérêt.
En second lieu et à mon humble avis, il considère surtout les biens humains et temporels et trop peu les biens spirituels et éternels ; il tient compte surtout du bien de la cité terrestre et trop peu de la Cité céleste vers laquelle nous tendons et pour laquelle nous sommes sur terre. Bien que les hommes attendent de nous, par l’exercice de nos vertus chrétiennes, l’amélioration de leur condition temporelle, combien plus cependant ils désirent, sur cette terre déjà, les biens spirituels et surnaturels.
Il pourrait être parlé davantage de ces biens-ci, puisqu’ils sont les vrais biens, essentiels et éternels, dont nous pouvons et devons jouir dès cette vie sur terre.

En ces biens se trouvent essentiellement la paix et la béatitude"


Mais par ailleurs, les motifs majeurs qui ont amené à la convocation de ce Concile peuvent-ils vraiment engager l'infaillibilité de l'Eglise ? Car de quoi va-t-on traiter ?

- de la paix dans le monde
- de la justice sociale
images/icones/fleche2.gif  ( 620239 )Le message du 20/10/1962 déforme quelque peu l'intention de Jean XXIII. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-29 16:04:52) 
[en réponse à 620235]

Rebonjour jejomau,

Je n'ai pas retrouvé sur internet le texte du message de Jean XXIII du 11 septembre 1962, texte dont je dispose par ailleurs, mais j'ai retrouvé son célèbre discours du 11 octobre 1962 ; la déformation de l'intention initiale officielle de Jean XXIII, par le Message du Concile au monde du 20 octobre 1962, en l'occurrence la déformation par augmentation de certaines priorités, sociales ou temporelles, et par diminution d'autres priorités, morales ou spirituelles, n'est pas tout à fait évidente, si l'on considère le message du 11 septembre, mais est vraiment importante, si l'on examine celui du 11 octobre.

Discours d'ouverture du Concile, le 11 octobre 1962 :

" Vénérables frères,

Notre sainte Mère l'Eglise est dans la joie. Par une faveur particulière de la divine Providence, le jour si attendu est arrivé où, sous la protection de la sainte Mère de Dieu dont nous fêtons aujourd'hui la Maternité, s'ouvre solennellement, auprès du tombeau de saint Pierre, le IIe Concile oecuménique du Vatican.

LES CONCILES OECUMÉNIQUES DANS L'EGLISE

Tous les Conciles qui se sont célébrés au cours des temps — aussi bien les vingt Conciles oecuméniques que les innombrables Conciles provinciaux et régionaux, importants eux aussi — attestent clairement la vitalité de l'Eglise catholique et sont comme des flambeaux jalonnant son histoire.

L'humble Successeur du Prince des apôtres qui vous parle, le dernier en date, a voulu en convoquant ces importantes assises donner une nouvelle affirmation du magistère ecclésiastique toujours vivant et qui continuera jusqu'à la fin des temps. Par le Concile, en tenant compte des erreurs, des besoins et des possibilités de notre époque, ce magistère sera présenté aujourd'hui d'une façon extraordinaire à tous les hommes qui vivent sur la terre.

En ouvrant ce Concile universel, il est bien naturel que le Vicaire du Christ qui vous parle jette un regard vers le passé et écoute les échos vivants et réconfortants qui en proviennent. Il aime évoquer le souvenir des Souverains Pontifes si méritants, des temps lointains et récents, qui ont transmis le témoignage de ces voix graves et vénérables que furent les Conciles d'Orient et d'Occident, du IVe siècle au Moyen Age et jusqu'à notre époque. Avec une constante ferveur, ils ont proclamé le triomphe de cette société à la fois divine et humaine qu'est l'Eglise du Christ, laquelle a reçu du divin Rédempteur son nom, son sens et le don de la grâce.

Si ce sont là des motifs de joie spirituelle, nous ne pouvons cependant pas oublier les souffrances et les épreuves de toutes sortes qui, pendant dix-neuf siècles ont obscurci cette histoire. La prophétie que fit autrefois à Marie le vieillard Siméon s'est réalisée et elle continue à se réaliser : « Vois! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction. » (Luc, 2, 34.) Et Jésus lui-même, lorsqu'il fut devenu adulte, annonça clairement par ces paroles mystérieuses qu'au cours des temps les hommes feraient preuve d'hostilité à son égard : « Qui vous écoute m'écoute ». (Ibid., 10, 16.) Et aussi : « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. » (Ibid., 11, 23.)

Les graves problèmes posés au genre humain depuis près de vingt siècles restent les mêmes. Jésus-Christ reste en effet toujours au centre de l'histoire et de la vie: les hommes, ou bien sont avec lui et avec son Eglise, et alors ils jouissent de la lumière, de la bonté, de l'ordre et de la paix; ou bien vivent sans lui, agissent contre lui ou demeurent délibérément hors de son Eglise, et alors ils connaissent la confusion, la dureté dans leurs rapports entre eux et le risque de guerres sanglantes.

Les Conciles oecuméniques, chaque fois qu'ils se réunissent, affirment solennellement cette union avec le Christ et son Eglise, ils font resplendir à tous les horizons la lumière de la vérité, ils orientent vers le bon chemin la vie des individus, des familles et des sociétés, ils suscitent et affermissent les énergies spirituelles et élèvent sans cesse les âmes vers les biens authentiques et éternels.

Nous avons devant les yeux les témoignages de ce magistère extraordinaire de l'Eglise que sont les Conciles oecuméniques lorsque nous regardons les différentes époques qui se sont succédé au cours des vingt siècles de l'histoire chrétienne. Leurs documents sont recueillis dans d'imposants et nombreux volumes et ils constituent un trésor sacré qui est gardé dans les archives de Rome et dans les bibliothèques les plus célèbres du monde entier.

ORIGINE ET MOBILE DU IIe CONCILE OECUMÉNIQUE DU VATICAN

Pour ce qui est de l'origine et des mobiles de ce grand événement, pour lequel il Nous a plu de vous convoquer ici, qu'il suffise de réaffirmer l'humble témoignage de Notre expérience personnelle: la première idée de ce Concile Nous est venue d'une façon tout à fait imprévue; ensuite, Nous l'avons exprimée avec simplicité devant le Sacré-Collège des cardinaux réuni en la basilique de Saint-Paul hors les murs en cet heureux jour du 25 janvier 1959, fête de la conversion de saint Paul. Les âmes de ceux qui étaient présents furent aussitôt frappées comme par un éclair de lumière céleste, les yeux et les visages de tous reflétaient la douce émotion qu'ils ressentaient. Tout de suite, on se mit au travail avec ardeur dans le monde entier et tout le monde commença à attendre avec ferveur la célébration du Concile.

Pendant trois années, on a travaillé à son active préparation, afin de connaître d'une façon plus ample et approfondie en quelle estime est tenue la foi en notre époque, de s'enquérir de la pratique religieuse et de la vitalité du monde chrétien, spécialement du monde catholique.

Ce temps de la préparation du Concile oecuménique Nous apparaît à juste titre comme un premier signe et un premier don de la grâce céleste.

Les lumières de ce Concile seront pour l'Eglise, Nous l'espérons, une source d'enrichissement spirituel. Après avoir puisé en lui de nouvelles énergies, elle regardera sans crainte vers l'avenir. En effet, lorsque auront été apportées les corrections qui s'imposent et grâce à l'instauration d'une sage coopération mutuelle, l'Eglise fera en sorte que les hommes, les familles, les nations tournent réellement leurs esprits vers les choses d'en-haut.

La célébration de ce Concile nous fait donc un devoir d'exprimer notre reconnaissance envers Celui de qui viennent tous les biens et de proclamer en un chant joyeux la gloire du Christ Notre-Seigneur, Roi glorieux et immortel des siècles et des nations.

L'OPPORTUNITÉ DE LA CÉLÉBRATION DU CONCILE

Sur ce point, vénérables frères, il est une autre chose sur laquelle il est bon d'attirer votre attention. Pour que soit plus complète la sainte joie qui en cette heure solennelle remplit nos coeurs, qu'il Nous soit permis de dire devant cette grande assemblée que ce Concile oecuménique s'ouvre dans des circonstances particulièrement favorables.

Il arrive souvent que dans l'exercice quotidien de Notre ministère apostolique Nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu'enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés; ils se conduisent comme si l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d'autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les moeurs et la juste liberté de l'Eglise.

Il Nous semble nécessaire de dire Notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin.

Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l'Eglise, même les événements contraires.

On peut facilement en faire la constatation, si on considère attentivement les très graves questions et controverses actuelles d'ordre politique et économique. Elle préoccupent tellement les hommes qu'elles les empêchent de penser aux choses religieuses qui ressortent du magistère de l'Eglise. Cette attitude n'est certainement pas bonne et elle doit être réprouvée. Personne cependant ne peut nier que les nouvelles conditions de vie ont au moins cet avantage d'avoir supprimé d'innombrables obstacles par lesquels autrefois les fils du siècle entravaient la liberté d'action de l'Eglise. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur l'histoire de l'Eglise pour voir tout de suite avec évidence que les Conciles oecuméniques eux-mêmes, dont les vicissitudes sont inscrites en lettres d'or dans les fastes de l'Eglise, ont souvent connu de graves difficultés et des motifs de tristesse à cause de l'intrusion du pouvoir civil. Ces princes séculiers se proposaient certes parfois sincèrement de protéger l'Eglise; mais la plupart du temps cela ne se faisait pas sans dangers ni dommages pour le spirituel, car ils étaient bien souvent poussés par des motifs politiques et trop soucieux de leurs propres intérêts.

Il est vrai qu'aujourd'hui Nous avouons éprouver une peine très vive à cause de l'absence parmi vous d'un grand nombre d'évêques qui Nous sont très chers et qui, à cause de leur foi dans le Christ, sont en prison ou bien empêchés d'autre manière. Cela nous incite prier pour eux avec ferveur. Cependant, c'est avec espérance et un grand réconfort que Nous le constatons: aujourd'hui l'Eglise, enfin libérée de tous les obstacles profanes d'autrefois, peut depuis cette basilique vaticane, comme d'un second Cénacle, faire entendre par vous sa voix pleine de majesté et de gravité.

LA PRINCIPALE TÂCHE DU CONCILE : DÉFENDRE ET PROMOUVOIR LA DOCTRINE

Ce qui est très important pour le Concile oecuménique, c'est que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté d'une façon plus efficace.

Cette doctrine embrasse l'homme tout entier, dans son corps et dans son âme, et elle nous demande d'être sur terre des pèlerins en route vers la patrie céleste.

Nous voyons par là que cette vie mortelle doit s'orienter de telle façon que, en accomplissant nos devoirs à l'égard de la cité terrestre et de la cité céleste, nous puissions parvenir à la fin que Dieu a voulue pour nous. Cela veut dire que tous les hommes, soit individuellement, soit collectivement, ont le devoir de tendre constamment et pendant toute leur vie à l'obtention des biens célestes. Et l'usage qu'ils font des choses de la terre doit être ordonné à cette fin, en veillant à ce que les biens temporels ne mettent pas en danger leur bonheur éternel.

Le Christ Notre-Seigneur ne nous a-t-il pas dit : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice » ? (Matth., 6, 33.) « D'abord », cela veut dire que nos énergies et nos pensées doivent tendre avant tout à cela. Cependant, il ne faut pas oublier ce que le Seigneur nous dit ensuite : « Et tout le reste vous sera donné par surcroît. » (Ibid.) Il y a toujours eu et il y a encore dans l'Eglise des gens qui, tout en aspirant de toutes leurs forces à la perfection évangélique, se rendent en même temps utiles à la société. Leur vie exemplaire et leurs actes de charité sont en effet une grande force et un important facteur de développement pour ce qu'il y a de plus haut et de puis noble dans la société humaine.

Puisque cette doctrine embrasse les multiples domaines de l'activité humaine, individuelle, familiale et sociale, il est nécessaire avant tout que l'Eglise ne détourne jamais son regard de l'héritage sacré de vérité qu'elle a reçu des anciens. Mais il faut aussi qu'elle se tourne vers les temps présents, qui entraînent de nouvelles situations, de nouvelles formes de vie et ouvrent de nouvelles voies à l'apostolat catholique.

C'est pour cette raison que l'Eglise n'est pas restée indifférente devant les admirables inventions du génie humain et les progrès de la science dont nous profitons aujourd'hui, et qu'elle n'a pas manqué de les estimer à leur juste valeur. Mais en suivant attentivement ces développements, elle n'oublie pas d'avertir les hommes que, par delà l'aspect visible des choses, ils doivent regarder vers Dieu, source de toute sagesse et de toute beauté. Eux à qui il a été dit : « Soumettez la terre et dominez-la » (cf. Gen., 1, 28), ne doivent en effet jamais oublier ce grave commandement : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul. » (Matth., 4, 10; Luc, 4, 8.) Ils éviteront ainsi que la fascination passagère des choses matérielles ne nuise au véritable progrès.

COMMENT PROMOUVOIR LA DOCTRINE À NOTRE ÉPOQUE

Ces choses étant dites, vénérables frères, il est possible de voir avec suffisamment de clarté la tâche qui attend le Concile sur le plan doctrinal.

Le XXIe Concile oecuménique — qui bénéficiera de l'aide efficace et très appréciable d'experts en matière de science sacrée, de pastorale et de questions administratives — veut transmettre dans son intégrité, sans l'affaiblir ni l'altérer, la doctrine catholique qui, malgré les difficultés et les oppositions, est devenue comme le patrimoine commun des hommes. Certes, ce patrimoine ne plaît pas à tous, mais il est offert à tous les hommes de bonne volonté comme un riche trésor qui est à leur disposition.

Cependant, ce précieux trésor nous ne devons pas seulement le garder comme si nous n'étions préoccupés que du passé, mais nous devons nous mettre joyeusement, sans crainte, au travail qu'exige notre époque, en poursuivant la route sur laquelle l'Eglise marche depuis près de vingt siècles.

Nous n'avons pas non plus comme premier but de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine de l'Eglise, et donc de répéter plus abondamment ce que les Pères et les théologiens anciens et modernes ont déjà dit. Cette doctrine, Nous le pensons, vous ne l'ignorez pas et elle est gravée dans vos esprits.

En effet, s'il s'était agi uniquement de discussions de cette sorte, il n'aurait pas été besoin de réunir un Concile oecuménique. Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est l'adhésion de tous, dans un amour renouvelé, dans la paix et la sérénité, à toute la doctrine chrétienne dans si plénitude, transmise avec cette précision de termes et de concepts qui a fait la gloire particulièrement du Concile de Trente et du premier Concile du Vatican. Il faut que, répondant au vif désir de tous ceux qui sont sincèrement attachés à tout ce qui est chrétien, catholique et apostolique, cette doctrine soit plus largement et hautement connue, que les âmes soient plus profondément imprégnées d'elle, transformées par elle. Il faut que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être respectée fidèlement, soit approfondie et présentée de la façon qui répond aux exigences de notre époque. En effet, autre est le dépôt lui-même de la foi, c'est-à-dire les vérités contenues dans notre vénérable doctrine, et autre est la forme sous laquelle ces vérités sont énoncées, en leur conservant toutefois le même sens et la même portée. Il faudra attacher beaucoup d'importance à cette forme et travailler patiemment, s'il le faut, à son élaboration; et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral.

COMMENT RÉPRIMER LES ERREURS

Au moment où s'ouvre ce IIe Concile oecuménique du Vatican, il n'a jamais été aussi manifeste que la vérité du Seigneur demeure éternellement. En effet, dans la succession des temps, nous voyons les opinions incertaines des hommes s'exclure les unes le autres, et bien souvent à peine les erreurs sont-elles nées qu'elles s'évanouissent comme brume au soleil.

L'Eglise n'a jamais cessé de s'opposer à ces erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd'hui, l'Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine. Certes, il ne manque pas de doctrines et d'opinions fausses, de dangers dont il faut se mettre en garde et que l'on doit écarter; mais tout cela est si manifestement opposé aux principes d'honnêteté et porte des fruits si amers, qu'aujourd'hui les hommes semblent commencer à les condamner d'eux-mêmes. C'est le cas particulièrement pour ces manières de vivre au mépris de Dieu et de ses lois, en mettant une confiance exagérée dans le progrès technique, en faisant consister la prospérité uniquement dans le confort de l'existence. Les hommes sont de plus en plus convaincus que la dignité et la perfection de la personne humaine sont des valeurs très importantes qui exigent de rudes efforts. Mais ce qui est très important, c'est que l'expérience a fini par leur apprendre que la violence extérieure imposée aux autres, la puissance des armes, la domination politique ne sont pas capables d'apporter une heureuse solution aux graves problèmes qui les angoissent.

L'Eglise catholique, en brandissant par ce Concile oecuménique le flambeau de la vérité religieuse au milieu de cette situation, veut être pour tous une mère très aimante, bonne, patiente, pleine de bonté et de miséricorde pour ses fils qui sont séparés d'elle. A l'humanité accablée sous le poids de tant de difficultés, elle dit comme saint Pierre au pauvre qui lui demandait l'aumône : « De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus-Christ, le Nazaréen, marche. » (Actes, 3, 6.) Certes, l'Eglise ne propose pas aux hommes de notre temps des richesses périssables, elle ne leur promet pas non plus le bonheur sur la terre, mais elle leur communique les biens de la grâce qui élèvent l'homme à la dignité de fils de Dieu et, par là, sont d'un tel secours pour rendre leur vie plus humaine en même temps qu'ils sont la solide garantie d'une telle vie. Elle ouvre les sources de sa doctrine si riche, grâce à laquelle les hommes, éclairés de la lumière du Christ, peuvent prendre pleinement conscience de ce qu'ils sont vraiment, de leur dignité et de la fin qu'ils doivent poursuivre. Et enfin, par ses fils, elle étend partout l'immensité de la charité chrétienne, qui est le meilleur et le plus efficace moyen d'écarter les semences de discorde, de susciter la concorde, la juste paix et l'unité fraternelle de tous.

FAIRE GRANDIR L'UNITÉ DE LA FAMILLE CHRÉTIENNE ET HUMAINE

Si l'Eglise a le souci de promouvoir et de défendre la vérité, c'est parce que, selon le dessein de Dieu, « qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim., 2, 4), sans l'aide de la vérité révélée tout entière, les hommes ne peuvent parvenir à l'absolue et ferme unité des âmes à laquelle sont liés toute vraie paix et le salut éternel.

Mais cette unité visible dans la vérité, la famille des chrétiens tout entière ne l'a encore malheureusement pas atteinte pleinement et complètement. Cependant, l'Eglise catholique estime que son devoir est de faire tous ses efforts pour que s'accomplisse le grand mystère de cette unité que Jésus-Christ, à l'approche de son sacrifice, a demandée à son Père dans une ardente prière; et elle éprouve une douce paix à savoir qu'elle est étroitement unie à ces prières du Christ. Elle se réjouit même sincèrement de voir que ces prières ne cessent de multiplier leurs fruits abondants et salutaires, même parmi ceux qui vivent hors de son sein. En effet, à bien considérer cette unité que Jésus-Christ a implorée pour son Eglise, on voit qu'elle resplendit d'une triple lumière céleste et bienfaisante l'unité des catholiques entre eux, qui doit rester extrêmement ferme et exemplaire; l'unité de prières et de voeux ardents qui traduisent l'aspiration des chrétiens séparés du Siège apostolique à être réunis avec nous; l'unité enfin d'estime et de respect à l'égard de l'Eglise catholique, manifestée par ceux qui professent diverses formes de religion encore non chrétiennes.

C'est un sujet de profonde tristesse de voir que la majeure partie du genre humain — bien que tous les hommes qui viennent en ce monde soient rachetés par le Sang du Christ — ne participe encore pas aux sources de grâce qui résident dans l'Eglise catholique. C'est pourquoi on peut à bon droit appliquer à l'Eglise catholique — dont la lumière éclaire toutes choses et dont la force surnaturelle d'unité profite à toute la famille humaine — ces nobles paroles de saint Cyprien : « L'Eglise, baignée de lumière divine, rayonne dans tout l'univers; et pourtant, c'est une seule et même lumière qui diffuse partout sa clarté sans rompre l'unité du corps. Ses rameaux féconds s'étendent sur toute la terre, ses eaux coulent toujours plus abondamment et plus loin et, cependant, il n'y a qu'une seule tête, une seule origine, une seule mère si richement féconde. C'est de son sein que nous sommes nés, de son lait que nous sommes nourris, de son esprit que nous vivons. » (De Catholicae Ecclesiae Unitate, 5.)

Vénérables frères, voilà ce que se propose le IIe Concile oecuménique du Vatican. En unissant les forces majeures de l'Eglise, et en travaillant à ce que l'annonce du salut soit accueillie plus favorablement par les hommes, il prépare en quelque sorte et il aplanit la voie menant à l'unité du genre humain, fondement nécessaire pour faire que la cité terrestre soit à l'image de la cité céleste « qui a pour roi la vérité, pour loi la charité et pour mesure l'éternité ». (Saint Augustin, Ep. CXXXVIII, 3.)

CONCLUSION

Vénérables frères dans l'épiscopat, « Nous vous avons parlé en toute liberté ». (2 Cor., 6, 11.) Nous voilà rassemblés dans cette basilique vaticane, pivot de l'histoire de l'Eglise, et où maintenant le ciel et la terre sont étroitement unis auprès du tombeau de saint Pierre et de tant de Nos saints Prédécesseurs, dont les cendres, en cette heure solennelle, semblent animées d'un mystérieux frémissement d'allégresse.

Le Concile qui vient de s'ouvrir est comme une aurore resplendissante qui se lève sur l'Eglise, et déjà les premiers rayons du soleil levant emplissent nos coeurs de douceur. Tout ici respire la sainteté et porte à la joie. Nous voyons des étoiles rehausser de leur éclat la majesté de ce temple, et ces étoiles, comme l'apôtre Jean nous en donne le témoignage (Apoc., 1, 20), c'est vous. Avec vous, Nous voyons briller autour du tombeau du Prince des apôtres comme des chandeliers d'or, ce sont les Eglises qui vous sont confiées (ibid.). Nous voyons aussi de hauts dignitaires qui sont venus à Rome de tous les continents pour représenter leurs pays. Tous, ils sont ici dans une attitude de respect et d'attente bienveillante.

On peut donc dire que le ciel et la terre s'unissent pour célébrer le Concile: les saints, pour protéger nos travaux ; les fidèles, pour continuer à prier avec ferveur; et vous tous, pour vous mettre à l'oeuvre avec ardeur, en obéissant aux inspirations de l'Esprit-Saint, afin que vos travaux répondent pleinement aux voeux et aux besoins des divers peuples. Cela requiert de vous paix et sérénité de coeur, concorde fraternelle, pondération dans les propositions, dignité dans les discussions, et sagesse dans toutes les décisions.

Fasse Dieu que vos travaux et vos efforts, vers lesquels convergent non seulement les regards des peuples, mais l'espoir du monde entier, répondent pleinement à ce que l'on en attend. Dieu tout-puissant, c'est en vous et non en nos faibles forces que nous mettons toute notre confiance. Regardez avec bonté ces pasteurs de votre Eglise. Que la lumière de votre grâce nous assiste dans les décisions à prendre comme dans les lois à établir; et daignez exaucer les prières que nous vous adressons d'une même foi, d'une même voix, d'un même coeur.

Ô Marie, secours des chrétiens, secours des évêques, qui Nous avez donné tout récemment une preuve particulière de votre amour dans la basilique de Lorette où il Nous a plu de vénérer le mystère de l'Incarnation, faites que tout s'achemine vers des réalisations heureuses et prospères. Avec saint Joseph, votre époux, les apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Jean-Baptiste et saint Jean l'évangéliste, intercédez pour nous.

A Jésus-Christ, notre Rédempteur très aimant, au Roi immortel des peuples et des temps, amour, puissance et gloire dans les siècles des siècles. Amen. "

Bonne fin d'après-midi et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 620241 )merci pour ce texte par jejomau (2011-12-29 16:22:54) 
[en réponse à 620239]

Jean XXIII affirme vraiment vouloir faire en sorte que ce XXI° Concile ait pour "principale tâche que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit conservé et présenté de façon plus efficace".

1) Le dépôt sacré de la doctrine chrétienne a-t-il été bien conservé ?

2) ou.. s'il n'y a pas de doute à cet égard.. A-t-il été présenté de façon plus efficace ?


Au fond, ce sont les deux questions que l'on se pose aujourd'hui, non ?

Dans le premier cas, l'infaillibilité est remise en question. Dans le deuxième cas, c'est "son ouverture au monde" (la méthode) qui pose problème et non son infaillibilité.

images/icones/find.gif  ( 620244 )priez beaucoup pour nos frères chrétiens serbes par jejomau (2011-12-29 16:43:09) 
[en réponse à 620239]

Regardez ce qui reste de ceux sur qui s'est brisé l'empire ottoman. Honte à nous . Honte à la France. Les ennemis des serbes veulent transformer cette terre chrétienne en terre d'Islam. Les églises sont brûlées. MAIS ils résistent.

"nous avons besoin de votre aide"