Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 619522 )Renouveau arabe versus Restauration islamiste. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-21 08:22:24) 

Bonjour à tous,

Voici un article que je vous communique, à toutes fins utiles :

La charia est en contradiction avec le printemps arabe.

" L’Histoire, ce n’est pas uniquement un enchaînement d’événements, une chronologie de faits et de dates. C’est une mise en perspective qui permet de replacer les événements dans un contexte plus large, historique mais aussi théologique. C’est pourquoi je pense qu’on ne peut comprendre le Printemps arabe et les récents événements sur lesquels il a débouché sans cette prise de recul. Seule une lecture élargie de l’histoire des pays arabes et de l’évolution de cette civilisation peut nous permettre de décrypter les enjeux majeurs nés des récentes révolutions. Surtout : il faut savoir d’où vient l’islam pour comprendre en quoi, aujourd’hui, il se trouve à la croisée des chemins. Et pour cela, il faut remonter à Mohammed et à son message originel. Celui qu’il a délivré à la Mecque et qui, à l’époque, était un message d’ouverture, de tolérance et de profonde spiritualité. Ce n’est qu’après que, ce message n’ayant pas été suffisamment entendu, Mohammed s’est déplacé à Médine pour y fonder une société où le religieux devenait indissociable du politique, du social, du culturel et du militaire. C’est à ce moment-là que l’islam, qui n’était que religion, est devenu système englobant. Ce qu’il est toujours resté depuis.

De l’islam à l’islamisme
Pour comprendre comment on est passé d’une religion à un système totalitaire, il faut revenir aux trois décisions majeures qui ont été prises aux IXe et Xe siècles concernant le Coran et sa lecture car ce sont elles qui ont eu pour effet de fossiliser l’islam ; de le figer dans une interprétation définitive des textes religieux qui prévaut aujourd’hui encore. La première de ces décisions historiques survient aux alentours de 830, sous le règne des Abbassides, lorsque les rationalistes de l’époque proposent de penser l’islam dans une structure philosophique, ce qui leur vaut d’être contrés très violemment par une ligne de pensée qui démarre à cette époque et se poursuit jusqu’à l’arrivée des Frères musulmans, en 1928. Celle-ci vise à contrer toute réflexion critique sur le Coran, tout questionnement et donc, toute ouverture de l’Islam. Jusqu’à ce que se pose cette question essentielle : le Coran est-il créé ou incréé ? S’il est créé, on peut le passer à l’analyse et à la critique textuelle. S’il est incréé, il est intouchable. On décide alors que le Coran est incréé, ce qui a pour effet de figer le texte dans une lecture indiscutable à prendre au pied de la lettre. Le deuxième événement déterminant dans l’histoire de cette religion intervient au siècle suivant lorsqu’il est décidé que les textes médinois abrogeaient les textes mecquois. C’est ainsi que les plus beaux versets du prophète – ceux affirmant qu’il n’existe pas de contrainte en religion comme ceux préconisant de fraterniser avec les autres croyants, notamment les chrétiens et les juifs… – ont disparu. Surtout, le fait de privilégier la version médinoise du Coran a enfermé l’Islam dans un exclusivisme, dans une intolérance qui a marqué toute son histoire, du Xe siècle à nos jours. Troisième décision prise à la même époque : l’interdit de penser. On a décrété que la porte de “l’ijtihad” – de l’effort intellectuel, de la réflexion critique – était “fermée”. Autrement dit, on ne devait plus réfléchir et s’interroger. On ne devait qu’obéir fidèlement à ce qui avait été écrit. Voilà comment l’islam s’est bloqué dans ce système qui a fait condamner tous les intellectuels de façon systématique. Voilà comment l’islam est devenu l’Islamisme.

Le politiquement correct
Les Frères musulmans sont dans la droite ligne de ces décisions historiques. C’est pourquoi il est essentiel de connaître ce background historique pour comprendre les suites du Printemps arabe, notamment en Egypte où ce mouvement est extrêmement puissant. Seule cette perspective historique peut expliquer le déferlement de cet Islam intégriste et les réactions de rejet qu’il suscite auprès de l’immense majorité des intellectuels musulmans qui disent : “non, l’islam ce n’est pas cela !” en référence au message originel de Mohammed. Celui du Coran de la Mecque. D’où la question essentielle qui se pose aujourd’hui : peut-on faire marche arrière et abolir ces trois décisions qui, il y a des siècles, ont figé le Coran et interdit qu’on l’analyse, qu’on l’interprète, qu’on le discute ? De ces interdits historiques découle la chape de plomb qui pèse aujourd’hui sur les musulmans et fait que toute personne – intellectuel musulman, journaliste chrétien, athée… – qui remet ce discours traditionnel en question se voit menacée de mort.

C’est une guerre contre la liberté de penser dans laquelle l’Europe est prise dans un piège : celui du politiquement correct qui consiste à lui interdire, à elle aussi, toute critique de l’Islam, alors qu’il y est de bon ton de critiquer l’Eglise, de focaliser sur son histoire noire, celle des croisades et de l’Inquisition. Qu’une mosquée soit attaquée et on assiste à une véritable levée de boucliers, à un élan d’indignation en France. Mais des dizaines d’églises sont attaquées et brûlées au Proche-Orient et cela ne suscite pas la moindre réaction dans la presse occidentale. C’est en raison de cette inégalité de traitement que je suis devenu politiquement incorrect : par souci de vérité et d’authenticité. Parce que je m’oppose à cette lâcheté occidentale qui consiste à accepter certaines choses et à en refuser d’autres sur des critères qui ne sont pas ceux de la réalité.

Le Printemps arabe
Dans chaque pays, le Printemps arabe a ses caractéristiques propres. En Tunisie, ce sont les démocrates qui ont fait éclater la révolution. Des jeunes épris d’un idéal de liberté et de justice. En Egypte aussi. Mais quatre jours après qu’elle a débuté, les islamistes s’en sont emparés. Ils ont fait venir un cheikh, un ténor de l’islamisme, qui a écarté les jeunes révolutionnaires démocrates du podium et monopolisé la parole. Même chose en Tunisie où les islamistes d’Ennahda ont ravi le pouvoir aux révolutionnaires de la première heure.
En Libyen, la révolution aura été pour l’Europe une simple opération d’économie politique puisqu’il est évident que l’intervention de l’Otan y a uniquement été motivée par les intérêts économiques de l’Occident, et plus précisément par le pétrole libyen qui est sans doute le plus pur du monde.

Voilà pourquoi j’ai la conviction que ces révolutions sont manipulées par les médias qui y dépeignent une intervention uniquement motivée par des principes de liberté et de démocratie alors que ce qui a surtout poussé l’Occident à intervenir, ce sont ses intérêts économiques. Tout comme les Etats-Unis qui ont de magnifiques principes mais dont l’action est en complète contradiction avec ces mêmes principes dès lors qu’il est question d’enjeux économiques. Ce qui explique que l’Europe dialogue avec les Frères musulmans et que les seuls invités à l’ambassade américaine du Caire aient été ces mêmes Frères musulmans.

Pragmatisme politique
Il existe, entre les gouvernements européens et les islamistes, une sorte de gentlemen agreement qui explique qu’une certaine dimension de la politique française soutient l’intégrisme musulman depuis des années, pour des raisons économiques. Parce que l’Occident et les Etats-Unis dialoguent avec le plus fort suivant une logique de pur pragmatisme politique, ce qui est absolument révoltant. Je m’insurge contre cette forme de pragmatisme politique en contradiction totale avec les principes d’une nation.

De même, je ne peux pas croire que la France, avec ses instituts d’analyse politique, ses experts et ses diplomates, n’avait pas prévu la suite de ces révolutions. Elle savait parfaitement que la seule alternative crédible aux dictatures passées serait l’islamisme. De même que l’Europe tout entière savait que la chute des régimes en place déboucherait sur ces prises de pouvoir. Elle savait que, s’ils parvenaient à se débarrasser d’une dictature militaire, ces pays tomberaient dans une dictature islamique. Elle savait et elle a laissé faire au nom de ce même pragmatisme politique.

La charia
La charia – la loi islamique – est désormais la source principale de la loi en Egypte. Autrefois c’était seulement une des sources, mais Sadate en a fait la source principale de la législation, ce qui constitue un autre sujet tabou, en Egypte comme en Occident, le discours officiel voulant qu’il existe autant de charias que de façons de l’appliquer, etc. Mais ces révolutions vont nous contraindre à sortir du mutisme pour affronter les doubles discours qui se multiplient chez les islamistes au pouvoir.

Il existe un verset merveilleux du Coran qui dit “Pas de contrainte en religion”. Il existe. Mais c’est un verset abrogé. De même que cet autre, également magnifique : “Que celui qui veut croire, croie et que celui qui ne veut pas croire ne croie pas.” Mais la charia ne reconnaît pas ces versets ; ce qui prouve que l’on peut sortir tout ce qu’on veut de cette boîte de Pandore qu’est le Coran. Sans compter que les islamistes sont redoutables d’intelligence et d’esprit tactique et que, face à eux, l’Occident est une proie facile à manipuler. D’autant plus facile que, pour lui, oui c’est oui, non c’est non. Alors que beaucoup d’islamistes agissent selon un précepte du Coran stipulant que l’on a le droit et le devoir de mentir lorsque c’est pour le bien de l’Islam ; c’est ce qu’un homme comme Tarik Ramadan fait régulièrement. Et c’est ce que les islamistes en Egypte sont en train de faire lorsqu’ils nous répètent qu’ils sont pour la démocratie et pour un Etat laïque, pour l’égalité et la liberté tout en voulant instaurer la charia qui en est l’exact opposé ! Il faut le dire : la charia est en totale contradiction avec les principes mêmes de la révolution arabe et parfaitement incompatible avec toute forme de démocratie. Comment pouvez-vous dire qu’une femme ne vaut pas un homme, qu’un non-musulman ne vaut pas un musulman et parler d’égalité ? La charia est par définition anti-démocratique et inégalitaire et on nous répète qu’elle ira de pair avec l’instauration d’un régime démocratique…

L’autre révolution
Face à cela, les politiques français peuvent jouer l’indignation autant qu’ils veulent. Ils n’ont aucun pouvoir sur l’avenir politique de ces pays et sur les orientations en cours. Les islamistes les laisseront s’indigner autant qu’ils veulent jusqu’à un certain stade au-delà duquel ils brandiront les armes de l’islamophobie et du politiquement correct. C’est pourquoi je le répète : ou l’Occident est dupe, ou il est complice. Pour ma part, je pense qu’il est un peu des deux. S’il est fidèle à ses valeurs, alors qu’il pèse de tout son poids sur ce groupuscule fragilisé que sont les libéraux d’Egypte ou d’ailleurs afin que ceux-ci puissent émerger et faire entendre leur voix. Ces groupes qui ont fait la révolution ont besoin d’un soutien financier. Ils n’ont pas reçu un euro des puissances occidentales. Tout ce à quoi ils ont droit, c’est aux formules élogieuses et aux déclarations vertueuses alors que l’Arabie Saoudite finance à milliards l’islamisme partout dans le monde. Les démocrates eux ne reçoivent aucune aide. Ils sont ignorés et se débattent dans des problèmes insolubles.

Voilà pourquoi je suis pessimiste sur l’issue du Printemps arabe à court terme. Mais je reste optimiste sur son issue à long terme. Pour moi, la situation actuelle se résume à une lutte inégale. Un combat à la David et Goliath et j’en suis convaincu, viendra un moment où le rapport de forces entre les faibles et les puissants, entre les démocrates et les islamistes, va s’inverser. Pour moi, une seconde révolution est en marche dans les consciences. Lente, discrète, moins médiatisée.

Réarmement moral
Ce n’est pas pour rien que les femmes algériennes et tunisiennes sont en train de se solidariser pour lutter contre les Frères musulmans. Ce n’est pas pour rien que les idées de la révolution sont en train de faire leur chemin dans le petit peuple. Le Printemps arabe a déclenché un processus de remise en question et d’analyse critique qui augure d’une évolution des consciences. Couplée avec Internet, celle-ci sera déterminante pour l’avenir des pays arabes. Car vous avez beau abrutir les consciences, certains accèdent à une autre culture qui échappe au pouvoir en place et qui, bientôt, jouera comme un contre-pouvoir. C’est ce contre-pouvoir qui permettra à une contre-révolution d’éclater et au groupuscule des libéraux de s’attaquer, au nom de leurs convictions et de leurs idéaux, aux islamistes, aux vestiges de l’ancien régime, à l’armée… A tous ceux qui, pour l’heure, sont mieux organisés et mieux préparés qu’eux pour le pouvoir. C’est cela le réarmement moral. Une contre-révolution spirituelle.

La modernité
Je crois en cette seconde révolution car je crois en la modernité. Or qu’est-ce que la modernité ? C’est l’émergence de l’individu, la liberté de la conscience personnelle, la justice, l’égalité entre tous et aussi un sens de la vérité. Une réflexion critique. Cette modernité s’est imposée en France au cours de trois étapes : la Renaissance avec la découverte de l’homme, les Lumières avec la montée de l’esprit critique, de l’analyse philosophique, du questionnement et la Révolution avec la promotion de la liberté face à toute autorité. Ce sont les valeurs fondatrices de l’Europe qui ont mené aux principes fondamentaux de respect de l’homme, d’égalité entre individus…

Les pays arabes ont impérativement besoin d’une analyse en profondeur de cette modernité ; de ses composantes et de ses étapes. C’est cette réflexion que je vais organiser au centre culturel d’Alexandrie à raison d’une douzaine de rencontres de trois heures chacune entre musulmans et chrétiens à qui je vais poser ces questions : qu’est-ce que la modernité ? quand a-t-elle commencé ? est-elle porteuse de valeurs positives ou non ?… Pour moi l’essentiel de cette réflexion tient dans ce constat : la modernité, c’est l’homme responsable de lui-même ; libre et maître de son destin. Or la montée de l’islam radical va à l’encontre de cette modernité, l’islamisme s’apparentant aujourd’hui à un retour à l’Ancien Testament – comme l’Inquisition qui en avait réhabilité les règles, les obligations, le principe de culpabilité, etc. Il marque un retour à la loi morale qui indique ce qui est autorisé et ce qui est défendu ; qui dit comment se comporter, quoi penser… Ce décalage place l’Islam face à une alternative : la liberté individuelle et ses risques terribles ou l’homme éternel mineur. Voilà pourquoi l’Islam est aujourd’hui à la croisée des chemins. "


J'espère que cet article vous intéressera, et je vous souhaite une bonne journée.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 619542 )Il faudrait que l'individualisme soit dans les gènes arabes et que ce soit une bonne chose dans l'absolu par le torrentiel (2011-12-21 12:23:58) 
[en réponse à 619522]

Cher scrutator,

Je ne sais pas de qui est cet article, pour autant que le reproduise l'analyse que j'ai lue intégralement sans cliquer sur votre lien, ce que je ferai ultérieurement.


Si cet auteur veut sensibiliser les egyptiens d'alexandrie à la modernité, il faudrait qu'il soit plus précis et moins approximatif.


Tout d'abord, il n'avance pas de date précise concernant l'abrogation des sourates meckoises auxquelles continuent de se référer de pieux musulmans, y compris radicaux.


Il ne dit pas non plus dans quelle mesure l'abrogation des sourates meckoises n'aurait pas fait l'objet d'un débat, dont je gage, en fonction des contacts que j'entretiens personnellement avec des musulmans cultivés et radicaux, qu'il sévit encore aujourd'hui.


Je rappelle également que le processus d'abrogation des lois coraniques est beaucoup plus complexe que ce qu'on en présente en Occident.


Par exemple, contrairement à un vain préjugé, si l'observation d'un fait contredit manifestement le coran, c'est l'observation qui doit l'emporter et la loi coranique qui doit être abrogée.



C'est en partie ce qui peut expliquer que, même là où la charia a été proclamée "l'une des sources" ou source unique du droit, elle n'a jamais été appliquée intégralement.


C'est aussi ce qui explique qu'on s'est moqué à bon compte de la réponse de tarik Ramadan à Nicolas sarkozy lorsque celui-ci, l'enjoignant de se prononcer contre la lapidation des femmes, tarik Ramadan s'est prononcé contre à titre personnel, en ajoutant qu'il faudrait proposer un moratoire à cette pratique, afin que l'on s'interroge entre savants théologiens sur sa pertinence à l'heure actuelle.


De même, la question de savoir si le coran est incréée demeure une question disputée.


Il est vrai que l'islam revêt à nos yeux l'aspect d'un totalitarisme, dans la mesure où il se présente lui-même comme un holisme, où la conscience individuelle est ordonnée au groupe et où, surtout, la loi est toute-puissante, qu'elle soit la stricte application de la charia ou qu'elle résulte d'une réflexion autour d'elle.


Je consens également que, de ce fait, l'islam maintient l'individu en minorité. Mais le refus du primat de l'individu ne va pas nécessairement de paire avec l'absence de promotion individuelle.


Par exemple, le nombre de députées femmes qui ont été élues sous la bannière d'ennadah (excusez une orthographe phonétique) frise la parité que nous, français, inscrivons dans nos lois (encore la loi), mais n'atteignons jamais.


D'autre part, on sait que les femmes sont très nombreuses dans les universités iraniennes ou algériennes, deux fronts islamiques très différents.


C'est pourquoi il paraît largement inexact de supposer a priori que "les femmes", catégorie communautariste ou plus exactement minoritarisme sécrétée précisément par notre individualisme moderniste, se coalisent entre elles pour lutter contre l'islamisme des "frères musulmans", qui ne sont pas présents en Algérie, que je sache!


"Les femmes" comme "les jeunes" n'existent en tant que communautés ou minorités que dans notre logique individualiste où ces regroupements sexuels, voire sexistes, et générationnels, voire ennemis de la génération précédente, sont promues en vue d'une émancipation individuelle indépendante de l'intérêt général, voire à laquelle l'intérêt général serait hostile.


Associer Internet à la libération ou à la révolution des consciences me paraît également relever de la chimère d'un matérialisme exacerbé, car c'est confondre la conscience, qui est le sanctuaire de la personne, avec un outil qui, en soi, est neutre.


Un outil, même sous contrôle, ne saurait véhiculer une idéologie univoque. La preuve par ce forum ! Même s'il peut, évidemment, médiatiser une idéologie majoritaire, ce pourquoi il lui faut sauvegarder des espaces de "contre-idéologie" ou de contre-pouvoir.


Dire enfin que la révolution tunisienne et la révolution égyptienne ont été confisquées aux démocrates qui les avaient organisées, relève de la pétition de principe selon laquelle seuls des démocrates pourraient être révolutionnaires.


Car ce qui semble relever des faits, c'est que la révolution égyptienne est partie de la goutte d'eau, ou plus exactement de la cendre de feu qui a fait déborder un brasier ou un vase de lassitude.


La révolution égyptienne a sans doute suivi comme un effet de propagation. Il ne faut pas oublier que sadate, s'il a institutionalisé la charia comme "la source unique du droit en egypte", a surtout été considéré comme un traître par son peuple du fait de la signature des accords de camp David.


Ce qui interroge est évidemment l'ingérance occidentale, à des degrés divers, dans ce que l'Occident a voulu récupérer comme son bien sous le nom de "printemps arabe".


Tout d'abord, on peut se demander si les stratégies sont vraiment efficaces. La politique semble bel et bien toujours précéder l'histoire, puisque les stratégies n'atteignent presque jamais les buts qu'elles poursuivent.


On peut observer que, partout où les Etats-Unis ont exercé leur influence, cela a abouti sous prétexte de démocratie à mettre au pouvoir les éléments les plus radicaux, peut-être supposés les moins aptes à leur résister. Or c'est faire fi de l'intelligence des islamistes que relève à juste titre l'auteur de cet article.


Que les démocrates soient peu généreux autrement qu'en paroles avec "les groupuscules libéraux" qui se réclament de la même idéologie qu'eux, cela ne fait jamais que confirmer qu'on traite moins bien ses amis que ses ennemis.


Est-ce que les chancelleries occidentales pouvaient ne pas savoir à quoi aboutiraient ces révolutions? On peut en effet en douter. Il s'exprimait, précisément sur Internet, entre autres, de façon très forte, que l'insurrection contre les tyrannies arabes, que le soulèvement ou que le relèvement arabe ne pourrait aboutir qu'à une réappropriation de l'identité arabe, c'est-à-dire, in fine, à une islamisation du pouvoir et une reprise du pouvoir par les islamistes, sur le modèle iranien, mais plus encore turc.


Ceci était-il dans l'intérêt des occidentaux et obéissait-il à "l'organisation du chaos"? Chacun sait pourtant que "la politique du pire est la pire des politiques". Ce qui me fait en revenir à l'inefficacité des stratégies d'un Occident à la fois "dupe et complice".


Ou alors, que l'on m'explique quel intérêt avait l'Occident dans son entier, Etats-Unis, Israël et europe compris, à l'émergence des pouvoirs islamistes! Il y a naturellement des intérêts qui peuvent m'avoir échappé.


La vraie question demeure de savoir comment faire accéder l'islam, sinon à l'individualisme et à la modernité, du moins à une plus grande ouverture de ses structures à un état de paix plus durable avec ses voisins et, en interne, à des sociétés qui soient moins en proie aux factions et guérillas, et à la querelle des islams qui ne persécutent pas que des chrétiens, mais tue beaucoup d'autochtones, à quelque confession qu'ils appartiennent.


Cordialement

Le torrentiel


Cet article a posé là une bonne question, je ne crois pas qu'il y ait, à travers la modernité, apporté une réponse adéquate.

Est-ce que l'Occident est intervenu en amont ou en aval de ces révolutions? Il semble assez évident qu'il n'a en tout cas pas pu prévoir le moment où elles surgiraient.


images/icones/fleche2.gif  ( 619555 )La problématique serait donc avant tout anthropologique. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-21 15:08:07) 
[en réponse à 619542]

Bonjour et merci au torrentiel,

Tout d'abord, merci beaucoup pour votre message et pour vos questions, car vous allez à l'essentiel ; si je vous ai bien compris, la problématique serait avant tout anthropologique, avant d'être politique, religieuse, idéologique, géopolitique, civilisationnnelle.

1. Avant d'aller plus loin dans la rédaction de ce message, je me permets de vous renvoyer vers ces deux textes, en vous remerciant par avance de me dire, à l'occasion, ce que vous en pensez.

Connaissance de l'islam.

Antoine Moussali.

2. Ensuite, je me permets un constat que je crois de bon sens : il n'y a certainement pas, au moment où j'écris, et depuis au moins 2001,

- d'un côté, UNE modernité occidentale "avancée" et "ouverte", pleine de solidité et de stabilité, rayonnante de santé, attirante et convaincante, qui vivrait une crise économique et financière qui ne serait qu'un mauvais moment à passer ;

- de l'autre côté, DES mondes musulmans "arriérés" et "fermés", fragiles et instables, malades d'eux-mêmes, repoussants et décevants, et qui seraient incapables, pour des raisons congénitales, de s'affranchir réellement de leur tréfonds autoritaire / totalitaire.

3. Je suis tenté de renvoyer dos-à-dos l'athéocratisme qu'est l'hédonisme et le théocratisme qu'est l'islam-isme, chacun de ces deux "systèmes" (l'un, non formalisé, l'autre, très formalisé) étant trop mauvais juge de lui-même pour être bon juge de tout autre "système" qui pourrait lui être objecté ou suggéré.

4. Je peux comprendre que des individus, que des communautés, qui n'adhèrent pas à ce que l'on appelle "l'évolutionnisme culturel", ne soient pas, pour autant, des arriérés, des personnes ou des ensembles pas assez, pas du tout, ou pas encore "évolués" ou "libérés", car je ne vois que trop dans quelle mesure "l'évolutionnisme culturel", en tant que ressort revendiqué par la modernité occidentale, parvient à faire qualifier de "progrès" des principes et des pratiques qui sont en fait autant de régressions qui déshumanisent l'humanité.

5. Mais une voie musulmane ET non intolérante est-elle envisageable, ou, si l'on préfère, y a t-il compatibilité ou incompatibilité

- entre les structures mentales et les structures sociales caractéristiques du monde musulman, dans tel ou tel pays concerné par le printemps arabe,

- et ce que j'appelle l'éthique de la maîtrise de soi ET du respect d'autrui ?

6. Ce n'est là qu'une question, et je ne dispose évidemment pas des connaissances qui me permettraient d'apporter des éléments de réponse qui seraient à la fois enrichissants, intéressants, et originaux.

7. Mais je crois que c'est l'une des questions qui se posent aujourd'hui : certes, actuellement, la modernité occidentale, dans son ensemble, est dangereusement déséquilibrée, car elle est à la fois incohérente et inconséquente, dans ses relations avec elle-même, avec ce qui la constitue, et avec son environnement extérieur, y compris avec son environnement extérieur naturel, planétaire.

8. En ce sens, nous n'avons pas de leçons à donner à telle ou telle partie du monde musulman qui a vocation à "se chercher" pendant longtemps, sans "se trouver" avant longtemps, d'autant plus que cette "recherche" pleine de "soubresauts" est effectuée à la fois

- sous contraintes, notamment alimentaires, éducatives, énergétiques, démographiques, sanitaires, territoriales, etc.

et

- sous influences, notamment communautaires, diplomatiques, économiques, identitaires, politiques, religieuses, etc.

9. Mais cette même partie du monde musulman sera-t-elle capable de se mettre en avant et en valeur, EN TANT QUE composante à la fois capable et désireuse

- de réformer son orientation, notamment politique, sans renier son identité, notamment religieuse,

ET

- de placer une éthique de la maîtrise de soi ET du respect d'autrui au coeur de ses valeurs morales ET au sein de son pacte social ?

10. A mes yeux, cette question est déjà et sera bien, dès le début et tout au long de ce siècle, la question qui s'impose(ra) à toute communauté, à tout individu, un tant soit peu conscients des enjeux relatifs à l'apprentissage de l'hétérogénéité et de l'interdépendance.

Je vous souhaite un bon après-midi et je vous dis à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 619583 )L'éthérogénéité dans l'interdépendance et la maîtrise de soi dans le respect des autres par le torrentiel (2011-12-21 20:37:33) 
[en réponse à 619555]

Cher scrutator,

Par mon objet, se résume, je crois, l'enjeu que vous fixez au siècle présent dans sa capacité constructrice d'un avenir du monde.


Cela me paraît raisonnable, et ce n'est pas une moindre vertu que de l'être. Car certes, en tant que catholique, voire en tant que chrétien, on peut souhaiter aux musulmans de se convertir au christianisme, et il ne fau pas renoncer à être missionnaire. Mais en attendant, il y a des ères de civilisation, et il faut les respecter si nous ne voulons pas que l'interdépendance devienne nécessairement la mondialisation.


De plus, les musulmans se plaignent que ceux qui viennent à eux ne soient plus les chrétiens issus des eglise(s) historiques, mais des évangéliques, dont ils assimilent à tort ou à raison les objectifs à une pure et simple infusion des intérêts et de la politique américaine sur leurs terres.


Pas d'arriération intrinsèque du mode islamique de gouvernement, je l'espère, mais j'ai des doutes, qui proviennent d'une raison religieuse et non anthropologique, celle-là: c'est que l'autorité dont se croit investie l'islam vient de ce qu'elle est la plus tard venue. Or ne serait-elle pas venue comme une retardataire, assimilant mal l'héritage chrétien d'un côté, et, de l'autre, confondant la situation des bédouins avec la revanche à donner à Ismael, fils aîné d'abraham spolié dans son droit d'aînesse par le critère de légitimité, et spolié jusque dans le christianisme, où Saint-Paul, ayant reçu l'enseignement rabbinique, assimile Agar à la pécheresse, alors qu'agar, la servante, n'a fait que rendre à sara le service que sara lui avait demandé de lui rendre.


Mais, pour disqualifier l'accusation irrespectueuse d'arriération intrinsèque, il y a deux facteurs à considérer: l'islam a 1400 ans, et l'islam est sous influence.


1400 ans, dans quel état étions-nous lorsque la chrétienté était à son Moyen age? N'y avait-il pas un bras séculier appliquant les peines de l'Eglise, des bûchers, une guerre de cent ans opposant de manière dynastique, c'est-à-dire post-tribale, la france et l'Angleterre?


Quant à l'influence, elle appauvrit et elle affaiblit les défenses immunitaires d'une civilisation.


On a dit l'islam conquérant et guerrier. L'islam, lui, accuse la chrétienté de l'avoir été plus que lui, repoussée au cours des croisades, ce qui ne l'a pas empêchée d'avoir su organiser un état de "guerre totale" avec éradication et pillage de masse de sonvis-à-vis, colonisation de ses terres, puis, l'indépendance venue, appropriation indue de ses ressources pétrolières, guerre livrée par des armes de destruction massive dont l'Occident égalitariste interdit la prolifération qui permettrait à chaque ère de civilisation de combattre à armes égales.


Il paraît difficile de nier que l'ordre mondial post-chrétien soit ce totalitarisme économique fragilisant une ère de civilisation réduite, si je puis dire, aux armes blanches et qui, si l'on veut trouver une opposition dialectique entre la guerre occidentale et la guerre islamique, avec la guerre des islams et la guerre contre les ennemis extérieurs de l'islam, est dans un état de guerre permanente opposée à la "paix perpétuelle" de ceux qui se livreraient à une guerre totale et ont certes su imposer un ordre politiquement, économiquement et militairement injuste.


Chrétiens, nous pourrions être à l'aise pour dénoncer cet ordre ou ce désordre qui ne sont pas nôtres, si les causes de ce désordre n'étaient en partie à chercher dans l'apolitisme chrétien, qui n'a jamais permis au christianisme, ni de se solidariser, ni de se désolidariser complètement avec un quelconque système et régime politique.


Toujours heureux de réfléchir avec vous

Le torrentiel
images/icones/iphone.jpg  ( 619586 )Tiens... par XA (2011-12-21 20:46:12) 
[en réponse à 619583]

On trouve encore de l'éther en vente libre ?

Rooh chplaisante...

XA
images/icones/neutre.gif  ( 619589 )Snif, snif, par le torrentiel (2011-12-21 21:09:36) 
[en réponse à 619586]

"Maman, le webmestre il fait rien qu'à se moquer de moi!" Pour la peine, j'inspire un grand coup... Snif, snif!