Le Forum Catholique

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images/icones/info2.gif  ( 618024 )La fin du péché mortel, c'est aujourd'hui ! par Jean Kinzler (2011-12-06 20:30:04) 

Une question à la foi
A-t-on perdu le sens du péché ?

Oui, à en croire les esprits chagrins ! Péchés véniels, péchés mortels, cela fait belle lurette qu’on ne les enseigne plus au catéchisme, déplorent-ils, trouvant là la cause de tous les maux de notre temps, absence de repères, difficulté de discerner le bien du mal, culture de mort.

La notion a-t-elle pour autant disparu ?

Le pape Benoît XVI, soucieux d’offrir aux croyants des sociétés sécularisées une vie placée sous le signe de l’espérance, le reconnaît : « Là où Dieu est exclu de la sphère publique, le sens de l’offense contre Dieu – qui est le véritable péché – disparaît, de même que lorsque la valeur absolue des normes morales est relativisée, les catégories du bien et du mal disparaissent avec la responsabilité individuelle. »

Certes, la tentation est grande de ne concevoir la foi que comme un remède miracle à nos solitudes, à nos défaillances, à nos maladies. Pourtant, la parole de l’Apôtre résonne encore et toujours : « Dire que nous ne commettons pas de fautes, c’est nous abuser et être hors de la vérité » (1 Jn 1, 8). Oublier le pardon, c’est faire le lit d’une culture de blâmes et de litiges plus que de miséricorde et de justice.

Le sens du péché a bougé. La catéchèse de nos aînés avait valorisé une conception ponctuelle du péché. Celui-ci était un acte précis que l’on pouvait comptabiliser. Mais il restait l’œuvre d’un être s’abandonnant à ses penchants mauvais et portant seul la responsabilité de ses actes.

Les événements du monde poussent à de nouvelles prises de conscience. Ainsi, on a évoqué le péché des structures sociales et le péché contre la création. Le premier ne nie pas la réalité de la faute personnelle, mais il pointe ce péché dont nous sommes tous solidairement responsables dans la mesure où se créent des structures injustes, à cause de nos actions ou de nos omissions.

Né du péché personnel, celui-là n’en finit pas d’engendrer la violence et l’inhumanité. L’atteinte à la création dessine un nouveau visage du péché : l’homme s’arrogeant des pouvoirs de démiurge instille des ferments de mort dans les grands équilibres de la nature.

Ces variations de sens, à l’image de la profusion du vocabulaire biblique de la faute attestant qu’elle est partout et toujours, dans l’individu comme dans la communauté, ne doivent pas distraire de l’appellation fondamentale : il n’y a de péché que devant Dieu. C’est dans l’accueil du Dieu de l’Alliance que son revers est révélé. C’est dans l’expérience du pardon que son refus est attesté. C’est la lumière qui révèle l’ombre, et non l’inverse, c’est la grâce qui fait prendre conscience de son refus. Le premier péché est toujours le peu de foi.

Une démarche de nouvelle évangélisation ne peut s’investir uniquement dans la dénonciation du péché. Elle doit mettre en avant la redécouverte de Dieu. Le sens du péché ne réside pas dans les abîmes de la morbidité mais dans la purification du sens de Dieu. Reconnaître qu’il y a du péché en l’homme et le dénoncer, c’est libérer l’homme. Il n’y a de péché que pardonné : telle est la bonne nouvelle du péché.

Sylvain Gasser, assomptionniste La +
images/icones/1y.gif  ( 618026 )Encore les mêmes... Où irons-nous, Seigneur ? par Glycéra (2011-12-06 20:51:55) 
[en réponse à 618024]

Quelle croix à porter que ce canard !

Embrouiller à loisir des notions souvent mal employées, ou mal précises : erreur, faute, manquement, omission, péché, manque, défaut, vice...

Pour dire court :

péché = le vrai, au sens strict = faute volontaire grave qui a tué la vie de l'âme, qui a vidé notre être de la grâce, par refus d'accepter que Dieu vive en nous, par rejet de la Vérité et de la droiture de la vie en Dieu.

On l'a ensuite appelé "mortel" pour bien insister que c'était grave.

La pécadille a été nommée péché (par dualisme, par manichéisme qui dichotomise tout), et que le jansénisme, le puritanisme, fils du manichéisme) ont employé pour garder les ouailles dans la peur : comme avaient fait les pharisiens.

Qui a perdu l'Esprit, et l'attrait d'aimer compte les points de listes et de règlements pour juger... les autres, et s'attribuer une auto-complimentation, espérant que Dieu n'est qu'arithmétique...


Or Dieu ne sait pas compter.
Faites 1 de bien, il rend 100 de mieux !


Donc sont venues les décomptes : tant d'Ave, tant de messes, tant de jours d'indulgence... et Zou, ailleurs le Dieu qui ouvre le Paradis à la dernière minute au larron, qui verse le denier à la dernière heure, ou qui rattrape St Paul sur son cheval en route vers les dégats !


Je viens de lire une vision d'un prêtre particulièrement pointilleux, confesseur pénible et pinailleur. Il voit de son nuage, en ascenseur vers le Ciel, deux de ses débiteurs dans la terre en tremblement. Un trou s'ouvre, et les démons viennent leur tirer les pieds pour les engloutir dans la béance noire et rouge... D'autres hommes les poussent aussi, se débattant ou se disputant. Lui de son nuage veut aider Dieu, et désire descendre pour tirer juste un peu les pieds des deux malheureux entrain de chuter...
Raté !
Il se fait doubler, par un grand et beau gaillard. Jésus est arrivé en bas, et rattrape les hommes qu'Il venait d'appeler et qui s'étaient relevés pour Lui tendre la main !

Cela est la miséricorde, elle entend au bord du gouffre.
Le péché existe.
Il est grave.
Il est odieux, et l'homme qui en souffre veut en être libéré...
Point besoin qu'on calcule au gramme près les failles de sa vie...



Mais tant qu'on embrouille tout, on arrive aussi à jeter l'homme avec les catalogues de fautes ou d'hommeries innombrables depusi la création des hommes...


Je n'ai vraiment pas compris comment cet article arrivait à sa conclusion que l'Evangélisation doit faire économie de parler du péché. Ah oui, je lis : "nouvelle évangélisation ne peut s’investir uniquement dans la dénonciation du péché"... Le mot uniquement change tout ! A force de tout arrondir, on ne dit plus rien de juste non plus. Et tout l'article n'est-il pas, comme le nouveau missel rempli de ces "on pourra" changer ceci ou cela ?

Parler carrément est tellement plus divin !
Le Oui de Dieu est Oui.

La Croix est carrée !
Elle a 4 dimensions, exactement 4 (cf St Paul).
Que les hommes terrestrement terrestres ne le comprennent pas n'y change rien. La vérité est au Centre, là où bat le Coeur de Notre Dieu.

Lui s'est fait péché.
Parce que le péché existe.
Et qu'il est grave.
Et que sans parler du péché grave, on ne parle pas non plus de la taille de l'Amour de Jésus, qui nous monte à Lui , sur la Croix, d'où Il attire tout à son Père.



Glycéra
remontée contre les discours de baratineurs flous.
Pardon à ce père de l'Assomption si je me trompe et qu'il n'a pas tenu à la Croix ces propos...
Mais leur site donne bien des lignes de ce style mou... donc faux.
images/icones/neutre.gif  ( 618043 )A Liège, ils disent "oufti". par Steve (2011-12-06 23:53:36) 
[en réponse à 618026]

N'ayant pas digéré les deux messages qui précèdent, je n'ai pas encore d'avis sur les contenus.

Cependant, le ton de l'un et celui de l'autre me font croire qu'on y aborde le problème comme il faut.
Merci aux deux.

Pourvu que les prochains intervenants ne s'y mettent pas avec des discours préfabriqués.
Merci d'avance.
images/icones/neutre.gif  ( 618072 )Péché / Questions par Meneau (2011-12-07 12:44:54) 
[en réponse à 618026]


La pécadille a été nommée péché (par dualisme, par manichéisme qui dichotomise tout), et que le jansénisme, le puritanisme, fils du manichéisme) ont employé pour garder les ouailles dans la peur : comme avaient fait les pharisiens.



Le péché peut être mortel ou véniel. Un péché véniel n'est pas forcément qu'une peccadille sans importance. C'est l'enseignement constant de l'Eglise, y compris dans le CEC :

1854 Il convient d’apprécier les péchés selon leur gravité. Déjà perceptible dans l’Écriture (cf. 1 Jn 5, 16-17), la distinction entre péché mortel et péché véniel s’est imposée dans la tradition de l’Église. L’expérience des hommes la corrobore.

1855 Le péché mortel détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la loi de Dieu ; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur.

Le péché véniel laisse subsister la charité, même s’il l’offense et la blesse.



Le péché véniel reste donc répréhensible, il blesse également la charité. Ce n'est pas du manichéisme ou du terrorisme, c'est juste une appréciation de la gravité de la faute.

Par ailleurs, je ne vois pas où est l'incompatibilité entre la miséricorde de Dieu infinie, et le fait de "comptabiliser" des indulgences. Cette notion n'est bien sûr pas purement arithmétique, d'autant plus qu'une prière donnée peut être plus ou moins efficace selon l'intention et l'état d'esprit de celui qui prie, mais elle fixe l'intelligence sur le fait que nos fautes ici bas (mortelles comme vénielles), nous mérient une peine temporelle dûe au péché, et que celle-ci n'est pas complètement remise par la confession, mais seulement par des actes de réparation, au plus tard au purgatoire. Proportionner la réparation à la gravité de la faute ne me paraît pas, en toute justice, aberrant ?

D'ailleurs, l'Eglise fait toujours la distinction entre indulgence plénière et indulgence partielle, bien que le bon larron ait obtenu d'être le soir même avec NSJC au paradis.

Sur le discours flou de l'article, en revanche, je vous rejoins totalement.

Cordialement
Meneau
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 618126 )Précisions : péché - pas péché et primordialité de ce sujet. par Glycéra (2011-12-07 19:59:04) 
[en réponse à 618072]



Sieur Meneau, merci de votre lecture attentive.
J'avais aussi été déboussollée quelques instants quand on m'a expliqué ce qui semble contraire à notre catéchisme de toujours.
Heureusement que la tenue (robe et prières) du prêtre qui me donnait ces notions était fermes !


Souvenez-vous qu'il faut se confesser une fois l'an.
Ce n'est pas forcément à Pâques !
Ce qui est tenu est : dire les péchés ... mortels. Sans en omettre (volontairement).

Alors, les autres ?
Bien sûr ils sont répréhensibles, et nous avons besoin de les faire remettre par Dieu. Mais pas besoin de confession pour cela : la contrition est nécessaire et suffisante. En privé déjà, et au Confiteor béni à la messe surtout.
On pourrait tricher et se donner à soi-même le pardon, mais est-ce bien sérieux de dire être purifié par un moyen de mensonge devant Dieu qui connaît notre coeur mieux que nous ne le voyons ?


Il n'empêche qu'il y a deux niveaux de péchés et de pénitents.
Il est nécessaire pour que l'absolution soit donnée d'avouer un péché mortel. Celui qui n'a pas de péché mortel, que va-t-il dire ? Là il parle au coeur de Jésus, et avoue des péchés véniels, il faut qu'il y ait matière à confesser. Ou bien il reprend un ancien péché mortel qui a laissé des traces ou des faiblesses qui appellent le remède de la grâce sur ce point.


On a donc donné aux fautes légères (que j'ai, pour faire réagir nommé pécadille = petit péché, mais péché néanmoins ) le nom de péché et cela a créé la confusions avce les anciens textes pour qui péché était toujours le péché sérieux, grave, mortel à la vie de grâce.


Et les jansénistes se sont engouffré la-dedans pour fulminer et terroriser, et décompter toutes les broutilles de pratique et de vie de foi.


Il n'a pas OU la miséricorde OU les indulgences. Il y a ET !
Je soulignais seulement que ceux qui décomptent les pécadilles, les grosses fautes, les petites BA et les grandes actions, sont tout heureux aussi de faire de la comptabilité pointilleuse avec les jours d'indulgences et le nombre de signes de croix ou de cierges à poser !
Qui faisait cela ? Les mêmes décompteurs pharisaïques...


Alors, les modernes, comme Luther de ses connexes, ont envoyé les indulgences ou les confessionnaux avec l'eau du bain des comptables sots et points divins du tout.
Ainsi nous avons désappris à aller refaire nos provisions de forces et de grâces, car on nous a ridiculisé les ridicules manières en balançant la vie spirituelle dans la même bonde. Hélas ! Et sous de la mousse artificielle en plus, finies les belles odeurs de ces curés souriants et encourageants à nos coeurs pleurant leurs nullités répétées !



Voilà en fait ce que j'aurais voulu faire comprendre.
Cela nous sort des catalogues de fautes et des listes si mal faites pour les examens de conscience qui mélangent fautes graves, mortelles et les petites fautes. Qui ne donnent pas du tout la notion nécessaire pour aimer la pénitence, autant la vertu de pénitence que le sacrement de même nom.


Sur ces niveaux de confession, le Père Molinié a des pages très utiles.
Toute confession demande conversion, demande de naître de nouveau, mais à des degrés et des manières différentes, très différentes selon la vie spirituelle en cause.

Voir ces pages sur le site http://pere-molinie.com/asett

Les lettres aux amis N°2 et 3 sont extraordinaires et précises sur ce sujet de l'attitude du pénitent qui en veut, qui veut tout.



Voici, j'espère, redressées les lignes qui avaient pu vous paraître courbées.

Avec mes bonnes salutations
Glycéra
images/icones/vatican.gif  ( 618063 )Catéchèse de Benoît XVI sur le Péché originel par Sénéchal (2011-12-07 11:07:45) 
[en réponse à 618024]

Et ce fut la nuit. La véritable histoire du péché originel
Ce dogme, l'un des plus négligés et niés, est "d'une évidence écrasante" pour Benoît XVI. Il en a parlé trois fois en huit jours (Avent 2008). Sans lui, a-t-il dit, la rédemption chrétienne "perdrait sa base"


par Sandro Magister

ROME, le 11 décembre 2008 – Trois fois en huit jours, Benoît XVI a insisté sur un dogme qui a presque disparu de la prédication ordinaire et que nient les théologiens néo-modernistes: le dogme du péché originel.

C’était le lundi 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, lors de l'Angélus; le mercredi 3 décembre, lors de l'audience hebdomadaire, en présence de milliers de fidèles et de pèlerins; et de nouveau lors de l’audience générale du mercredi 10 décembre.

Voici ce qu’a dit le pape lors de l'Angélus de la fête de l'Immaculée Conception:

"Le mystère de l’Immaculée Conception de Marie que nous célébrons aujourd’hui solennellement, nous rappelle deux vérités fondamentales de notre foi: d’abord le péché originel, puis la victoire qu’a remportée sur lui la grâce du Christ, victoire qui resplendit de façon sublime en Marie la très sainte.

"L’existence de ce que l’Eglise appelle le péché originel est, hélas, d’une évidence écrasante. Il suffit de regarder autour de nous et surtout en nous. L’expérience du mal est si concrète qu’elle s’impose d’elle-même et nous amène à nous demander: d’où vient le mal? Pour un croyant, en particulier, la question va encore plus loin: si Dieu, qui est la Bonté absolue, a tout créé, d’où vient le mal? A cette question fondamentale, qui interpelle chaque génération humaine, les premières pages de la Bible (Genèse 1-3) répondent justement par le récit de la création et de la chute de nos premiers parents. Dieu a tout créé pour l’existence, il a notamment créé l’homme à son image. Il n’a pas créé la mort, elle est entrée dans le monde à cause de la jalousie du diable qui, révolté contre Dieu, a aussi entraîné les hommes dans le piège en les incitant à la révolte (cf. Sagesse 1, 13-14; 2, 23-24). C’est le drame de la liberté, que Dieu accepte jusqu’au bout par amour, mais en promettant que le fils d’une femme écrasera la tête à l’antique serpent (Genèse 3, 15).

"Dès le début, donc, 'l’éternel conseil' – comme dirait Dante (Paradis, XXXIII, 3) – a un 'terme fixe': la Femme prédestinée à devenir mère du Rédempteur, mère de Celui qui s’est humilié jusqu’à l’extrême pour nous rendre notre dignité originelle. Aux yeux de Dieu, cette Femme a depuis toujours un visage et un nom: 'pleine de grâce' (Luc 1, 28), comme l’a appelée l’Ange qui lui a rendu visite à Nazareth. C’est la nouvelle Eve, épouse du nouvel Adam, destinée à être la mère de tous les hommes rachetés. Saint André de Crète écrivait: 'Marie, la Théotokos, refuge commun de tous les chrétiens, a été la première à être libérée de la chute primitive de nos ancêtres' (Homélie IV sur la Nativité, PG 97, 880 A). Et la liturgie d’aujourd’hui affirme que Dieu a 'préparé pour son Fils une demeure digne de Lui et, en prévision de Sa mort, l’a préservée de toute tache de péché' (collecte).

"Très chers frères, nous contemplons en Marie Immaculée le reflet de la beauté qui sauve le monde: la beauté de Dieu qui resplendit sur le visage du Christ".
* * *

Mais le pape est allé encore plus loin, sur le péché originel, lors de l'audience générale du mercredi 3 décembre.

Depuis le début de l'Année Paulinienne, Benoît XVI présente, chaque mercredi dans ses catéchèses hebdomadaires, la vie, les écrits, la doctrine de l'apôtre Paul. Cette catéchèse était la quinzième de la série. Dans les deux précédentes, le pape avait expliqué la doctrine de la justification et le lien entre la foi et les œuvres. Cette fois, il est parti de l'analogie entre Adam et le Christ, développée par Paul dans la première lettre aux Corinthiens et encore plus dans la lettre aux Romains. Par cette analogie, Paul évoque le péché d’Adam pour donner le plus de relief possible à la grâce salvatrice donnée par le Christ.

Comme d’habitude pour les catéchèses du mercredi, Benoît XVI a utilisé un texte écrit par des collaborateurs experts. Mais, comme à d’autres occasions, il s’en est éloigné, et plus que de coutume. A partir du troisième paragraphe, il s’est adressé directement à l’auditoire, en improvisant.

Il a fait de même lors de l’audience du mercredi suivant, le 10 décembre: bien qu’ayant en main un texte écrit, il a parlé presque tout le temps en improvisant. Et voici comment, au début, il est revenu sur la question du péché originel:

"Chers frères et sœurs, en suivant saint Paul, lors de la catéchèse de mercredi dernier, nous avons constaté deux choses. La première, c’est que notre histoire humaine est polluée, depuis l’origine, par l’abus de la liberté créée, qui veut se libérer de la volonté divine. De ce fait, elle ne trouve pas la vraie liberté mais s’oppose à la vérité et dénature, en conséquence, nos réalités humaines. Elle dénature surtout les relations fondamentales: avec Dieu, entre l’homme et la femme, entre l’homme et la terre. Nous avons dit que cette pollution imprègne tout le tissu de notre histoire, que ce défaut hérité s’est développé et est maintenant visible partout. Voilà la première chose. La seconde, c’est que nous avons appris de saint Paul qu’il y a un nouveau début dans l’histoire et de l’histoire en Jésus-Christ, Celui qui est homme et Dieu. Avec Jésus, qui vient de Dieu, commence une nouvelle histoire formée par son oui au Père et donc fondée non sur l’orgueil d’une fausse émancipation mais sur l’amour et la vérité.

"Mais maintenant une question se pose: comment pouvons-nous entrer, nous, dans ce nouveau début, dans cette nouvelle histoire? Comment cette nouvelle histoire arrive-t-elle jusqu’à moi? Nous sommes inévitablement liés à la première histoire, polluée, par notre ascendance biologique, puisque nous faisons tous partie du corps unique de l’humanité. Mais la communion avec Jésus, la nouvelle naissance qui permet de faire partie de la nouvelle humanité, comment se réalise-t-elle? Comment Jésus arrive-t-il dans ma vie, dans mon être? La réponse fondamentale de saint Paul et de tout le Nouveau Testament est: il arrive par l’opération du Saint-Esprit. Si la première histoire commence, pour ainsi dire, avec la biologie, la seconde commence dans l’Esprit-Saint, l’Esprit du Christ ressuscité. A la Pentecôte, cet Esprit a créé le début de la nouvelle humanité, de la nouvelle communauté, l’Eglise, le Corps du Christ".
* * *

Ces improvisations sont une indication importante pour comprendre la pensée de Benoît XVI. Elles soulignent ce qui lui tient le plus à cœur, ce qu’il veut le plus graver dans l’esprit de ses auditeurs.

Le péché originel, ce dogme si négligé aujourd’hui, est une des vérités que le pape veut remettre en évidence.

Il a expliqué pourquoi aux fidèles lors de sa catéchèse du 3 décembre, celle qui traite le plus largement cette question. Elle est reproduite intégralement ci-dessous:


Adam et le Christ: du péché originel à la liberté

par Benoît XVI


Chers frères et sœurs, dans la catéchèse d'aujourd'hui, nous nous arrêterons sur le rapport entre Adam et le Christ, défini par saint Paul dans cette page connue de la Lettre aux Romains (5, 12-21) où il donne à l'Eglise les lignes essentielles de la doctrine sur le péché originel. En fait, Paul avait déjà introduit la comparaison entre notre ancêtre et le Christ dans la première Lettre aux Corinthiens, là où il parle de la foi dans la résurrection: "De même en effet que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ... Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante; le dernier Adam - le Christ - est un esprit qui donne la vie" (1 Co 15, 22.45). Avec Rm 5, 12-21 la comparaison entre le Christ et Adam est plus élaborée et plus éclairante: Paul retrace l'histoire du salut, d'Adam à la Loi et de celle-ci au Christ. Ce qui est au centre de la scène, c’est moins Adam et les conséquences du péché sur l'humanité que Jésus-Christ et la grâce qui, à travers Lui, a été abondamment répandue sur l'humanité. La répétition du "beaucoup plus" à propos du Christ souligne que le don reçu en Lui dépasse largement le péché d'Adam et ses conséquences sur l'humanité, de sorte que Paul peut arriver à la conclusion: "Mais où le péché s'est multiplié, la grâce a surabondé" (Rm 5, 20). La comparaison que fait Paul entre Adam et le Christ met donc en lumière l'infériorité du premier homme par rapport à la prééminence du second.

D'autre part, c'est bien pour mettre en évidence l'incommensurable don de la grâce, dans le Christ, que Paul évoque le péché d'Adam. On dirait que, s’il n’avait pas voulu démontrer la place centrale de la grâce, il ne se serait pas attardé à parler du péché qui "par un seul homme... est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort" (Rm 5, 12). Donc, si la conscience du dogme du péché originel a mûri dans la foi de l'Eglise, c'est qu'il est indissociable de l'autre dogme, celui du salut et de la liberté dans le Christ. On ne devrait donc jamais parler du péché d'Adam et de l'humanité hors du contexte du salut, c'est-à-dire sans les inclure dans le cadre de la justification dans le Christ.

Mais nous, aujourd'hui, nous devons nous demander ce qu’est ce péché originel. Qu'enseigne saint Paul, qu'enseigne l'Eglise? Peut-on soutenir cette doctrine aujourd'hui encore? Beaucoup de gens pensent que, à la lumière de l'histoire de l'évolution, il n'y a plus de place pour la doctrine d'un premier péché qui se serait ensuite répandu dans toute l'histoire de l'humanité. Dès lors, la question de la Rédemption et du Rédempteur perdrait aussi son fondement.

Le péché originel existe-il donc, oui ou non? Pour pouvoir répondre, il faut distinguer deux aspects de la doctrine sur le péché originel: un aspect empirique, c'est-à-dire une réalité concrète, visible, je dirais tangible pour tous, et un aspect mystérieux, relatif au fondement ontologique de ce fait. La donnée empirique est qu'il y a en nous une contradiction. D'une part, chaque homme sait qu'il doit faire le bien et, en lui-même, il veut aussi le faire. Mais, en même temps, il a aussi envie de faire le contraire, de suivre la voie de l'égoïsme, de la violence, de ne faire que ce qui lui plaît tout en sachant qu'il agit ainsi contre le bien, contre Dieu et contre son prochain. Voici comment, dans sa Lettre aux Romains, saint Paul a exprimé cette contradiction qui est en nous: "En effet, vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir, puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas" (7, 18-19). Cette contradiction en nous n'est pas théorique, chacun de nous l'éprouve chaque jour. Et surtout nous voyons autour de nous la prédominance de cette seconde volonté. Il suffit de penser aux informations quotidiennes sur les injustices, la violence, le mensonge, la luxure. Nous le voyons chaque jour: c'est un fait.

Résultat de ce pouvoir du mal dans nos âmes, un fleuve de boue s'est développé dans l'histoire et empoisonne la géographie de l'histoire humaine. Le grand penseur français Blaise Pascal a parlé d'une "seconde nature", qui s’ajoute à notre nature originelle, bonne. Cette "seconde nature" fait apparaître le mal comme normal pour l'homme. Ainsi, l'expression habituelle: "c’est humain" a un double sens. "C’est humain" peut signifier: cet homme est bon, il agit vraiment comme un homme doit le faire. Mais "c’est humain" peut aussi signifier quelque chose de faux: le mal est normal, est humain. Le mal semble être devenu une seconde nature. Cette contradiction de l'être humain, de notre histoire, doit susciter - et elle le fait aujourd'hui aussi - le désir de rédemption. Et, en réalité, on trouve partout le désir que le monde change et la promesse d’un monde de justice, de paix et de bien: en politique, par exemple, tout le monde parle de cette nécessité de changer le monde, de créer un monde plus juste. Et cela exprime précisément le désir d’être libérés de cette contradiction que nous sentons en nous.

On ne peut donc pas nier le pouvoir du mal dans le cœur humain et dans l'histoire humaine. La question est: comment ce mal s'explique-t-il? Il y a dans l'histoire de la pensée, en dehors de la foi chrétienne, un modèle principal d'explication avec différentes variations. Selon ce modèle, l'être lui-même est contradictoire, il porte en lui le bien comme le mal. Dans l'antiquité, cette idée impliquait l’existence de deux principes également originels: un principe bon et un principe mauvais. Ce dualisme serait insurmontable; les deux principes étant au même niveau, il y aura toujours cette contradiction, dès l'origine de l'être. La contradiction de notre être ne refléterait donc, pour ainsi dire, que l’antagonisme des deux principes divins. Cette même vision revient dans la version évolutionniste, athée, du monde. Même si, dans cette conception, la vision de l'être est moniste, on suppose que l'être comme tel porte en lui, dès le début, le mal et le bien. L'être lui-même n'est pas simplement bon, il est ouvert au bien et au mal. Le mal est originel, comme le bien et l'histoire humaine ne développerait que le modèle déjà présent dans toute l'évolution précédente. Ce que les chrétiens appellent le péché originel ne serait en fait que le caractère mixte de l'être, un mélange de bien et de mal qui, selon cette théorie, appartiendrait à l'étoffe même de l'être. Au fond, c'est une vision désespérée: s'il en est ainsi, le mal est invincible. A la fin, seul l’intérêt propre compte. Chaque progrès se paierait nécessairement d’un fleuve de mal et celui qui voudrait servir le progrès devrait accepter de payer ce prix. Au fond, la politique est fondée précisément sur ces prémisses et nous en voyons les effets. Cette pensée moderne ne peut créer, en fin de compte, que la tristesse et le cynisme.

Alors nous nous demandons à nouveau: que dit la foi, témoignée par saint Paul? Tout d’abord, elle confirme le fait de la compétition entre les deux natures, le fait de ce mal dont l'ombre pèse sur toute la création. Nous avons entendu le chapitre 7 de la Lettre aux Romains, nous pourrions ajouter le chapitre 8. Le mal existe, simplement. Comme explication, la foi nous dit - en opposition avec les dualismes et les monismes que nous avons examinés rapidement et trouvés désolants - qu’il y a deux mystères de lumière et un mystère de nuit, celui-ci étant toutefois enveloppé par les mystères de lumière. Le premier mystère de lumière est celui-ci: la foi nous dit qu'il n'y a pas deux principes, un bon et un mauvais, mais un seul principe, le Dieu créateur, et ce principe est bon, seulement bon, sans ombre de mal. L'être n'est donc pas non plus un mélange de bien et de mal; l'être comme tel est bon et c'est pourquoi il est bon d'être, il est bon de vivre. Voilà la joyeuse annonce de la foi: il n'y a qu'une source bonne, le Créateur. Vivre est donc un bien, il est bon d'être un homme, une femme, la vie est bonne. Vient ensuite un mystère d'obscurité, de nuit. Le mal ne vient pas de la source de l'être lui-même, il n'est pas également originel. Le mal vient d'une liberté créée, d'une liberté dont on a abusé.

Comment cela a-t-il été possible, comment est-ce arrivé? Ce point reste obscur. Le mal n'est pas logique. Seul Dieu et le bien sont logiques, sont lumière. Le mal reste mystérieux. On l'a représenté en grandes images, comme au chapitre 3 de la Genèse, avec cette vision des deux arbres, du serpent, de l'homme pécheur. Une grande image qui nous fait deviner, mais ne peut expliquer ce qui est en soi illogique. Nous pouvons deviner, pas expliquer; nous ne pouvons pas même le raconter comme un fait à côté de l’autre, parce que c'est une réalité plus profonde. Cela reste un mystère d'obscurité, de nuit. Mais tout de suite un mystère de lumière vient s'y ajouter. Le mal vient d'une source subordonnée. Dieu avec sa lumière est plus fort. Le mal peut donc être surmonté. C'est pourquoi la créature, l'homme, peut être guéri. Les visions dualistes et même le monisme de l'évolutionnisme ne peuvent pas dire que l'homme peut être guéri; mais si le mal ne vient que d'une source subordonnée, il reste vrai que l'homme peut être guéri. Et le Livre de la Sagesse dit: "Les créatures du monde sont salutaires" (1, 14 volg). Dernier point: non seulement l'homme peut être guéri, mais il est guéri de fait. Dieu a introduit la guérison. Il est entré en personne dans l'histoire. A la source constante du mal il a opposé une source de bien pur. Le Christ crucifié et ressuscité, nouvel Adam, oppose au fleuve sale du mal un fleuve de lumière. Et ce fleuve est présent dans l'histoire: nous voyons les saints, les grands saints mais aussi les saints humbles, les simples fidèles. Nous voyons que le fleuve de lumière qui vient du Christ est présent, qu’il est fort.

Frères et sœurs, c'est le temps de l'Avent. Dans le langage de l'Eglise, le mot Avent a deux significations: présence et attente. Présence: la lumière est présente, le Christ est le nouvel Adam, il est avec nous et au milieu de nous. La lumière brille déjà et nous devons ouvrir les yeux du cœur pour voir la lumière et nous introduire dans le fleuve de la lumière. Et surtout être reconnaissants de ce que Dieu lui-même est entré dans l'histoire comme nouvelle source de bien. Mais Avent veut aussi dire attente. La nuit obscure du mal est encore forte. C'est pourquoi, pendant l'Avent, nous prions avec l'antique peuple de Dieu: "Rorate caeli desuper". Et nous prions avec insistance: viens Jésus; viens, donne force à la lumière et au bien; viens là où règnent le mensonge, l'ignorance de Dieu, la violence, l'injustice; viens, Seigneur Jésus, donne force au bien dans le monde et aide-nous à être porteurs de ta lumière, artisans de paix, témoins de la vérité. Viens Seigneur Jésus!
images/icones/neutre.gif  ( 618071 )C'est d'autant plus regrettable par Meneau (2011-12-07 12:25:58) 
[en réponse à 618024]

... que cette notion ne soit plus vraiment enseignée au catéchisme, que le CEC pour sa part continue à l'enseigner :


1854 Il convient d’apprécier les péchés selon leur gravité. Déjà perceptible dans l’Écriture (cf. 1 Jn 5, 16-17), la distinction entre péché mortel et péché véniel s’est imposée dans la tradition de l’Église. L’expérience des hommes la corrobore.

1855 Le péché mortel détruit la charité dans le cœur de l’homme par une infraction grave à la loi de Dieu ; il détourne l’homme de Dieu, qui est sa fin ultime et sa béatitude en Lui préférant un bien inférieur.

Le péché véniel laisse subsister la charité, même s’il l’offense et la blesse.

1856 Le péché mortel, attaquant en nous le principe vital qu’est la charité, nécessite une nouvelle initiative de la miséricorde de Dieu et une conversion du cœur qui s’accomplit normalement dans le cadre du sacrement de la Réconciliation :

Lorsque la volonté se porte à une chose de soi contraire à la charité par laquelle on est ordonné à la fin ultime, le péché par son objet même a de quoi être mortel... qu’il soit contre l’amour de Dieu, comme le blasphème, le parjure, etc. ou contre l’amour du prochain, comme l’homicide, l’adultère, etc ... En revanche, lorsque la volonté du pécheur se porte quelquefois à une chose qui contient en soi un désordre mais n’est cependant pas contraire à l’amour de Dieu et du prochain, tel que parole oiseuse, rire superflu, etc., de tels péchés sont véniels (S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 88, 2).

1857 Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises : " Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré " (RP 17).

1858 La matière grave est précisée par les Dix commandements selon la réponse de Jésus au jeune homme riche : " Ne tue pas, ne commets pas d’adultère, ne vole pas, ne porte pas de faux témoignage, ne fais pas de tort, honore ton père et ta mère " (Mc 10, 18). La gravité des péchés est plus ou moins grande : un meurtre est plus grave qu’un vol. La qualité des personnes lésées entre aussi en ligne de compte : la violence exercée contre les parents est de soi plus grave qu’envers un étranger.

1859 Le péché mortel requiert pleine connaissance et entier consentement. Il présuppose la connaissance du caractère peccamineux de l’acte, de son opposition à la Loi de Dieu. Il implique aussi un consentement suffisamment délibéré pour être un choix personnel. L’ignorance affectée et l’endurcissement du cœur (cf. Mc 3, 5-6 ; Lc 16, 19-31) ne diminuent pas, mais augmentent le caractère volontaire du péché.



Et 1035 :


1035 L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, " le feu éternel " (cf. DS 76 ; 409 ; 411 ; 801 ; 858 ; 1002 ; 1351 ; 1575 ; SPF 12). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire.



Il y a là une grave responsabilité des catéchistes à passer sous silence ces notions (celle de l'enfer l'est d'ailleurs souvent également, l'un entraînant l'autre).

Ce texte de La Croix n'est d'ailleurs pas clair sur la notion de péché : il parle de ce qu'enseignait "la catéchèse de nos aînés", pour ensuite comme s'en démarquer en disant que "le sens du péché a bougé". Il ne dit par contre pas que, si ce sens a bougé, c'est à tort, et que le péché personnel existe toujours en tant qu'acte ponctuel.

Cordialement
Meneau
images/icones/1a.gif  ( 618080 )une toute petite réflexion issue de l'homélie du Saint-Père par jejomau (2011-12-07 14:01:47) 
[en réponse à 618071]

En lisant cet admirable catéchèse du Vicaire du Christ sur le péché originel, j'ai commencé à lire trop vite. Ainsi il écrit :

"L’existence de ce que l’Eglise appelle le péché originel, etc".....

Et j'ai lu:

"L'existence de l'Eglise appelle le péché originel"

Je me suis arrêté un instant et soudainement je me suis dit : "mais c'est en fait parfaitement vrai!". On dira même plutôt : "le péché originel appelle l'existence de l'Eglise" si l'on veut résumer toute l'Economie de l'histoire du Salut de l'Humanité et expliquer pourquoi l'Eglise est née, non ?

Bien sûr : l'Eglise n'est là que parcequ'il y a... le péché originel ! Voilà ce que ne savent pas les égarés hérétiques modernistes ! Ou voilà ce qu'ils compris : en niant le péché originel, ils feront disparaître l'Eglise catholique! Voilà comment ils en arrivent à détruire l'Eglise de l'intérieur !

Merci à la Providence...