Il avait invité à dîner chez lui, avec l'un de ses plus éminents collègues dans l'épiscopat français, les théologiens de notre pays, et un autre d'un pays voisin, membres alors de la Commission théologique internationale, créée par le Pape à la demande du Synode des évêques. Pourquoi cette rencontre? Pour discuter posément, sans risque de publicité tintamarresque, les problèmes doctrinaux soulevés par la "pastorale" de l'épiscopat français. Celui des deux "princes de l'Église", qui "subsiste" encore, il faut lui rendre cette justice, n'essaya pas un seul instant, devant cet aréopage, de tourner autour du pot. Je ne garantis pas de citer ses propos verbatim, après le temps qui s'est écoulé, alors que personne ne prenait des notes, mais je puis en vérifier le sens (et le style!). "Il est vrai, dit-il en substance, que nous autres les évêques, depuis le Concile, nous avons misé sur les "progressistes". Il se peut, après tout, que nous nous soyons trompés! Eh bien, nous nous rabattrons dans ce cas sur les intégristes!..."
Le plus impressionnant, par l'âge et sa personnalité vénérable, des sages à qui s'adressaient ces paroles crut devoir répondre: "Mais, Éminence, le problème n'est-il pas plutôt de remonter aux sources les plus pures du christianisme authentique, pour l'exprimer, et le traduire dans la pratique, d'une manière qui puisse avoir tout son sens pour nos contemporains?... --Oh!, dit bonnement l'Éminence, ce sont là des vues d'intellectuels!..."
J'ai bien connu un historien de l'Église des plus distingués sous des dehors prud'hommesques (je lui ai même quelque temps succédé dans sa chaire) et qui disait (inter pocula bien entendu!): "Pie X a profité de l'occasion inespérée que lui offrait la séparation de l'Église et de l'État pour réduire le clergé français à l'indigence, de celle que lui offrait le modernisme pour le condamner à l'ignorance, et de l'une comme de l'autre pour le faire gouverner par des imbéciles! Tout cela par la peur, tournant à l'obsession, d'une renaissance possible du gallicanisme! On verra un jour, qui n'est peut-être pas loin, ce que cela nous coûtera, et Rome alors pourrait être la première à s'en mordre les doigts!"