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images/icones/neutre.gif  ( 617368 )De la communion au Christ par XA (2011-11-30 12:44:33) 

Homélie prononcée quelque part en France le 2 octobre 2011, 16e dimanche après la Pentecôte transmise par un liseur avec l'aimable autorisation de son auteur.



+ Que la prière de N.-D. nous obtienne un cœur fidèle et bon : Je vous salure, Marie


"Le jour du sabbat, Jésus était entré, chez un des chefs des Pharisiens pour y prendre son repas", littéralement, pour y manger le pain, le pain étant considéré comme la nourriture de base d'un vrai repas. Dans l'Evangile, il est souvent question de repas, On pense, entre autres, aux noces de Cana, à la multiplication des pains, aux repas chez le publicain Lévi - le futur apôtre Matthieu - et aussi chez les pharisiens, chez Marthe et Marie. On ne peut pas en conclure pour autant que Jésus passait tout son temps en repas. C'est à tort que certains l'accusaient d'être un "glouton". N'a-t-il pas jeûné 40 jours au désert ? Dans ses voyages missionnaires, ses disciples sont parfois obligés de l'interrompre, comme dans son dialogue avec la Samaritaine, pour le supplier : "Rabbi, mange !" C'est alors qu'il révèle la vraie nourriture qui le fait vivre : la volonté de son Père. Pourtant, l'Evangile l'affirme : Jésus a eu faim, il a eu soif, physiquement. Il a partagé joyeusement nos repas terrestres et il a rompu le pain avec ses apôtres jusqu'à la veille de sa mort et même après sa résurrection.

A dire vrai, l'Evangile parle rarement du menu des repas, de la nourriture elle-même. On sait, par exemple, que ce sont des pains de seigle que Jésus a multiplié pour la foule, mais s'il s'agit de poissons, on apprend tout au plus s'ils sont gros ou petits. On se rappelle aussi le doux reproche de Jésus à son amie Marthe de Béthanie, affairée à préparer beaucoup de petits plats alors qu'un seul aurait suffi. Quand l'Evangile parle des repas de Jésus, c'est surtout pour rapporter ses paroles ou ses gestes ou encore tel événement suscité par sa présence.

C'est le cas dans l'Evangile de ce dimanche où le pharisien qui reçoit Jésus est témoin, malgré lui, d'un miracle. C'était d'ailleurs une invitation piège. On avait placé près de Jésus un malade, comme pour l'inciter à poser un geste de guérison de manière à l'accuser ensuite de violer le repos du sabbat. De fait, tous les convives avaient les yeux fixés sur Jésus. Mais celui-ci, en quelques mots, en faisant appel au bon sens des témoins et à la loi mosaïque elle-même, montre qu'il agit de façon juste en guérissant un malade. Il ferme ainsi la bouche aux pharisiens. Les autres convives admirent sa sagesse ; ils savourent ses paroles pleines de grâce ; ils se rassasient de son visage si humble et rayonnant, lui le plus beau des enfants des hommes. Ils goûtent sans doute aux aliments préparés, mais ils se nourrissent surtout des paroles du Maître, dont la présence sensible réjouit les cœurs pauvres et de bonne volonté.
Parmi eux, le personnel de maison qui assure la préparation et le bon déroulement des repas. Serviteurs et servantes, employés au service de ce notable de la ville, sont le plus souvent occupés à l'intérieur et n'ont guère la liberté d'aller écouter Jésus au-dehors, pour entendre la parole du salut et voir ses miracles. Alors le Seigneur, qui ne méprise personne, pour qui aucun n'est indigne de son amour vient aussi pour eux aujourd'hui.?Ils n'ont même pas droit à la dernière place à table puisqu'ils sont chargés de

Mais le soir du Jeudi Saint, Jésus n'a-t-il pas dit : "Prenez et mangez", et le prêtre redit ces paroles à chaque Messe. N'est-il donc pas conforme à l'Evangile de prendre soi-même dans ses mains l'Eucharistie pour la porter à ses lèvres ? Il est facile de répondre : le soir du Jeudi Saint, Jésus s'adresse à ses apôtres, aux Douze premiers prêtres, à ceux qui justement auront à prendre entre leurs mains le vrai Corps du Seigneur pour le donner aux fidèles. Mais surtout, la traduction française est déficiente. Elle utilise le verbe "prendre" : "prenez et mangez", pour traduire le verbe grec "paralambanein" qui veut dire surtout "recevoir". Ainsi le soir de Pâques, Jésus emploie le même verbe "paralambanein" quand il dit à ses disciples : "Recevez l'Esprit-Saint". On n'aurait pas idée de traduire : "Prenez l'Esprit-Saint". On devrait donc traduire : "Recevez et mangez" comme de pauvres pécheurs qui ne revendiquent pas un droit mais qui mendient une faveur imméritée. "Recevez et mangez" Celui qui est votre Dieu et votre Seigneur qui se donne à vous dans l'acte où il livre son corps et verse son sang pour le salut de beaucoup.

Ce dimanche matin à XXX, par la sainte communion, Jésus veut entrer sous le toit de notre âme, comme jadis il était entré, le jour du sabbat, sous le toit d'un chef des pharisiens. Jésus entre chez nous pour prendre son repas, pour manger le pain. Quelle nourriture agréable pourra-t-il trouver en nous sinon celle qu'il a déposée lui-même en nous : sa charité inépuisable. Quel aliment savoureux pourra-t-il goûter sinon l'offrande de nous-mêmes unie à Son unique offrande qui sauve le monde sur la croix ? La nourriture de Jésus, c'est la volonté de son Père, cad son Amour, ou en définitive son Esprit Saint. Quand nous sommes nourris du Corps de Jésus, nous sommes remplis de l'Esprit Saint en qui Jésus trouve sa joie. L'Esprit Saint est justement Celui par qui nous devenons une vivante offrande à la louange de la gloire du Père. Jésus pourra prendre son repas avec nous et nous avec lui si nous faisons de notre vie quotidienne une offrande à Dieu jusqu'au dernier jour, et s'il le faut, jusqu'au don du sang. Quand saint Ignace d'Antioche se rendait au lieu de son martyre, il disait : "C'est de bon cœur que je vais mourir pour Dieu. Je suis le froment de Dieu et je suis moulu par la dent des bêtes pour être trouvé un pur pain du Christ." Il avait été condamné finalemnt à être brûlé vif et des témoins ont raconté son supplice : "Le feu présenta la forme d'une voûte qui entourait comme d'un rempart le corps du martyr. Il était au milieu non comme une chair qui brûle mais comme un pain qui cuit."

Peut-être que nous, ici présents ce matin, nous ne mourrons pas tous martyrs, mais nous ne pouvons pas échapper au martyre quotidien du devoir d'état, de la fidélité aux motions de l'Esprit Saint. La Charité du Christ nous cuit "à petit feu", notre vie durant, pour que nous soyons juste à point à l'heure de notre mort afin de faire la joie de Dieu pour toujours. En devenant avec Jésus le bon pain de Dieu, nous serons plus comestibles pour notre prochain. Confions cette intention à Notre-Dame, la Boulangère du ciel, en remettant toute notre vie à son Cœur et à ses mains immaculées. Ainsi soit-il.

Merci à D.