Le Forum Catholique
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( 617107 )
Paul VI et Bernanos? par John L (2011-11-28 01:24:04)
J'ai lu quelque part que Paul VI, malgré son grand enthousiasme pour les auteurs français (noté à juste titre par Aigle), détestait Bernanos. Est-ce que quelqu'un pourrait me donner une source pour cette affirmation, si elle est vraie?
Dans le fil d'un grand valeur sur le modernisme commencé par jejomau, Luc Perrin a demandé:
'Qui sait en dehors des spécialistes que le très célèbre abbé Bremond, auteur d'une oeuvre fort populaire pendant longtemps, était un moderniste convaincu et qu'il publia une apologie du 1er Loisy sous pseudonyme?'
L'abbé Bremond apparaît sous le nom de l'abbé Cénabre, apostat secret, dans deux romans de Bernanos, L'Imposture et La Joie, un portrait qui a provoqué des protestations du part de Bremond. Tout le milieu clérical néo-moderniste est dépeint dans ces romans par la plume féroce de Bernanos – ce qui expliquerait le manque de goût de Paul VI pour cet auteur. Le modernisme de Bremond n'était donc pas inconnu à l'époque.
L'exemple de Bernanos indique une problème avec la thèse d'Aigle dans ce fil, selon laquelle les catholiques orthodoxes souffraient d'une faiblesse culturelle et intellectuelle dans leurs combats anté-conciliaries avec le néomodernisme. Rien de moins faible que Bernanos sur le plan culturel. Sur le plan intellectuel; Garrigou-Lagrange a gagné le débat intellectuel au sujet de Blondel et le néo-modernisme dans ses deux articles ''La nouvelle théologie où va-t-elle?' et 'Vérité et immutabilité' du dogme', publiés dans Angelicum 1946 et 1947. Sur la qualité de Garrigou-Lagrange comme penseur, on peut trouver cet évaluation du dominicain écossais très peu traditionaliste Fergus Kerr O.P.: 'Ironically, when this inveterate adversary of the historico-contextualist approach considers the philosophical options adopted by philosophers in his own day, he becomes a model of how to engage with the philosophical issues about being, truth, and so on,' (Kerr, Twentieth-Century Catholic Theologians (Oxford: Blackwell, 2007), p. 18).
C'est au niveau de la propagande et le manoeuvre que les néo-modernistes ont gagné – je souligne que M.-M. Labourdette O.P. refusa de publier l'article de Garrigou-Lagrange dans le Revue thomiste, par peur de paraître intégriste. Mais l'échec total des catholiques croyants demande encore quelque explication. L'appui donné aux néo-modernistes par les papes depuis PaulVI fournit sans doute une grande partie de cette explication, mais pas toute; et cet appui lui-même n'est pas sans mystère.

( 617108 )
Brémond moderniste par Fatherjph (2011-11-28 03:13:36)
[en réponse à 617107]
Brémond était moderniste, ou, du moins, avait de fortes sympathies modernistes. Je me souviens d'une visite en Angleterre sur les pas de Newman, où nous sommes passés près d'un cimetière divisé en deux : une partie anglicane et une partie catholique. A la limite des deux parties se trouve la tombe du Loisy anglais : le Père George Tyrell, un jésuite exclu de la Compagnie et interdit. Le guide nous expliqua ce que j'ai copié sur le page "Wikipedia" du P. Tyrell :
"Tyrell défendait le droit pour chaque époque d’adapter l'expression historico-philosophique du Christianisme aux certitudes contemporaines et ainsi de mettre la fin à ce conflit absolument inutile entre la foi et la science qui n’était qu’un épouvantail théologique. Tyrell fut chassé des Jésuites en 1906 et privé des sacrements l'année suivante. On lui donna l'extrême-onction sur son lit de mort en 1909, mais on lui refusa la sépulture religieuse. Un prêtre, l'abbé Henri Bremond, qui assistait à l'enterrement fit un signe de croix sur la tombe de Tyrrell et, pour un tel acte, fut suspendu a divinis par l'évêque de Southwark Peter Amigo."

( 617109 )
le modernisme est-il combattu efficacement ? par jejomau (2011-11-28 07:18:55)
[en réponse à 617107]
Je rejoins tout ce que vous dites. Cependant la fin de votre post me permet de rebondir sur un point.
Ce point ma paraît - et m'a toujours paru - fondamental entre le moderniste et le tradi. Né et élévé dans le rit conciliaire pendant le nombreuses années, il me semble d'ailleurs d'autant mieux saisir cet aspect qu peut-être un "pur tradi" a de la peine a saisr de prime abord. Je vais le dévellopper plus bas.
Nous sommes donc pratiquement tous d'accord pour remarquer que sur le plan intellectuel le modernisme n'arrive pas à la hauteur de la Tradition. Nous sommes d'accord aussi pour dire que le modernisme l' a pourtant emporté concrètement parlant. Or, celà n'est pas normal : en toute logique, la Tradition ayant "remporté la victoire", le modernisme aurait dû se dissoudre et disparaître comme toutes les idéologies funestes qui surviennent un temps mais ne font illusion qu'un temps. Un des aspects de sa force consiste bien sûr dans sa force tacticienne et ses manoeuvres constantes pour rebondir.
Mais cependant ce dernier point soulève un problème : comment fait le modernisme pour continuer à conquérir les coeurs alors qu'il est condamné facilement sur le plan de la pensée ?
C'est là - et voilà le point auquel je faisais référence plus haut - je pense qu'il faut combattre le modernisme. Celà touche à l'"agir".
Le modernisme en fait propose un façon de vivre avec "le monde" que l'on perçoit dans le cadre liturgique. Par exemple je suis frappé de voir la quasi-absence de vie ascétique dans le rit ordinaire. Absence de mortifications, de jeûne, de discipline, de vie liturgique pénitentielle... Remarquons que ceci est en parfaite phase avec l'abandon du sacrement de confession, et un "esprit du Concile" qui ferait table rase du passé... surtout des Pères de l'Eglise et des premiers chétiens (pères du désert etc..). Remarquons enfin que ce modernisme a alors su abbatre des Ordres religieux plusieurs fois centenaires. L'aboutissement logique aujourd'hui en est les revendications actuelles sur l'homosexualité, le mariage des prêtres, l'ordination des femmes, etc...
On est frappé en revanche si l'on s'interresse un peu aux Orthodoxes de l'importance que revêt la théologie ascétique chez eux.
Je pense donc qu'un combat efficace ne peut être mené contre les modernistes que si l'homme accepte de vouloir intégrer dans sa vie une certaine souffance. C'est l'acceptation dans sa chair, dans sa vie de tous le jours, d'un style de vie .... refusant en partie "ce monde"... que le porteur de la Tradition peut alors devenir source de vie par la Foi qu'il manifeste.
Et je pense enfin profondément que le Concile a détruit cette tradition-là : cette tradition ascétique héritée des premiers chrétiens et dont leur vie liturgique rayonnait...

( 617114 )
Que voulez-vous signifier exactement par Anton (2011-11-28 11:05:16)
[en réponse à 617109]
Né et élévé dans le rit conciliaire pendant le nombreuses années, il me semble d'ailleurs d'autant mieux saisir cet aspect qu peut-être un "pur tradi" a de la peine a saisr de prime abord. Je vais le dévellopper plus bas.
Par le rit conciliaire, s'il vous plait?
que le porteur de la Tradition peut alors devenir source de vie par la Foi qu'il manifeste
Le porteur de la tradition ne peut-il être de rit conciliaire?
Le rit conciliaire est il nécessairement moderniste?
Ne peut-on dire alors que tous les modernistes jusqu'à une certaine époque ont été élevé dans le rit conciliaire traditionnel(En fonction de la compréhension que l'on peut avoir de votre expression rit conciliaire)?
Si le rit conciliaire signifie alors modernisme, tous les pères conciliaires n'ont-ils pas été élevé dans le rit traditionnel?
Cordialment

( 617120 )
Anton vous avez bien raison par Luc Perrin (2011-11-28 11:33:21)
[en réponse à 617114]
de relever l'absurde expression "rit conciliaire". Une expression que personne n'utilise d'ailleurs. Le Novus Ordo Missae a été produit, "fabriqué" (J. Ratzinger), APRÈS Vatican II et parfois en décalage voire en contradiction avec le texte cadre du Concile (ex. la démultiplication des prières eucharistiques, la vernacularisation généralisée, la refonte intégrale elle-même contredit la Constitution conciliaire).
Le terme juste serait rit bugninien ou du Consilium, restons en aux termes officiels et pratiqués de N.O.M. ou "Forme ordinaire" du rit romain depuis 2007. On peut aussi dire rit post-conciliaire, en soulignant le "post".

( 617148 )
Merci à tous les deux par Anton (2011-11-28 14:53:08)
[en réponse à 617120]
Sur le fonds nous sommes d'accord.
Nous pouvons déplorer la misère de l'enseignement actuel, qui accompagne le rit fabriqué après le concile, comme le souligne Luc Perrin, et reconnaître la qualité de l'enseignement dispensé, par la tradition(Fsspx, ED...)
Permettez-moi seulement de souligner à mon tour que dans le même texte, du cardinal Ratzinger, cité par le professeur Perrin, et si mes souvenirs sont bons, extrait de la préface à l'ouvrage de Mgr Gambler, le saint Père fait allusion à des personnes célébrant dignement ce rit "post" conciliare.
J'ai connu des prêtres qui par obéissance, ont accepté la forme ordinaire, mais célébrés parfois en privé la forme extraordinaire, ces prêtres avaient été nourris de l'enseignement de l'Eglise.
D'autres qui n'ont pas connu cela, sont venus ensuite, mais ont aussi reçu l'enseignement de l'Eglise, ils sont facilement reconnaissables, suivant l'enseignement de l'Eglise jusque dans leur attitude vestimentaire, souvent d'ailleurs ils sont des prêtres qui célèbrent le Motu Proprio ou proches dans une certaine mesure des communautés ED, voire de la Fsspx.
Leur tâche n'est pas des plus faciles, certains peuvent parfois avoir des difficultés, il faut le reconnaître.
Je me différencie alors de ce que j'ai cru pouvoir comprendre dans le premier message Jejomau, en ce sens que ces prêtres sont porteurs de la tradition, malgré la célébration de la forme ordinaire(regret pour certains). La qualité de leur enseignement auprès de leurs paroissiens, se veut fidèle à cette tradition, et s'il ne semble pas la même efficacité que celui des communautés traditionnelles, c'est simplement dû à la quantité de travail et à leur petits nombres. Souvent, l'on peut constater, que des personnes issues de communauté ED, ou Fsspx les aident, dans les tâches d'évangélisation.
Mais il y a encore des prêtres qui n'ayant que peu de lien avec les milieux traditionnels, ont eux aussi la volonté de transmettre la tradition.
Etant donné que cela est possible, comme le remarque le Saint Père dans la suite du texte, je ne pense pas qu'il y ait rupture dans la transmission de la part du Magistère, et donc de l'enseignement, mais cela n'est possible aussi que là où il y a fidélité aux directives romaines.
Cette rupture à mon sens provient de la crise de la Foi, affectant le clergé, et les fidèles, pouvons nous dire que nous en sommes complètement indemnes nous même dans la mesure où nous pouvons croire qu'il y a une rupture dans l'enseignement et dans la transmission du Magistère, je ne le pense pas.
Cordialement

( 617154 )
pas de rupture dans la Transmission mais par jejomau (2011-11-28 15:32:24)
[en réponse à 617148]
rupture dans le "vécu" de cette Foi. Ce que j'essaie, hélas, de dire maladroitement. La Transmission de la Foi, avons-nous coutume dire, se transmet:
1)par l'enseignement, l'aspect doctrinal et catéchétique
2)par la messe.
Concernant le 1)le progressiste tente souvent lors du catéchisme (en tout cas c'est ce qu'il a fait pendant des années) de dissimuler des pans entiers du contenu lui-même. On a fabriqué les générations actuelles
IGNORANTES en tout... bien que baptisées et nées en Europe chrétienne
Concernant le 2) la messe est véhiculée au sein d'une Liturgie qui
ELLE-MEME indique une
FACON d'être dans la vie quotidienne;
une façon de VIVRE cette liturgie dans la vie quotidienne.
Un exemple simple.
Actuellement on entre dans l'Avent. Je pose une question : que
SIGNIFIE reellement cette période pour quelqu'un vivant le rit ordinaire ? Concrètement ?
Réponse : rien. Rien parceque la vie Liturgique de l'Avent dans ce rit, a été vidée de son contenu originel ... que l'on discerne bien mieux dans le rit extraordinaire. Là, celui qui vit au sein de ce rit,
SAIT vraiment qu'il entre dans un temps pénitentiel qu'il essaiera de
REPERCUTER au sein de sa vie courante (en accord avec la vie Liturgique)
Conclusion : ce n'est pas la Transmission de la Foi qui est en cause avec le Concile Vatican II , c'est son "esprit" (sic!) particulier qui, à travers une
nouvelle discipline,
s'est acclimatée aux exigences de ce monde . Le nouveau "vécu" de cette foi se soumet aux exigences de ce temps
ALORS que le "vécu" de la Foi "tradi" cherche à
soumettre les exigences du monde à Sa Foi.
Voilà une position radicalement inverse, non ?
En fin de compte, le modernisme a rapidement conquis les hommes par la facilité arrangeante qu'il a de faire. Sur ce terrain, il a une position dominante. Seules de nouvelles générations qui ont soif de d'exigences nouvelles pourront partir à la recherche de cette radicalité de l'engagement qui veut les ...
sortir.. du "monde" justement. A ce prix, le rit extraordinaire est une grande chance pour l'Eglise.
Peut-être LA seule chance. Sauf, si l'Eglise changeait la discipline en la rendant plus exigeante.
Par exemple je constate que des mouvements nés après le Concile Vatican II connaissent un bel essor. L'une des causes profondes ne serait-elle pas justement cette
discipline interne exigeante propres à leurs statuts ? Il m'en vient une en tête immédiatement :
Mère de Miséricorde qui demande le jeûne à ses fidèles. Mais il y en a d'autres... Le vide demeure pour le laïc, chrétien lambda .

( 617122 )
oui, écrit trop vite ce matin par jejomau (2011-11-28 11:45:45)
[en réponse à 617114]
élevé dans le rit conciliaire = veut dire ici "élevé dans le rit ordinaire" (il y a 20 ans, ce rit n'était pas "nommé" ainsi. On disait, en se faisant la guéguerre : "les conciliaires" et en face "les intégristes".. je ne crois même pas qu'on disait "les tradis"... C'est venu après je crois)
Donc n'y voyez pas autre chose.
Ce qui m'a paru vraiment relevant d'une autre planète quand j'ai connu le rit dit "extraordinaire", c'est tout ce qu'il intégrait en
matière de "vécu", comme on dit! En matière doctrinal, il est vrai que j'ai appris beaucoup de choses... Mais là, sur ce point précis, je dirai que les modernistes font sciemment l'impasse sur l'apprentissage de la doctrine en matière catéchétique. La méconnaissance qu'ont de nombreuses personnes de la doctrine relève plus de la volonté de ne pas transmettre La Vérité.... que l'incompatibilité de celle-ci avec la "nouvelle messe" . C'est pourquoi je n'ai jamais rejoint finalement la FSSPX. Je pense en effet que si les cours de catéchisme sont bien faits, il n'y pas de problème.
En revanche, avec l'instauration de la "nouvelle messe" a correspondu l'instauration d'une nouvelle discipline au sein de l'Eglise (pour marquer "l'ouverture au monde" (?). Nouvelle discipline inscrite dans la Liturgie.
Prenez un catho lambda qui pratique un peu dans le rit ordinaire. Il ne connaît que le carême comme temps pénitentiel et celà se limite à ne pas manger de viande le vendredi de Pâques . Point final ! Essayez maintenant d'imaginer ce même catho. participant à la vie Liturgique au sein du rit dit extraordinaire.. Il n'y a que ceux qui ont vécu celà qui comprendront ce que j'écris !
le "vécu" des tradis n'est donc pas le même "vécu" que celui des cathos "conciliaires". Voilà le fond du problème.

( 797943 )
Je suis "pas d'accord, puis d'accord", avec ce que vous écrivez. par Scrutator Sapientiæ (2016-02-13 22:21:52)
[en réponse à 617109]
Bonsoir jejomau,
Je suis "pas d'accord, puis d'accord", avec ce que vous écrivez sur le modernisme ; je pense ici au (néo)modernisme, qui est apparu en 1937, et qui a disparu, à peu près, à la mort de HUV Balthasar, en 1988. Voici ce que je crois pouvoir préciser sur cette question.
1. Sur le (néo)modernisme, en tant que phénomène intellectuel, je ne suis pas d'accord avec vous, car je suis convaincu
- que Chenu, Congar, Haring, Murray, Rahner, Teilhard, n'étaient pas dépourvus d'arguments, ou, en tout cas, n'ont pas été perçus, par bien des (futurs) clercs, qui les ont lus, comme étant dépourvus d'arguments, notamment entre 1945 et 1984 (année de la mort de Rahner), et surtout entre 1945 et 1968 ;
- que si la mayonnaise du (néo)modernisme a, aussi bien, "pris", c'est parce qu'il y avait en elle un minimum d'entendement et d'érudition philosophiques et théologiques, qui contrastaient, d'une manière séduisante, avec la philosophie et avec la théologie "officielles" antérieures, non parce que cette philosophie et cette théologie étaient "nulles", mais compte tenu de la manière de les enseigner qui a longtemps prévalu, dans le cadre du néo-thomisme post-tridentin.
2. En d'autres termes, l'opinion selon laquelle, avant, pendant, après le Concile, les (néo)modernistes l'ont emporté, non parce qu'ils étaient intelligents, mais uniquement parce qu'ils étaient plus mobilisés et mieux organisés, devrait pouvoir être relativisée : un Congar, un Rahner, n'étaient pas des imbéciles (c'est peut-être bien là qu'est tout le problème...), mais ils ont eu en face d'eux des contradicteurs qui ne bénéficiaient pas de la même audience, et qui, de par leur formation, n'étaient ni capables, ni désireux, de se placer sur le même terrain qu'eux, pour les contrecarrer.
3. Sur le modernisme pratique, en tant que vision de la vie et rapport à la vie, je suis d'accord avec vous : le modernisme pratique se caractérise par un refus d'accorder une certaine primauté à la vie spirituelle, et par un refus de consentir à certaines privations, dans la vie matérielle.
4. En ce sens, le modernisme pratique fonctionne à l'embourgeoisement, pour ne pas dire à l'attiédissement, de la vie chrétienne, probablement à cause d'une conception erronée de la doctrine sociale de l'Eglise, comme si cette doctrine était une instance de légitimation, auto-suffisante, du bonheur de l'homme dans ce monde.
Je termine ce message en prenant appui sur le titre du vôtre : le (néo)modernisme n'a pas été combattu efficacement, car il n'a pas été combattu...du tout, à ma connaissance, ni par Paul VI, dans les années 1970, ni par Jean-Paul II, dans les années 1980.
Bonne soirée.
Scrutator.

( 617110 )
réaction rapide par Aigle (2011-11-28 08:18:51)
[en réponse à 617107]
My dear John, vous me donnez envie de relire Bernanos.
Permettez moi de réagir rapidement et sommairement à votre intéressante contribution.
Tout d'abord je n'ai pas vraiment de "thèse" n'étant pas assez qualifié sur le plan de l'histoire de la pensée catholique du XXè siècle pour porter un jugement - je me limite à quelques intuitions.
Ensuite je ne crois pas du tout que le traditionnalisme (mot commode mais qui ne correspond peut-être pas à un courant bien estampillé avant 1970) souffre d'infériorité culturelle ou intellectuelle. Loin de là à mon avis. Il n'était pas "à la mode" - ce qui est différent et peut être louable quand la mode déraille.
Je crois surtout que les idées traditionnelles ont été déconsidérées pour deux raisons "tactiques" : d'une part une attention trop grande portée aux combats politiques (et au surplus à des combats perdus d'avance) d'autre part une totale incapacité à réagir autrement que par l'argument d'autorité aux objections nombreuses soulevés par les rationalistes, les scientistes etc .... au vu des découvertes scientifiques du XIXè siècle et après.
Dès lors il y avait place pour des courants nouveaux moins politisés et cherchant à proposer une relecture de la Foi tenant compte des objections rationalistes (ce fut le modernisme - et ce fut aussi le choix du concile Vatican II) - ou bien des courants politisés mais dans un sens différent (ce fut le progressisme et la posture des tenants du fameux esprit du concile).
Ce qui fait peut-être la force et la relative continuité du modernisme à mes yeux, ce n'est pas un complot obscur mais tout simplement l'incapacité (ou plus exactement le refus) du magistère à rpondre à des objections massives formulées par les incroyants - et aussi par des croyants de bonne volonté voulant défendre l'Eglise "malgré elle" en quelque sorte.
Je note qu'aujourd'hui les termes du débat ont changé : les scientifiques sont plutôt désorientés. Certaines découvertes (le big bang) sont tout à fait compatibles avec la Foi catholique. D'autres débouchent sur des questions éthiques gravissimes (la génétique). Enfin l'engagement des progressistes auprès des cocos les a déconsidérés.
Dès lors il n'y a plus vraimet de raison solide d'aborder les questions théologiques ou éthiques sous l'angle moderniste.

( 617126 )
merci de la référence par Luc Perrin (2011-11-28 12:01:25)
[en réponse à 617107]
"L'abbé Bremond apparaît sous le nom de l'abbé Cénabre, apostat secret, dans deux romans de Bernanos, L'Imposture et La Joie, un portrait qui a provoqué des protestations du part de Bremond. Tout le milieu clérical néo-moderniste est dépeint dans ces romans par la plume féroce de Bernanos – ce qui expliquerait le manque de goût de Paul VI pour cet auteur. Le modernisme de Bremond n'était donc pas inconnu à l'époque. (John L.)
Je ne connaissais pas ce texte. Le pseudonyme dévoilé par E. Poulat de Bremond (sans accent) est : Sylvain Leblanc. Sous ce nom, l'abbé a publié un ouvrage réédité avec un commentaire remarquable par E. Poulat "Un clerc qui n'a pas trahi", c'est une apologie de Loisy, 1ère manière, celui jusqu'en 1903-1905 qui cherchait à réformer le catholicisme de l'intérieur.
Les sympathies modernistes de Bremond étaient connues suite à l'épisode Tyrell mais il avait mis cela en veilleuse après. L'ouvrage du pseudo "Sylvain Leblanc" montre à quel point Bremond a adhéré au loisysme en profondeur, point simplement par humaine sympathie. Il est resté en lien avec Loisy, Canet etc. jusqu'à sa mort.
Montini ne baigne pas dans ce milieu moderniste souterrain ; son évolution est interne au thomisme néo-scolastique, dans le fil Maritain-Journet. Il s'est frotté au blondélisme mais en a-t-il été marqué en profondeur ? Rien n'est moins sûr. Le présent pape est sûrement plus affecté dans son cursus intellectuel et théologique.
Une référence pour comprendre le modernisme d'origine et voir les pratiques des cercles modernistes qui ont été amplement utilisées depuis. Dans ce roman, Il Santo paru en 1905 - Le Saint -, le sénateur moderniste Antonio Fogazzaro (1842-1911), un cercle moderniste qui se réunit en secret établit un plan assez machiavélique de transformation interne par étapes du catholicisme en se cachant derrière un "saint", celui-ci est un moine simple et simplet "Benedetto" qui parle comme nos catho-contemporains : amour, amour, fleur bleue, pauvreté, pas de triomphalisme, renoncer au pouvoir, spirituel que spirituel, pas d'incarnation etc. le bisounours au carré.
Ce livre est fascinant et je me suis toujours demandé si G. Alberigo avait été un lecteur de Fogazzaro, auteur connu en Italie.

( 617128 )
Une réponse rapide à Aigle, Luc Perrin et d'autres par Jean-Paul PARFU (2011-11-28 12:22:42)
[en réponse à 617126]
Les combats de la Tradition étaient aussi politiques, car la Tradition n'est pas libérale au plan philosophique et croit à l'alliance entre l'Eglise et l'Etat.
La Tradition, Aigle, a donc simplement tenté d'empêcher le détricotage de la Chrétienté !
Ce combat était-il perdu d'avance ? C'est vous qui le dites.
Enfin, en ce qui me concerne, je ne fais pas de différences entre moderniste et progressisme.
En amont, il y a le catholicisme libéral (au sens philosophique du terme "libéral", donc au sens du libéralisme philosophique condamné par les Papes au XIXème siècle), lequel a donné naissance :
- à une tendance tournée vers la philosophie et la théologie (le modernisme) ;
- et à une autre tendance tournée, elle, vers l'action (le progressisme, les chrétiens de gauche etc ...).

( 617145 )
fausse généalogie par Luc Perrin (2011-11-28 14:31:14)
[en réponse à 617128]
Poulat et ses nombreux émules, je m'inscrit à leur suite, ont fait justice de cette fausse généalogie, imaginée par les historiens catholiques libéraux des années 1950-1970.
Il faut vous remettre à jour mon cher maître.
Les chrétiens (catholiques) "progressistes", au sens politique post 1945 ne sont pas du tout les héritiers des catholiques libéraux, et pour cause puisqu'ils sont antilibéraux et pour cette raison prêts à s'allier aux forces socialistes/communistes.
Pour se mettre à jour, je conseille :
Emile Poulat, Église contre bourgeoisie, Casterman, 1977 (épuisé) ; 2è édition Berg international, 2006.
La 4è de couverture de la 2è édition pulvérise la (pauvre) vulgate dansettiste dont vous êtes encore prisonnier. Plongez vous vite dans cet ouvrage, il rend le catholicisme contemporain bien plus logique et lisible. Tous mes étudiants en ont bénéficié depuis 1994, mon prédécesseur lui reprenait la vision que vous résumez, et désormais les historiens du catholicisme ont laissé tomber la lecture binaire, même René Rémond héritier de cette tradition historiographique avait considérablement évolué avant son décès.
"Si le titre de cet ouvrage, Eglise contre Bourgeoisie, peut sembler paradoxal, ou même provocateur, c'est que la vieille imagerie des «deux France» demeure tenace : celle qui oppose la gauche laïque à la droite cléricale, le mouvement à la réaction, les révolutionnaires aux conservateurs. Mais que ce soit en France, en Allemagne, en Italie ou ailleurs, la réalité est loin d'être aussi dualiste, et diffère bien souvent de l'histoire enseignée. L'Eglise romaine a été antisocialiste, anticommuniste, c'est entendu, tout le monde le sait. Pourtant, de plus longue date, et conjointement ensuite, elle n'a cessé de dénoncer l'idéologie libérale bourgeoise. On insiste depuis si longtemps sur l'alliance de l'Eglise avec la bourgeoisie qu'on en est devenu incapable de voir leur conflit et d'en mesurer la profondeur. Ces deux aspects sont pourtant tout aussi réels. A se polariser sur l'un en ignorant l'autre, on déforme l'histoire et on s'engage dans une impasse, on s'enferme dans le cercle d'une logique qui se nourrit de ses convictions, on s'installe dans un système interprétatif inexpugnable.
- 4ème de couverture - (date de publication : Mars 2006)"

( 617170 )
Ne pas confondre cher Luc par Jean-Paul PARFU (2011-11-28 17:58:31)
[en réponse à 617145]
Libéralisme économique à l'origine du libéralisme politique et des différentes formes de socialisme et le libralisme économique ou ce que la gauche appelle ainsi !

( 617171 )
Erratum ! par Jean-Paul PARFU (2011-11-28 18:00:32)
[en réponse à 617170]
Ne pas confondre libéralisme philosophique à l'origine du libéralisme politique et des différentes formes de socialisme et libéralisme économique ou ce que la gauche appelle ainsi !

( 617338 )
là je ne comprends en effet pas par Luc Perrin (2011-11-30 00:38:21)
[en réponse à 617171]
ce que vous voulez dire.
Vous pouvez traduire cher maître ... Le libéralisme est un tout comme la Révolution l'était pour Clemenceau : philosophique, politique, économique, tout procède d'une même logique même si chacun des aspects est plus ou moins chimiquement pur dans un pays et une époque donnés.
Cela, le Magistère l'a posé depuis longtemps et cela ne me paraît pas sujet à débat.

( 617342 )
Dans la même perspective... par Vianney (2011-11-30 07:31:25)
[en réponse à 617338]
Le libéralisme est un tout comme la Révolution l'était pour Clémenceau : philosophique, politique, économique, tout procède d'une même logique même si chacun des aspects est plus ou moins chimiquement pur dans un pays et une époque donnés.
On pourrait aisément montrer que le “libre-échange” des idées aboutit à des résultats analogues au libre-échange économique : simplement, le premier appauvrit l’intelligence des gens, tandis que le second abaisse leur salaire.
V.

( 617205 )
Acton vs. Manning par John L (2011-11-29 00:52:31)
[en réponse à 617145]
Dans l'Angleterre du 19e s., on voit une division semblable; le catholique libérale Lord John Acton soutient le système capitaliste de l'époque et s'oppose à toute reforme de ce système, tandis que l'utramontain Cardinal Manning s'oppose aux injustices du capitalisme et soutient les revendications ouvrières.
Le monde catholique anglophone du 19e et 20e s. me semble assez different de la situation en France, Italie, Allemagne. Le modernisme chez les anglophones était une phénomène plutôt cléricale. Les écrivains et penseurs catholiques dans ce monde avant 1960 n'ont aucun teint moderniste: Newman, Belloc, Chesterton, R. H. Benson, Evelyn Waugh, J. R. R. Tolkien, Christopher Dawson, Ronald Knox, Flannery O'Connor. Le modernisme était un de leurs cibles principales – ceux qui sont convertis ont choisi l'église catholique en grande partie parce qu'elle s'opposait au modernisme. Le thomisme d'Étienne Gilson fut mieux reçu en Amérique du Nord qu'en France; il a pu fonder une école la-bas qui n'est pas totalement détruite. Les philosophes catholiques anglophones – Peter Geach, Elizabeth Anscombe, Michael Dummett, Alasdair Macintyre – n'ont rien de moderniste ou de blondélien. Donc, du point de vue anglophone la crise néo-moderniste que traverse l'Église aujourd'hui est presqu'entièrement un trahison des clercs – et pas de tous les clercs (Knox évidemment était prêtre, ainsi que les dominicains décrites par Aidan Nichols OP dans son Dominican Gallery; le feu Herbert McCabe OP, mort 2001, fut assez thomiste dans sa pensée; même des jésuites comme Martin D'Arcy et John Hardon étaient orthodoxes). Du point de vue anglophone, c'est donc l'appui de l'autorité papale sous Paul VI et l'influence de la triomphe des modernistes au concile Vatican II qui me semble décisif dans la victoire moderniste.

( 617150 )
Moderniste que vous êtes par Anton (2011-11-28 15:06:20)
[en réponse à 617128]
car la Tradition n'est pas libérale au plan philosophique et croit à l'alliance entre l'Eglise et l'Etat.
L'alliance traditionnelle sera entre l'état et l’Église.