À La Rose des Vents, cette image du Christ qui scandalise certains catholiques
mercredi 23.11.2011, 05:32 - La Voix du Nord
Elle a agité la polémique à Rennes, Toulouse, Paris où elle a déjà été programmée. Et arrive à Villeneuve-d'Ascq avec le même parfum de scandale. La pièce de l'Italien Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu », présentée mardi prochain à la Rose des Vents, déchaîne les passions : des catholiques organisent un rassemblement de protestation devant l'hôtel de ville, et le théâtre villeneuvois se voit obligé d'organiser la sécurité des spectateurs.
PAR MARIE VANDEKERKHOVE ET CÉDRIC GOUT
> Didier Thibault, directeur de La Rose des Vents. Il ne veut pas cristalliser la programmation du festival Next autour de cette pièce. Il n'empêche qu'hier, Didier Thibault a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a expliqué la position de la scène nationale qu'il dirige (voir en page Métro). « L'ensemble des théâtres qui accueillent la pièce font l'objet d'une campagne pour annuler le spectacle, de la part de catholiques intégristes que l'Eglise appelle catholiques intransigeants. Ils trouvent la pièce blasphématoire et christianophobe. Moi, qui l'ai vue, j'en suis surpris ! Au contraire, Roméo Castellucci parle de compassion, du rapport à Dieu d'un fils et de son père dans leur malheur. Nous avons programmé des spectacles bien plus blasphématoires ! Comme le "Prometheus" de Yan Fabre. Et il n'y a eu aucune réaction... Je pense aussi qu'il y a un climat politique autour de tout cela. Une poussée de l'extrême droite catholique. Les manifestations sont un moyen pour elle de compter ses forces. Et pour les intégristes un moyen de mettre l'Eglise en porte-à-faux. Il y a un mal-être des catholiques fervents dans ce monde déchristianisé que l'extrême droite veut récupérer. Le spectacle fait le tour de l'Europe. Il a été présenté en Pologne et à Rome où il ne s'est rien passé. Romeo Castellucci est stupéfait de toute cette histoire et surtout que cela se passe en France ! »
> Gérard Caudron, maire de Villeneuve-d'Ascq. « J'ai reçu des dizaines de courriers signés de particuliers mais qui tiennent tous à peu près les mêmes propos. Il me semble qu'ils reprennent un texte de base provenant certainement de l'association qui demande l'annulation de la pièce. Mais nous sommes dans une République laïque, avec des règles de droit ! Un maire n'a pas le pouvoir de censurer une programmation, encore moins celle d'une scène nationale. Un maire n'est pas un censeur !
Je pense que les religions ne supportent plus que les pouvoirs publics puissent laisser s'exprimer une pensée différente. Que cela soit les musulmans ou les catholiques intégristes, dans une République il y a une loi qui dit que la religion n'a pas le droit de peser sur le fonctionnement de la République. Si la liberté d'expression va à l'encontre des droits de quiconque, quiconque peut en appeler à la justice. On a le droit de contester ce qui est dit, mais c'est la justice qui tranche. »
Et les croyants ?
> Denys de la Motte (pseudonyme), représentant de Civitas dans le Nord, qui organise le rassemblement contre la programmation du spectacle. L'institut Civitas, qui se présente comme un « mouvement politique, regroupant des laïcs catholiques engagés dans l'instauration de la Royauté sociale du Christ », a déjà organisé les rassemblements dans des villes où le spectacle a été présenté (Rennes, Toulouse, Paris...). Le rendez-vous est donné le 29 novembre, à 19 h 30, place Allende. « Ce n'est pas un appel à manifestation mais un rassemblement. Nous insistons sur le côté serein et non violent. Je n'ai pas vu la pièce, mais je me fie aux jugements de ceux qui y ont assisté. La violence est plutôt du côté de Romeo Castellucci qui caillasse le visage du Christ, lui jette des excréments. Notre procession priante, où nous attendons 1 000 à 2 000 participants, a pour but de faire état de notre protestation contre des spectacles offensants par rapport à la religion. N'importe quel juif aurait fait de même face à une pièce antisémite et il aurait eu raison ! Il y a un décalage entre le traitement de la religion catholique et celui des autres religions. Civitas a reçu le soutien d'une dizaine d'évêques de France. »
> L'abbé Sylvain Lamerand, prieuré de la Sainte-Croix, à Croix (Fraternité Saint-Pie X, catholiques intégristes).
« Les prêtres de notre fraternité seront présents, et même le supérieur national ! J'apporte un soutien spirituel à cette initiative de Civitas car cette pièce attaque de manière directe ou indirecte la personne du Christ et par ricochet les chrétiens. Je n'ai pas vu la pièce mais je me fie aux critiques de ceux qui l'ont étudiée. Il me paraît nécessaire de manifester qu'il existe une réaction à cette pièce. »
> L'archevêque de Lille, Mgr Laurent Ulrich (communiqué). « La liberté d'expression ne comprend pas le droit de blesser les sensibilités d'une part non négligeable de ses contemporains. (...)La sensibilité des artistes peut comprendre la révolte de ceux qui se sentent injustement attaqués dans leurs convictions. Ceux qui veulent défendre l'honneur de Dieu à grands cris et en empêchant la tenue des spectacles auxquels personne n'est obligé de se rendre, ne donnent pas du Christ et de Dieu l'image de Celui qui aime tous les hommes. Ils n'ont pas mandat de le faire de notre part (...) » Mgr Ulrich invite les croyants à un temps de prière, pendant le spectacle, le 29 novembre, à la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, à Lille, à partir de 18 h 30. « Nous y entendrons ensemble le récit de la Passion de Notre Seigneur.
» Un temps de réflexion est également proposé le lundi 5 décembre autour du Nordiste Mgr Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France, sur le thème « La foi, au risque de l'expression artistique aujourd'hui », à 20 h à la Catho de Lille, 60, boulevard Vauban.