Le 22 Novembre
SAINTE CÉCILE,
Vierge et Martyre
I. BRÉVIAIRE ROMAIN (1568-1960)
Premier Nocturne
De la première Épître de saint Paul, apôtre, aux Corinthiens (ch. VII)
Leçon i
(vv. 25-31) Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur; mais je donne un conseil, comme ayant obtenu la miséricorde du Seigneur, afin d’être fidèle. J’estime donc qu’il est bon, à cause de la nécessité du temps présent, qu’il est bon, dis-je, pour l’homme d’être ainsi. Es-tu lié à une femme? ne cherche pas à te délier. N’es-tu point lié à une femme? ne cherche pas de femme. Si pourtant tu prends une femme, tu ne pèches pas. Mais ces personnes éprouveront les tribulations de la chair; et je voudrais vous les épargner. Voici donc, frères, ce que je dis: Le temps est court; ce qui reste à faire, c’est que ceux qui ont des femmes soient comme ne possédant pas; et ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas; et ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas; et ceux qui achètent, comme ne possédant pas; et ceux qui usent de ce monde, comme n’en usant pas; car la figure de ce monde passe.
Leçon ii
(vv. 32-35) Or je voudrais que vous fussiez sans inquiétude. Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, des moyens de plaire à Dieu. Mais celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, des moyens de plaire à sa femme; et il se trouve partagé. De même la femme qui n’est pas mariée et la vierge pensent aux choses du Seigneur, afin d’être saintes de corps et d’esprit; mais celle qui est mariée pense aux choses du monde, aux moyens de plaire à son mari. Or je vous dis cela dans votre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter à ce qui est bienséant, et qui vous donnera la facilité de prier Dieu sans empêchement.
Leçon iii
(vv. 36-40) Mais si quelqu’un pense que c’est pour lui un déshonneur que sa fille, déjà plus qu’adulte, ne soit pas mariée, et qu’il doit la marier, qu’il fasse ce qu’il voudra; il ne péchera point si elle se marie. Mais celui qui a fermement décidé dans son cœur, sans être pressé par la nécessité, et ayant le plein usage de sa volonté, et qui a jugé dans son cœur de conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre. Ainsi celui qui marie sa fille fait bien; et celui qui ne la marie pas fait mieux. La femme est liée à la loi aussi longtemps que son mari est vivant; mais si son mari meurt, elle est libre. Qu’elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur. Cependant elle sera plus heureuse si elle demeure comme elle est, suivant mon conseil; et je pense que j’ai, moi aussi, l’Esprit de Dieu.
Deuxième Nocturne
Leçon iv
La vierge Cécile, née à Rome de parents illustres, et élevée dès son enfance dans les principes de la foi chrétienne, consacra à Dieu sa virginité. Mais dans la suite, ayant été contrainte d’épouser Valérien, elle lui tint ce discours, le soir de ses noces: «Valérien, je suis placée sous la garde d’un Ange qui protège ma virginité; c’est pourquoi ne tentez rien à mon égard, de peur d’attirer sur vous la colère de Dieu.» Vivement ému de ces paroles, Valérien n’osa point s’approcher d’elle, il ajouta même qu’il croirait en Jésus-Christ, s’il voyait cet Ange. Cécile lui ayant répondu que cela n’était pas possible à moins qu’il n’eût reçu le baptême, il déclara, dans son ardent désir de voir l’Ange, qu’il voulait être baptisé. C’est pourquoi, d’après le conseil de la jeune vierge, il se rendit auprès du Pape Urbain qui, à cause de la persécution, se tenait caché parmi les tombeaux des Martyrs, sur la voie Appienne, et il reçut le baptême de ses mains.
Leçon v
De retour auprès de Cécile, Valérien la trouva en prière, ayant à ses côtés un Ange resplendissant d’une clarté toute divine. Cette vue le frappa d’étonnement; mais dès qu’il fut revenu de sa frayeur, il manda auprès de lui son frère Tiburce qui, ayant été instruit par Cécile dans la foi de Jésus-Christ et baptisé par le même Pape Urbain, mérita aussi de voir cet Ange que son frère avait vu. Peu de temps après, tous les deux souffrirent courageusement le martyre, sous le préfet Almachius. Celui-ci n’ayant pas tardé à donner l’ordre de s’emparer de Cécile, lui demanda tout d’abord où se trouvaient les richesses de Tiburce et de Valérien.
Leçon vi
La vierge lui ayant répondu que toutes ses richesses avaient été distribuées aux pauvres, le préfet entra dans une si grande fureur, qu’il ordonna de la ramener chez elle, pour être brûlée dans la salle des bains. Elle y passa un jour et une nuit, sans ressentir aucunement les atteintes de la flamme. On envoya donc le bourreau qui, l’ayant frappée de trois coups de hache, et n’ayant pu lui trancher la tête, la laissa à moitié morte. Trois jours après, le dixième jour des calendes de décembre (22 novembre), sous l’empire d’Alexandre, son âme s’envola dans le ciel, parée de la double couronne du martyre et de la virginité. Le Pape Urbain inhuma lui-même son corps dans le cimetière de Calixte. On a fait de sa demeure une église consacrée sous son vocable. Son corps et ceux des Papes Urbain et Lucius, de Tiburce, de Valérien et de Maxime ont été transférés dans la Ville, par le souverain Pontife Pascal Ier (817-824), et déposés dans cette même église de sainte Cécile.
Troisième Nocturne
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu
(ch. XXV, 1-13.
Trad. du
Lectionnaire de 1964 et 1965)
Leçon vii
En ce temps-là,
Jésus dit à ses disciples cette parabole:
«Le Royaume des cieux sera comparable
à dix vierges qui prirent leurs lampes
et sortirent à la rencontre de l’époux.
Cinq d’entre elles étaient étourdies et cinq étaient prudentes.
Les étourdies, en prenant leurs lampes,
n’emportèrent pas d’huile;
tandis que les prudentes prirent de l’huile
dans des récipients avec leurs lampes.
Comme l’époux tardait à venir,
elles s’assoupirent toutes, et s’endormirent.
Au milieu de la nuit, il y eut un cri:
«Voici l’époux qui vient! Allez à sa rencontre!»
Alors toutes ces vierges s’éveillèrent
et apprêtèrent leurs lampes.
Les étourdies s’adressèrent aux prudentes:
«Donnez-nous de votre huile,
car nos lampes s’éteignent».
Mais les prudentes répondirent:
«Il n’y en aura jamais assez pour nous et pour vous.
Allez plutôt chez les marchands, et achetez-en pour vous».
Or, pendant qu’elles allaient en acheter,
l’époux arriva.
Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui
dans la salle des noces, et on ferma la porte.
Plus tard, les autres vierges arrivèrent aussi et dirent:
«Seigneur, Seigneur, ouvre-nous!»
Mais il répondit:
«En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas».
Veillez donc,car vous ne savez ni le jour ni l’heure».
Homélie de saint Jean Chrysostome
(
Homélies sur Matthieu 78 [ou 79].
Texte grec et trad. latine:
PG 58, 711-713).
Pourquoi, dans cette parabole, le Sauveur met-il en scène des vierges, et non pas indifféremment des personnes quelconques? Il avait développé de grandes vérités au sujet de la virginité, en disant qu’il en est qui se rendent chastes à cause du royaume des cieux, et avait ajouté: «Que celui qui peut comprendre, comprenne» (
Mt 19, 12). Il n’ignorait pas que la virginité obtient partout une grande estime; cette vertu est en effet sublime de sa nature: ce qui le prouve, c’est que, dans l’Ancien Testament, elle n’était pas observée, même par les plus saints personnages, et qu’il ne nous en est pas fait une loi dans le Nouveau; car Jésus-Christ ne l’a point prescrite, il a laissé les fidèles entièrement libres à cet égard. Aussi saint Paul disait-il: «Quant aux vierges, je n’ai pas reçu de commandement du Seigneur» (
1 Co 7, 25). Il est vrai, je loue celui qui embrasse cet état; mais je ne force en rien celui qui n’en veut pas, et je n’en fais pas une chose de précepte.
Leçon viii
La virginité étant donc, et une grande chose et une chose généralement fort estimée, on aurait pu penser que cette seule vertu remplaçait toutes les autres, et, dès lors, négliger celles-ci; c’est afin de prévenir une telle illusion que le Sauveur propose cette parabole, bien propre à nous persuader que la virginité, quand même elle serait accompagnée des autres vertus, est rejetée comme l’impureté, si les œuvres de miséricorde lui font défaut. Le Christ met sur le même rang que l’impudique l’homme inhumain et dénué de miséricorde. L’un et l’autre sont subjugués par la passion; mais celle qui entraîne le premier est plus impérieuse que celle qui domine le second. Aussi, plus l’ennemi qui attaque ces vierges est faible, plus elles sont coupables de se laisser vaincre. C’est précisément pour cela que l’Évangile les appelle folles; car, étant sorties victorieuses du plus rude combat, elles ont tout perdu quand le triomphe leur était plus facile.
Leçon ix
Les lampes désignent ici le don même de la virginité, la pureté de la vie; et l’huile symbolise la bienfaisance, l’aumône, le secours prodigué aux indigents. «Or, l’époux tardant à venir, elles s’assoupirent toutes, et s’endormirent.» Le Sauveur fait entendre qu’il dut s’écouler un temps considérable, pour ôter à ses disciples l’idée que son règne arriverait bientôt. Ils en nourrissaient l’espoir, aussi Jésus en revient-il souvent à leur enlever cette illusion. En outre, il présente la mort comme un sommeil: «Elles s’endormirent», dit-il. «Mais au milieu de la nuit, un cri s’éleva.» Ou bien ceci est ajouté à la parabole, ou bien il veut montrer que la résurrection générale aura lieu pendant la nuit. Le cri, saint Paul en fait aussi mention quand il dit: «Sur l’ordre donné, à la voix de l’Archange et au son de la trompette, il descendra du ciel» (
1 Thess 4, 15 et
1 Co 15, 52).
II. BRÉVIAIRE ROMAIN (1961)
Au Nocturne
De la première Épître de saint Paul, apôtre, aux Corinthiens (ch. 7)
Leçon i
(vv. 25-31) Pour ce qui est des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur; mais je donne un conseil, comme ayant obtenu la miséricorde du Seigneur, afin d’être fidèle. J’estime donc qu’il est bon, à cause de la nécessité du temps présent, qu’il est bon, dis-je, pour l’homme d’être ainsi. Es-tu lié à une femme? ne cherche pas à te délier. N’es-tu point lié à une femme? ne cherche pas de femme. Si pourtant tu prends une femme, tu ne pèches pas. Mais ces personnes éprouveront les tribulations de la chair; et je voudrais vous les épargner. Voici donc, frères, ce que je dis: Le temps est court; ce qui reste à faire, c’est que ceux qui ont des femmes soient comme ne possédant pas; et ceux qui pleurent, comme ne pleurant pas; et ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas; et ceux qui achètent, comme ne possédant pas; et ceux qui usent de ce monde, comme n’en usant pas; car la figure de ce monde passe.
Leçon ii
(vv. 32-40) Or je voudrais que vous fussiez sans inquiétude. Celui qui n’est pas marié s’inquiète des choses du Seigneur, des moyens de plaire à Dieu. Mais celui qui est marié s’inquiète des choses du monde, des moyens de plaire à sa femme; et il se trouve partagé. De même la femme qui n’est pas mariée et la vierge pensent aux choses du Seigneur, afin d’être saintes de corps et d’esprit; mais celle qui est mariée pense aux choses du monde, aux moyens de plaire à son mari. Or je vous dis cela dans votre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter à ce qui est bienséant, et qui vous donnera la facilité de prier Dieu sans empêchement. Mais si quelqu’un pense que c’est pour lui un déshonneur que sa fille, déjà plus qu’adulte, ne soit pas mariée, et qu’il doit la marier, qu’il fasse ce qu’il voudra; il ne péchera point si elle se marie. Mais celui qui a fermement décidé dans son cœur, sans être pressé par la nécessité, et ayant le plein usage de sa volonté, et qui a jugé dans son cœur de conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre. Ainsi celui qui marie sa fille fait bien; et celui qui ne la marie pas fait mieux. La femme est liée à la loi aussi longtemps que son mari est vivant; mais si son mari meurt, elle est libre. Qu’elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur. Cependant elle sera plus heureuse si elle demeure comme elle est, suivant mon conseil; et je pense que j’ai, moi aussi, l’Esprit de Dieu.
(Vie de la Sainte)
Leçon iii
Issue de noble race, la vierge romaine Cécile voua sa virginité à Dieu dès l’enfance. Donnée contre son gré en mariage à Valérien, elle persuada celui-ci de respecter sa virginité et de se rendre auprès du Pape Urbain, afin qu’ayant reçu le baptême, il devînt digne de voir l’ange protecteur de Cécile. Valérien ayant obtenu cette grâce, convertit au Christ son frère Tiburce en sorte que tous deux subirent peu après le martyre sous le Préfet Almachius. Cécile se vit condamnée à être brûlée dans une salle de bains parce qu’elle avait distribué leurs biens aux pauvres. Mais la flamme n’ayant osé la toucher, la vierge reçut en ce même lieu trois coups de hache et fut laissée à demi-morte; après trois jours elle obtint la palme de la virginité et du martyre. On l’ensevelit dans le cimetière de Calixte. Son corps transporté d’abord avec ceux des Pontifes Urbain et Lucius, de Tiburce, Valérien et Maxime, à Rome par le pape Pascal a été enseveli dans l’église consacrée sous le vocable de la même sainte Cécile.
III. LITURGIE DES HEURES (1971)
Des Discours de saint Augustin, évêque, sur les psaumes
(
Ps. 32,
disc. 1, 7-8 :
CCL 38, 253-254)
Chantez bien Dieu dans la jubilation
«Rendez grâce au Seigneur sur la cithare, jouez pour lui sur la harpe à dix cordes. Chantez-lui le cantique nouveau» (
Ps 32, 2.3). Dépouillez ce qui est vieux, vous qui connaissez le cantique nouveau. Homme nouveau, testament nouveau, cantique nouveau. Le cantique nouveau ne concerne pas les hommes anciens. Les hommes nouveaux sont les seuls à l’apprendre, car ils sont renouvelés par la grâce loin de leur ancien état, et ils appartiennent désormais au testament nouveau, qui est le Royaume des Cieux. C’est pour lui que soupire tout notre amour, et qu’il chante le cantique nouveau. Chantons le cantique nouveau non par notre bouche mais pas notre vie.
Chantez-lui le cantique nouveau, chantez bien (cf.
Ps 32, 3). Chacun se demande comment chanter pour Dieu. Chante pour lui, mais évite de chanter mal. Il ne faut pas blesser ses oreilles. Chantez bien, mes frères. Lorsque l’on te dit, devant un auditeur bon musicien: Chante pour lui plaire, si tu ignores la musique, tu redoutes de chanter et de déplaire à l’artiste. Car ce que l’auditeur incompétent ne remarque pas, l’artiste te le reproche. Qui se proposerait pour chanter à Dieu, lui qui juge le chanteur, lui à qui rien n’échappe, qui entend tout ? Quand peux-tu offir une telle perfection dans ton chant que tu ne déplaises en rien à des oreilles si délicates ?
Eh bien, le Seigneur te donne cette méthode de chant : ne cherche pas des paroles, comme si tu pouvais expliquer ce qui plaît à Dieu. Chante par des cris de jubilation. Bien chanter pour Dieu, c’est chanter par des cris de jubilation. En quoi cela consiste-t-il ? C’est comprendre qu’on ne peut pas expliquer par des paroles ce que l’on chante dans son cœur. En effet, ceux qui chantent en faisant la moisson, ou les vendandes, ou n’importe quel travail enthousiasmant, lorsqu’ils se mettent à exulter de joie par les paroles de leurs chants, sont comme gonflés d’une telle joie qu’ils ne peuvent pas la détailler par des paroles, ils renoncent à articuler des mots, et ils éclatent en cris de jubilation.
Ce cri est un son manifestant que le cœur enfante des sentiments qu’il ne peut exprimer. Et à qui cela convient-il mieux qu’au dieu inexpprimable ? Il est inexprimable, en effet, celui que tu ne peux traduire dans le langage. Et si tu ne peux parler, mais que tu n’aies pas le droit de te taire, qu’est-ce qui te reste, sinon de chanter en cris de jubilation ? Que ton cœur se réjouisse sans prononcer de paroles et que l’infinité de tes joies ne soit pas limitée par des syllabes.
Chantez bien, avec des cris de joie (cf.
Ps 32, 3).
Église Ste-Cécile au Transtévère (Rome)