Plus de 200 catholiques ont prié dans le calme aux abords du Théâtre de la Garonne à Toulouse lors de la première représentation de la pièce de Rodrigo Garcia, Golgota Picnic. Alternant cantiques et chapelets, soutenus par la présence de plusieurs prêtres, d’une quinzaine de religieux – moines et novices capucins venus du monastère Saint-François de Morgon dans le Gers, plusieurs religieuses – les fidèles ont pacifiquement prié à la lumière de flambeaux, faisant de l’événement une veillée recueillie plutôt qu’une manifestation. Beaucoup de familles, de jeunes – pas tous fidèles de la Fraternité Saint-Pie X – accompagnés d’une fanfare ont ainsi rendu visible la volonté de réparation devant l’outrage de cette pièce qui s’autorise tous les blasphèmes, toutes les diffamations, les pires calomnies sur le Christ crucifié et son Eglise.
La police toulousaine était sur les dents en raison de la contre-manifestation annoncée, maintenant d’emblée les catholiques éloignés du théâtre devant lequel seule une poignée de fidèles ont réussi à se glisser. Ceux-là étaient entourés par les forces de l’ordre pendant qu’ils disaient le rosaire sous les insultes et les quolibets de quelques dizaines de militants gauchistes.
Combien étaient-ils, ceux-là ? Deux groupes, l’un de 70, l’autre de 150 personnes ont tenté en vain de couvrir les prières tranquilles mais bien « sonorisées » des catholiques. Nerveux à force d’entendre les prières (comme nous le raconte l’un des abbés présents mercredi soir) ils ont peu à peu quitté la place. Un de ces militants – probablement « multicartes » vu le nombre d’associations venues bruyamment réclamer que cessent les manifestations catholiques, au nom de la « liberté d’expression », de la LDH à l’extrême gauche ! – s’est même approché d’un étudiant accroché à son chapelet pour lui suggérer de lancer des slogans plutôt que des « Je vous salue Marie ». Eh bien oui, la prière publique des catholiques en France a un sens et une portée que nous ne mesurons sans doute pas assez. Avis au cardinal Vingt-Trois et autres Mgr Le Gall qui ont donné le la pour désigner à la haine les « idiots sympathiques » et les « intégristes » dont l’arme est le chapelet…
« Intégristes, intégristes, intégristes » : lancinant, le quolibet infamant revient dans les comptes rendus médiatiques, six fois répété dans la modeste dépêche de l’AFP que, servilement, les journaux ont recopiée, du Parisien au Figaro. Y compris cette phrase révélatrice : « Les textes et les situations, la plupart du temps loufoques et décalés, doivent parfois être entendus au second degré lorsqu’ils traitent du Christ pour ne pas choquer. »
La Dépêche du Midi, plus originale, a envoyé reporter et photographe, et, pour la « première », une journaliste dans la salle de théâtre. Nicole Clodi relate sans sourciller la première scène jouée sur un parterre jonché de pains pour hambuger pour parodier la multiplication des pains : une fille « montre son sexe à la caméra qui en reflète l’image sur l’écran géant » au fond de la scène et « déclame : “Je ne vous apprendrai pas à baiser les gosses, à envoyer des bombes du haut des tours… puisque ça, vous savez déjà le faire.” »
La délicate journaliste, tout acquise au message de Garcia, approuve ensuite son idée d’interdire les musées montrant « l’iconographie de la terreur » qui, à travers la Crucifixion, font la « propagande de la torture ». La liberté d’expression a de ces ratés…
D’autres manifestations tout aussi pacifiques sont prévues pour les prochaines représentations de Golgota Picnic d’ici à dimanche, tandis qu’une manifestation contre la christianophobie, à l’appel de Civitas, se tiendra place de la Daurade à Toulouse samedi à 18 heures.
En attendant les bobos, snobs et intellos toulousains continueront de se piquer d’avant-gardisme, aux frais du contribuable, en honorant de leur présence ce Golgota Picnic dont les spectateurs néerlandais (ils l’ont vu en septembre à Rotterdam) sont nombreux à souligner que les transgressions ont décidément pris un coup de vieux. « De l’anticléricalisme d’il y a 30 ans : qui est-ce que cela peut encore choquer ? », demande une spectatrice qui s’estime flouée parce qu’aujourd’hui on peut faire bien pire.
Encore une qui n’a pas compris, pas plus que les bobos de Toulouse, Rennes, Paris, que la vraie nouveauté, c’est précisément la Rédemption. Et sa valeur d’éternité.
JEANNE SMITS, dans Présent