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images/icones/mitre4.png  ( 615814 )Note aux évêques de Mgr Pascal Wintzer à propos du spectacle de Romeo Castellucci par Basam Damdu (2011-11-17 14:37:05) 

Culture - 17 novembre 2011
A propos du spectacle de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu »




Note aux évêques de Mgr Pascal Wintzer, Administrateur Apostolique du diocèse de Poitiers, Président de l'Observatoire Foi et Culture de la Conférence des Evêques de France, a propos du spectacle de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu », rendue publique le 16 novembre 2011.



La réflexion proposée ici est plus développée que ne le sont ordinairement les fiches proposées par l'Observatoire Foi et Culture.

La polémique qui est le point de départ de ces pages est, selon moi, révélatrice d'enjeux plus profonds : il s'agit de notre place dans le monde ; il s'agit de la mission ; il s'agit de l'espérance.

J'ai aussi voulu me référer à quelques auteurs qui nous aident à percevoir et à évaluer ces enjeux.



Mgr Pascal Wintzer
Administrateur Apostolique du diocèse de Poitiers
Président de l'Observatoire Foi et Culture de la CEF



• Choisir le dialogue et la confrontation


Avant tout, comme nous y invite le Pape Benoît XVI , je choisis la voie du dialogue et sa fécondité. C'est pourquoi je veux déplorer les manifestations qui se sont exprimées tant à l'extérieur que dans la salle même du Théâtre de la Ville, à Paris, à l'occasion des représentations du spectacle de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu ». Si elles veulent exprimer la révolte de certains face à ce spectacle, elles blessent les relations que l'Eglise catholique s'est toujours efforcée d'entretenir avec les arts et les artistes. Ces relations se lisent tout au long de l'histoire chrétienne. Elles ont été récemment encouragées par le cardinal Gianfranco Ravasi, Président du Conseil pontifical pour la culture, dans un entretien publié dans le journal La Croix, en date des samedi 14 et dimanche 15 novembre 2009, à la page 9 : « Nous croyons à la possibilité d'une rencontre entre la foi et l'art, pourvu que l'art sorte de son impuissance provocatrice. De même l'Eglise ne doit plus s'en tenir à une récupération hasardeuse de styles anciens et à des productions artisanales sans ambition. Elle doit accepter la confrontation avec ces nouvelles grammaires, avec ces nouvelles modalités d'expression. Ce dialogue-là serait fécond pour elle. »


• Pas de religion sans culture


Dans nos diocèses, nombreuses sont les initiatives qui voient de telles rencontres, à l'occasion d'expositions, de l'accueil de spectacles dans des églises, de festivals, de commandes aussi.

Ces exemples contredisent l'idée d'un christianisme de plus en plus replié sur lui-même et se développant en dehors de la société et de la culture. Adoptant une telle attitude, le christianisme se contredirait lui-même, il oublierait l'attitude des Pères qui, au sein du monde hostile qu'était l'Empire romain, ont toujours travaillé à rencontrer les lettrés de leur temps.


Le philosophe et spécialiste de l'Islam Olivier Roy alerte sur les conséquences désastreuses pour la civilisation d'un découplage entre les religions et la culture. Dans le livre intitulé La sainte ignorance (Seuil, 2008), et sous-titré Le temps de la religion sans culture, il souligne les conséquences d'une religion « pure », c'est-à-dire détachée de la culture :

« La déculturation [...] transforme en barrière l'espace entre le croyant et le non-croyant, qui ne partagent plus ni orthopraxie ni valeurs communes. C'est tout l'espace intermédiaire des croyants non pratiquants, pratiquants nominaux, incroyants culturellement religieux, qui disparaît. Aux yeux des croyants, les tièdes, les refroidis, ceux qui n'ont pas fait leur deuxième conversion (born again) font en fait partie du monde profane, voire du monde païen. Inversement, le croyant paraît incongru, voire fanatique, au non-croyant.

Les croyants se vivent désormais comme minoritaires environnés par une culture profane, athée, pornographique, matérialiste, qui a choisi les faux dieux : l'argent, le sexe ou bien l'homme lui-même. Et cela même si statistiquement les croyants sont majoritaires, comme aux Etats-Unis » p. 23.


• Sortir du rêve d'une société naturellement chrétienne


Là est certainement le grand défi devant lequel l'histoire nous place. Puisant sa lumière à l'Amour extrême de Dieu pour le monde, le Concile Vatican II nous a encouragés à regarder avec estime nos sociétés. Certains que Dieu aime ce monde, nous savons qu'il n'existe pas, comme il n'a jamais existé, de société qui par elle-même serait accordée à l'Evangile. Penser le contraire, c'est douter de la capacité de ce dernier à se dire dans la langue de chacun, comme l'annonce la Pentecôte, et s'enfermer dans l'illusion de la recherche d'une langue commune, comme le fit Babel.


Il n'y a donc pas de culture « pure », de culture apte par elle-même à exprimer la foi chrétienne. Penser cela, le pratiquer, ce serait « expurger » des cultures, voire des églises. Selon quels critères ? Quelle expression artistique serait-elle « pure » ? Et laquelle « impure » ?

Le dialogue entre « l'Evangile de Dieu » et les cultures ne pose pas ces deux réalités l'une en face de l'autre.

« L'Evangile de Dieu » ou « l'Evangile de son Fils » n'existe qu'en la personne de Jésus mort et ressuscité. Il n'existe pas en soi dans une société, il est toujours inscrit dans des cultures, celles que se forgent inlassablement les hommes en quête du vrai, du beau, de la transcendance, au sein des drames de l'existence et de son apparente absurdité. Ces cultures modèlent les mondes, les sociétés, où nous vivons.

Le chrétien est celui qui déchiffre la présence et la quête de Dieu au cœur du foisonnement de la vie et des expressions culturelles.


• Se mettre au travail


Plutôt qu'à l'invective et à la condamnation, c'est au travail que nous sommes appelés, travail par lequel chacun prend le temps de comprendre qui est l'autre et ce qu'il veut dire. Le dialogue est un travail de l'esprit et du cœur. Il est emprunt de modestie. Il est écoute bienveillante. Il est parole qui oriente vers le vrai et le beau. Il met sa joie dans la recherche partagée de la vérité.

Le dialogue exclut tout amalgame et tout mépris. Il nous invite à sortir du simplisme selon lequel les artistes sont des provocateurs, des blasphémateurs. Il nous appelle à prendre le temps de les interroger, ou tout simplement de lire ce qu'ils disent de leurs œuvres. Une religion sans culture devient une religion sans curiosité, et même sans intelligence.

Dans bien des œuvres contemporaines, qu'elles soient picturales ou théâtrales, les sujets représentés ne sont plus « religieux », ils n'illustrent plus des scènes bibliques, pour autant la question de Dieu, du spirituel, est portée de bien des manières. Ils expriment les inquiétudes face à un monde désenchanté, une nature vide, mais qui demeure, peut-être, un espace ouvert et disponible.

Nous sommes souvent entre deux iconoclasmes. Celui de metteurs en scène qui refusent des images lénifiantes de Dieu, images qui occultent les drames et les souffrances. Et l'iconoclasme de ceux qui, « protégeant » les seules images idéalisées, préfèrent détruire les autres.

Il ne faut pas nier qu'il y ait, de part et d'autre, de la provocation volontaire. Celle des artistes n'est pas de même nature que celle des manifestants. Mais, allons au-delà. L'enjeu profond est celui de la véritable espérance : d'une part, est dénoncée une espérance discréditée et illusoire qui se voile la face en ignorant les drames de l'homme et de l'histoire ; d'autre part, est brandie, tel un étendard, une espérance qui s'apparente plus à un slogan qu'à un chemin.


Au-delà de provocations qu'il faut cependant s'efforcer de comprendre, ne pouvons-nous pas nous accorder à reconnaître que la provocation qui construit et élève, c'est la beauté ? Aux artistes invités à la chapelle Sixtine, Benoît XVI affirmait : « Une fonction essentielle de la véritable beauté, en effet, déjà évidente chez Platon, consiste à donner à l'homme une ''secousse'' salutaire, qui le fait sortir de lui-même, l'arrache à la résignation, au compromis avec le quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard qui blesse, mais précisément ainsi le « réveille », en lui ouvrant à nouveau les yeux du cœur et de l'esprit, en lui donnant des ailes, en le poussant vers le haut. L'expression de Dostoïevski que je vais citer est sans aucun doute hardie et paradoxale, mais elle invite à réfléchir : ''L'humanité peut vivre - dit-il - sans la science, elle peut vivre sans pain, mais il n'y a que sans la beauté qu'elle ne pourrait plus vivre, car il n'y aurait plus rien à faire au monde. Tout le secret est là, toute l'histoire est là''. Le peintre Georges Braque lui fait écho : ''L'art est fait pour troubler, alors que la science rassure''. La beauté frappe, mais précisément ainsi elle rappelle l'homme à son destin ultime, elle le remet en marche, elle le remplit à nouveau d'espérance, elle lui donne le courage de vivre jusqu'au bout le don unique de l'existence. » Benoît XVI, Discours aux artistes (21 novembre 2009).


• Pour déchiffrer et comprendre


Une œuvre moderne est un message complexe, qu'il faut pouvoir décrypter, dans un dialogue à la fois avec l'œuvre, son auteur et son époque.

Des textes bibliques aussi, sont scandaleux. Il faut savoir les recevoir et les interpréter. Les prophètes n'ont pas hésité à réveiller les consciences endormies par des actes provocateurs, apparemment scandaleux et absurdes. Et puis, depuis le dadaïsme et le surréalisme, le scandale et la provocation font partie de la recherche artistique.

Plus que la beauté, une notion remise en cause, c'est la révolte, la provocation, le refus qui se manifestent chez des artistes contemporains.

Pour la critique d'art Catherine Grenier, qui s'exprime dans un article de La Croix, en date des 5 et 6 mars 2005, « Toute l'histoire de l'art moderne ne se fonde-t-elle pas sur l'idée de rupture, et le public n'a-t-il pas montré son étonnement, souvent son rejet d'un art [...] destructeur de toutes les valeurs : la beauté, l'harmonie, la pérennité ? [...]

Dans l'acte créateur, destruction et création participent d'un même mouvement. Les deux forces sont contradictoires, mais irriguées l'une par l'autre. »


• Pour écouter


Le metteur en scène Pierre Debauche, fondateur et directeur du Théâtre du Jour à Agen, que j'ai interrogé au sujet de l'actuelle polémique suscitée par le spectacle de Romeo Castellucci, tient ces propos :

« Il faut que vous sachiez que je suis un artiste athée mais qu'à travers un des mes courts poèmes je revendique un statut particulier : "la bonté appartient à ceux qui la pratiquent".

Depuis 25 siècles notre théâtre tend un miroir à la société et s'y reflètent toutes les violences imaginables.

Quand Sophocle nous montre Clytemnestre assassinant à la hache dans sa baignoire Agamemnon, ou Médée tuant ses enfants, ceci a deux caractéristiques : faire partie de l'humanisme de notre imaginaire, cependant qu'il y a matière à protestation.

Dans mon enseignement, je formule comme ceci le projet de théâtre auquel je travaille depuis 55 ans : " tout projet théâtral est la recherche d'un bonheur possible". J'ai donc du mal à saisir la provocation comme une bonne idée. Mais j'en perçois la source dans tant d'indifférences devant notre société du malheur obligé, que je souscris par ailleurs à tout esprit de révolte. La pire hypothèse serait que faute de provocateurs, l'imaginaire commun que les siècles ont fondé s'enfonce dans un scénario à la Titanic par le seul poids des indifférences.

Donc je continue de revendiquer à titre personnel la bonté comme mode de connaissance, et comme athée, j'ai gardé le sermon sur la montagne comme un de mes textes de référence. »


Tout l'enjeu est alors celui de l'interprétation des œuvres. Elles sont d'abord à recevoir en fonction de leur esthétique et de l'émotion qu'elles suscitent. Cependant, elles ont aussi un message théologique à transmettre. Mais celui-ci est existentiel avant d'être dogmatique ou biblique.

Pour se livrer à cette interprétation, Jérôme Cottin (cf. La mystique de l'art, Cerf, 2008) invite à prendre en compte cinq éléments :

- la situation de l'artiste : qui il est et ce qu'il a voulu dire ;

- le contexte historique dans lequel cet artiste vit et s'exprime ;

- le langage artistique qu'il utilise, le sien propre ou celui du groupe ou mouvement dont il se réclame ;

- le thème du tableau et le titre de l'œuvre ;

- le lieu d'élaboration, de réception et d'exposition.

Au-delà de la réaction première et immédiate à une œuvre, il convient de rechercher son sens ultime, ce qui suppose un travail d'analyse qui passe par la distanciation et la verbalisation.


Ne pensons pas que les éléments les plus matériels, mêmes triviaux, de notre existence, ne soient pas porteurs de sens. Un des meilleurs cinéastes français actuels, Bruno Dumont, dont on peut voir le dernier film Hors Satan sur les écrans, tient ces propos : « Je filme la nature qui est visible, dans l'espoir de trouver l'invisible. »


• Pour regarder


Celles et ceux qui attaquent Romeo Castellucci ont-ils lu ou écouté ses propos ?

« Un jour, en feuilletant un livre, je suis tombé sur ce portrait de Jésus que j'avais étudié des années auparavant, aux Beaux-Arts de Bologne. J'ai littéralement été saisi par ce regard qui plonge dans vos yeux : j'ai marqué une pause, très longue, qui n'avait rien de naturelle et j'ai compris qu'une rencontre s'opérait. Je n'étais pas seulement devant une page de l'histoire de l'art, mais devant autre chose. Il y avait un appel dans ce regard. C'était lui qui me regardait, tout simplement. Dans Sur le concept du visage du fils de Dieu, ce regard du Christ est central et rencontre chaque spectateur, individuellement. Le spectateur est sans cesse observé par le fils de Dieu. Montrer le visage du fils de Dieu, c'est montrer le visage de l'Homme, Ecce Homo saisi au moment de la fragilité qui ouvre à la Passion. [...].

Jésus est depuis toujours le modèle de l'Homme. Depuis la crucifixion, Dieu s'est abaissé jusque dans notre misère la plus triviale : il nous précède dans la souffrance en général, et dans celle de la chair en particulier [...].

Pas de polémique, pas de blasphème, pas de raccourci de pensée ni de caricature idiote : ce que je fais requiert une lecture patiente, du temps et de la réflexion. Ce que je fais est un appel à l'intelligence et à la sensibilité de chacun des spectateurs. A la fin du spectacle, un voile noir coule sur le portrait du fils de Dieu : Dieu se retire dans le brouillard du fond de scène, depuis lequel il avait fait son apparition. Il est venu à nous et nous a regardés : il l'a fait. » (Dossier de presse du Festival d'Avignon 2011).


Chacun est donc renvoyé à lui-même, au regard qui est porté sur lui, comme au regard qu'il porte sur l'autre, et sur une œuvre.

Laurent Wolf insiste sur ce point dans le numéro d'Etudes de mars dernier.

« Ce qui choque dans l'art de notre époque, ce ne sont pas les images en tant que telles - n'importe qui peut voir pire tous les jours - mais le regard. Dans les reportages de guerre et même dans la publicité, c'est l'objet qui est obscène et pornographique, la violence étalée, le luxe inaccessible, la nudité comme appât pour autre chose qu'elle-même... Quand les artistes s'emparent de ces objets, il n'en reste rien d'autre que le rien. Pas de langage commun, pas de vie ensemble, la nudité fonctionnelle du monde, le regret du paradis perdu, le vide. A ce vide, il est tentant d'opposer la règle. A ce regard sur un monde sans morale, si ce n'est le désir de morale, il est tentant d'opposer l'interdit.

Et ce qui surprend dans la volonté de fixer les limites, de faire d'une règle particulière la règle générale, et d'interdire au nom de soi-même et de quelques autres parce qu'il n'y a plus d'instance extérieure, c'est qu'il ne s'agit ni de morale ni de règles mais de regard, d'une manière de voir et de considérer ce que la morale et la règle devraient être. Pas de paroles échangées, pas de langage partagé. Seulement le regard sur l'absence » p. 375. L'artiste, la règle et l'interdit, Laurent Wolf, Etudes mars 2011, n° 4143, p. 365-375.


Or, sur la scène du Théâtre de la Ville, il y avait un regard. Un regard dont on peut interroger la force ou la faiblesse ; un regard au sujet duquel est posée la question de son éventuelle impuissance ; mais un regard quand même.

Puis-je vous avouer que ce regard m'a aussi marqué durant l'été dernier ?

Visitant la ville de Gênes, j'ai été ébloui par un « Ecce homo » d'Antonello de Messine. Ce tableau se trouve dans un des plus beaux palais de la ville de Gênes, qui en compte de nombreux et de magnifiques. Même si ces palais sont désormais des musées, ils ne sont pas vraiment des musées, ils sont des demeures, certes dépourvues d'habitants, mais dont les pièces se découvrent à vous comme venant presque d'être quittées par ceux qui occupaient une chaise ou un fauteuil.

Dans ce tableau d'Antonello de Messine le Christ dans sa passion y arbore une moue où se lit davantage son étonnement navré face à ceux qui le condamnent que la souffrance. Puissent son attitude et son regard nous instruire. Encore faut-il savoir regarder ce regard à nul autre pareil. Le drame de l'existence voile nos regards sur ce regard. Et si Romeo Castellucci nous aidait à quitter nos aveuglements pour voir l'invisible regard du visage du Fils de Dieu ?


• Et savoir interroger, voire refuser


Pour autant, il serait naïf de ne poser aucune question à aucun artiste ni à aucune œuvre. Oui, il existe des œuvres qui, si elles sont une insulte aux croyances et aux croyants, sont avant tout un mépris de l'homme. Ce sont ces œuvres qui ignorent volontairement l'histoire de l'art et refusent tout dialogue avec elle.

« En art, rien n'est jamais innocent, il n'y a pas de forme ''objective'' car il n'y a pas de désir neutre, et se cacher derrière la raison pour construire une œuvre ne garantit pas qu'on ne fournisse pas involontairement à l'autre une échappée sur nos déraisons. Créer une œuvre volontairement ''in-signifiante'' en dit autant sur l'artiste que s'il en crée une pleine de sens. La différence est que la première ne nourrira pas la conscience du spectateur et ne renforcera donc pas ses défenses contre les pulsions autodestructrices qui font de la vie un combat de tous les jours. Elle ne sera pas un régénérateur de vitalité comme pourra l'être la seconde. En revanche elle exprimera ingénument l'être de son émetteur » François Chevallier, La société du mépris de soi, Gallimard, 2010, p. 20.


D'autre part, dans une société où l'image est omniprésente, grâce à ces écrans qui ne nous quittent plus, nous avons paradoxalement oublié la puissance des images. Pour Jean Clair, « nous ne savons plus ce que les images veulent dire et peuvent faire. S'il y a un choc des civilisations, il passera par le choc des images. Donc par l'art et par le musée. La guerre des images est une guerre théologique fondamentale. Le mot expose, explique, apaise ; mais l'image impose. » (Le Point, 11 octobre 2007).

L'image s'impose pour tenter de donner à voir la beauté, au sein même de nos tragiques histoires, au creuset des déchéances les plus ordinaires et triviales. Là, où est la beauté ? Pour Romeo Castelluci l'image du visage de l'homme et de sa beauté a une source : « J'ai toujours été fasciné par l'image du Christ, par le mystère de cette beauté, par cet ecce homo qui fait de Jésus un homme. Le visage du fils de Dieu, à travers l'histoire de la peinture, a modelé celui de l'homme. L'invention du visage par la peinture, c'est le Christ » (Le Monde, 27 octobre 2011)


S'il existe des œuvres qui, volontairement, se refusent à tout dialogue, avec l'histoire de l'art, avec le contexte social, culturel, religieux, dans lequel elles s'inscrivent néanmoins, gardons-nous de suivre un tel chemin. Il faut savoir rencontrer et interroger et les œuvres et les artistes, au risque de ne produire qu'un discours solipsiste. Le risque, en l'absence d'un sens commun partagé, est d'encourager la parcellisation des hommes. Chaque groupe, chaque communauté, chaque chapelle, étant alors seule apte à dire ce qui la concerne. Là où rien ne peut plus être dit à l'autre, et là où l'autre n'accepte rien de ce que est dit de lui, l'individu triomphe peut-être, mais la communauté humaine est en péril.





+ Pascal Wintzer
Administrateur apostolique de Poitiers
Observatoire Foi et Culture
images/icones/nul.gif  ( 615820 )Exemple type de la langue de buis ! par Jean-Paul PARFU (2011-11-17 15:05:18) 
[en réponse à 615814]

Ce type de considérations ne prouve pas que l'épiscopat français se sent bien dans la société, comme il veut le laisser croire, mais au contraire qu'il est mal à l'aise et se réfugie dans la dénégation pour ne pas avoir à combattre courageusement.

Comment caractériser l'attitude de l'épiscopat ou, plus exactement, celle de son noyau dirigeant ?

En langage commun, on dirait : manque de foi et manque de courage !

En langage psychiatrique, puisque la tendance est à tout médicaliser, on pourrait la qualifier : d'autisme !
images/icones/2a.gif  ( 615821 )en conclusion, le Peuple de Dieu est borné et n'a rien compris par jejomau (2011-11-17 15:07:57) 
[en réponse à 615814]

Je maintiens ma position qui est discutable j'en conviens. La voici :

Je ne connais pas de peuple qui en se levant le matin pour aller travailler "entame une réflexion sur l'art" tous les jours et médite constamment sur les colonnes de Burren ou le message si évident qui traverse l'architecture de Beaubourg... Il a, permettez moi l'expression : autre chose à f.....!

Par conséquent je reste PERSUADE que l'oeuvre artistique concerne une minorité infime qui s'y interresse.

En revanche je fais une distinction profonde, comme simple "péquenot" de l'art... entre une OEUVRE artistique et le MESSAGE de cette oeuvre.
Tous les "benêts" qui, comme moi, voient une oeuvre d'art SAVENT instinctivement si elle est BELLE et, par conséquent, s'ils pourront la présenter à leurs enfants.... Ou si, instinctivement, ils la mettront à la poubelle.

Libre à nos évêques de donner l'Imprimatur à cette oeuvre : mes enfants n'iront pas voir de "la merde dégouliner sur le visage du Christ". Je laisse vous pencher sur le message subliminal qui hante vos rêves, Monseigneur de Poitiers, et je vous laisse en tirer des plans sur la comète : je l'avoue, je suis trop béotien en la matière et vous êtes trop intelligent pour moi. Le MESSAGE me dépasse.. En revanche, l'OEUVRE elle-même est nulle, sale, et ne reflète rien de BEAU.

images/icones/neutre.gif  ( 615883 )[réponse] par Ubique Fidelis (2011-11-17 23:14:09) 
[en réponse à 615821]

Une chose m'interpelle dans un certain art contemporain, cette volonté minimaliste de transparence, ces lignes épurées qui dévoilent tout, ce souhait de ne plus rien cacher. Tout cela me fait penser qu'au fond cette transparence absolue est signe d'un grand vide, d'une vacuité telle qu'au fond il n'y a rien à habiller à parer. Et cela me renvoie à cette réflexion qui veut que le Sens, le Vrai, le Signifiant comme le Signifié se donnent certes à voir mais qu'il se révèlent à nous à travers un mystère, et je dirai même un Mystère. Nous ne comprenons pas toujours tout, nous ne savons pas, nous ne saurons jamais sur cette Terre parfaitement expliquer les Mystères, puisque c'est à cela que je veux en venir, mais la Foi nous porte. Ce n'est pas parce que l'on croit que c'est vrai, mais bien parce que c'est vrai que l'on croit et cette Vérité ne nécessite pas pour autant, pour faire sens, la tyrannie de la transparence.

Cette réflexion peut paraitre étonnante et même décalée mais elle est la mienne à pareille heure :)
images/icones/1d.gif  ( 615823 )Si, si : il y a une "communion" par Bertrand Decaillet (2011-11-17 15:13:45) 
[en réponse à 615814]


Avant tout [...] je veux déplorer les manifestations qui se sont exprimées tant à l'extérieur que dans la salle même du Théâtre de la Ville, à Paris, à l'occasion des représentations du spectacle de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu ».



Ouf! la "communion" est sauve!
Merci les évêques de condamner "avant tout" - là au moins c'est clair comme de l'eau de roche - ce qui, en soi, est condamnable.


Après (après)... commence le dialogue.


images/icones/neutre.gif  ( 615826 )un texte bien étrange ou par Luc Perrin (2011-11-17 15:32:26) 
[en réponse à 615814]

de l'art de parler d'autre chose que du sujet.

Il y a bien des citations, y compris de l'auteur, mais rien sur la pièce et sa mise en scène qui sont du centre du débat.

Je m'étais demandé ce que cet organisme créé par la C.E.F. avait pu énoncer et il faisait jusqu'à présent silence. Cette Note sort du silence mais est-on plus avancé à sa lecture quant à la pièce de Castellucci et sa mise en scène ?

En dehors, si j'ai bien compris, du préjugé favorable qu'il faudrait avoir par principe envers toute oeuvre d'art, en bref une reprise de la doctrine Rouet. Il est vrai que l'auteur de la Note a côtoyé l'inspirateur de cette non moins étrange doctrine en matière d'art contemporain.

nb. je me permets toutefois de relever le contresens flagrant sur le sens de la citation du cardinal Ravasi en 2009. Le Cardinal plaide pour accepter d'entrer dans les "nouvelles grammaires", les styles nouveaux, et pas s'en tenir à une duplication des styles d'antan : c'est évident. En revanche, il répudie nettement le type même d'art castelluccien et Golgota picnic : "pourvu que l'art sorte de son impuissance provocatrice." Le point aveugle, le trou noir, dans la Note de Mgr Wintzer, c'est bien le regard d'une majorité (?) d'évêques français sur cet art fait "d'impuissance provocatrice".
images/icones/carnet.gif  ( 615886 )une information glissée par La Croix par Luc Perrin (2011-11-17 23:43:04) 
[en réponse à 615826]

de ce jour qui montre que tout le monde n'est pas dupe des buts de Castellucci et du sens de sa pièce.

Les "jeunes du diocèse de Nanterre" ont édité un "tract de rentrée". (...) "le titre du tract affiche : "Fils de Dieu, ton visage n'est pas un concept ... Jésus, tu es mon berger".

(Céline Hoyeau).

Ces jeunes catholiques perspicaces vont-ils être désavoués ? Avaient-ils un mandat pour comprendre Castellucci ?

La journaliste parle encore des "manifestations violentes de militants menées par l'institut Civitas" : bizarre les journalistes de Le Monde soulignent eux leur caractère pacifique.
images/icones/abbe1.gif  ( 615827 )Au-delà de provocations qu'il faut cependant s'efforcer de comprendre... par Fatherjph (2011-11-17 15:33:13) 
[en réponse à 615814]

Je suis sans doute très bête, mais je ne comprends pas ces provocations gratuites?
images/icones/nul.gif  ( 615829 )Le cardinal Bertone contredit Mgr Wintzer par Toussaint (2011-11-17 15:35:17) 
[en réponse à 615814]

Le cardinal secrétaire d'Etat charge ses avocats d'empêcher la diffusion de la photomontage de Benetton. Comme l'écrit le SB

Lien

Rome ne se contente pas du dialogue, fut-il avec les artistes ou avec des publicistes, ou de la prière. La religion de l'Incarnation exige aussi d'incarner nos actes dans la vie publique.

images/icones/vatican.gif  ( 615833 )Pardon de me montrer pointilleux, mais : par Le Dictateur (2011-11-17 15:41:41) 
[en réponse à 615829]

ce n'est pas "comme l'écrit le Salon Beige", mais "comme l'écrit le bulletin du VIS"…

MANIPULATION DE L'IMAGE DU PAPE

CITE DU VATICAN, 17 NOV 2011 (VIS). Hier après-midi, le P.Federico Lombardi, SJ, Directeur de la Salle-de-Presse du Saint-Siège, a vigoureusement "protesté contre une campagne publicitaire commerciale (Italie), manipulant l'image du Pape de manière inacceptable. Il s'agit d'un grave manque de respect envers le Saint-Père et d'une offense à la sensibilité des fidèles, prouvant combien la publicité peut violer les règles élémentaires de la décence due à chacun aux fins d'attirer l'attention par le biais de la provocation. La Secrétairerie d'Etat étudie les démarches appropriées pour que soit garanti le respect du Pape et de son image".

Aujourd'hui, en début d'après-midi, la Secrétairerie d'Etat a diffusé le communiqué suivant: "La Secrétairerie d'Etat a chargé ses avocats d'entreprendre en Italie et hors d'Italie les démarches nécessaires pour bloquer la circulation, y compris médiatique, du photomontage utilisant l'image du Saint-Père. Cette publicité commerciale Benetton constitue une atteinte à la dignité du Pape et de l'Eglise catholique, ainsi qu'une offense à la sensibilité des fidèles".
OP/ VIS 20111117 (170)

XA
images/icones/1a.gif  ( 615835 )pointilleux pour pointilleux par Toussaint (2011-11-17 15:47:48) 
[en réponse à 615833]

.. je faisais référence à la dernière phrase dans le post du SB :
"A Rome, on ne se contente pas uniquement du dialogue et de la prière."
images/icones/1b.gif  ( 615836 )Ah... par Le Dictateur (2011-11-17 15:50:04) 
[en réponse à 615835]

Ok, ok… (1)

XA

(1) oui, oui, je sais, en bon français, on écrit "D'accord, d'accord…"
images/icones/heho.gif  ( 615841 )Benetton a raté sa cible: par Sénéchal (2011-11-17 16:13:48) 
[en réponse à 615814]

Il aurait dû faire une affiche de Mgr. Vingt-Trois embrassant Castellucci, une de Mgr. Le Gall embrassant Garcia, et une de Mgr. Wintzer embrassant un Lucifer propre sur lui, déguisé en "créateur d'art contemporain".

Le dialogue énamouré, c'est bien.
Les embrassades, c'est mieux.