Pauvre Carthage. Encore et toujours détruite. Hier Ali, aujourd’hui Allah. D’une dictature à l’autre. A l’oppression de quelques-uns succède celle de tous. L’égalité y gagne, non la liberté.
Quelques idéalistes, ceux qui n’ont pas le sens tragique de l’Histoire et qui croient modifier la réalité en la niant, s’étaient réjouis des révolutions arabes. Ils saluaient la promesse de l’aube et l’émergence du printemps. Mais déjà les événements leur donnent tort: les islamistes ont pris le pouvoir en Tunisie, la charia est désormais la loi libyenne, les Frères musulmans attendent embusqués en Egypte.
L’aube est une nuit, le printemps une ère glaciaire.
Une hypothèse pourrait être retenue: tous les peuples ne sont pas faits pour la liberté. Même si par psittacisme ils la réclament, ils aspirent en réalité à s’aliéner. Ils épuisent leur liberté dans le choix d’une servitude volontaire. L’idée de Dieu – cette imposture féconde – est l’une de ces servitudes.
Pour avoir commenté l’avènement des islamistes, Charlie Hebdo , devenu le temps d’un numéro Charia Hebdo , a été plastiqué.
Les dieux ne rient pas. Celui des mahométans moins que les autres.
La critique du christianisme est critique; celle de l’islam, provocation. Pour l’islam, il n’y a que les croyants et les infidèles. Infidèles, nous le sommes, certes. Tolérer l’islam, ce n’est pas l’accueillir. Il est même légitime d’être islamophobe. La détestation est salutaire. Elle divise, mais elle soude aussi autour d’une identité revendiquée.
L’autre n’est pas moi, et Je n’est pas un autre.
Tout homme ou toute terre qui a été romanisé, christianisé et qui a été soumis à l’exigence de l’esprit grec est européen. Lui et elle seuls. Nos mères patries sont Athènes, Rome, Jérusalem; non Kaboul ou Djeddah. Non Médine ou La Mecque.
Pourquoi l’oublier? Pauvres orphelins de notre culture. Héritiers ingrats qui avons eu l’illusion de devenir libres en répudiant notre héritage.
Le blasphème ne peut être que le fait du croyant. L’athée, l’agnostique, le sectateur d’un autre credo ne blasphème pas, il exerce son esprit critique et analytique. La foi de l’autre n’est qu’une opinion, une représentation du monde qu’il peut juger et récuser librement.
Là sont la liberté d’opinion et son corrélat, la liberté d’expression, auxquelles nous tenons essentiellement.
A nos réserves, à nos critiques, l’islam répond par la fatwa, les lynchages, le déferlement de foules hurlantes, les attentats, le fer et le feu. A notre liberté répond sa contrainte; à notre droit, sa force.
L’islam est viril, non seulement par le sort détestable qu’il réserve aux femmes, mais parce qu’il est conquérant, dominateur, arrogant, expansionniste et prosélyte. Autant de raisons d’armer notre résistance. D’abord de savoir désigner avec clarté l’ennemi. L’œcuménisme et la tolérance ne sont que dilution et ruine de l’âme. Puis raffermir nos caractères. A la foi des islamistes, nous n’opposons que notre scepticisme; à leur ferveur, notre sens de la mesure. Nous n’aimons plus que l’eau tiède. L’Occident est un tepidarium.
Les locaux calcinés de Charlie Hebdo sont la parfaite métaphore de l’avenir de nos libertés si nous laissons à l’Autre le soin de les borner et si nous intériorisons ses interdits pour en faire nos tabous.
Nous savons ce qui nous guette. Savoir inutile…
L’islamophobie est un droit…
Non, ici, un devoir.
Marc Bonnant, Avocat