Le Forum Catholique
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( 614895 )
"De la dignité de l'islam" - Réfutation singulière de "la nouvelle islamophobie". par Scrutator Sapientiæ (2011-11-09 21:37:09)
Bonsoir à tous,
Voici :
1. De la dignité de l'islam : (Examen et refutation de quelques thèses de la nouvelle islamophobie), de Michel ORCEL, aux éditions BAYARD
Recommandé par : La Croix
L'avis de La Procure
"Poète, essayiste et traducteur du Coran, Michel Orcel dénonce ce qu'il appelle "l'islamophobie savante", et nous livre une réfutation détaillée des thèses de ce nouveau courant de pensée, lié selon lui à l'église catholique. Un essai intéressant sur l'un des thèmes majeurs de notre société actuelle : le dialogue islamo-chrétien."
Résumé
"Poète, essayiste, traducteur du Coran, M. Orcel dénonce "l'islamophobie savante", selon lui en grande partie liée à l'Eglise catholique : il montre comment les représentants de celle-ci s'emploient à discréditer et à salir l'islam et réfute leurs thèses."
Quatrième de couverture
« C'est à la faveur de recherches sur l'état de l'islamologie contemporaine que l'auteur de ces lignes a découvert avec effroi qu'une bonne part de ce qu'on nomme aujourd'hui l'islamophobie savante est intimement liée à l'Église... »
2. Une première critique trouvée ici :
Islamophobie
" Depuis les attentats du World Trade Center en 2001, l’islam, dans les rapports supposés qu’il entretiendrait avec la violence, a fait l’objet de nombreux commentaires au point d’occuper régulièrement la scène intellectuelle, médiatique ou politique. C’est ainsi que Michel Orcel, docteur ès lettres et sciences humaines et spécialiste d’islamologie, ” à la faveur des recherches sur l’état de l’islamologie contemporaine […] a découvert avec effroi qu’une bonne part de ce qu’on nomme aujourd’hui l’islamophobie savante est intimement liée à l’Eglise. ” Dans un petit livre dense intitulé De la dignité de l’islam et décliné en sept chapitres, l’auteur se propose d’examiner et de réfuter quelques thèses de ce qu’il considère comme la nouvelle islamophobie chrétienne.
La provocation de Ratisbonne
L’ouvrage s’ouvre sur la fameuse provocation de Ratisbonne (12 sept 2006) initiée par le pape Benoît XVI alors fraîchement élu, lequel, sous prétexte d’illustrer le lien entre la raison grecque et la foi chrétienne, cita un propos de l’empereur Manuel II Paléologue énonçant que le prophète de l’islam n’avait rien apporté ” que de mauvais et d’inhumain. ” Cette attaque en règle contre l’islam – peut-on l’appeler autrement ? – semble ouvrir la voie à de nouveaux polémistes chrétiens qui n’auront de cesse, selon l’auteur, de déconsidérer la religion musulmane au profit de la religion chrétienne. Luxenberg, Gallez, Gilliot, Prémare et Delcambre entre autres ) vont ainsi faire l’objet d’un examen critique de la part de l’auteur, lequel souligne que ” figés dans leur dogmatisme, les docteurs musulmans laissent ainsi la place à l’exégèse historico-critique des savants occidentaux, que rien ne retient de mettre en pièces le texte saint. “
Les nouveaux polémistes chrétiens
Christoph Luxenberg, dans son ouvrage intitulé Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran, soutient par exemple que le Coran initial, autour duquel se serait construit le Coran canonique, est un lectionnaire chrétien ou syro-araméen. Dans Le Messie et son prophète de Gallez, l’auteur cherche à déconsidérer la figure du prophète Mahomet et partant l’ensemble des référents sacrés de l’islam : La Mecque aurait été inventée par les califes ommeyades; la Kaaba y aurait été construite tardivement; Mahomet ne serait pas originaire du Hedjaz mais syrien. Ce travail de déconstruction de l’islam va jusqu’à ravaler au rang de simples anonymes des personnages aussi prestigieux que le sont Jésus et Marie dans le Coran. A.M. Delcambre écrit ainsi dans un article de 2005 intitulé ” Islamophilie et culpabilité ” que ” ce Jésus et cette Marie […] du Coran sont des homonymes qui n’ont de commun que le nom avec le Jésus et la Marie que [les chrétiens] connaissent. “
Apologie du principe du relativisme
A ces assertions sans fondement scientifique réel, l’auteur oppose le seul principe du relativisme cher à Montaigne : l’œuvre de déconstruction qu’opèrent tous ces penseurs à l’égard de l’islam pourrait très bien, comme dans un jeu de miroirs, s’appliquer au christianisme lui-même. Que certains penseurs, par exemple, essaient de décrédibiliser la figure de Mahomet en niant son statut de Prophète et la valeur des hadiths ne doit pas faire oublier que l’existence de Jésus, sitôt les sources chrétiennes écartées, ne tient qu’aux témoignages allusifs d’un Flavius Joseph, d’un Pline le jeune, d’un Tacite ou d’un Suétone.
De la même façon, les penseurs précités tendent à dévaloriser le caractère sacré du Coran au seul motif qu’il ne comporterait pas de réelle cohérence thématique. Mais c’est juger ce livre à l’aune des seuls critères occidentaux, selon la logique et la rhétorique de la tradition grecque. De plus, si l’on applique de tels critères aux évangiles synoptiques, bon nombre d’anomalies et d’incohérences apparaîtraient sans pour autant que la cohérence globale du message chrétien ne soit remise en cause. Ayons donc, nous occidentaux, l’honnêteté d’accorder au texte musulman la même indulgence de ce point de vue.
Enfin, mentionnons le problème de la violence (qui fait l’objet d’un chapitre intitulé ” Droit, sexe et violence “) prétendument intrinsèque au Coran selon certains penseurs. Tout lecteur attentif du livre sacré aura en effet loisir de trouver des citations qui confirment une incitation à la violence ( ” Dieu n’aime pas les transgresseurs- / Tuez-les partout où vous les rencontrerez ; “, sourate II, verset 190-191, le Coran, traduction de D. Masson, Paris, Folio, 1988) mais l’honnêteté intellectuelle conduira aussi à citer, dans le même texte, des passages tout à fait iréniques (” Celui qui sauve un seul homme / est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes. “, sourate V, verset 32, op. cit.). Or, cette ambivalence du texte musulman, on la retrouve précisément dans le Nouveau Testament où Jésus, présenté par la Tradition comme un Dieu d’amour, peut parfois se laisser aller à de puissantes invectives (” Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites […] ! Serpents, engeance de vipères ! […] c’est pourquoi, voici j’envoie vers vous des prophètes, des sages, des scribes : vous en tuerez et mettrez en croix, vous en flagellerez dans vos synagogues [...] pour que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur terre. “, Matthieu, 23, 13-36, traduction de la Bible de Jérusalem).
On l’aura compris : ce petit livre de Michel Orcel se révèle assez salutaire sans pour autant être subversif. Par-delà la tentation simplificatrice ou la manipulation idéologique, il invite à une lecture nuancée du Coran et des textes religieux en général. Il ne s’agit pas tant pour l’auteur de sacraliser l’islam que de lui rendre sa dignité en réfutant les thèses de l’islamophobie chrétienne car ” qu’ à travers quelques-uns de ses représentants […] une religion qui se réclame d’un Dieu d’amour use de procédés retors et de bassesses pour discréditer un rameau concurrent de sa propre foi mérite qu’on lui rappelle les balbutiements de sa propre histoire, ses manipulations et ses violences.”. A ce titre, la démarche intellectuelle apparaît limpide même si on peut regretter parfois l’empilement des citations ou des références livresques au détriment de la démonstration d’ensemble.
Vers un islam des Lumières ?
Il n’empêche que, de manière plus large, l’ouvrage d’Orcel pointe une des faiblesses du monde musulman dans son rapport au livre sacré : l’impossibilité (provisoire nous l’espérons) d’en proposer une exégèse historico-critique. Autrement dit, le dogme selon lequel le Coran est la Parole incréée de Dieu obère la lecture du texte lui-même. N’oublions pas pourtant que ” l’affirmation que le Coran est créé fut pendant 22 ans (de 827 à 845) l’une des thèses principales de l’orthodoxie musulmane ” et que ce que l’on appelle la fermeture de la porte de l’ijtihâd n’apparaît donc qu’au XIe siècle, interdisant de fait toute interprétation exégétique du Coran . Qu’en ce début de XXIe siècle, certains penseurs musulmans, de plus en plus nombreux semble-t-il, invitent à une lecture critique et contextualisée du Coran ne peut que servir la dignité de l’islam. "
3. Une deuxième critique trouvée ici :
Islamophobie (...)
" Difficile de commenter cet ouvrage en quelques lignes, sans lui faire injustice. Je vais essayer de donner quelques remarques précises.
De la dignité de l'islam, c'est une tentative de "réfutation des thèses de la nouvelle islamophobie chrétienne".
Sur la forme, c'est médiocre. L'auteur, dont on sait qu'il s'agit d'un docteur ès lettres et sciences humaines, a un style oral désagréable, où le sarcasme raté le dispute à l'humeur bileuse. Le texte n'est pas exempt de fautes d'orthographe (cf. p.107, note 8 ; lui qui n'hésite pas à commenter la syntaxe, p.125, p.130 ou l'élocution, p.40, quand cela peut porter coup bas), de néologismes ridicules, (cf. p.109), d'insinuations grotesques (dans des parenthèses ou en apposition bien sûr, cf. p.110, 113) et de science approximative (p.162 le mot grec "sarx" est orthographié "sarch", p.163 le mot "scandalon" est orthographié "scaudalou"). L'usage extensif des signes de ponctuation pour insinuer ce qu'on ne peut prouver, ou ridiculiser ce qui gêne, est également typique de M. Orcel (guillemets à tout bout de champ, points de suspension, jugement à l'emporte-pièce à la faveur de parenthèses cf. p.105,107,110,113, etc.), tout comme le recours aux questions oratoires grossières (cf. p.106). Et plus exécrable encore, cette manie à repousser en fin d'ouvrage ce qu'on pourrait traiter sur l'instant (plus loin, p.21, "Nous reviendrons sur cet autre thème" p.44, "Nous reviendrons aussi sur ce point" p.58). Ajoutez à cela une bonne dose d'animosité envers les cibles qu'il attaque, en multipliant les attaques ad hominem ("faussement savant" p.40, "déclarations fulminantes d'Anne-Marie Delcambre" p.41, "retors", "paranoïde" p.57, "affirmations périlleuses" du père Gallez, "sa bibliographie montre que des ouvrages essentiels lui font défaut" p.60, "[Mme Delcambre] semble bien souvent avoir perdu la tête" p.98, "très perfide" p.98, "emportée (toujours Mme Delcambre) par son fanatisme bien-pensant" p.101, "une des estrades où Mme Delcambre aime à faire son numéro" p.109, "on lui conseille de reprendre en main son catéchisme" p.110, "sans doute n'a-t-elle jamais lu Norbert Elias" p.116, "on n'ose imaginer dans quelles conditions vit Mme Delcambre et à quelles amours elle se livre..." p.117, "Laissons notre polémiste cracher ses bêtises" p.117, "incite du reste à se demander si le savoir de Mme Urvoy en matière de théologie chrétienne est aussi sûr qu'elle voudrait le faire croire" p.130, "Portez des lunettes, Mme Urvoy, portez des lunettes..." p.130 note 16, "si Mme Urvoy s'instruisait un peu auprès de ses collègues spécialistes" p.132, même idée p.134, "de ces phrases arrogantes monte la puanteur de la jalousie: jalousie de la petite enseignante de province face au grand universitaire professeur au Collège de France(...), du tâcheron face au génie" p.140) et vous aurez à peu près cerné le personnage.
Sur le fond, c'est aussi médiocre. L'auteur tombe dans le travers qu'il dénonce. Car l'idée de base, c'est de répondre à ce qu'il appelle une nouvelle islamophobie, qui accuse l'islam d'être en peine avec la démocratie et les droits de l'homme, ou encore d'être violent par essence (cf. le problème des conversions, de la dhimmitude, le massacre ou l'exil des chrétiens orientaux) - bref, d'avoir un certain retard sur l'Eglise. Ce qu'il ne nie pas de surcroît ! Mais au lieu d'avancer des arguments probants envers la possibilité d'un islam modéré, M. Orcel ne répond que par de vains arguments :
- c'est sûrement une conspiration, cela "attise le feu" (p.47,77)
- les polémiques proviennent d'hommes d'Eglise (p.30) - et alors ? ne sont-ils pas aussi universitaires ?
- le monde musulman est instable (voire violent !), cf. l'étrange "Qui sème le vent, Mme Delcambre..." p.120
- Christ n'est pas au-dessus de tout soupçon (il boit, il fouette les marchands du Temple, il demande à ses disciples de renier père et mère), et M. Orcel assortit son propos de tournures qui ne seraient pas sans conséquence si elles concernaient le Prophète qu'il défend : le "vin nouveau que le Christ picolera dans le royaume de son père" (p.87)
- les chrétiens d'Orient sont opprimés aujourd'hui (le fait est *très furtivement* évoqué), et on leur refuse par exemple de nommer leur Dieu Allah (p.123), mais ce n'est qu'un "miroir" de l'intégrisme chrétien qui, quant à lui, ne fait qu'affirmer théoriquement que les Dieu chrétien et musulman sont différents. Or, ce que Orcel ne souligne pas, c'est le gouffre entre la théorie et la pratique.
- la violence génocidaire du monde européen proviendrait de l'angélisme chrétien inapplicable (sic), cf. pp.127-128
- plutôt qu'aider les musulmans à adopter la démocratie, le monde chrétien en a abusé par le colonialisme (refrain classique et partiellement injuste)
- la fabrication du texte coranique souffre de la même potentialité de déconstruction que le texte évangélique (avec sa critique textuelle limitée, tout du moins)
- le fait que l'islam ne reconnaît pour l'instant pas de droit de l'homme est "excusable" (ou "normal" ?) car "pendant mille neuf cent cinquante ans" le christianisme en a fait autant (p.119)
On pourrait multiplier les exemples. Tous les arguments avancés ne sont pas sans intérêt (par exemple sur les tentations du Christ, ou le dogme trinitaire). Ainsi, les prescriptions de l'AT, aujourd'hui obsolètes pour les chrétiens ou ré-interprétées, l'ont été à force de lectures allégoriques et d'accommodements. Et l'islam devrait faire ce travail. A quoi bon alors lancer des polémiques stériles sur l'historicité de Jésus (pour conclure, tout comme celle de Mahomet, que c'est sans importance) ? d'affubler les chrétiens de la vieille rengaine "polythéistes" (selon les critères musulmans, cf. p.70) ? De soutenir que "la sagesse (des paraboles de Jésus) ne dépasse pas le niveau du proverbe populaire" (p.154) ? de mettre en doute, sans s'expliquer plus avant, les faits dérangeants d'Hassi-Messadoud (cf. p.109 et la note 10) ? De comparer sans cesse la Bible et le Coran (en prenant stricto sensu la Bible, mais en demandant une lecture "façon biblique" pour rendre le Coran acceptable), et de se permettre cet audacieux "on ne trouvera jamais pareille infamie dans le Coran" après avoir cité Nombres 31, 6-18 (p.100). Ah oui, est-ce bien sûr ? n'y a-t-il pas d'infamies dans le Coran (2.171, 191, 4.34, 8.12...) ? Pourquoi polémiquer contre les citations de l'AT dans le NT, en ignorant totalement le contexte, les faits et la manière de citer (p.147 sq.) ?
En somme, Michel Orcel demande d'appliquer une méthode au Coran, qu'il refuse à la Bible. Et, en relisant la Bible sans lui appliquer cette même méthode, il trouve des arguments pour justifier l'état actuel de l'islam... C'est un peu aberrant, et je ne vois pas pourquoi on s'abstiendrait de critiquer l'islam actuel à cause du passé chrétien !
Certes, le passé chrétien a ses hauts et ses bas. Et beaucoup de bas sanglants. Mais ce n'est pas pour autant que l'islam ne devrait pas profiter des avancées de l'humanité (sociologiques, éthiques, scientifiques). Les époques ne sont pas comparables, et les outils pour changer non plus. L'islam doit faire ce travail plus rapidement, mais il a aussi plus de ressources intellectuelles et expérimentales.
Si l'opuscule de Michel Orcel donc prouve quelque chose, c'est qu'il n'est pas de bon ton de critiquer l'islam. Il faudrait lui laisser le temps. Il faudrait fermer les yeux, et les ouvrir plutôt sur l'Histoire. Quand on voit le style un peu racoleur, souvent grossier et emporté, et si fourre-tout de M. Orcel, on est étonné de voir combien de haine peut susciter le "dialogue", et combien l'islam n'est pas prêt de se remettre en cause. Se remettre en cause ? Mais voyez les chrétiens! Voilà la réponse. Et la conclusion ? "Match nul" (p.165)
Non, M. Orcel, on est loin du match nul. Le christianisme tolère la critique, et votre torchon en est une de plus (il faudrait dire merci à Bayard d'être si peu difficiles). Ce n'est pas encore le cas de l'islam. "
Je vois dans tout cela une preuve de plus du fait que nous sommes en présence d'un véritable idéologie, qu'il est possible de décrire en quelques maux : dialoguomanie, antagophobie, irénolâtrie, altéronomie, comme je me suis déjà efforcé de le faire sur le FC.
(Merci beaucoup à Introibo)
Bonne réception, bonne lecture, bonne soirée.
Scrutator.

( 614900 )
Merci par Castille (2011-11-09 21:53:16)
[en réponse à 614895]
Quand on voit le style un peu racoleur, souvent grossier et emporté, et si fourre-tout de M. Orcel,
C'était celui de "l'Envoyé", celui de Luther, de Calvin. Bref tous ces profondément, curieusement, malheureusement inspirés. L'insulte, la grossièreté, le trivial n'est jamais bien loin.
Merci Scrutator d'avoir enduré cette lecture à notre place.
Une question toutefois : Qu'ont-ils tous? Pensez-vous qu'il faille y voir nouvelle forme de "collaboration"?
"Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous"

( 614917 )
Nous manquons d'un "Kravchenko" ex-néomoderniste. par Scrutator Sapientiæ (2011-11-09 23:58:40)
[en réponse à 614900]
Bonsoir et merci à Castille,
Ma réponse est relativement indépendante de mon message précédent, consacré à la recension d'un ouvrage sur "la nouvelle islamophobie".
Nous manquons peut-être d'un "Kravchenko" ex-néomoderniste.
Victor Kravchenko a "choisi la liberté".
Nous manquons peut-être d'un "Kravchenko" ex-néomoderniste qui écrirait : "J'ai choisi la Vérité".
Il est possible que seul le témoignage d'un converti, en provenance de l'horizontalisme humanitariste, et à destination du catholicisme traditionnel, nous permette de comprendre comment et pourquoi nous avons pu en arriver à ce que certains, institutionnellement catholiques, mais intellectuellement conciliaires, id est, notamment, "adogmatistes" et "oecuménistes", se croient
- d'autant plus proches de Dieu qu'ils se veulent plus proches de l'Homme,
et non
- d'autant plus proches de Dieu qu'ils se veulent plus proches du Christ,
ce qui n'est pas du tout, ou en tout cas "pas tout à fait", la même chose.
Mais enfin, me dira-t-on peut-être, le stalinisme était totalitaire, ce que le néomodernisme n'est certainement pas !
Certes, mais le néomodernisme est en situation, sinon de collaboration, du moins de subordination, par rapport au naturalisme et au libéralisme en religion, c'est-à-dire, pour aller vite, par rapport au relativisme et au subjectivisme, qui n'est pas totalitaire, mais qui est actuellement hégémonique.
Je pense aussi à un autre phénomène, intellectuel et sentimental : quand on a honte de la contradiction que l'on ressent en soi,
- entre ce que l'on a vocation à dire et à faire,
- et ce que, en réalité, on défait et on tait,
il arrive que l'on essaie de dissimuler cette honte, en la manifestant, en réalité, à travers un déploiement de haine ou de mépris, de marginalisation, de ridiculisation, de ressentiment, de ringardisation, de stigmatisation, contre toute personne dont le positionnemment confessionnel catholique, le courage, la franchise, la liberté de jugement et de parole, constituent autant de reproches vivants, ressentis en tant que tels, par tels ou tels évêques ou prêtres.
Je termine ce message en rappelant que j'ai déjà recouru au mot suivant : le mot "pleutralité", pour essayer d'expliquer l'état d'esprit de tous ceux qui, y compris dans l'Eglise, trouvent
- "toutes les excuses du monde" en faveur des adversaires du christianisme catholique, bénéficiaires, par principe, de "la clause de l'opinion la plus favorisée", mais aussi la plus médiatisée,
et
- qui ne trouvent presque jamais aucune excuse en faveur des défenseurs du christianisme catholique, contre les attaques dont il est régulièrement l'objet, y compris dans le domaine "artistique".
Je ne pense pas que nous ayons affaire à des traîtres, mais bien plutôt à des lâches, et en ce sens je ne pense pas que nous soyons en présence de "collaborateurs idéologiques", mais en présence de personnes qui bénéficient d'une rente de situation, au sein même de l'appareil ecclésial, et qui ne savent que trop qu'elles la menaceraient, et qu'elles se menaceraient elles-mêmes, si elles commençaient à tenir un discours à la fois plus radicalement et spécifiquement catholique et moins "consensuel" ou "sympathique" envers les principes et les pratiques de tels ou tels non catholiques.
Enfin, je vous rappelle que l'une des raisons pour lesquelles nous en sommes là aujourd'hui découle du fait que le temps a fait son oeuvre : nous ne pouvons plus ni penser, ni agir, comme si nous ne savions pas que le Concile, à tout le moins sa mise en oeuvre, est synonyme d'échec ou de gâchis, notamment en Europe occidentale.
Les responsables catholiques qui sont horizontalistes et humanitaristes (ils ne le sont, bien sûr, pas tous) n'ont pas et, je le crois, n'auront pas, de "relève" ; à leur place, je ressentirai une très grande amertume, mais aussi une incapacité asservissante à procéder aux corrections de trajectoire doctinale, spirituelle, liturgique, pastorale qui, de toute évidence, sont nécessaires, même si je suis le premier à dire qu'elles ne contribueront pas immédiatement ou instantanément, par exemple, à un redémarrage des vocations sacerdotales.
Je nous souhaite à tous beaucoup de courage, de franchise, mais aussi de patience et de prudence, dans un contexte ecclésial qui met la foi catholique à rude épreuve, depuis déjà vraiment longtemps.
J'ai essayé de vous répondre à peu près comme j'ai pu.
Scrutator.
PS :
1. Cela ne veut pas dire que les responsables auxquels je pense ont choisi le mensonge, au lieu, ou avant, de choisir la Vérité ; cela veut dire, plus subtilement, qu'ils ont choisi
- d'exprimer une intention,
- de mobiliser une volonté,
- de s'orienter en direction
d'un horizon de "sagesse spirituelle" situé PAR DELA LE VRAI ET LE FAUX EN MATIERE DE DOCTRINE RELIGIEUSE.
2. Que de confusions, en particulier,
- entre consensus mondain et vérité chrétienne,
- entre sympathie humaine et charité chrétienne !
3. Que de complaisances et de connivences, à la vérité,
- dans les contradictions périodiques avec telles ou telles positions exprimées en amont du Concile ou même depuis celui-ci,
- dans les dénégations souriantes ou grimaçantes, en présence de "réalités pastorales" qui résistent à l'angélisme, à l'irénisme, à l'utopisme conciliaires et post-conciliaires !

( 614921 )
[réponse] par John L (2011-11-10 01:05:57)
[en réponse à 614917]
Vous écrivez, 'Je ne pense pas que nous soyons en présence de "collaborateurs idéologiques"' … 'Cela ne veut pas dire que les responsables auxquels je pense ont choisi le mensonge, au lieu, ou avant, de choisir la Vérité.'
Mais la théologie néo-moderniste (dont les grands noms sont Rahner, Kung et Schillebeeckx) est ouvertement un projet de collaboration idéologique avec le naturalisme et libéralisme, et nie ouvertement les doctrines de base de la foi catholique. On n'a pas besoin d'un doctorat en théologie pour se rendre compte de ce fait. Les évêques de la France, et de toute l'Europe occidentale, sont pour la plupart des ' collaborateurs idéologiques' qui 'ont choisi le mensonge, au lieu, ou avant, de choisir la Vérité.' Cela saute aux yeux, il ne faut plus la nier.

( 615014 )
Au moins deux générations, différentes, de néo-modernistes. par Scrutator Sapientiæ (2011-11-10 21:43:29)
[en réponse à 614921]
Bonsoir John L,
1. Je ne me prononce pas sur les évêques, mais sur les théologiens néo-modernistes ; dans la mesure où les plus grands d'entre eux, presque toujours sous l'angle de l'érudition, sinon toujours sous l'angle de l'orthodoxie,
- ont commencé, pour au moins deux d'entre eux (de Lubac et Balthasar) à contribuer à ce que l'on "arrête" une partie "des frais", à partir de la fin des années 1960 ou du début des années 1970 (cf Communio)
- ont commencé à décéder (Rahner, Balthasar) ou à décliner (Congar, de Lubac) à partir du milieu des années 1980,
on ne peut pas les accuser d'être tous également responsables de l'aggravation de l'évolution d'une partie de la production théologique ultérieure, notamment en direction de ce que l'on appelle aujourd'hui la théologie de l'oecuménisme interreligieux, ou, en tous cas, du pluralisme religieux.
2. Par ailleurs, il est, à mon sens, excessif, d'écrire, comme vous le faites, surtout à la fin de votre phrase :
"la théologie néo-moderniste est ouvertement un projet de collaboration idéologique avec le naturalisme et libéralisme, et nie ouvertement les doctrines de base de la foi catholique,"
car si cela avait été aussi flagrant que cela, en tous cas, chez les auteurs que je viens de citer, cette manière de faire de la théologie aurait été beaucoup moins attractive, beaucoup moins convaincante ou séduisante, car par trop subversive ou transgressive, dans l'esprit des lecteurs qui ont lu ces auteurs dans les années 1950 et 1960.
3. Pour moi, à "l'errare humanum est" de ce que je serai tenté d'appeler la première génération néomoderniste, a succédé le "perseverare diabolicum" d'une partie de la deuxième génération, incarnée par ceux
- qui ont commencé à faire carrière à partir du début des années 1960,
- qui ont pu voir quelles ont été l'ampleur et la portée de la relation de cause à effet entre le Concile et l'après Concile, dans les années 1960 et 1970,
- qui ont pu voir dans quelle mesure le recentrage effectué pendant la génération Jean-Paul II a manqué d'autorité et de discipline, voire de cohérence et de pertinence intellectuelles,
- qui ont été sûrement témoins, et peut-être acteurs, au contact du désastre : entre autres choses, il y a eu toujours plus de dialogue oecuménique ou interreligieux, et toujours moins de vocations sacerdotales, en Europe occidentale,
- et qui n'ont pas particulièrement cherché à passer du recentrage velléitaire à la restauration volontariste, alors qu'ils voyaient bien que ce recentrage velléitaire, au mieux, ralentissait la crise sans l'interrompre.
4. Je pense ici à quelqu'un comme le Cardinal Walter KASPER ; voici ce que l'on trouve à son sujet, sur Wikipédia :
" Walter Kasper, né le 5 mars 1933 à Heidenheim en Allemagne, est un théologien et un cardinal catholique allemand, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens depuis juillet 2010.
Après son baccalauréat obtenu en 1952, Walter Kasper commence des études de philosophie et de théologie à Tübingen et Munich. Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Rottenburg-Stuttgart le 6 avril 1957 et obtient son doctorat en théologie à l'université de Tübingen en 1961 (avec une thèse sur « la doctrine de la Tradition sous l'École romaine »).
Il consacre l'essentiel de son ministère sacerdotal à l'enseignement. D'abord assistant des professeurs Leo Scheffczyk et Hans Küng (entre 1961 et 1964), il soutient sa thèse d'habilitation en 1964 sur la philosophie et la théologie de l'histoire dans la philosophie du dernier Schelling (« Philosophie und Theologie der Geschichte in der Spätphilosophie Schellings »). Il devient professeur de théologie dogmatique à la faculté théologique de Münster (de 1964 à 1970), dont il sera doyen, puis professeur de dogmatique à l'université de Tübingen (de 1970 à 1989). Il est reconnu comme un théologien marquant dès son ouvrage intitulé « Jésus, le Christ » (1974, tr. fr. 1976).
Il est secrétaire du Synode extraordinaire des évêques à Rome en 1985.
Il a été membre de la Commission théologique internationale et a été le rédacteur principal de « La Foi de l'Église » (catéchisme allemand des adultes). Il a participé à la commission de dialogue théologique Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises.
Il est généralement considéré comme un théologien catholique à la fois ouvert, solide et sûr. D'après le professeur Gilles Routhier, de l'Université Laval (Québec) : « Amorcée dans le sillage du concile Vatican II, l’œuvre théologique du professeur Kasper reflète bien les débats qui ont cours dans l’Église catholique depuis le concile. Tour à tour au comité de rédaction des deux grandes revues qui ont alimenté ce débat — Concilium (1970-1977) et Communio (à partir de 1983) —, le professeur Kasper a tenté de concilier la liberté du théologien et la référence au magistère, les questions et les requêtes de nos contemporains et la fidélité à la tradition. »
Nommé évêque de Rottenburg-Stuttgart le 17 avril 1989, il est consacré le 17 juin suivant.
En 1993, avec Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence et Mgr Oskar Saier, archevêque de Fribourg-en-Brisgau, il demande qu'en certaines circonstances l’accès à la communion eucharistique puisse être ouvert à des divorcés remariés, ce qui est refusé par Rome.
En 1994, Mgr Kasper co-préside la Commission internationale du dialogue catholiques-luthériens. Il fait beaucoup pour parvenir à la signature de l'accord entre luthérien-catholique sur la justification par la foi qui sera signé à Augsbourg le 31 octobre 1999. Cette déclaration commune sur la justification est le résultat de plus de trente ans de dialogue luthérien-catholique.
Le 16 mars 1999, il est nommé à Rome comme secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.
Il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II lors du consistoire du 21 février 2001 avec le titre de cardinal-diacre d'Ognissanti in Via Appia Nuova à l'église Ognissanti et devient président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens le 3 mars 2001. Il est confirmé dans cette charge par le pape Benoît XVI le 21 avril 2005.
Au sein de la curie romaine, il est également membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de la Congrégation pour les Églises orientales, du Conseil pontifical pour la culture, du Conseil pontifical pour les textes législatifs, du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux et du Tribunal suprême de la Signature apostolique.
Sa mission internationale présente « conduit ce baroudeur de l'œcuménisme à aller à la rencontre des responsables des Églises et des Communautés ecclésiales du monde protestant, orthodoxe et anglican ». Frappé par la limite d'âge, il est remplacé le 1er juillet 2010 à la présidence du conseil pontifical par Mgr Kurt Koch, jusqu'alors évêque de Bâle. "
Chacun ses priorités, suis-je tenté d'écrire...
5. Si j'ai choisi l'exemple que je viens de donner, c'est parce qu'il me paraît tout à fait typique d'un approfondissement et d'un élargissement, dans la longue durée, de tout un positionnement ecclésiologique antérieur, alors que la réalité ne cessait pas d'envoyer des signaux, si j'ose dire, dans l'espoir de faire comprendre à tous ces clercs qu'ils n'allaient pas, et qu'ils ne vont toujours pas, dans la direction à la fois la plus exigeante et la plus stimulante, laquelle serait synonyme de "recatholicisation intellectuelle".
Je vous remercie pour votre message, et je vous souhaite une bonne soirée.
Scrutator.

( 617815 )
Rép. à Castille par Michel Orcel (2011-12-04 15:53:03)
[en réponse à 614900]
1) Pardon de vous rappeler que le Scrutator n'a rien "enduré", puisqu'il ne m'a pas encore lu.
2) Il semble que vous connaissiez bien mon style "un peu racoleur, souvent grossier et emporté, etc". Mais d'où tenez-vous donc cette belle "connaissance" de mon style ?...
3) En fait de vulgarité et d'injures, ce sont justement certaines de mes cibles qui en sont spécialistes : le RP Edouard-Marie Gallez et Mme Anne-Marie Delcambre, notamment.

( 617879 )
Concernant le point 3 par Meneau (2011-12-04 23:23:30)
[en réponse à 617815]
3) En fait de vulgarité et d'injures, ce sont justement certaines de mes cibles qui en sont spécialistes : le RP Edouard-Marie Gallez et Mme Anne-Marie Delcambre, notamment.
Ces paroles sont-elles oui on non dans votre ouvrage ?
"faussement savant" p.40, "déclarations fulminantes d'Anne-Marie Delcambre" p.41, "retors", "paranoïde" p.57, "affirmations périlleuses" du père Gallez, "sa bibliographie montre que des ouvrages essentiels lui font défaut" p.60, "[Mme Delcambre] semble bien souvent avoir perdu la tête" p.98, "très perfide" p.98, "emportée (toujours Mme Delcambre) par son fanatisme bien-pensant" p.101, "une des estrades où Mme Delcambre aime à faire son numéro" p.109, "on lui conseille de reprendre en main son catéchisme" p.110, "sans doute n'a-t-elle jamais lu Norbert Elias" p.116, "on n'ose imaginer dans quelles conditions vit Mme Delcambre et à quelles amours elle se livre..." p.117, "Laissons notre polémiste cracher ses bêtises" p.117, "incite du reste à se demander si le savoir de Mme Urvoy en matière de théologie chrétienne est aussi sûr qu'elle voudrait le faire croire" p.130, "Portez des lunettes, Mme Urvoy, portez des lunettes..." p.130 note 16, "si Mme Urvoy s'instruisait un peu auprès de ses collègues spécialistes" p.132, même idée p.134, "de ces phrases arrogantes monte la puanteur de la jalousie: jalousie de la petite enseignante de province face au grand universitaire professeur au Collège de France(...), du tâcheron face au génie" p.140
Cordialement
Meneau

( 617881 )
[réponse] par Michel Orcel (2011-12-05 00:26:37)
[en réponse à 617879]
Oui ! Ces lignes acérées sont bien de moi !
Elles m'ont été suggérées par la haine et la violence de ces auteurs, tout simplement.
Elles sont toutes justifiées : je le prouve.
Quant au ton, relisez quelques bons polémistes chrétiens (Léon Bloy par exemple)...

( 614910 )
un chose est sûre avec l'Islam par jejomau (2011-11-09 22:59:37)
[en réponse à 614895]
C'est que
nous n'avons pas du tout le même Dieu dans le seul fait de concevoir notre relation avec Lui. Libre donc aux journalistes de "La Croix" de se soumettre totalement (Islam = soumission)à une religion dont les enfants ne sont pas d'Abraham.
Mais si l'on prend par exemple le
martyr... Un martyr chrétien "
c’est, au sens étymologique du mot, un « témoin ». C’est un témoin de la foi au Christ ressuscité et qui est prêt à mettre sa vie dans le plateau de la balance, comme on dit. Si la foi, la vérité ou la charité envers le prochain sont en jeu, il est décidé à en accepter toutes les conséquences, y compris le sacrifice de sa vie". Voilà ce que nous dit l' abbé Hervé Courcelle Labrousse qui rajoute : "
le chrétien sait aussi que le témoignage d’une vie fidèle, au jour le jour dans le commun de l’existence, est aussi un « martyr ». Historiquement, dans l’Eglise, la vie monastique, le don de soi dans une vie essentiellement consacrée à la prière, à la pénitence et au travail, a été considéré comme un équivalent du martyr, dans une version silencieuse et cachée".
Or donc, on constate aisément que le témoignage chrétien (témoin = martyr) n'est absolument pas celui du dit "
martyr" musulman.. Lequel consiste à massacrer le plus de vies possibles autour de lui tout en détruisant la sienne propre.
Or la vie est un don que Dieu fait aux hommes et nous n'avons aucun droit sur elle.
Nous sommes bien aux antipodes de l'Amour envers le prochain et de Dieu.
Je recommande encore une fois pour ma part cet ouvrage excellent :
LIEN qui nous révèle en fait que
les musulmans ne sont pas fils d'Abraham .

( 617816 )
Rép. à jejomau par Michel Orcel (2011-12-04 16:04:30)
[en réponse à 614910]
En soutenant que le Dieu des chrétiens et le Dieu des musulmans n'ont rien en commun, vous contredisez le Concile de Vatican II et le magistère des derniers pontifes. Vous vous mettez de facto dans une position pré-schismatique !
(Vous devez adorer Mme Urvoy, qui fait de même avec une haine qui laisse bien des doutes quant à l'efficacité de la charité chrétienne.)
Par ailleurs, votre théologie est tellement aberrante que je vous mets au défi de me dire (si Allah et Dieu sont deux dieux différents) comment Yahvé peut-il être encore identique au Dieu chrétien... Mme Urvoy et Rémy Brague tombent dans le même panneau, sans pourvoir répondre à cette question. Il semble au total que vous soyez des marcionites qui s'ignorent... C'est du joli !

( 617829 )
vous pouvez toujours essayer de faire semblant par jejomau (2011-12-04 18:24:24)
[en réponse à 617816]
de ne pas voir ce que mon post dit. Néanmoins je ne fais que citer un ouvrage du Père François Jourdan qui est docteur en théologie, en histoire des religions et en anthropologie religieuse. Prêtre eudiste, il a longtemps été délégué du diocèse de Paris pour les relations avec l'islam. Professeur des universités, il a enseigné à l'Institut pontifical d'études arabes et islamiques (Rome), ainsi qu'à l'Institut catholique et à l'Ecole cathédrale de Paris. François Jourdan vit actuellement aux Philippines. Maintenant vous, croyez ce que vous voulez !

( 617885 )
[réponse] par Michel Orcel (2011-12-05 00:38:30)
[en réponse à 617829]
Les positions du Père Jourdan l'ont conduit à être (méchamment) banni. Qui a tort ? Ses supérieurs ou lui ? Vous me rappelez ce bon abbé de Nantes, qui avait raison contre tout le monde et excommuniait le pape.

( 617886 )
[réponse] par Michel Orcel (2011-12-05 00:44:32)
[en réponse à 617885]
Je trouve cette intéressante recension du livre du P. Jourdan :
"Cependant, la lecture du livre laissera certains lecteurs mal à l’aise pour plusieurs raisons.
D’abord pour des questions de méthodes. La première partie, même si elle veut sortir les lecteurs de l’ambiguïté n’échappe pas à une tonalité polémique. Les paragraphes sont souvent une juxtaposition de citations sorties de leur contexte qui servent à appuyer l’argumentation de l’auteur, mais elles ne cherchent jamais à resituer la citation en fonction de l’ensemble de ce qu’a pu dire l’auteur (c’est typique pour Jean-Paul II) ou en cherchant à comprendre de manière bienveillante la problématique de l’auteur (ce qui est le cas pour les citations de Geffré). Bien que François Jourdan prétende traiter chaque tradition selon sa propre cohérence (p.89), la révélation coranique n’est pas expliquée dans une logique musulmane, mais souvent de manière négative, à partir de la conception chrétienne de l’auteur. Peu de musulmans s’y retrouveront. Tout au long du livre, on trouve d’ailleurs de petites incises négatives qui finalement contribuent à donner, à la fin, une image assez négative de l’islam : « Cette conception [Dieu est sauveur, amour, et fait alliance avec les hommes] est choquante pour l’islam car Dieu y est d’une transcendance ombrageuse, tel un tuteur surplombant tout ce qui n’est pas lui, radicalement séparé de toute créature et attendant de l’homme qu’il se rende à lui ; c’est le sens du mot arabe muslîm traduit par « musulman » ou « soumis » (p.33) » ; « En réalité le mal est profond (p.68) » ; « Quelle consistance peuvent avoir les hommes devant Dieu, et les non musulmans devant les musulmans ? (p.95) » ; « Et l’islam qui, pour Dieu est la religion, la religion « immuable », tend à être à son tour tutelle sur tout ce qui n’est pas musulman : supplanter toutes les religions et rejeter qui veut un autre culte (p.95) » ; « Pour l’islam la transcendance ombrageuse du Dieu tuteur fait que la révélation est conçue comme extérieure à l’homme (p.96) »… Des éléments positifs y sont notés p.179, lorsque l’auteur invite les chrétiens à partager ce qui est bon avec les musulmans, mais ce n’est jamais dans leur perception de Dieu, comme si l’hospitalité, l’accueil, l’attention aux choses religieuses était sans aucun lien avec leur doctrine. C’est d’ailleurs sans doute là une autre limite du livre : il cloisonne la foi en deux parties indépendantes : la doctrine d’un côté et ce qui est vécu de l’autre. La doctrine de l’islam est toujours vue indépendamment de la vie des musulmans, sous le prétexte d’aborder enfin l’islam pour lui-même et non en se réfugiant derrière la diversité de ses interprétations.
Beaucoup d’affirmations manquent également de nuances : la dénonciation de l’idée selon laquelle « il ne faut pas donner l’impression de critiquer l’islam car c’est de l’islamophobie » est explicitée par les attentas islamistes de Londres (p.72-73), comme si les deux choses étaient directement liées. Face au rappel fréquent de la toute puissance de Dieu et de la prédestination, la responsabilité de l’homme dans l’islam n’est jamais évoquée, alors que la plupart des écoles théologiques reconnaissent une vraie liberté à l’homme d’accepter ou de ne pas accepter la charge confiée par Dieu (p.94). La présentation du rejet du soufisme dans l’islam ne rend compte ni de la réalité très forte de l’islam confrérique dans le monde, ni des enjeux qui ont aboutit à la condamnation mentionnée des soufis (p. 74-75). De même, peut-on vraiment dire que « en islam, la révélation ne concerne pas Dieu qui demeure impénétrable (Sr 112) (p.96) » ? Le concept de révélation dans le christianisme est en fait comparé au concept de la révélation dans l’islam, sans que l’auteur cherche à entrer dans la cohérence musulmane de la révélation coranique…
Par rapport à la révélation chrétienne, Claude Geffré est beaucoup critiqué mais l’auteur ne cherche pas à entrer dans la problématique de Claude Geffré pourtant essentielle : tout en préservant la spécificité de la foi chrétienne, que dire de l’action de l’Esprit Saint présente dans les autres religions, non seulement dans leurs aspirations fondamentales, mais aussi dans leurs initiatives, leurs cultures et leur religions (Cf. Redemptoris Missio 28-29) [2] ? Comment rendre compte de l’affirmation répétée des textes du Magistère d’une relation spécifique qui unit la foi chrétienne avec la foi juive et la foi musulmane, au point que Paul VI utilise deux fois l’expression « une foi commune [3] » au Dieu unique , que Jean Paul II affirme aux musulmans que « nous pouvons nous appeler, au vrai sens des mots, frères et sœurs dans la foi en le seul Dieu [4] » et que dans la plupart des discours pontificaux adressés aux musulmans, Jean-Paul II utilise le « nous » inclusif, se situant lui-même dans une démarche commune avec les musulmans. On peut n’être pas d’accord avec la formulation de Claude Geffré (« non pas la Parole de Dieu, mais une Parole de Dieu qui m’interpelle dans ma foi »), mais à condition d’aborder de fait la problématique dans toute sa complexité, ce que l’auteur ne fait pas.
Faut-il finalement bannir de notre langage : « Nous avons le même Dieu » (p.33) ? C’est vrai que l’expression est porteuse d’ambigüités et qu’il conviendrait d’en préciser les traits communs, mais dans la perspective « de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes », les chrétiens n’ont-ils pas pour tâche de regarder « d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée » ? (Nostra Aetate 1) N’est-il pas possible, tout en disant la spécificité de la foi chrétienne de regarder avec une haute estime la foi des musulmans (ce qu’ils confessent et ce qu’ils vivent étant liés) ?..."
Henri de La Hougue
http://www.gric.asso.fr/recensions/article/francois-jourdan-dieu-des

( 617887 )
n'êtes vous pas nihiliste avec la réalité des faits par jejomau (2011-12-05 07:20:04)
[en réponse à 617886]
Titre du post un peu provocateur mais qui dit quelque chose.
Vous dites qu'il a été banni du diocèse de Paris ? D'abord, vous semblez au courant de bien des choses que nous ignorons.. Par ailleurs, banni ou non, il semble bien surtout qu'il continue de pouvoir écrire sans aucun interdit de Rome ou de son évêque actuel, non ? C'est un premier point. On pourrait rajouter que l'abbé Pagès, du diocèse de Paris, lui, continue d'affirmer que l'Islam n'a pas le même Dieu que nous ... sans être inquiété également ...
Mais, vous semblez aussi ramener tous ces points sur l'Islam au fait que Vatican II aurait dit... que Paul VI disait que... et qu'il n'est pas possible de contrarier tout ceci sans être "marcioniste" (sic!)
Vatican II dit très exactement, au même titre que le Concile de Trente et que Saint Thomas d'Aquin.... que l'Esprit-Saint joue de sa petite musique dans des peuples qui peuvent avoir une autre religion. Voilà résumé. Ce qui signifie que lorsqu'on affirme que nous (les êtres humains : rouges, blancs, noirs; musulmans, chétiens, animistes, etc...), nous avons "Le même Dieu", celà signifie très exactement que tous nous avons comme Dieu, le Dieu des catholiques : le Dieu Trinitaire. En celà il nous faut être bien tous d'accord. Mais celà s'arrête là . En effet, il faut cesser de croire et de penser que les musulmans adorent et prient ce Dieu là. Il est bien possible que Dieu-Trinité les entend et parfois les exauce quand leur requête est bonne (c'est là ce que dit le Magistère sur l'Esprit-Saint circulant partout)... Mais ne croyez pas, comme semble le dire ou croire de plus en plus de gens... qu'il adorent Jésus-Christ sous un autre nom.
On en vient "aux fruits". Toute relation avec ce Dieu-Trinitaire induit des fruits dans la réalité de la vie quotidienne : pour les personnes comme pour les peuples. Je ne veux pas dévellopper plus loin : il vous suffit de voir les fruits inhérents à l'Islam depuis des siècles pour comprendre certaines choses, non ?
Le père Jourdan énonce une vérité première, à savoir : les musulmans ne sont pas fils d'Abraham. Qu'après, on discute de savoir si il aurait dû écrire de telle et telle manière, etc... peu importe pour moi. Je veux aller à l'essentiel. L'essentiel c'est justement ce qu'il dit. Si ce qu'il affirme est vrai, alors ceux qui l'on rejeté ont tort et sont dans l'erreur. On ne peut chercher à dialoguer avec les musulmans qu'en les connaissant. C'est excatement ce qu'il dit aussi dans son ouvrage. Il faut cesser cet irénisme dans l'église-en-france qui voudrait que nous n'avons pas à convertir les autres.. parceque nous aurions tous le même Dieu. C'est faux. Le dailogue vrai doit avoir UN but : la conversion au Dieu Trinitaire.

( 617909 )
[réponse] par Michel Orcel (2011-12-05 10:59:33)
[en réponse à 617887]
Vous confirmez ce que je pressentais dans un mail précédent : que votre Dieu (trinitaire) n'est pas le Dieu des juifs (Yahvé). Bravo !

( 617911 )
je vous renvoie aux derniers propos du par jejomau (2011-12-05 11:18:18)
[en réponse à 617909]
Saint-Père :
LIEN qui explique bien en quoi réside l'acchoppement concernant la Trinité.
Le pape dit : "
derrière la profession chrétienne en un Dieu unique il y a celle d'Israël", mais "avec la Trinité le christianisme a éclairé d'une lumière nouvelle le monothéisme" précisant un peu plus loin : "le monothéisme trinitaire révèle le visage de Dieu" et qu'il est "la véritable source de la paix personnelle et universelle"
Tant que votre interlocuteur (musulman ou juif) n'a pas accepté le Dieu Trinitaire : on ne peut affirmer qu'il adore "le même Dieu" avec toutes les conséquences que celà implique... concrètement dans la vie. Je pense que notre religion doit effectivement de nouveau dévelloper une réflexion importante sur la Trinité qui a été "évacuée" de la Liturgie dans le nouveu rit. Tout est lié.

( 615018 )
Sur cette question, à l'opposé, un livre de Jacques Ellul. par Scrutator Sapientiæ (2011-11-10 21:56:50)
[en réponse à 614895]
Bonsoir à tous,
Voici :
"Islam et judéo-christianisme", de Jacques Ellul, aux éditions des PUF, dans la collection Quadrige.
Je ne résiste pas au plaisir de vous citer quelques critiques formulées sur Amazon :
1. " Jacques Ellul démonte méthodiquement 3 pensées du comptoir du café des commerces qui soutiendraient l'idée que le christianisme et l'islam sont parents.
Avec son franc parler habituel, sa clair voyance et son acuité visionnaire (dans les années 70, alors même que l'ordinateur criait ses premiers balbutiements, il avait vu venir le cloud computing, c'est dire), il livre une ultime lettre (le livre est tiré d'un manuscrit déchiffré après sa mort) qui peut faire l'effet d'une bombe dans notre monde bien pensant de pensée globalisée que l'on recouvre d'une tolérance vide de sens. "
2. " Heureusement qu'avant sa mort, cet immense théologien et penseur qu'est Jacques Ellul a publié ce livre pour faire exploser toute la soupe intellectuelle dans laquelle on nous noie depuis longtemps (hélas encore aujourd'hui !).
Un livre à acheter pour comprendre les différences fondamentales, même si elles ne sont pas toutes exposées ici (et pour cela la préface d'Alain Besançon est passionnante) entre judéo-christianisme et islam ! "
3. " Cet ouvrage posthume du très grand et sincère penseur que fut Jacques Ellul éclaire dans des termes d'autant plus forts qu'ils sont simplement et directement exprimés, les différences -voire les divergeances- fondamentales qui existent entre judéo-christianisme d'une part, et islam de l'autre. En reprenant trois thèmes essentiels des fondements des monothéismes nés au Proche Orient, qu'il nomme assez ironiquement "les trois piliers du conformisme", l'auteur démontre implacablement les différences de fond qui les séparent de façon hélas irrévocable.
Plus de 15 ans se sont écoulées depuis que Jacques Ellul a écrit ce texte, et force est de constater que son analyse correspond à la réalité non seulement du passé, mais aussi d'aujourd'hui, et explique tous les drames que la nature profonde, exclusiviste et totalitaire de l'islam, qui par ses principes meme ne peut accepter un statut complet d'etre humain pour l'Autre, suscite au long du temps.
L'argumentation de Jacques Ellul met notamment en évidence que si judaisme et christianisme signifient une relation bilatérale, ou biunivoque, entre Dieu et l'Homme, ce qui ouvre des possibilités d'évolution, de progrès, d'échanges,..., ce n'est pas le cas de l'islam, dans lequel la relation est univoque, descendante de Dieu vers l'Homme exclusivement, et pour les intégristes de plus immuable puisque révélée de façon définitive à Mohammed, et mise en forme juridique ultra détaillée et inchangeable par la sunna. Entre ces deux visions, le dialogue parait vraiment très difficile.
Ensuite, il apparait clairement que souvent les memes mots, les memes concepts (fils d'Abraham, monothéisme, religions du Livre,...) ont des contenus complétement différents en judéo-christianisme et en islam. Alors, Ellul nous met bien en garde contre le mythe d'un "dialogue" qui ne peut etre réel et sincère sans la prise en compte de ces différences qui sont capitales. Lorsqu'on voit l'acharnement de certains à vouloir coute que coute entretenir ce dialogue, sans lever les ambiguités de base avec le courage nécessaire, on se demande si c'est de la naiveté ou de la désinformation...
A noter que la préface d'Alain Besançon est elle meme une merveille de clairvoyance, de précision et d'intelligence, elle vient utilement et brillamment compléter le texte de Jacques Ellul. Bref, un livre à ne pas manquer! "
4. " Ce livre court mais palpitant cherche à examiner de près les liens de parenté qui sont habituellement montrés comme unissant l'islam à la religion chrétienne et à la religion juive sous "le seul angle qui compte vraiment", l'angle théologique. Tout en manifestant du respect envers les musulmans, Ellul montre à quel point les trois affirmations habituellement invoquées pour justifier la parenté entre l'islam et le reste de la tradition judéo-chrétienne ("l'islam est une religion du livre", "l'islam est une religion monothéiste" et "l'islam est une religion issue d'Abraham") sont en fait fragiles et même douteuses. Ce livre est très lourd de conséquence, car en niant ainsi ces affirmations, c'est la validité même de l'islam qui est remise en cause. Sûrement que tout individu s'intéressant à l'islam ou à la théologie devrait lire ce livre, quitte à tenter de le réfuter par la suite au nom de la religion de Mahomet. "
5. " Un ouvrage posthume et tres concis d un penseur hors de commun, courageux intellectuellement et moralement. De maniere tres simple et claire, Jacques Ellul explique pourquoi il n existe AUCUN fondement commun surnaturel (propre a la revelation) entre le judaisme et le christianisme d un cote, et l islam de l autre...
Contreairement a ce qu on attend tre souvent et de plus en plus (dans l espoir peut etre d eloigner les ombres de conflits de valeurs avec l Islam), Abraham n est une reference commune de poingt de vue chretienne, le simple fait de postuler le monotheisme n est pas du tout une base d entente commune et enfin, le message et les references de la Bible sont fondalementalement differentes de ceux du Quran... Derriere une similitude trompeuse des mots, il y a des significations totalement differentes...
Ce livre est une critiaue courageuse d une certaine pensee d universalisme moux qui risque de mettre en perile non seulement l originalite du message chretien mais aussi et avant tout les fondement meme de la civilisation occidentale.
Le dernier article, preface a l histoire des persecutions directes et indirectes des chretiens et des juifs en terre d islam sert d illustration aux theses de l auteur.
Enfin, la preface d Alain Besancon est brillante et probalement aussi ''iconiclaste'' que les textes de Jacques Ellul.
A lire, relire et mediter... pour rester des occidentaux. "
Bonne réception, bonne lecture, bonne fin de soirée.
Scrutator.

( 617727 )
Deux références et une mise au point à propos de mon livre "De la dignité de l'islam" par Michel Orcel (2011-12-03 18:31:37)
[en réponse à 614895]
C'est peu dire que je suis étonné de la façon dont (comme d'autres sites catholiques) on a ici "rendu compte" de mon livre... sans le lire. Le Scrutator Sapientiae s'est contenté de recopier des "critiques trouvées ici" (selon ses propres termes), sans en préciser les sources ! Je tiens donc à éclairer le lecteur en lui fournissant d'abord les deux références : on trouvera le premier texte sur
http://www.nonfiction.fr/article-4934-lislam__nouvelle_cible_du_christianisme_.htm
et le second (un avis de lecteur)sur
http://www.amazon.fr/product-reviews/2227482214/ref=dp_top_cm_cr_acr_txt?ie=UTF8&showViewpoints=1
Par souci d'honnêteté scientifique et morale, le Scrutator aurait dû scruter par lui-même mon texte et en rendre compte de façon personnelle.
Peut-être aurait-il découvert alors que mon livre est dû à la plume d'un chrétien solidement documenté et guidé par quelque chose qui ressemble à de la charité...
Voici ce qu'a répondu sur Amazon un lecteur à la critique complaisamment citée par le Scrutator :
"On est en droit de ne pas apprécier le style assez vif et parfois irrévérencieux de ce livre (aime-t-on encore Voltaire, Barbey d'Aurevilly, Léon Bloy ?...), mais il est tout à fait injuste d'en critiquer le fond. D'emblée l'auteur (dont les titres et la carrière inspirent le respect) prend la peine de préciser qu'on a tout à fait le droit d'être inquiet dans un monde où l'islam occupe de plus en plus de place, mais que, justement parce que nous sommes en Europe, ce nous est un devoir d'affronter l'adversaire avec les armes des Lumières et non celles du mépris ou de la malhonnêteté. Après avoir mis à jour les racines chrétiennes communes d'un certain nombre d'auteurs plus ou moins ouvertement islamophobes, il donne une analyse très serrée et très convainquante de la façon dont ces auteurs - certains sur le plan scientifique (Benoît XVI, Prémare, Gilliot, Gallez), d'autres sur le plan moral (Delcambre, Urvoy) - manipulent leurs sources pour en tirer une image exécrable de l'islam. Opération qui se fait selon des modalités très diverses. Prémare, très grand arabisant et islamologue, est certainement le plus subtil : Orcel n'en démontre pas moins comment ce qu'il appelle l'"idéologie" (ici le christianisme)l'entraîne par exemple à raconter la prise de Jérusalem par les musulmans d'une façon scandaleusement partisane et anti-historique. D'autres s'appuient sur les analyses de Luxenberg, pseudonyme cachant un auteur débutant (à ce qu'on sait) très critiqué par de sérieux syriacisants. D'autres encore, comme Gallez, endossent les thèses les plus folles (et sur lesquelles sont souvent revenus leurs auteurs); d'autres encore, comme M. Th. Urvoy - Orcel le montre sans ambiguité - a pour cible Louis Massignon et le dialogue islamo-chrétien, ce qui l'amène (alors qu'elle est elle-même une excellente arabisante), non seulement à prôner en toute malhonnêteté que le Dieu des musulmans n'est pas le même que celui des chrétiens (Jésus et Marie étant traités de la même manière), mais à donner des leçons au Pape et aux Pères de Vatican II !... On peut discuter la contre-analyse, moins originale, qu'Orcel fait, avec les mêmes armes, du christianisme et de son histoire, mais il ne fait pas de doute qu'il atteint son but : montrer que seul le respect de l'Autre et de sa religion (si loin de nous soit-elle) autorise une vraie confrontation intellectuelle - quand tant d'autres voudraient se cantonner au mépris ou à la passion agressive."
Depuis la parution de ce livre, et notamment en vue d'un nouvel ouvrage où j'étudie les zones d'ombre et les légendes de l'islam originel, j'ai rencontré d'autres textes témoignant des distorsions scientifiques que certains islamologues chrétiens (pas tous, loin s'en faut ! Honneur au Frère Michel Cuypers, par exemple) font subir aux sources pour discréditer l'islam.
Je me tiens à la disposition de qui voudrait discuter de mon point de vue après avoir lu mon livre !
Bien cordialement à tous les hommes de bonne volonté.
Michel Orcel

( 617783 )
Une précision et deux remarques. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-04 00:33:13)
[en réponse à 617727]
Bonsoir et merci à Michel Orcel,
1. Tout d'abord, une précision : vous avez raison sur le point suivant : c'est à moi qu'il incombe de finir de lire votre ouvrage, afin et avant de dire ce que j'en pense personnellement ; je l'avais commencé, j'en ai lu une dizaine de pages, avant de me dire en substance : "si tout le livre est écrit comme cela (j'y reviens ci-dessous), je risque fort de ne pas pouvoir finir de le lire...".
Je m'engage donc dès ce soir à l'acheter, en début de semaine prochaine, à le lire au plus vite, mais sans en bâcler la lecture, puis à écrire ici-même ce que j'en pense, de la manière la plus nuancée possible, comme il m'arrive de savoir le faire, c'est-à-dire avec diplomatie et sans hypocrisie.
2. Ensuite, une première remarque : je crois pouvoir déplorer, pour ce que j'ai lu de votre livre, une tendance, qui y est apparente, à confondre, dans un même ensemble, islamocritique et islamophobie, ce qui n'est pas, me semble-t-il, la même chose : l'appréciation critérisée des mérites et des limites d'une religion non chrétienne, d'un point de vue à la fois académique (philosophique, théologique, historique, etc.) et confessionnel (catholique) n'est pas la même chose que la détestation a priori et sans nuances d'une religion non chrétienne, voire, également, des hommes et des femmes qui y adhèrent.
Formulé autrement, cela revient à dire ceci : je crois que vous vous en prenez, dans l'absolu, à tort ou à raison, dans un livre de moins de 200 pages et de petit format, aux idées, à la limite, bonnes ou mauvaises, mais complexes et diverses, d'un trop grand nombre d'auteurs, qui sont des universitaires de disciplines différentes, dont il est impossible de résumer puis de critiquer les idées, les travaux, comme vous semblez le faire, en considérant qu'ils sont presque tous islamocritiques DONC islamophobes.
De même que des non musulmans ont bien le droit d'être islamocritiques, sans être islamophobes pour autant, je comprendrais que des non chrétiens soient christianocritiques, sans être christianophobes pour autant, dès lors que leur appréciation du christianisme est la plus objective possible.
3. Enfin, une deuxième remarque : je vous rappelle ou vous rapporte cette boutade d'Alain LAURENT, l'auteur de "La société ouverte et ses nouveaux ennemis" ; cet auteur dit quelque part : "bientôt, pour pouvoir dire, sans risques majeurs, ce qu'est vraiment l'Islam, il faudra être un femme, noire, d'origine musulmane, et vivre aux Etats-Unis" : je pense que vous comprenez le sens de la boutade : je ne voudrais pas vivre un jour dans un monde dans lequel il y aurait un interdit qui pèserait, pour aller vite, sur l'ensemble des occidentaux, intellectuels ou non, chrétiens ou non, clerc ou laics, qui n'auraient plus, de fait, le droit de dire, par exemple, ce qu'a dit un jour le futur Benoît XVI.
"L’Islam ne connaît absolument pas la séparation des domaines politiques et religieux, inhérents au christianisme dès le début. Le Coran est une loi religieuse totalitaire, qui règle la totalité de la vie politique et sociale et exige que toute l’organisation de la vie soit dictée par l’Islam. La charia impose sa marque à la société du commencement à la fin. [...]
L’Islam a une tout autre conception des règles de vie, il en englobe tout simplement la totalité et ses lois sont différentes des nôtres. Il y a une très nette subordination de la femme à l’homme, le droit pénal, tous les rapports de la vie, sont fixés avec rigidité et opposés à nos conceptions modernes de la société".
Il s'agit effectivement du Cardinal Ratzinger dans son livre « Le sel de la terre, entretien avec Peter Seewald », paru en 1997.
Et il s'agit très précisément des pages 234 à 237, dans l'édition de 2005 (Flammarion/Cerf).
Je vais me mettre personnellement au travail la semaine prochaine et je vous souhaite dès à présent une bonne nuit et un bon dimanche.
Scrutator.

( 617805 )
"Dignité de l'islam", rép. 2 par Michel Orcel (2011-12-04 12:53:42)
[en réponse à 617783]
En attendant que vous lisiez mon livre (et m'accordant à vous sur la nécessité de ne pas confondre islamocriticisme et islamophobie (mon prochain livre à paraître en mai étudiera sans détour, avec un esprit critique parfaitement occidental, le discours canonique musulman sur les origines...), je vous signale que les mots que vous citez de S. S. Benoît XVI du temps où il n'était encore que cardinal :
("L’Islam ne connaît absolument pas la séparation des domaines politiques et religieux, inhérents au christianisme dès le début. Le Coran est une loi religieuse totalitaire... )
sont lourdement entachés d'erreur : non seulement par que la "charia" et la Tradition sont interprétées de façon très différentes selon les sociétés musulmanes (cf le Maroc où je vis depuis dix ans), et que seuls l'Iran et l'Arabie saoudite (deux sectes !) entrent dans la description "totalitaire" que fait le pape de l'islam, mais parce que la collusion du politique et du religieux (même en admettant que le Christ ait strictement voulu séparer les deux sphères, ce qui me semble une vision rétrospective que nous avons du christianisme, car "Rendez à César ce qui est à César" ne suffit ni sur le plan de la raison ni sur celui de l'histoire à fonder la séparation du politique et du religieux) a très vite marqué la vie même de l'Eglise, dès Constantin, en tout cas, que les historiens définissent aujourd'hui comme le chef du premier Etat totalitaire de l'histoire...
De Constantin à l'aube du XXe siècle, l'Eglise a toujours été étroitement liée au pouvoir, sous mille formes, et le chrétien européen se trouvait emprisonné dans un réseau d'interdits et d'obligations qui valent bien, croyez-moi, ce que connaissent les musulmans des sociétés traditionnelles.
Cordialement.
M. O.

( 617812 )
Ces historiens sont de sinistres farceurs par Vianney (2011-12-04 14:45:49)
[en réponse à 617805]
Constantin, en tout cas, que les historiens définissent aujourd'hui comme le chef du premier Etat totalitaire de l’histoire
...ou alors, ils ne savent pas du tout de quoi ils parlent. Un régime totalitaire, c’est là où “le pouvoir politique dirige souverainement et même tend à confisquer la totalité des activités de la société qu’il domine” (
Robert). Soit dit en passant, cette confiscation est de plus en plus présente dans nos “démocraties” : diminution des droits de la famille et des entreprises, uniformisation des programmes scolaires, technocratie tendant à la confusion entre les tâches de gouvernement et d’administration, etc. On n’en est pas (pas encore) au parti unique ou à l’école unique, mais de plus en plus à la “pensée unique”...
Que Constantin et plusieurs de ses successeurs aient été tentés – comme plus récemment Joseph II, Napoléon et quelques autres – de mettre à leur service la religion catholique, en cela ils tendaient effectivement à une certaine forme de totalitarisme. Mais de là à en faire une constante de la politique des princes chrétiens, il y a une marge considérable que l’histoire médiévale dément. Surtout que les papes ne se sont nullement laissés faire, et pas seulement saint Grégoire VII face à Henri IV, ou Boniface VIII vis-à-vis de Philippe le Bel. Au point que certains auteurs, même catholiques, leur font le reproche inverse : celui d’avoir “désacralisé le pouvoir politique” (Sylvain Gouguenheim) en séparant le temporel du spirituel ! En quoi ils se trompent à leur tour : dans l’esprit de l’Église, il ne s’agissait pas de
séparer, mais de
distinguer, conformément à la parole du Christ “Rendez à César...”.
Quoi qu’il en soit, cette tentation du pouvoir politique de confisquer le religieux à son profit ne date pas de Constantin (à supposer qu’il y ait réellement succombé, ce qui n’est pas prouvé). Quand ses “divins” prédécesseurs agissaient très officiellement en grands-prêtres de la religion païenne de Rome, ils méritaient au moins autant que lui ce reproche. Et un historien digne de ce nom devrait savoir que la principale difficulté qui retint un temps Clovis de se faire baptiser, c’est qu’en adoptant la religion catholique, il perdait automatiquement toute légitimité religieuse aux yeux de ses leudes païens : la chance – ou pour mieux dire : le miracle – a voulu que plusieurs milliers d’entre eux se convertissent en même temps que lui, fondant ainsi une nouvelle légitimité.
Quant aux totalitarismes modernes, du nazisme aux communismes, ils justifient encore plus largement le mot d’André Malraux : “La chrétienté n’avait pas été totalitaire : les États totalitaires sont nés de la volonté de trouver une totalité sans religion”.
V.

( 617821 )
Citation tronquée ! par Paterculus (2011-12-04 17:20:19)
[en réponse à 617805]
Cher Monsieur,
Vous écrivez :
même en admettant que le Christ ait strictement voulu séparer les deux sphères, ce qui me semble une vision rétrospective que nous avons du christianisme, car "Rendez à César ce qui est à César" ne suffit ni sur le plan de la raison ni sur celui de l'histoire à fonder la séparation du politique et du religieux
Je vous rappelle que la citation complète est :
Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.
Il y a donc bien deux domaines différents, même si l'on ne peut se fonder sur cette distinction pour établir une absence d'interdépendance, car rendre à César ce qui lui est dû est aussi une façon d'obéir à Dieu, qui a disposé que des autorités non religieuses gouvernent la part non religieuse de la vie des communautés.
D'autre part les paroles du cardinal Ratzinger que vous incriminez parlent du christianisme dés l'origine, non pas du seul évangile. Or dans les Actes des Apôtres (5,29) il est bien affirmé : "Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes", ce qui me semble bien une séparation des domaines où l'obéissance aux lois civiles s'impose - quand elle n'empiètent pas sur les devoirs moraux et religieux - et ceux où précisément c'est à Dieu seul qu'il faut obéir.
Votre dévoué Paterculus

( 617822 )
Faisons tous attention aux anachronismes axiologiques. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-04 17:23:07)
[en réponse à 617805]
Rebonjour,
I. Je suis d'accord avec vous sur le point suivant : compte tenu de la complexité et de la diversité des situations, il est certainement difficile de décrire ou de définir ce que serait "l'essence de l'Islam" ; mais il doit être possible de mettre en avant et en forme quelques idéaux-types, quelques approximations de "l'essence de l'Islam" qui ne soient pas "excessivement approximatives", quelques points communs qui ne soient pas des "lieux communs", et qui auraient au moins "une vertu heuristique".
Ainsi, quand vous parlez de sectes, à propos de l'Arabie saoudite et de l'Iran, je suppose, peut-être à tort, que vous raisonnez comme s'il s'agissait de régimes politiques et / ou de systèmes religieux grandement et gravement éloignés d'une certaine forme d'"Islam médian", ce qui pose la question des critères de définition de cet "Islam médian".
II. Il y a au moins deux types d'anachronismes axiologiques :
1. l'anachronisme axiologique "rétrospectif" : on juge, rarement en positif, une partie du passé lointain, on apprécie, ou plutôt on déprécie, on dénomme ou on qualifie une période de l'histoire lointaine, au moyen de termes qui sont inspirés par un rapport aux valeurs ou par un système de valeurs adossés seulement à un passé récent ou au présent ;
2. l'anachronisme axiologique "annonciateur" : on considère, au contact de signes surinterprétés, de traces sursollicitées, que telle ou telle période de l'histoire lointaine annonce, porte en germe, préfigure, un rapport aux valeurs ou un système de valeurs tout à fait ultérieurs, qui ne sont apparus, en réalité, que dans un passé récent ou au XXI° siècle.
Par ailleurs, dans l'histoire des faits comme dans celle des idées, et en politique comme en religion, les mots ne sont pas tous piégés, mais sont tous "situés", au moyen de coordonnées spatiales et temporelles, mais aussi au moyen de coordonnées mentales et sémantiques : par exemple,
1 - la dictature, dans l'Antiquité romaine, la tyrannie, dans l'Antiquité grecque, n'ont pas exactement le même sens que la dictature et la tyrannie, à la fin des temps modernes ;
2 - la notion de lutte des classes est à la fois
- inexistante, en amont du XIX° siècle et de la première Révolution industrielle,
et
- inopérante, pour rendre compte d'une assez grande partie de l'histoire humaine, également en amont du XIX° siècle et de la première Révolution industrielle ;
3 - le despotisme éclairé du XVIII° siècle n'a pas le même sens
- que le despotisme oriental, sous la plume de Montesquieu,
- que le despotisme démocratique, sous la plume de Tocqueville ;
4 - un régime autoritaire n'est pas exactement de même nature qu'un système totalitaire, au XX° siècle.
Par voie de conséquence, je me trompe sûrement, mais
- de même que cela ne me viendrait pas à l'esprit de parler de totalitarisme, à propos d'une logique de chrétienté institutionnelle, dans le cadre d'un régime politico-religieux situé dans l'Antiquité tardive, ou au début du Moyen-Age,
- de même, cela ne me viendrait pas à l'esprit de parler de signes avant-coureurs de la laicité, telle que nous l'entendons aujourd'hui, dans le cadre de tel ou tel dispositif juridique ou événement politique, qui serait apparu ou survenu en amont du XVI° siècle.
III. Ma modeste vision des choses, dans le cadre du christianisme, d'une part, du monde occidental, d'autre part, est à peu près la suivante :
- oui à la théonomie, DONC non à l'athéocratie comme à la théocratie ;
- oui à une éthique de la maîtrise de soi ET du respect de la personne d'autrui, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que le respect à tout prix du contenu des convictions d'autrui ;
- oui à la liberté responsable en matière religieuse, DONC non à la volonté de licence comme à la volonté de puissance, en matière religieuse.
Mon souci, que je ne développe pas davantage dans ce message, est celui d'un certain "équilibre catholique", sur toutes ces questions difficiles.
Bonne fin de dimanche, bon début de semaine, à bientôt.
Scrutator.

( 617772 )
Si vous êtes aussi honnête dans votre livre... par Paterculus (2011-12-03 22:29:14)
[en réponse à 614895]
Si vous avez dans votre livre la même attitude que ci-dessus, il est vraiment inutile de le lire.
Vous critiquez celui qui nous a fait part de deux recensions de votre livre, en lui reprochant de ne pas l'avoir lu. Mais je vous fais remarquer qu'il ne fait que citer ces deux recensions sans donner d'avis personnel. Il ne fait donc que transmettre les avis de gens qui ont fait l'effort de lire votre livre, qui d'ailleurs ne leur a guère plu.
Vous lui reprochez aussi de ne pas citer ses sources, alors qu'il les a mises en lien !
En vous lisant je me rappelle la comparaison qui m'était venue à l'esprit à propos de l'histoire des croisades de René Grousset et de l'opuscule d'Amin Maalouf sur les croisades vues par les auteurs arabes : d'un côté on s'efforce d'aller à toutes les sources et d'en tenir compte, d'un autre on ne privilégie qu'un camp.
Votre dévoué Paterculus

( 617813 )
Réponse à Paterculus par Michel Orcel (2011-12-04 15:12:44)
[en réponse à 617772]
Complètement faux !
Grousset n'a jamais consulté de sources arabes (il ignorait du reste les langues orientales) et, en homme de son temps et de droite extrême (voyez son petit couplet sur Saladin, kurde donc "aryen", et donc non-arabe, c'est-à-dire non-sémite...), il ne s'attache qu'à montrer la grandeur épique de la croisade. D'où la désinvolture extraordinaire avec laquelle il passe sous silence la barbarie franque (pogrom des comtes allemands en Europe centrale, massacres de femmes et d'enfants, cannibalisme, torture des chrétiens d'Orient, etc...)
Pour vous éviter de fréquenter d'autres auteurs arabes (quoique chrétiens, puisque Maalouf l'est) et vous servir dans votre quête de vérité, je vous invite à lire "Jérusalem 1099" de Pierre Aubé (Actes Sud).

( 617819 )
Grousset n'ignorait pas les sources arabes par Paterculus (2011-12-04 16:55:16)
[en réponse à 617813]
Cher Monsieur,
Je constate que vous n'avez su répondre qu'à la deuxième partie de mon message, qui ne concernait pas directement votre livre. Il semble donc que vos réponses à Scrutator Sapientiae, dont j'ai soutenu la démarche, n'aient plus de raison d'être.
Grousset n'ignorait pas les sources arabes, il a exploité toutes celles qui étaient disponibles dans les langues qu'il connaissait.
Son parti-pris, que je ne nie pas en certains passages, n'avait toutefois rien de comparable à la grossièreté de ceux qui accusent les chrétiens de polythéisme - et si les recensions que j'ai lues de votre livre sont exactes, vous en faites partie : c'est comme si l'on disait que les musulmans sont polythéistes parce qu'ils croient qu'Allah est miséricordieux et compatissant.
Votre dévoué Paterculus

( 618039 )
"De la dignité de l'islam" : plusieurs remarques APRES lecture. par Scrutator Sapientiæ (2011-12-06 23:07:14)
[en réponse à 617813]
Bonsoir Michel ORCEL,
J'ai lu votre livre deux fois, une première fois, hier lundi, la deuxième fois, aujourd'hui mardi, et je suis donc à présent pleinement en mesure de formuler quelques remarques, qui ne sont pas des reproches, et qui sont moins des regrets que des souhaits.
Je rappelle ici le titre et le contenu de chacun des chapitres :
« I. La provocation de Ratisbonne » est consacré à la critique de la position exprimée par Benoît XVI, en septembre 2006 ;
« II. Une « conspiration » » est consacré à l’identification des inspirateurs et des animateurs de l’islamophobie catholique contemporaine : Lammens, Théry, Bonnet-Eymard, Luxenberg, Brague, Gilliot, de Prémare, Moussali, Gallez, Delcambre, Urvoy.
« III. Mahomet, histoire et légende » est consacré à la critique des positions exprimées par Gallez et par de Prémare, à propos de l’historicité de Mahomet, de La Mecque, et du milieu natal de l’islam.
« IV. Quelques remarques à propos du Coran » est consacré à la critique des mêmes auteurs, mais aussi et surtout à celle de Luxenberg, en ce qui concerne leurs tentatives respectives d’éxégèse du Coran.
« V. Droit, sexe et violence » est consacré à la critique de l’ouvrage « l’islam des interdits », de Madame Delcambre.
«VI. Distinguer pour mieux…désunir » est consacré à la critique des positions exprimées par Madame Urvoy, qui considère que les chrétiens et les musulmans n’ont pas le même Dieu.
Enfin, « VII. Et que dire du christianisme ? Le réel et l’archétype » est une tentative de renversement de la charge de la preuve, à destination des catholiques, en ce qui concerne l’historicité de Jésus-Christ et la signification des Evangiles.
A. Quelques remarques sur la forme, tout d'abord :
1. je vous souhaite de devenir beaucoup plus diplomate, quand vous évoquez ceux dont vous voulez contrecarrer ou contredire les idées ; ainsi, vous mettrez votre manière de bien construire vos positions, votre méthode pour "déconstruire" celles de vos adversaires intellectuels, à distance de toute tendance à confondre, ou de toute tentation de confondre, analyse et invective, critique et diatribe, indignation sans nuances et lucidité équilibrée, au sens de : appropriée et proportionnée.
2. je vous souhaite également de devenir beaucoup plus pédagogue, car vous voulez, en tout cas, dans ce livre, dire beaucoup trop de choses, en surface et en vitesse, contre plusieurs erreurs commises par plusieurs auteurs, alors que vous auriez gagné à dire moins de choses, avec lenteur et en profondeur, en vous limitant à l'analyse, plus complète et précise, de moins d'erreurs et /ou de moins d'auteurs, erreurs ou auteurs que vous auriez eu ainsi la possibilité de présenter plus à fond et de dénoncer beaucoup plus sur le fond.
3. je vous souhaite, enfin, d'écrire, à l'avenir, non « un pamphlet contre des savants », mais un véritable « pamphlet savant », qui serait beaucoup plus offensif, contre des savoirs erronés ou infondés, et beaucoup moins agressif, contre des savants qui ont certainement des défauts et des excès, et, possiblement ou probablement, des préjugés, des prénotions, des préventions, en l'occurrence sur ou contre l'islam, mais qui ne sont, dans leur domaine, ni des incultes, ni des ignorants.
B. Quelques remarques sur le fond, ensuite :
1. Je vous ai déjà invité, il y a quelques jours, à distinguer entre islamocritique et islamophobie ; je vous assure que votre ouvrage aurait été plus convaincant, sur le fond, car il aurait été plus nuancé, sur la forme, si vous y aviez fait apparaître une telle distinction : la critique savante du Coran, de Mahomet, de l'islam, dans l'ordre de la foi comme dans celui des moeurs, dès lors qu’elle est effectuée sans malhonnêteté intellectuelle caractérisée, est un droit, et non un tort ; et cette critique n'est pas nécessairement génératrice d'une diabolisation, d'une ringardisation ou d'une stigmatisation des hommes, des femmes, des enfants qui sont musulmans.
2. Encore faut-il, me direz-vous, que cette critique soit effectivement savante ; mais c'est à vous à nous dire, d'une manière plus analytique et moins panoramique, non avant tout en quoi les auteurs que vous citez vous déplaisent, mais avant tout en quoi ces auteurs sont dans l'approximation ou l'inexactitude, l'erreur d'analyse ou d'appréciation, la méconnaissance de telle ou telle distinction, nuance ou précision, voire dans l'ignorance intégrale de telle ou telle question ; je ne dis pas que vous ne le faites pas du tout, mais je dis que vous le faites trop « en surface », et pas assez « en profondeur ».
3. Nous sommes assez nombreux à savoir d'où vient une partie du problème : certains islamologues sont avant tout des philosophes, ou des théologiens, ou des historiens, ou des juristes, ou des conjoncturistes - prospectivistes en géopolitique ; l'islam étant à la fois une réalité multidimensionnelle, multi-régionale, multi-sectorielle, et une donnée passionnelle, une donnée qui attire ou que l’on redoute, ces islamologues sont amenés
- à s'exprimer, en tant qu'enseignants éclaireurs s'adressant à des citoyens qu'ils veulent éclairer,
- à intervenir publiquement, plus ou moins à partir de leur camp de base académique, disciplinaire, ET plus ou moins en direction d'un domaine qu'ils connaissent beaucoup moins…sinon pas du tout.
4. Certains de ces auteurs ne sont pas seulement éclairés, ils sont également alarmés,
- par le conformisme et la démagogie ambiantes,
- au contact de la montée en puissance de l’islam-isme légaliste et du communautarisme identitariste musulman,
- sur les sujets qui sont susceptibles de fâcher les représentants ou responsables des musulmans,
et ils entendent alarmer, à raison ou à tort, les citoyens, en précisant ou en rappelant plusieurs réalités, contrariantes ou dérangeantes, sur l'islam, ce qui ne veut pas nécessairement dire que ces rappels sont effectués contre les musulmans, ni qu’une économie pulsionnelle maladive ou un imaginaire fantasmagorique relevant de la paranoia ou de la paraphrénie les inspire.
5. Vous semblez tenir ces tentatives de clarification, de mise en lumière et en transparence, de ces réalités dissensuelles, pour autant de dispositifs de falsification, d'obscurcissement ou d'opacification ; mais c'est à vous à nous dire que l'islam n'est pas avant tout "l'islam des interdits", mais est, au contraire, avant tout "l'islam des libertés", pour ne prendre qu'un exemple.
6. Par ailleurs, vous semblez considérer qu'il est lamentable que des islamologues catholiques soient, selon moi, islamocritiques, selon vous, islamophobes, alors qu'ils devraient s'aligner et obéir, en quelque sorte, à l'option préférentielle en faveur du dialogue qui est celle de l'Eglise catholique, depuis le Concile Vatican II ; mais c'est oublier un peu vite que cette option préférentielle n'est pas un dogme, et que la formulation de cette position de principe, de cette stratégie globale, telle qu'on la trouve dans ce qui n'est qu'une déclaration "pastorale", Nostra Aetate, est subordonnée à ce que l'on trouve dans ce qui est une constitution "dogmatique," Lumen Gentium, notamment au n° 17 de LG, ce que même des catholiques ne savent pas.
C. J’en viens à quelques remarques quasiment conclusives.
1. Quand je dis que les chrétiens et les musulmans ont à la fois le même Dieu et pas du tout le même Dieu, je dis simplement ceci :
- d’un point de vue "métaphysique", il n’y a qu’un seul Dieu, créateur de l’univers, et commun à toutes les créatures qui vivent sur terre ; en ce sens, mais seulement en ce sens, nous avons le même Dieu ;
- d’un point de vue "théologique", il y a
- la manière de se représenter Dieu qui est propre aux chrétiens, en général, aux catholiques, en particulier, et qui découle d’une auto-manifestation divine surnaturelle et théologale
- la manière de se représenter Dieu qui est propre aux musulmans, en général, à tels ou tels, en particulier, qui comporte, d’un point de vue catholique, plusieurs éléments de vérité, mais aussi plusieurs erreurs, et qui ne découle pas, d’un point de vue catholique, d’une auto-manifestation divine surnaturelle et théologale.
Même l’Eglise catholique chronologiquement "post-conciliaire" ne dit pas autre chose, dans la déclaration Dominus Iesus, même si elle dit, en quelque sorte, en se tenant "sur la pointe des pieds" et en chuchotant "dans le creux de l'oreille".
2. Vous ne pouvez ignorer le problème linguistique, ou la question linguistique, qui fait, par exemple, qu’il existe certainement des islamologues qui ne sont pas assez, pas beaucoup, voire pas du tout, arabisants ; mais c’est à vous à nous dire quels islamogues, éventuellement islamocritiques, mais certainement pas islamophobes, sont susceptibles de trouver grâce à vos yeux, et de nous faire apprendre ou comprendre des choses, de la manière la plus objective possible, à propos de Mahomet, du Coran, de l’Islam.
3. Comparaison n’est pas raison, mais je vous rappelle qu’il fut un temps, il était quasiment obligatoire d’être (philo)marxiste, et impossible, ou interdit, d’être critique face au marxiste, au point que, si l’on émettait ou formulait une critique, l’on se faisait aussitôt traiter « d’anti-marxiste primaire » ; des hommes et des femmes qui connaissaient et comprenaient l’allemand, qui connaissaient et comprenaient Marx, Engels, et le marxisme, parfois bien mieux que bien des (philo)marxistes auto-proclamés, ont été des clarificateurs, dans la mesure où ils ont montré, à ceux de leurs collègues qui ont bien voulu les lire, à leurs étudiants, et aux citoyens, les points forts, car il y en a, mais aussi et surtout les points faibles, car il y en a, du marxisme.
4. Accepteriez-vous que des islamologues islamocritiques adoptent à l’égard de Mahomet, du Coran, de l’Islam, un positionnement critique, à la fois éclairé et éclairant, et non pas aveuglé ni aveuglant, comparable au positionnement qu’avait, par exemple, Raymond ARON, à l’égard de Marx et du marxisme ?
En ce qui me concerne, j’accepterais sans hésiter un positionnement christianocritique, à condition qu’il soit objectif, le plus possible, et qu’il soit enrichissant et non appauvrissant pour des lecteurs, chrétiens ou non.
Mais vous-même, accepteriez-vous sans hésiter un positionnement islamocritique, qui serait assorti des mêmes conditions, et qui déboucherait sur le même objectif : davantage d’enrichissement objectif que d’appauvrissement partisan ?
Il se fait tard et je me vois dans l’obligation de mettre un terme à ce message ; je vous remercie pour la perche que vous m’avez tendue, en me disant en substance que votre livre était à ma disposition, en amont de toute critique personnelle ; je vous remercie également pour tout l’intérêt que vous voudrez bien accorder à mes remarques, que j’ai voulu extrêmement constructives ; et je vous souhaite une excellente continuation, notamment intellectuelle.
Scrutator.