Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 613359 )La raison profonde de notre crise par Theonas (2011-10-31 09:55:59) 

Nous célébrions hier la fête du Christ Roi. Pie XI, qui a institué cette fête par son encyclique Quas Primas, l’avait à dessein situé avant la fin du temps ordinaire. Malheureusement cette fête a été déplacée au dernier dimanche du temps liturgique pour signifier que le règne du Christ Roi ne viendra qu’à la fin des temps et que sa réalisation, même partielle, n’est pas pour maintenant. Ce que soutenait Pie XI, à savoir que le règne du Christ ne s’exerçait pas seulement sur les personnes mais aussi sur les sociétés, a ainsi été gommé. Ont par conséquent été supprimées de l’hymne des vêpres de cette fête les 3 strophes qui défendaient le règne du Christ sur la société :



Une foule criminelle crie :
“ Nous ne voulons pas que le Christ règne” ;
Mais nous, nous vous acclamons
Comme le Roi suprême de tous.

Que les chefs des nations
Vous honorent d’un culte public ;
Que maîtres et juges vous vénèrent ;
Que les lettres et les arts expriment votre royauté.

Que les insignes de la royauté terrestre
Brillent par le fait de vous être soumis et dédiés ;
Soumettez aussi à votre doux sceptre
La patrie et les demeures des citoyens.

Pie XI enseignait conformément à toute la tradition « Ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu’elles soient : il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer de toutes à son gré »(*)

Tous les saints ont soutenu que le rôle du pouvoir temporel était également de servir Dieu et de travailler dans son ordre à la conduite des hommes vers la béatitude.

Saint Grégoire le Grand affirme : « L’autorité suprême a été confiée par Dieu aux empereurs pour qu’ils aident leurs sujets dans la recherche du bien et qu’ils leur ouvrent plus large la voie du ciel, de telle sorte que le royaume terrestre soit au service du royaume céleste»

Saint Jean Chrysostome explique : « Il est des gens grossiers que les vengeances futures impressionnent moins que les rigueurs de ce monde. Dès lors, il mérite à bon droit le titre de ministre de Dieu, le prince qui, par les craintes ou les récompenses, dispose l’esprit des hommes à une plus grande docilité aux enseignements de la vérité»( 23e homélie sur l’épître aux Romains)

Saint Thomas explique dans son traité de politique, le De Regno : « Parce que le but de la vie est la béatitude céleste, le roi a pour devoir de procurer à la multitude une vie bonne et qui permette d’atteindre cette béatitude céleste. »

Impossible donc de soutenir, comme le veulent les catholiques libéraux ralliés à Vatican II, que l’Etat doit être neutre religieusement, que l’évolution du monde suppose un changement de doctrine concernant la vocation de l‘Etat (voire la discussion que j’ai eue avec l’abbé Rimaz à ce sujet). L’Eglise doit en effet ajuster ses rapports avec les différents Etats en fonction des circonstances, mais jamais elle ne peut céder sur les principes. Dans l’ordre normal des choses, l’Etat doit être catholique. Mais au minimum l’Etat doit rendre un culte à Dieu officiel et social pour les raisons que donnent St Paul « La colère de Dieu éclate, du haut du Ciel, contre toute impiété et toute injustice des hommes, qui, par leur injustice, retiennent la vérité captive ; car ce qui est connu de Dieu est manifeste pour eux : Dieu le leur a faut connaître. Car ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du Monde, rendues visibles donc inexcusables puisque, ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâce » (Rm 1,18) Les païens sont inexcusables de ne pas avoir connu et glorifié Dieu. Mais nos Etats modernes le sont encore plus. D’un point de vue purement rationnel, les gouvernements, les Parlements, les Magistrats doivent pratiquer à l’égard de Dieu un culte. Aucun Etat ne peu en être dispenser, aucune société.

La thèse de la neutralité religieuse de l’Etat, promue par Vatican II(**), de la séparation de l’Eglise et de l’Etat est absolument incompatible avec l’usage correct de la simple raison et a fortiori incompatible avec la Révélation.

« Cette thèse est la négation très claire de l’ordre surnaturel. Elle limite en effet l’action de l’État à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n’est que la raison prochaine des sociétés politiques ; et elle ne s’occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière, qui est la béatitude éternelle proposée à l’homme quand cette vie si courte aura pris fin. »(St Pie X, Vehementer nos)

Pie IX, citait saint Augustin pour combattre la liberté de manifester publiquement ses opinions, le dénonçant comme une « liberté de perdition » (Quanta cura). Doctrine élevée au rang de droit naturel par Vatican II,. Il citait aussi saint Léon le Grand :

« S’il est toujours permis aux opinions humaines d’entrer en conflit, il ne manquera jamais d’hommes qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité extrêmement nuisible […]. »

Vatican II a cru pouvoir subvertir cette doctrine avec la notion de droit naturel de la personne humaine à la liberté religieuse, ne saisissant pas que par là était simultanément affirmé que ce droit intemporel n’avait pas été respecté par l’Eglise pendant l’essentiel de l’histoire de l’Eglise. C’était tendre à ses ennemis des verges pour se faire battre. C’est se prosterner devant la franc-maçonnerie. D’où toutes les contorsions de repentance auxquelles se livrent désormais les plus hauts dignitaires de l’Eglise.

« La colère du ciel éclate contre toute impiété », les hommes « sont inexcusables de ne pas avoir connu et glorifié Dieu » disait St Paul. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de notre crise. Cela ne va pas aller en s’améliorant et surtout pas tant que les plus hautes instances de l’Eglise s’acharneront à combattre ce que l’Eglise a toujours fait sienne : la doctrine de la Royauté Sociale de notre Seigneur Jésus Christ.



(*)C’est l’enseignement de Léon XIII dans Immortale dei : « Les hommes unis par les liens d’une société commune ne dépendent pas moins de Dieu que pris isolément. Autant au moins que l’individu, la société doit rendre grâce à Dieu, dont elle tient l’existence […]. C’est pourquoi, de même qu’il n’est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d’embrasser d’esprit et de coeur la religion (non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines et indubitables établissent comme la seule vraie entre toutes), ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n’existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme inutile, ou en admettre une indifféremment selon leur bon plaisir »

(**) En application de Dignitatis humanae la Colombie , à 98 % catholique, sur pression du Vatican, dut changer sa constitution qui ne reconnaissait que la religion catholique. Résultat les sectes pentecôtistes purent déferler, la vraie religion n’étant plus protégée. En Suisse, les canton du Tessin et du Valais( où est situé la statue du Christ Roi illustrant cet article) durent aussi remanier leur constitution sur pression de Rome.

L’article 6 de Dignitatis humanae était aussi en contradiction avec le concordat signé entre l’Eglise et l’Espagne en 1953 puisqu’il déclrait « on n’autorisera pas d’autres cérémonies ni manifestations extérieures que celle de la religion catholique ». Rome obtint dans un premier temps la liberté pour les autres religions puis la suppression de la profession officielle du catholicisme par l’Etat.

ESCHATON
images/icones/fleche2.gif  ( 613460 )La neutralité axiologique pure et parfaite n'existera jamais. par Scrutator Sapientiæ (2011-10-31 19:33:08) 
[en réponse à 613359]

Bonsoir Theonas,

Quand on impose, en apparence, la neutralité axiologique, à l'esprit public et au corps social, on leur impose, en réalité, de se soumettre à une mise en concurrence des différents systèmes de valeurs, mise en concurrence au sein de laquelle tous les coups, juridico-politiques et médiatico-symboliques, sont permis.

Dans ce cadre, ceux qui, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, s'interdisent de demeurer sans réactions, mais s'interdisent également de réagir en recourant à des moyens illégaux et immoraux, auront toujours le plus de mal à se défendre, voire à contre-attaquer, d'une manière offensive, mais pas agressive.

Le congédiement, par l'Eglise elle-même, de la logique de chrétienté institutionnelle, a fait entrer les loups, notamment ceux de l'hédonisme et de l'islam-isme, dans les bergeries que sont les écoles et les familles ; mais on ne reviendra probablement pas en arrière, et ce sera déjà très bien si un nombre croissant d'individus, de parents, d'enfants, parvient à conserver voire à retrouver la fidélité à l'égard de Celui qui est à la fois Amour et Lumière.

Il y a pu y avoir, par le passé, une certaine forme de confusion entre théocratie et théonomie, mais il y a aujourd'hui une toute autre autre confusion, entre athéocratie et anthroponomie.

De même, les confusions contemporaines

- entre volonté de liberté et volonté de licence,

- volonté de vérité et volonté de puissance,

- entre expression authentique et transgression symbolique,

aboutissent exactement aux productions et aux spectacles artistiques qui sont sur le devant de la scène aujourd'hui.

Le plus effarant, je termine ce message sur cette dernière remarque, c'est le fait que l'enjeu surnaturel et théologal par excellence soit si rarement évoqué, y compris dans les médias catholiques officiels : c'est la Vérité divine qui libère la personne humaine ; ce n'est pas la liberté humaine qui se vérifie, par elle-même, en elle-même, pour elle-même, au contact de la diversité d'expériences culturelles et morales, sexuelles et sociales, la plus anarchique et anomique possible : là où il y égarement et enivrement, il ne peut pas y avoir de véritable libération intérieure, sauf, parfois, au terme de ce que l'on pourrait appeler un "voyage au bout de l'ennui."

Bonne soirée et à bientôt, par ailleurs, j'ai apprécié l'une de vos réponses à votre contradicteur, sur le site auquel vous nous renvoyez : d'une manière générale, si on n'est pas d'accord avec tel ou tel auteur dont les écrits, dont les idées, semblent faire autorité, "en terre conciliaire", on doit pouvoir dire à son contradicteur que ce n'est pas par "anti-intellectualisme traditionaliste", mais, bien au contraire, parce que l'on a bel et bien étudié ces écrits et ces idées, et donc parce que l'on connaît et comprend l'essentiel des mérites (car il y en a au moins un peu), mais aussi des limites (car il y en a aussi, et, parfois, beaucoup), de ces écrits et de ces idées.

Scrutator.

P S : lisez ou relisez "l'Empire du moindre mal", de Jean-Claude MICHEA...