Le Forum Catholique
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( 612796 )
Un document du Conseil Pontifical "Justice et paix " : le mondialisme au Vatican? par baudelairec2000 (2011-10-27 18:45:56)
Le document est intitulé "Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d'une autorité publique à compétence universelle". Tout est dans le titre: gouvernance mondiale, développée dans Caritas in veritate, un des passages les moins heureux de l'encyclique de Benoît XVI - la subsidiarité ici a disparu des préoccupations de la commission - banque centrale mondiale. L'Eglise sait décidément coller à l'actualité la plus horizontale qui soit...
c'est ici

( 612866 )
Une autorité politique mondiale par Theonas (2011-10-28 10:27:39)
[en réponse à 612796]
Le concept de « développement intégral de l’homme » est à la base des exhortations de Benoît XVI pour développer une autorité politique mondiale. A bien comprendre
Caritas in veritate, ce serait seulement si cette autorité garantit ce « développement intégral de l’homme « qu’elle serait justifiée. Dernièrement le Conseil Pontifical « Justice et Paix » a également appelé à la constitution d’une autorité politique mondiale et d’une banque mondiale fondées sur le même impératif de « développement intégral de l’homme».
Il existe deux lignes d’interprétation pour apprécier ce concept de « développement intégral de l’homme ». Celle qui défend que c’est par Jésus Christ et son Eglise que ce développement peut être atteint. Auquel cas l’autorité mondiale appelée à favoriser ce développement intégral devrait être ordonnée au magistère et être finalisée par le bien suprême, la vision béatifique, comme la doctrine traditionnelle de l’Eglise sur les rapports entre le temporel et le spirituel le défend. Celle qui défend que « le développement intégral de l’homme» est finalisé par la dignité humaine et que cette autorité politique mondiale doit être neutre religieusement. Cette seconde ligne est celle qui a été vigoureusement défendue par Jean Paul II, notamment lorsqu’il déclarait «
Il y aura la paix dans la mesure où toute l’humanité saura redécouvrir sa vocation originelle à être une unique famille, où la dignité et les droits des personnes – quels que soient leur état, leur race ou leur religion – soient affirmés comme antérieurs et prééminents par rapport à toute différenciation et à toute spécification, »( message du 8 décembre 1999 pour la journée mondiale de la paix.) Ainsi toute vérité dogmatique menace les fondements mêmes de la « civilisation de l’amour » rêvée par Jean Paul II. «
Toute l’activité politique nationale et internationale, (qui) en dernière analyse, vient de « l’homme » s’exerce « par l’homme » et est « pour l’homme »(…)la raison d’être de toute politique est le service de l’homme »( discours du 2 octobre 1979). De ce principe fondamental procède une nouvelle échelle de valeurs par rapport à la doctrine traditionnelle : «
la neutralité idéologique, la dignité de la personne humaine source de droits, l’antériorité de la personne par rapport à la société, le respect des normes juridiques démocratiques consenties, le pluralisme dans l’organisation de la société sont des valeurs irremplaçables sans lesquelles on ne peut construire durablement une maison commune »( 13 janvier 1990)
La « civilisation de l’amour » repose donc chez Jean Paul II sur le principe de dignité humaine absolue qui procède elle-même de la liberté humaine. «
La vraie liberté est la caractéristique saillante de l’humanité : elle est la source dont découle la dignité humaine »( 2 déc 1978 à l’ONU) . Il ordonne certes, comme la tradition, la liberté à la vérité puisque cette liberté fondant la civilisation de l’amour reconnaît «
sa subordination à un ordre transcendant de la vérité et du bien »( discours à L’ONU 5 novembre 1995). Mais lorsqu’il s’agit de préciser de quelle vérité il s’agit, Jean Paul II explique :«
séparée de la vérité de la personne humaine, elle ( la liberté) se dégrade en licence dans la vie individuelle et, dans la vie politique, en arbitraire des plus forts ou en arrogance du pouvoir. C’est pourquoi , loin d’être une limitation ou une menace pour la liberté, la référence à la vérité de l’homme – vérité universellement connaissable par la loi morale inscrite dans le cœur de chacun – est réellement la garantie de l’avenir de la liberté »( Onu 5 novembre 1995) Cette liberté fondatrice de « la civilisation de l’amour » ne connaît donc qu’une seule vérité, la vérité sur l’homme : cet être de dimension transcendante. Or c’est là une vérité amputée du message central du Christ : «
sans moi vous ne pouvez rien », explicité en son temps par St Pie X par sa célèbre formule «
tout instaurer dans le Christ ». Alors que le Christ nous a enseigné que sans lui on ne pouvait rien et qu’il a qualifié d’indignes ceux qui n’ont pas répondu aux noces (Mt 22,8), cette « civilisation de l’amour » a la prétention de s’instaurer en excluant tout dogme et en se fondant sur la vérité d’un concept aussi fumeux que celui de la dignité humaine absolue.
Depuis 40 ans l’Eglise a cru qu’en passant un pacte de non agression avec « le monde » elle pourrait d’autant mieux travailler au salut des âmes. Mais « le monde » n’a jamais respecté ce pacte, le « monde » n’a eu de cesse de poursuivre son programme de mort à l’opposé de la doctrine de l’Eglise et de fomenter des campagnes de terrorisme intellectuel contre l’épouse du Christ. Au sommet de l’Eglise on a cru bon de remanier son discours pour tenter de ne pas heurter « le monde » ; on a cru bon de faire toutes sortes de contorsions sémantiques et mêmes philosophiques pour tenter de ne pas hérisser la doxa ; on a tenté de présenter l’Eglise comme la championne de la dignité humaine et de la liberté. Certes on ne pouvait le faire sans ordonner la liberté à la vérité, cela aurait été trop gros, mais pour éviter que cela heurte nos nouveaux amis, on s’est bien gardé de trop insister sur la dimension théocentrique de cette vérité. On l’a donc édulcoré en « vérité de la personne humaine », en une vérité référée à la seule personne humaine et à son orientation transcendante. Résultat les catholiques se sont retrouvés à devoir donner toujours plus gage d’orthodoxie au « monde » sans que le « monde » ne cesse de leur taper dessus. Au point qu’à son sommet certains se croient obliger maintenant de soutenir la nécessité d’une autorité politique mondiale et d’une banque mondiale. Mais il faudra bien une fois que l’on nous crache le morceau. Est-ce que cette autorité politique mondiale doit être chrétienne, ordonnée au magistère, ou doit-elle être une pure construction prétendument idéologiquement neutre et ordonnée à un « bien intégral de l’homme » qui ne serait pas la béatitude ? Dans la première hypothèse la constitution d’une telle autorité mondiale au nom du « développement intégral de l’homme » est parfaitement légitime et le concept de « développement intégral de l’homme » pertinent, dans la seconde hypothèse ce dernier concept ne sert qu’à enfumer les catholiques, à œuvrer à la constitution d’une autorité politique mondiale qui , comme toute l’histoire de l’après-guerre l’atteste ( et même avant-guerre, si l’on songe à la SDN) continuerait à être sous domination mondialiste et , n’ayons pas peur des mots, sataniste.
ESCHATON

( 612875 )
D'où vient chez Jean-Paul II par le torrentiel (2011-10-28 11:37:41)
[en réponse à 612866]
l'émergence d'une notion telle que "la dignité de la personne humaine", sur laquelle il insiste certes énormément, et qui va de paire avec cette autre phrase, prononcée lors de sa visite au parc des princes, le même jour que sa célèbre question à la France:
"france, fille aînée de l'eglise, mère des arts, des lettres et des lois, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême?"
Jean-Paul II dit un peu plus loin dans le même discours:
"L'homme est la route de l'eglise".
Cette dernière phrase paraît en contradiction manifeste avec la Parole du christ:
"Je suis le Chemin, la vérité et la Vie"
à moins que, par l'homme, Jean-Paul II n'entende l'homme, tel que "le fils de l'Homme" en est le modèle accompli et parfait.
Dans "veritatis splendor", encyclique ô combien étonnante à plus d'un titre, le bienheureux prédécesseur de benoît XVI, tout en subordonnant comme le dit l'article que vous citez la liberté humaine à la vérité divine, bien que l'objet de son encyclique soit moral, veut faire éclater, non pas la splendeur de la Gloire de dieu qui révèle sa vérité, mais la splendeur de la vérité morale des commandements de Dieu pour "le développement intégral" de la personne humaine.
Je repose donc ma question: de quel soubassement philosophique, à quel auteur Jean-Paul II a-t-il emprunté le concept, central dans sa pensée, de "dignité de la personne humaine"?
Certains prêtres auprès desquels je prenais naguère des cours d'apologétique y voyaient un coup de génie, le genre de références auxquelles le monde ne pourrait rien opposer. J'ai quant à moi toujours ressenti un malaise face à la mise en avant de ce concept.
Pour ce qui est de "l'homme, route de l'Eglise", j'aurais tendance à dire a contrario que cela relève du constat anthropologique. Serai-je prêt à suivre Jésus si Son Itinéraire ne faisait écho dans ma vie, ne convergeait avec quelque trait de ma personnalité? Il est vrai que je suis appelé à aller à Jésus, mais je ne suis appelé à Le suivre que parce que d'abord, Il m'a précédé, parce qu'Il m'a aimé le premier, parce que "la sagesse va devant moi dès le matin".
Enfin, quant à l'idée que la société est subordonnée à la personne, je ne suis pas sûr de sa pertinence, mais je dirai que cette idée vient de l'insistance qui est faite par le christianisme sur le salut personnel.
On veut faire son salut personnel alors qu'on passe sa vie à être tourné vers le salut des âmes, donc des autres, par amour de Dieu. Il y a là quelque chose qui me paraît contradictoire.

( 612883 )
Dimanche dernier par PEB (2011-10-28 12:08:39)
[en réponse à 612875]
On lisait:
Quand Moïse transmettait au peuple les lois du Seigneur, il disait : « Tu ne maltraiteras point l'immigré qui réside chez toi, tu ne l'opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte. Vous n'accablerez pas la veuve et l'orphelin. Si tu les accables et qu'ils crient vers moi, j'écouterai leur cri. Ma colère s'enflammera et je vous ferai périr par l'épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n'agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d'intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C'est tout ce qu'il a pour se couvrir ; c'est le manteau dont il s'enveloppe, la seule couverture qu'il ait pour dormir. S'il crie vers moi, je l'écouterai, car moi, je suis compatissant ! »
(Ex 22, 20-26)
La dignité de la personne humaine est donc l'éternelle protection du pauvre, de la veuve et de l'orphelin dont l'Eglise est le garant. La personne humaine est digne car créé et engendré à l'image du Tout-Puissant pour créer et engendrer à son tour.
La notion de droits de l'homme dans le magistère recoupe à peu près la même notion. Ce sont des droits concrets (et non pas abstraits de 1789) qui reposent sur la protection effective des libertés cultuelles, culturelles, familiales, sociales, économiques et politiques de la personne humaine regardée dans sa singularité mais aussi dans son égalité de nature avec sa semblable.
En résumé, c'est la Sainte Famille contre Hérode, c'est l'innocence de Jésus devant Pilate. C'est le Pape face à l'Empereur.
Les aphorismes comme quoi l'homme est la route de l'Eglise doit être lu à l'image de l'incarnation du Fils de l'homme. La vérité de l'homme est donc Jésus-Christ qui nous ouvre le chemin qui nous mène droit vers le Père comme le dit si bien le cantique.

( 612927 )
Une traduction hilarante: les immigrés jusque dans la Bible par baudelairec2000 (2011-10-28 19:07:42)
[en réponse à 612883]
PEB nous propose une traduction originale du livre de l'Exode (22, 20)- je comprends bien que ce n'est pas notre liseur qui l'a inventée:
Tu ne maltraiteras point l'immigré qui réside chez toi, tu ne l'opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Egypte.
Décidément, certains font très fort pour coller à l'actualité, pour donner dans le socialo-sentimentalo-antiracisme, ou quand les hommes d'Eglise encouragent la confusion des valeurs: d'une part, l'accueil et le respect de l'étranger (advena, advenae pour le texte de la Vulgate), rappelés, par exemple, maintes et maintes fois par les conciles et synodes mérovingiens dans la continuité du précepte divin, d'autre part, une soupe humanitaire en faveur de nos frères immigrés. La confusion en effet ne cesse d'être entretenue entre ce qui relève des devoirs de la justice, les préceptes de la loi évangélique, autrement dit ce qui relève de la charité, et les exigences contemporaines de la solidarité.
On l'aura compris, la justice disparue, la charité ne peut plus s'exercer et, par voie de conséquence, la solidarité ou l'humanitarisme, ersatz laïcisé de la charité, n'a plus qu'à s'imposer.

( 612973 )
Cette traduction par PEB (2011-10-29 11:03:17)
[en réponse à 612927]

( 613044 )
Lex orandi, lex credendi par baudelairec2000 (2011-10-29 20:25:07)
[en réponse à 612973]
désolé, c'est du latin.
Pour vous répondre très rapidement, ce texte en français est trop loin du latin et de son contexte. Un immigré n'est pas un étranger comme un autre... Certes, aucune traduction n'est satisfaisante, à commencer par la Vulgate par rapport à des textes plus anciens, mais là, je vous le répète, on prend au mieux les fidèles pour des demeurés, au pire, on ne s'y prendrait pas autrement pour leur faire perdre la foi. Amusez-vous à feuilleter la TOB (traduction oecuménique de la Bible), vous comprendrez.
J'ignorais qu'il existait une Nova Vulgata, habitué que je suis, du fait de mes études et recherches sur le haut Moyen Age, à la Vulgate Clémentine.

( 612937 )
Oui, Peb, mais s'il ne s'agissait que de secourir l'opprimé, par le torrentiel (2011-10-28 21:15:17)
[en réponse à 612883]
"la dignité de la personne humaine" n'aurait pas cet aspect transcendental dans l'expression de Jean-Paul II.
D'autre part, vous n'êtes pas sans savoir que ce même pape a agrégé les droits de l'homme comme codiscile aux commandements de Dieu relatifs à la façon de traiter son prochain.
Je ne dis pas que cela soit un mal, je dis que cela est.

( 612901 )
L'homme est la route de l'Eglise par Ion (2011-10-28 14:18:40)
[en réponse à 612875]
Extraits de Lettre de Jean-Paul II aux familles (1994)
1. La célébration de l'Année de la Famille m'offre l'heureuse occasion de frapper à la porte de votre maison, moi qui voudrais vous saluer avec une grande affection et m'entretenir avec vous. Je le fais par cette Lettre, en prenant pour point de départ l'expression de l'Encyclique Redemptor hominis, que j'ai publiée dès le début de mon ministère de Successeur de Pierre. J'écrivais alors : l'homme est la route de l'Eglise (1).
Par cette expression, je voulais évoquer avant tout les innombrables routes le long desquelles l'homme chemine, et je voulais en même temps souligner le profond désir de l'Eglise de l'accompagner dans cette marche sur les routes de son existence terrestre. L'Eglise prend part aux joies et aux espoirs, aux tristesses et aux angoisses (2) de la marche quotidienne des hommes, dans la conviction intime que c'est le Christ lui-même qui l'a envoyée sur tous ces sentiers : c'est lui qui a confié l'homme à l'Eglise, qui l'a confié comme « route » de sa mission et de son ministère.

( 612907 )
Non ! Jésus-Christ est la route de l'Eglise ! par Jean-Paul PARFU (2011-10-28 15:19:30)
[en réponse à 612901]
C'est d'ailleurs Lui-même qui l'a affirmé : "Je suis le chemin, la vérité et la vie !"
L'humanisme de Jean Paul II, pour ne pas dire l'humanitarisme de Jean Paul II, n'était pas conforme à l'enseignement traditionnel de l'Eglise !

( 612911 )
A l'attention, notamment, de Jean-Paul PARFU : Redemptor Hominis. par Scrutator Sapientiæ (2011-10-28 15:32:25)
[en réponse à 612907]
Bonjour Jean-Paul PARFU,
Voici :
" 13. Le Christ s'est uni à chaque homme
Lorsque, à travers l'expérience de la famille humaine qui augmente continuellement à un rythme accéléré, nous pénétrons le mystère de Jésus-Christ, nous comprenons avec plus de clarté que, au centre de toutes les routes par lesquelles l'Eglise de notre temps doit poursuivre sa marche, conformément aux sages orientations de Paul VI , il y a une route unique: la route expérimentée depuis des siècles et qui est en même temps la route de l'avenir. Le Christ Seigneur a indiqué cette route surtout lorsque, pour reprendre les termes du Concile, «par l'Incarnation le Fils de Dieu s'est uni d'une certaine manière à tout homme» . L'Eglise reconnaît donc son devoir fondamental en agissant de telle sorte que cette union puisse continuellement s'actualiser et se renouveler. L'Eglise désire servir cet objectif unique: que tout homme puisse retrouver le Christ,afin que le Christ puisse parcourir la route de l'existence, en compagnie de chacun, avec la puissance de la vérité sur l'homme et sur le monde contenue dans le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption, avec la puissance de l'amour qui en rayonne. Sur la toile de fond des développements toujours croissants au cours de l'histoire, qui semblent se multiplier de façon particulière à notre époque dans le cercle de divers systèmes, conceptions idéologiques du monde et régimes, Jésus-Christ devient, d'une certaine manière, nouvellement présent, malgré l'apparence de toutes ses absences, malgré toutes les limitations de la présence et de l'activité institutionnelle de l'Eglise. Jésus-Christ devient présent avec la puissance de la vérité et avec l'amour qui se sont exprimés en lui avec une plénitude unique et impossible à répéter, bien que sa vie terrestre ait été brève, et plus brève encore son activité publique.
Jésus-Christ est la route principale de l'Eglise. Lui-même est notre route vers «la maison du Père» , et il est aussi la route pour tout homme. Sur cette route qui conduit du Christ à l'homme, sur cette route où le Christ s'unit à chaque homme, l'Eglise ne peut être arrêtée par personne. Le bien temporel et le bien éternel de l'homme l'exigent. L'Eglise, par respect du Christ et en raison de ce mystère qui constitue la vie de l'Eglise elle-même, ne peut demeurer insensible à tout ce qui sert au vrai bien de l'homme, comme elle ne peut demeurer indifférente à ce qui le menace. Le Concile Vatican II, en divers passages de ses documents, a exprimé cette sollicitude fondamentale de l'Eglise, afin que la vie en ce monde soit «plus conforme à l'éminente dignité de l'homme» à tous points de vue, pour la rendre «toujours plus humaine» . Cette sollicitude est celle du Christ lui-même, le bon Pasteur de tous les hommes. Au nom de cette sollicitude, comme nous le lisons dans la constitution pastorale du Concile, «l'Eglise qui, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d'aucune manière avec la communauté politique et n'est liée à aucun système politique, est à la fois le signe et la sauvegarde du caractère transcendant de la personne humaine» .
Il s'agit donc ici de l'homme dans toute sa vérité, dans sa pleine dimension. Il ne s'agit pas de l'homme «abstrait», mais réel, de l'homme «concret», «historique». Il s'agit de chaque homme, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et Jésus-Christ s'est uni à chacun, pour toujours, à travers ce mystère. Tout homme vient au monde en étant conçu dans le sein de sa mère et en naissant de sa mère, et c'est précisément à cause du mystère de la Rédemption qu'il est confié à la sollicitude de l'Eglise. Cette sollicitude s'étend à l'homme tout entier et est centrée sur lui d'une manière toute particulière. L'objet de cette profonde attention est l'homme dans sa réalité humaine unique et impossible à répéter, dans laquelle demeure intacte l'image et la ressemblance avec Dieu lui-même . C'est ce qu'indique précisément le Concile lorsque, en parlant de cette ressemblance, il rappelle que «l'homme est la seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même» . L'homme, tel qu'il est «voulu» par Dieu, «choisi» par Lui de toute éternité, appelé, destiné à la grâce et à la gloire: voilà ce qu'est «tout» homme, l'homme «le plus concret», «le plus réel»; c'est cela, l'homme dans toute la plénitude du mystère dont il est devenu participant en Jésus-Christ et dont devient participant chacun des quatre milliards d'hommes vivant sur notre planète, dès l'instant de sa conception près du coeur de sa mère.
14. Toutes les routes de l'Eglise conduisent a l'homme
L'Eglise ne peut abandonner l'homme, dont le «destin», c'est-à-dire le choix, l'appel, la naissance et la mort, le salut ou la perdition, sont liés d'une manière si étroite et indissoluble au Christ. Et il s'agit bien de chaque homme vivant sur cette planète, sur cette terre que le Créateur a donnée au premier homme, en disant à l'homme et à la femme: «Soumettez-la et dominez-la» . Il s'agit de tout homme, dans toute la réalité absolument unique de son être et de son action, de son intelligence et de sa volonté, de sa conscience et de son coeur. L'homme, dans sa réalité singulière (parce qu'il est une «personne»), a une histoire personnelle de sa vie, et surtout une histoire personnelle de son âme. L'homme, conformément à l'ouverture intérieure de son esprit et aussi aux besoins si nombreux et si divers de son corps, de son existence temporelle, écrit cette histoire personnelle à travers quantité de liens, de contacts, de situations, de structures sociales, qui l'unissent aux autres hommes; et cela, il le fait depuis le premier moment de son existence sur la terre, depuis l'instant de sa conception et de sa naissance. L'homme, dans la pleine vérité de son existence, de son être personnel et en même temps de son être communautaire et social _ dans le cercle de sa famille, à l'intérieur de sociétés et de contextes très divers, dans le cadre de sa nation ou de son peuple (et peut-être plus encore de son clan ou de sa tribu), même dans le cadre de toute l'humanité _, cet homme est la première route que l'Eglise doit parcourir en accomplissant sa mission: il est la première route et la route fondamentale de l'Eglise, route tracée par le Christ lui-même, route qui, de façon immuable, passe par le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption.
C'est cet homme-là, dans toute la vérité de sa vie, dans sa conscience, dans sa continuelle inclination au péché et en même temps dans sa continuelle aspiration à la vérité, au bien, au beau, à la justice, à l'amour, c'est bien cet homme-là que le Concile Vatican II avait devant les yeux lorsque, décrivant sa situation dans le monde contemporain, il allait toujours des éléments extérieurs de cette situation à la vérité immanente de l'humanité: «C'est en l'homme lui-même que de nombreux éléments se combattent. D'une part, comme créature, il fait l'expérience de ses multiples limites; d'autre part, il se sent illimité dans ses désirs et appelé à une vie supérieure. Sollicité de tant de façons, il est sans cesse contraint de choisir et de renoncer. Pire: faible et pécheur, il accomplit souvent ce qu'il ne veut pas et n'accomplit point ce qu'il voudrait. En somme, c'est en lui-même qu'il souffre division, et c'est de là que naissent au sein de la société tant et de si grandes discordes» .
Cet homme est la route de l'Eglise, route qui se déploie, d'une certaine façon, à la base de toutes les routes que l'Eglise doit emprunter, parce que l'homme _ tout homme sans aucune exception _ a été racheté par le Christ, parce que le Christ est en quelque sorte uni à l'homme, à chaque homme sans aucune exception, même si ce dernier n'en est pas conscient: «Le Christ, mort et ressuscité pour tous, offre à l'homme» _ à tout homme et à tous les hommes _ «... lumière et forces pour lui permettre de répondre à sa très haute vocation» .
Cet homme étant donc la route de l'Eglise, route de sa vie et de son expérience quotidiennes, de sa mission et de son labeur, l'Eglise de notre temps doit être, de façon toujours universelle, consciente de la situation de l'homme. Elle doit donc être consciente de ses possibilités, qui se manifestent en prenant toujours une nouvelle orientation; l'Eglise doit être en même temps consciente des menaces qui se présentent à l'homme. Elle doit être consciente pareillement de tout ce qui semble contraire à l'effort visant à rendre «la vie humaine toujours plus humaine» , afin que tout ce qui compose cette vie corresponde à la vraie dignité de l'homme. En un mot, l'Eglise doit être consciente de tout ce qui est contraire à ce processus. "
Apparemment, et au risque d'être des plus schématique, mais je dispose de trop peu de temps pour pouvoir résumer, avec une relative garantie d'exactitude, la dialectique de Jean-Paul II :
Le Christ s'est uni à chaque homme
Or l'homme est la route de l'Eglise
Donc le Christ est la route de l'Eglise
Bonne réception, bonne lecture, bonne fin de journée.
Scrutator.

( 612945 )
"Le Fils de Dieu S'est uni d'une certaine manière à tou homme" par le torrentiel (2011-10-28 22:02:26)
[en réponse à 612911]
L'important, pour une fois, dans cette phrase, c'est peut-être le "d'une certaine manière", non que ce "d'une certaine manière" remplisse un trou dans un moment où, ne sachant trop que dire, on emploierait "d'une certaine manière" comme "quelque part, au niveau du vécu"; mais ici, "d'une certaine manière" me semble bien signifier selon une certaine modalité.
Autrement dit, ce n'est pas le Christ qui serait une fois pour toutes, en tant que chemin, l'ethos de l'homme unipersonnel ou générique.
L'eglise assume la pluralité des personnalités et déclare que "le chemin du christ" est un propre de tout homme.
Et, si l'homme au sens générique peut être considéré comme "la route de l'Eglise", c'est en tant que sa nature, gémissant après la grâce, paramétrée, périmétrée pour celui Dont on ne fait jamais le tour, est par ses aspirations au moins une apologie du kérigme (voir le message que j'ai envoyé hier intitulé: "le je est un moi qui se pense", en réponse à un éclairage que me donnait Jean-Paul Parfu, que j'en remercie encore.
Non, MG, Me Parfu n'est pas qu'un être froid, il a aussi sa profndeur théologique et politique, même s'il faut parfois frapper le rocher de l'avocat pour qu'il se rende!
Merci, Maître, car vous fûtes sans doute l'un de ceux qui m'accueillîtes le mieux lorsque j'arrivai sur le forum.

( 612939 )
Espèce de métonymie par le torrentiel (2011-10-28 21:23:18)
[en réponse à 612901]
L'homme a marché sur des routes, il devient la route de l'Eglise, bizarre, tout ça ne nous dit pas pourquoi.
Sinon que Dieu est devenir et que la vie de l'homme est aventure: l'aventure marche sur des routes, admettons, mais j'extrapole.
Ce qui est très touchant dans la lettre aux familles que vous nous communiquez, c'est la manière dont le pape voudrait frapper à la porte de chacune de nos maisonnées.