Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 611815 )le commentaire de Mgr Pozzo concernant les entretiens avec la FSSPX par jejomau (2011-10-20 07:18:40) 

Le 03 Octobre 2011 , Mgr Pozzo, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei a commenté les pourparlers entre Rome et la FSSPX sur Gloria TV :


La Lettre de Paix Liturgique nous fournit cet entretien accordé en Anglais.


Gloria TV Quelles sont les raisons de l’hostilité de nombreux milieux ecclésiastiques contre une liturgie que l’Église et de si nombreux saints ont célébré pendant une si longue période et qui a été l’instrument d’un développement spectaculaire de l’Église ?

Mgr G Pozzo – C’est une question complexe. Je crois qu’il y a de nombreux facteurs qui interviennent pour comprendre pourquoi cette idée préconçue contre la liturgie de la forme extraordinaire est encore si répandue. Il faut bien avoir présent à l’esprit que, pendant de nombreuses années, aucune formation liturgique véritablement adaptée et complète n’a été proposée dans l’Église catholique. On a voulu introduire un principe de rupture, d’éloignement, de détachement radical entre la réforme liturgique proposée, instaurée, et promulguée par le Pape Paul VI et la liturgie traditionnelle. Or, en réalité, les choses sont bien différentes.
Il est évident qu’il existe une continuité substantielle dans la liturgie, dans l’histoire de la liturgie. Il y a une croissance, un progrès, un renouvellement mais pas une rupture ou une discontinuité.
De fait, cette idée préconçue influe de façon déterminante sur la forma mentis des personnes, des ecclésiastiques comme des fidèles. Il faut parvenir à dépasser ce préjugé. Il faut donner une formation liturgique complète, authentique et bien comprendre, justement, que les livres liturgiques de la réforme de Paul VI sont une chose et que les mises en œuvre qui en ont été faites dans bien des parties du monde catholique en sont une autre.
Dans la pratique, ces mises en œuvre sont d’authentiques abus envers la réforme de Paul VI et contiennent même des erreurs doctrinales qui doivent être corrigées et rejetées. C’est ce que le Saint-Père Benoît XVI a tenu à rappeler encore une fois, à la fin du printemps dernier, lors de son discours à Saint-Anselme [siège de l’Institut liturgique pontifical, NDLR] : les livres liturgiques de la réforme sont une chose mais les mises en œuvre concrètes qui en ont découlé malheureusement en tant d’endroits du monde en sont une autre.
Celles-ci, en effet, ne sont pas cohérentes avec les principes qui avaient été fixés et explicités par Sacrosanctum Concilium elle-même, la Constitution sur la divine liturgie du concile Vatican II.

Gloria TVAvant de faire partie d’Ecclesia Dei, avez-vous eu des expériences personnelles avec la messe traditionnelle ? Comment avez-vous vécu les changements liturgiques dans les années soixante ?

Mgr G Pozzo – Je vois là deux questions.
Pour répondre à la première : avant le Motu Proprio Summorum Pontificum de 2007, je n’ai eu aucun contact avec la célébration de la messe selon l’ancien rite. J’ai commencé à célébrer la messe selon la forme extraordinaire justement avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, qui a permis que cette messe puisse être célébrée sous cette forme.
Comment ai-je vécu les changements dans les années 60 et 70 ? En fait, je dois dire que – conformément à la formation et à la préparation reçues de mes éducateurs au séminaire et, surtout, de mes professeurs de théologie à l’Université Grégorienne – j’ai toujours cherché à comprendre ce que le magistère proposait à travers la lecture de ses textes et non pas à travers ce que les théologiens ou une certaine vulgate catholique attribuait au magistère même. Donc, je n’ai jamais eu de problèmes à accepter la messe de la réforme liturgique de Paul VI mais je me suis rendu compte immédiatement que, à cause de ce grand désordre qui s’est introduit dans l’Église après 1968, celle-ci avait été déformée et était célébrée absolument à l’inverse des intentions profondes du législateur, c’est à dire du Souverain Pontife.
De fait, ce désordre, cet effondrement de la liturgie dont a parlé, dans certains de ses livres et dans certaines de ses publications sur la liturgie, celui qui, à l’époque, était le cardinal Ratzinger, je l’ai expérimenté pour ma part de manière assez directe et j’ai toujours tenu à bien séparer les deux choses : d’une part les rites, les textes du Missel ; de l’autre, la façon dont la liturgie est, ou a été, célébrée en tant de circonstances et de lieux, surtout quand elle l’est sur la base du principe de créativité, une créativité sauvage qui n’a rien à faire avec l’Esprit Saint voire, dirais-je, qui est même exactement le contraire de ce que veut l’Esprit Saint.


Gloria TVPourquoi cela vaut-il la peine de promouvoir la messe traditionnelle ?

Mgr G Pozzo – Parce que, dans l’ancienne messe, sont explicités, mis en évidence, certains aspects fondamentaux de la liturgie qui méritent d’être conservés. Je ne parle pas seulement de la langue latine ou du chant grégorien. Je parle du sens du mystère, du sacré, du sens du sacrifice, de la messe comme sacrifice, de la présence réelle et substantielle du Christ dans l’Eucharistie, et du fait qu’elle offre de grands moments de recueillement intérieur qui sont comme une participation intérieure à la divine liturgie : oui, voilà tous les éléments fondamentaux qui sont particulièrement mis en évidence dans la messe traditionnelle.
Je ne dis pas que ces éléments n’existent pas dans la messe de Paul VI. Je dis qu’ils sont plus largement manifestés dans la forme extraordinaire et que cela peut enrichir également ceux qui célèbrent, ou qui participent, à la messe dans la forme ordinaire.
Rien n’interdit de penser qu’à l’avenir on pourrait arriver à une réunification des deux formes avec des éléments qui s’intègrent les uns aux autres, mais il ne s’agit pas là d’un objectif à atteindre à court terme et certainement pas par une décision prise sur le papier.
Cela demande une maturation de tout le peuple chrétien, afin que tous comprennent les deux formes liturgiques de l’unique rite romain".


On lira avec profit les réflexions de Paix Liturgique :

1 – "Les propos du Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei sont encourageants pour les millions de catholiques à travers le monde qui sont attachés à la forme extraordinaire du rite romain"

2 - "Il est plus intéressant encore de remarquer que c’est pour des raisons théologiques de fond que Mgr Pozzo pense qu’il est important de promouvoir la forme extraordinaire"

3 – "Les propos de Mgr Pozzo nous éclairent également sur la responsabilité colossale de nos pasteurs dans la débâcle liturgique qui dure depuis 40 ans. L’opposition, hier aux célébrations anciennes qui persistaient, aujourd’hui au Motu Proprio de la plupart des évêques de France – opposition plus ou moins franche ou plus ou moins larvée – n’est que la suite logique de décennies de désobéissance liturgique, catéchétique et doctrinale"

4 – "Et pour finir, Mgr Pozzo rêve à un avenir lointain : « Rien n’interdit de penser qu’à l’avenir on pourrait arriver à une réunification des deux formes avec des éléments qui s’intègrent les uns aux autres, mais il ne s’agit pas là d’un objectif à atteindre à court terme et certainement pas par une décision prise sur le papier ».
images/icones/neutre.gif  ( 611816 )merci Monseigneur par Aigle (2011-10-20 07:49:52) 
[en réponse à 611815]

et merci jejomau de nous communiquer ces propos simples et clairs. Je pense que s'ils avaient été tenus il y a 25 ans bien des souffrances auraient été évitées. On ne refait pas l'histoire ...
images/icones/bravo.gif  ( 611847 )les lignes sont-elles en train de bouger ? L'avis de Mgr rey par jejomau (2011-10-20 15:59:26) 
[en réponse à 611815]

à cet égard est interressant. Je le trouve sur ce Lien où Mgr Rey, évêque de Toulon, explique qu'il est "favorable à la prière d'Offertoire traditionnelle dans la forme ordinaire.Il se montre aussi favorable à l'utilisation du Canon romain, au Célébrant tourné vers Dieu à partir de l'Offertoire, à la distribution de la communion sur la langue, et à l'utilisation plus grande du Latin dans la Liturgie."


images/icones/hum2.gif  ( 611877 )les lignes ne bougent pas hélas par Luc Perrin (2011-10-20 19:13:40) 
[en réponse à 611847]

car Mgr Rey est connu pour être un évêque ratzinguérien modèle après avoir montré un admirable dynamisme en termes de nouvelle évangélisation.

Les lignes commenceront à bouger quand le cardinal de Lyon par exemple se risquera à faire des déclarations similaires ou qu'un autre prélat influent au sein de la C.E.F. découvrira les vertus de ce qu'énonce ici avec justesse Mgr Rey, après tant d'autres depuis 20 à 30 ans.

Malheureusement en France, et plus largement en Europe de l'Ouest, les néo-liturges sont bien installés dans leurs tranchées et autre ligne Maginot et aucune offensive n'est venue les débusquer de leur position dominante voire hégémonique.
Je ne vois aucun changement se dessiner en France au sein de l'épiscopat et des organismes de formation du clergé et des laïcs, aucun mouvement en Allemagne, idem en G-B., idem en Belgique, en Suisse, au Portugal, pas non plus d'avancée nette en Italie et à la marge en Espagne ...
L'heure est plutôt aux larmes et aux pleurs devant une Église européenne qui meurt en soins palliatifs qu'aux hourras et aux cris de joie devant un vrai Renouveau qui n'a pas eu lieu depuis 2005.
images/icones/1i.gif  ( 611883 )Si on veut suivre Mgr Rey... par vistemboir2 (2011-10-20 19:44:51) 
[en réponse à 611847]

le plus simple serait de revenir au rite tridentin, car en dehors d'une actualisation du sanctoral et d'une lecture supplémentaire à la messe, il ne reste pas grand'chose à garder de la "réforme-révolution" bugnignesque...
images/icones/neutre.gif  ( 611889 )Mgr Ray par le torrentiel (2011-10-20 20:10:09) 
[en réponse à 611847]

a vraisemblablement lu le livre de l'abbé claude barthes sur "la réforme de la réforme", car il ne fait que reprendre ses cinq points fondamentaux.
images/icones/1a.gif  ( 611918 )En contrepartie... par Nemo (2011-10-20 22:35:18) 
[en réponse à 611847]

J'aime beaucoup le commentaire, je ne sais de qui il est.
Il dit qu'en susbsance Mgr Rey reprendrait volontiers dans la messe réformée des morceaux de la messe traditionnelle mais qu'en contrepartie, il faudrait que la messe traditionnelle adopte un nouveau calendrier, un nouveau lectionnaire etc.

En contrepartie. Mais qui parle de contrepartie ? D'un côté, un bateau qui prend l'eau de toutes parts, un texte qui n'a jamais satisfait personne puisque nul ne l'utilise intégralement, un texte qui sent terriblement les folles années 68.

De l'autre côté, un petit bateau qui vogue gaiement malgré toutes les embûches que lui tendent les conférences épiscopales, et que les jeunes séminaristes regardent avec curiosié et souvent admiration.

Alors pourquoi la grande détresse du premier exigerait des contreparties du second qui est en bonne santé ?

Encore une fois, je connais peu d'usagers du missel traditionnels qui souffrent cruellement de leur calendrier et de la pauvreté du cycle de lecture. En revanche je suis certain que quand on commencera à nous bricoler notre missel, nous commencerons à subir les mêmes malaises qu'éprouvent les réformés.
images/icones/hein.gif  ( 611942 )Sans vouloir défendre par Quaerere Deum (2011-10-21 08:44:27) 
[en réponse à 611918]

le réforme liturgique, j'aimerai savoir quels problèmes poserait l'adoption du nouveau calendrier, s'il vous plait ?
En fin de compte, il ne s'agit que de réaffecter le propre du sanctoral à une autre date sans en modifier le fond.

Il est certain que le bouleversement du calendrier n'était pas justifié mais nous avons un état de fait aujourd'hui où 99% de l'Eglise a adopté ce nouveau calendrier.

Vous allez me dire qu'on pourrait faire l'inverse mais cela ne me semble pas réaliste.
images/icones/neutre.gif  ( 612043 )Que les conciliaires fassent le ménage dans par ptk (2011-10-21 22:22:08) 
[en réponse à 611942]

leur désordre et qu'ils nous laissent en paix!

Qu'ils continuent de bricoler comme ils le font depuis quarante ans leurs liturgies minables.

Qu'ils massacrent à nouveau le Missel nous laissera indifférent; ils l'ont déjà fait, nous en avons souffert puis nous avons considéré que celà ne nous concernait pas.

Nous continuerons désormais.

S'ils modifient en quoi que ce soit la sainte Messe, ce sera leur problème!