Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=610496

( 610496 )
faut-il traduire le "pro multis" ? par jejomau (2011-10-09 16:45:37)
Je me pose cette question d'une manière un peu provocatrice. Le cardinal Francis Arinze souligne que les "
textes en langue vernaculaire approuvés ont véhiculé la traduction interprétative « pour tous », « per tutti », ou par des mots équivalents" en ce qui concerne "
l’expression pro multis dans la formule de la consécration du Précieux Sang pendant la célébration de la Sainte Messe". Voici le
LIEN qui y fait allusion. Il rappelle que "
la formule « pour tous » correspondrait sans aucun doute à une interprétation correcte de l’intention du Seigneur exprimée dans le texte. C’est un dogme de foi que le Christ est mort sur la Croix pour tous les hommes et toutes les femmes (
cf. Jean 11, 52 ; II Cor. 5, 14-15 ; Tite 2, 11 ; I Jean 2, 2)."
Mais le cardinal Arinze reconnaît "
cependant beaucoup d’arguments en faveur d’une traduction plus précise de la formule traditionnelle pro multis ". En particulier que «
pour beaucoup » est une traduction fidèle de pro multis, tandis que « pour tous » est plutôt une explication qui appartient à proprement parler à la catéchèse".
D'où la réflexion qui agite aujourd'hui pour se déterminer dans une traduction éventuellement nouvelle du "
pro multis".
J'en viens à ma réflexion (On y arrive).
Je pense que la messe dite en langue vernaculaire pose un problème qui va bien au-delà de la simple fidélité au texte ou à l'esprit de ce texte. La messe en Latin contient une part de Mystère puisqu'on ne comprend pas tout. Or justement ce Mystère permet à Dieu d'avoir une plus grande latitude pour agir.
Le problème qui survient est donc dû à la langue vernaculaire. En effet,
traduire cette expression pro multis ici revient à déterminer qui peut être sauvé. Traduire en langue vernaculaire,
c'est l'homme qui, par la façon dont il traduit pour se faire comprendre,
décide lui-même la façon dont ses semblables doivent être sauvés. Alors que conserver le texte dans la langue latine laisse Dieu finalement avoir le dernier mot.
Non point que Dieu n'ait pas le dernier mot dans le jugement final qui m'attend. Mais si je traduis "
pro multis" en langue vernaculaire,
j'essaie finalement de camoufler la chose. C'est moi, l'homme, qui décide et qui dit : "
vous serez tous sauvés" ou qui dit "
une partie seulement peut-être sauvé". Soit je rassure tout le monde . Soit j'inquiète" .
Avec le latin, le fidèle ne cherche plus forcément à comprendre les mots du prêtre. Il se remet dans les mains du Seigneur.
Il ne s'inquiète pas de savoir si Dieu le juge, s'il fait partie du "nombre". Il fait ce qu'il a affaire : il est venu pour adorer et rendre Grâces. Point. Il laisse Dieu agir.
C'est là que je vois une très grande supériorité de la messe dite dans une langue sacrée (ici le latin). Dans cet abandon docile à La Volonté de Dieu et surtout dans sa
reconnaissance. Dans la reconnaissance de cette Volonté, cette intervention divine dans ma vie ... et dans le jugement final qui en découlera. Je ne comprends pas tout mais je fais confiance. Je m'abandonne au "
pro multis" dit en Latin comme un enfant qui ne comprend pas tous les mots compliqués de ses parents.. Avec la langue vernaculaire, j'essaie de forcer la volonté divine puisque ma traduction ne sera jamais parfaite mais que j'entends bien quand même la faire admettre à mes semblables.
C'était une petite rélexion en passant par cet après-midi pluvieux .

( 610614 )
Pro omnes par Ewe (2011-10-10 10:57:14)
[en réponse à 610496]
Si on avait voulu dire "pour tous" on aurait écrit pro omnes et non pro multis.
De même si dans le Sanctus on avait voulu dire "Dieu de l'univers" on aurait écrit Deus universi et non Deus Sabbaoth (terme hébreu qu'on n'a pas pu traduire ni en grec ni en latin et qu'on assimile à Dieu des armées célestes).

( 610616 )
Vous voules dire par Jean Ferrand (2011-10-10 11:10:47)
[en réponse à 610614]
Vous voulez dire pro omnibus ? jusqu'à preuve du contraire, pro gouverne l'ablatif...

( 610618 )
Texte d'origine par Thomas (2011-10-10 11:23:33)
[en réponse à 610496]
D'où vient ce « pro multis » ? Qui a énoncé cette formulation ?
Est-ce repris d'un texte des évangiles ? Si oui, dans quelle langue a-t-il été écrit ?
Si je pose ces questions, c'est parce que votre réflexion laisse entendre que la formulation latine serait la formulation originelle donnée (ou inspirée) par Dieu.
Mais comme aucun évangile n'a été écrit originellement en latin, mais qu'ils l'ont été probablement soit en grec soit en araméen, ce « pro multis » latin est, me semble-t-il, déjà une traduction.
Ainsi, il y a déjà intervention de l'homme dans la formulation latine.
Du coup, j'ai du mal à adhérer à votre réflexion, sans la trouver inintéressante pour autant.
Thomas

( 610628 )
le cardinal Arinze par jejomau (2011-10-10 11:58:58)
[en réponse à 610618]
souligne que le "pro multis" traduit par « pour beaucoup » est une traduction fidèle ...., tandis que « pour tous » est plutôt une explication qui appartient à proprement parler à la catéchèse". Et que par ailleurs cette dernière formulation "correspondrait sans aucun doute à une interprétation correcte de l’intention du Seigneur exprimée dans le texte "
Si je le suis bien, il sous-tend l'idée que la messe en langue vernaculaire n'est pas traduite originellement avec un sens fidèle MAIS qu'elle correspond mieux cependant à l'idée que veut transmettre le Christ... dans le but de mieux catéchiser.
Paradoxal , non ?
Ce paradoxe est évidemmment inexistant en utilisant une langue sacré puisque la catéchèse ... par la compréhension.. n'a pas lieu. La catéchèse se fait par la Liturgie et ses symboles. La raison de l'homme( celle qui travaille les traductions pour se faire comprendre; celle qui cherche à savoir s'il faut "traduire "fidèlement le mot utilisé par le Christ ou s'il faut "traduire" le sens du message) fait donc place à la Volonté de Dieu de manière beaucoip plus explicite en exigeant de l'homme qu'il cesse de chercher ce que Dieu a dit ou pas dit ou mal dit ou bien dit, etc... en s'abandonnant plutôt à Son Jugement..... plutot que de chercher à deviner celui-ci.
Je souligne et je répète que j'utilise bien les mots "langue sacré" plutôt que "latin" puisque, en effet, on peut penser que le Latin ne reflète déjà plus les mots très exacts utilisés par le Christ prononcés dans une autre langue...

( 610634 )
discours curial emberlificoté ... par Luc Perrin (2011-10-10 12:17:49)
[en réponse à 610628]
Le cardinal Arinze devait justifier un point fâcheux : une traduction manifestement fautive d'un côté, approuvée de l'autre tant par les instances épiscopales locales responsables que par ... ses prédécesseurs à la Congrégation pour le Culte divin qui ont donné, sans sourciller, la recognitio romaine à ces errements.
En gros comment ne pas dire que l'on a induit en erreur pendant 40 ans les fidèles de la plupart des pays au monde par incurie, c'est le cas de le dire, à l'époque anarchique des années 1960 et 1970.
J'avais noté cela en 2006 et déduit que précisément, les nombreuses faiblesses du Novus Ordo relèvent aussi du même processus de correction nécessaire, dans le missel latin typique cette fois. Je ne sais si l'enrobage "catéchétique" pourra être récupéré pour tenter, sans convaincre, de sauver la face.
Rome a, pour le moment, reculé devant cette tâche pourtant si pastoralement actuelle et pressante.

( 610639 )
Le latin "pro multis" par Yves Daoudal (2011-10-10 12:51:04)
[en réponse à 610618]
traduit exactement le "péri pollon" du grec qui sont les mots de Jésus lui-même lors de la Cène (ceci est mon sang, le sang de l'alliance nouvelle, répandu "pour beaucoup"). Or ce sang est répandu pour tous les hommes, puisque Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Il semble qu'il s'agisse d'un hébraïsme (ou d'un "araméisme") et que "beaucoup", ici, veuille dire "pour beaucoup beaucoup beaucoup et bien plus que vous ne pouvez le penser, pour infiniment plus que les sacrifices de l'ancienne Alliance, pour bien plus que tous si c'était possible, car mon sang peut racheter des âmes littéralement innombrables".
Et je suis bien d'accord avec jejomau dans sa note initiale.

( 610640 )
Concis par Thomas (2011-10-10 12:58:28)
[en réponse à 610639]
traduit exactement le "péri pollon" du grec [qui] ici, [veut] dire "pour beaucoup beaucoup beaucoup et bien plus que vous ne pouvez le penser, pour infiniment plus que les sacrifices de l'ancienne Alliance, pour bien plus que tous si c'était possible, car mon sang peut racheter des âmes littéralement innombrables".
Y'a pas à dire, c'est concis, le grec...
Thomas

( 610652 )
oui par jejomau (2011-10-10 13:57:59)
[en réponse à 610640]
Ci(cé)ron l'a dit : "c'est concis, mais ci pas con" ! (rire)

( 610680 )
concis les Grecs? par blamont (2011-10-10 17:46:45)
[en réponse à 610652]
Oui Sire!
De fait, laconiques, ils parlent encore moins et taillent dans le vif du sujet.

( 610632 )
ce point a été tranché par le Magistère par Luc Perrin (2011-10-10 12:06:46)
[en réponse à 610496]
la traduction ne peut pas être pour tous (for all en anglais) car le problème ne se pose pas dans toutes les langues (en allemand et en italien, au moins, c'est erroné aussi). La nouvelle traduction anglaise corrige cela, il y a de fortes réticences en revanche dans l'espace germanique pour rester en phase avec la version "bisounours" chère aux chrétiens "modernes" de cette vaste région.
Liturgiam authenticam (2001) prescrivait un changement des traductions fautives comme celle-ci. La lettre du 17 octobre 2006 du cardinal Arinze venait rappeler cette obligation, à laquelle continuent de se soustraire, avec une désobéissance flagrante, les Italiens et les pays germaniques notamment.
Il est clair que le "pour tous" préjuge sur la décision divine et constitue une déviance non seulement lexicale - c'est évident- mais potentiellement doctrinale.
Ajoutons que pour une fois, la traduction française est excellente : "pour la multitude" est très proche du latin et ne recouvre pas "pour tous" sans l'exclure entièrement.
Ce point ne fait donc pas débat dans l'espace francophone, à juste titre.
Voici les passages plus importants du texte :
"e. L'expression « pour beaucoup », tout en incluant chaque personne humaine, induit également le fait que le salut n'est pas attribué de façon mécanique, sans une adhésion ou une participation quelconque; au contraire, le croyant est invité à accepter dans la foi le cadeau qui lui est offert et à recevoir la vie surnaturelle qui est donnée à ceux qui participent à ce mystère, le vivant dans leurs vies pour être comptés parmi les "beaucoup" auquel le texte se réfère.
f. En conformité avec l'instruction Liturgiam authenticam, un effort devra être entrepris pour être plus fidèle aux textes latins dans les éditions typiques.
4. Les Conférences épiscopales des pays où la formule « pour tous » ou son équivalent est actuellement en service sont priés pour ces raisons d'entreprendre la formation nécessaire des fidèles sur cette question dans l'année ou dans les deux années à venir pour les préparer à la réception d'une traduction vernaculaire précise de la formule pro multis (par exemple, « pour beaucoup », « per molti », etc.) dans la prochaine traduction du Missel romain que les évêques et le Saint-Siège approuveront pour l'usage dans leur pays.
Avec l'expression de ma profonde estime et de mon profond respect, je reste, Votre Eminence, Votre Excellence,
Fidèlement vôtre dans le Christ,
Francis Card. Arinze, Préfet"

( 610636 )
[réponse] par FilsDeMarie (2011-10-10 12:25:47)
[en réponse à 610632]
Le Christ n'est-Il pas mort "pour tous" ? Son intention n'était-elle pas de sauver toutes les âmes et non "beaucoup" d'âmes" ? Il me semble donc que le sang sacré du Divin Fils offert en sacrifice s'applique pour toutes ses créatures.
Quant à la nouvelle traduction en Anglais du NOM en effet elle change officiellement le "FOR ALL" par "FOR MANY" mais ce changement n'est pas appliqué ! Les réponses des fidèles ont changé dans leur pratique mais les prêtres continuent à employer le "FOR ALL".

( 610638 )
inexact par Luc Perrin (2011-10-10 12:39:00)
[en réponse à 610636]
La nouvelle traduction, qui est bien plus large que ce point, entrera en vigueur le 27 novembre, 1er dimanche de l'Avent .
Dans les missels à disposition de l'église de Norwalk (CT, USA), j'ai pu lire la page introductive annonçant le changement et le fait que les missels nouveaux seront alors mis à disposition des fidèles.
La lettre du Cardinal répond à votre remarque théologique : l'intention générale n'implique pas du tout que les élus soient tous les hommes, moins encore que le salut est automatique. Je vous renvoie au texte que j'ai reproduit.

( 610641 )
[réponse] par FilsDeMarie (2011-10-10 13:03:01)
[en réponse à 610638]
J'habite en Irlande et la nouvelle traduction a déjà été appliquée depuis quelques semaines et ce de manière tout à fait officiel. Le prêtre commence d'ailleurs à utiliser la plupart des "nouveautés" - comme les changements du credo - à l'exception de "FAR ALL".