S. Michel Archange, par Guido Reni (Rome, église des Capucins)
Le 29 Septembre
DÉDICACE DE
S. MICHEL ARCHANGE
N.B.: La Dédicace de la basilique S. Michel sur la voie Salaria, au V° siècle, est rappelée le 29 Septembre dans le
Martyrologe hiéronymien.
Du rite de double de 2° classe lors de la réforme de saint Pie X, la fête fut élevée au rite de double de 1° classe en même temps que celle de saint Joseph en 1917 (décret de la S. C. des Rites du 12 déc.:
AAS 10 [1918], p. 26-27), ce qui lui donne la préséance sur le dimanche dans les rubriques de 1960-62.
Lors de la réforme de 1969, elle fut réduite à une fête (équivalent de la 2° classe des Rubriques de 1960-62) et la mention de la dédicace fut supprimée. Au nom de saint Michel furent alors ajoutés ceux de saint Gabriel et Raphaël, qui, depuis 1921, étaient fêtés respectivement le 24 mars et le 24 octobre.
A MATINES
Hymne
(Attribué à tort à Raban Maur [† 856] ;
auteur incertain, remonte au moins au X° s..
Texte latin :
PL 112, 1659)
Te, splendor et virtus Patris,
Te vita, Jesu, córdium,
Ab ore qui pendent tuo,
Laudámus inter Angelos.
Ô vous, splendeur et force du Père,
Jésus, vie de nos cœurs,
nous vous louons parmi les Anges
soumis à vos ordres.
Tibi mille densa míllium
Ducum coróna mílitat;
Sed éxplicat victor Crucem
Michael salútis sígnifer.
C’est pour vous qu’elle milite,
cette couronne nombreuse de mille et mille chefs;
victorieux, Michel, le porte-étendard du salut,
déploie l’étendard de la croix.
Dracónis hic dirum caput
In ima pellit tártara,
Ducémque cum rebéllibus
Cælésti ab arce fúlminat.
C’est lui qui précipite au fond des enfers
la tête cruelle du dragon;
le chef avec ses rebelles, il les foudroie
du haut de la citadelle céleste.
Contra ducem supérbiæ
Sequámur hunc nos príncipem,
Ut detur ex Agni throno
Nobis coróna glóriæ.
Contre le prince de l’orgueil,
suivons notre chef,
pour obtenir, du trône de l’Agneau,
la couronne de gloire.
Deo Patri sit glória,
Qui, quos redémit Fílius,
Et Sanctus unxit Spíritus,
Per Angelos custódiat. Amen.
A Dieu le Père soit la gloire;
qu’il garde par ses Anges ceux que le Fils a rachetés,
et que le Saint-Esprit
a consacrés par son onction. Amen.
Premier Nocturne
Du livre du prophète Daniel
Leçon i
(ch. VII, 9-11) Je regardais jusqu’à ce que des trônes furent placés, et un vieillard s’assit; son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête blancs comme une laine pure; son trône comme des flammes de feu; ses roues, un feu brûlant. Un fleuve de feu et rapide sortait de sa face; des milliers de milliers d’Anges le servaient, et dix milliers de centaines de milliers d’Anges assistaient devant lui; le jugement se tint, et des livres furent ouverts. Je regardais à cause de la voix des grandes paroles que cette corne prononçait; et je vis que la bête fut tuée et que son corps périt, et qu’il fut livré pour être brûlé par le feu.
Leçon ii
(ch. X, 4-8) Le vingt-quatrième jour du premier mois, j’étais près du grand fleuve qui est le Tigre. Et je levai mes yeux, et je vis; et voici un homme vêtu de lin, et ses reins ceints d’un or très pur; et son corps était comme une chrysolithe, et sa face comme l’aspect de la foudre, et ses yeux comme une lampe ardente; et ses bras et ses parties basses jusqu’aux pieds, comme une apparence d’airain étincelant, et la voix de ses paroles, comme la voix d’une multitude. Or, moi Daniel, je vis seul la vision, et les hommes qui étaient avec moi ne la virent pas; mais une terreur extraordinaire se saisit d’eux, et ils s’enfuirent dans un lieu caché. Mais moi, étant demeuré seul, je vis cette grande vision; et il ne resta pas en moi de force; mais même mon visage fut changé en moi, et je séchai, et je n’eus aucune force.
Leçon iii
(ch. X, 9-14) Et j’entendis la voix de ses paroles; et, en l’entendant, j’étais couché tout consterné sur ma face, et mon visage était collé à la terre. Et voici qu’une main me toucha, et me dressa sur mes genoux et sur le plat de mes mains. Et la voix me dit: «Daniel, homme de désirs, entends les paroles que je te dis, et tiens-toi sur tes pieds; car je suis maintenant envoyé vers toi.» Et lorsqu’il m’eut dit ces paroles, je me tins debout, tremblant. Et il me dit: «Ne crains pas, Daniel, parce que dès le premier jour où tu as appliqué ton cœur à comprendre, afin de t’affliger en présence de ton Dieu, tes paroles ont été entendues; et je suis venu à cause de tes discours. Or le prince du royaume des Perses m’a résisté durant vingt et un jours: et voilà que Michel, un des premiers princes, est venu à mon secours, et moi, je suis demeuré là près du roi des Perses. Mais je suis venu afin de t’apprendre ce qui doit arriver à ton peuple dans les derniers jours, parce que la vision est encore pour ces jours.»
Cathédrale de Reims, ange au sourire
Second Nocturne
Sermon de saint Grégoire, pape
(
Homélies sur les Évangiles 34, 7.8-9.
Texte latin et autre trad. française:
SC 522, 334-341)
Leçon iv
Nous disons qu’il y a neuf ordres d’Anges. En effet, nous savons positivement par le témoignage de la sainte Écriture, qu’il y a: des Anges, des Archanges, des Vertus, des Puissances, des Principautés, des Dominations, des Trônes, des Chérubins et des Séraphins. Qu’il y ait des Anges et des Archanges, presque toutes les pages sacrées l’attestent; quant aux Chérubins et aux Séraphins, il en est souvent question, comme on le sait, au livre des Prophètes. De plus, l’Apôtre saint Paul énumère les noms de quatre ordres dans ce passage de son Épître aux Éphésiens: «Au-dessus de toute Principauté, de toute Puissance, de toute Vertu, de toute Domination» (
Col 1, 16). Il dit encore en écrivant aux Colossiens: «Soit les Trônes, soit les Puissances, soit les Principautés, soit les Dominations» (
Col 1, 16). En joignant donc les Trônes aux quatre ordres dont il a parlé aux Éphésiens, on a cinq ordres; et si l’on y ajoute les Anges et les Archanges, les Chérubins et les Séraphins, on trouve qu’il existe réellement neuf ordres d’Anges.
Leçon v
Or, il faut savoir que cette dénomination d’Anges désigne leur fonction et non leur nature; car si ces bienheureux esprits de la céleste patrie sont toujours des esprits, ils ne peuvent pas toujours être appelés des Anges; ils sont Anges seulement lorsqu’ils annoncent quelque chose. C’est pour cela qu’un Psaume dit en parlant de Dieu: «Lui qui, des esprits, fait ses Anges» (
Ps 103, 4). Comme s’il disait explicitement: ceux qu’il a toujours comme esprits, il en fait ses Anges quand il veut. Or, ceux qui portent les messages les moins importants sont appelés simplement du nom d’Anges, et on nomme Archanges ceux qui annoncent les plus grands mystères. Et voilà pourquoi ce n’est pas un Ange quelconque, mais bien l’Archange Gabriel, que Dieu envoya à la Vierge Marie (cf.
Lc 1, 26). Comme il s’agissait du plus grand de tous les messages, il convenait que le plus grand des Anges remplît ce ministère. En outre, ces Archanges reçoivent des noms particuliers, qui expriment les effets de leur opération. Ainsi Michel signifie: Qui est semblable à Dieu? Gabriel, Force de Dieu; Raphaël, Remède de Dieu.
Leçon vi
Toutes les fois qu’il s’agit d’une chose où il faut une puissance extraordinaire, c’est Michel que l’Écriture cite comme envoyé, afin que son nom aussi bien que l’acte même, donne à comprendre que nul ne peut faire ce que Dieu fait par son incomparable puissance. Aussi l’antique ennemi qui disait, dans son orgueilleuse ambition de s’égaler à Dieu: «Je monterai jusqu’aux cieux, j’élèverai mon trône au-dessus des astres du ciel, je serai semblable au Très-Haut» (
Is 14, 13-14); cet ancien ennemi, dis-je, lorsqu’à la fin du monde il sera laissé dans toute sa force, pour être ensuite écrasé dans l’éternel supplice, est-il mentionné comme devant combattre contre l’Archange Michel, d’après cette parole de saint Jean: «Et un combat s’est engagé avec l’Archange Michel» (
Ap 12, 7). De même, l’Archange envoyé à Marie, c’est Gabriel, dont le nom signifie: Force de Dieu. Il venait effectivement annoncer celui qui, pour faire sentir sa force aux puissances de l’air, a daigné paraître dans l’humiliation. Enfin, comme nous avons dit plus haut, Raphaël signifie: Remède de Dieu; et en effet, cet Archange, en touchant les yeux de Tobie comme pour le guérir, dissipa les ténèbres de sa cécité (cf.
Tb 11, 7-8).
Mont Gargan (Italie), intérieur du sanctuaire S.-Michel
Troisième Nocturne
Lecture du saint Évangile selon s. Matthieu
(ch. XVIII, 1-10. Version du
Lectionnaire de 1964-65)
Leçon vii
En ce temps-là,
les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent:
«Qui donc est le plus grand
dans le Royaume des Cieux?»
Alors Jésus appela un petit enfant;
il le plaça au milieu d’eux,
et il dit:
«En vérité, je vous le dis,
si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants,
vous n’entrerez point dans le Royaume des Cieux.
Mais quiconque se fait petit comme cet enfant,
celui-là est le plus grand dans le Royaume des Cieux.
Et qui reçoit en mon nom un enfant comme celui-là,
c’est moi qu’il reçoit.
Mais celui qui scandalise
un de ces petits qui croient en moi,
mieux vaudrait pour lui
qu’on lui suspende au cou une meule de moulin,
et qu’on le précipite en pleine mer.
Malheur au monde pour les scandales!
Car il arrive forcément des scandales,
mais malheur à l’homme
par qui le scandale arrive!
Si ta main ou ton pied sont pour toi
une cause de scandale,
coupe-les et jette-les loin de toi;
mieux vaut pour toi entrer dans la Vie manchot ou boiteux
qu’être jeté avec tes deux mains et tes deux pieds
dans le feu éternel.
Et si ton œil est pour toi une cause de scandale,
arrache-le et jette-le loin de toi;
mieux vaut pour toi entrer borgne dans la Vie
qu’être jeté avec tes deux yeux
dans la géhenne de feu.
Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits,
car, je vous le dis, leurs anges dans les Cieux
voient sans cesse la face de mon Père
qui est aux Cieux.»
Homélie de saint Jérôme, prêtre
(
Commentaire sur saint Matthieu 18, 1.8-9.10-11.
Texte latin et autre trad. française:
SC 259, 46-49.52-55)
Le statère vient d’être trouvé et le tribut payé, pourquoi cette question inopinée des Apôtres: «Qui, pensez-vous, est le plus grand dans le royaume des cieux?» Parce qu’ils avaient vu payer un même tribut pour Pierre et le Seigneur, de cette égalité dans le prix, ils concluaient que Pierre était élevé au-dessus de tous les Apôtres, lui qui, pour la reddition du tribut, semblait être comparé au Seigneur; et voilà pourquoi ils demandent: «Qui est le plus grand dans le royaume des cieux?» Jésus, connaissant leurs pensées et discernant la cause de leur méprise, veut guérir en eux le désir de la gloire, en leur inspirant une généreuse émulation pour l’humilité.
Leçon viii
«Si donc ta main ou ton pied te scandalise, coupe-le et jette-le loin de toi.» Il faut, à-la vérité, que les scandales arrivent; cependant, malheur à l’homme qui, par sa faute, est la cause de ce qui ne peut manquer de se produire dans le monde. En conséquence, toute affection est à briser, toute parenté est à rompre, quand il y a lieu de craindre que les croyants, dans leurs rapports de piété filiale ou de fidélité, ne soient exposés à des scandales. S’il y a quelqu’un, semble dire le Sauveur, qui vous soit aussi étroitement uni que la main, le pied, ou l’œil est uni au corps; quelqu’un qui vous soit utile et dévoué, qui mette à votre service sa clairvoyance et sa pénétration, mais qui vous soit en même temps un sujet de scandale, et qui, par l’opposition des mœurs, vous entraîne dans l’enfer, il vaut mieux vous priver de son intimité et des avantages temporels qui en résultent, de peur qu’en voulant gagner vos proches et vos amis, vous n’ayez auprès d’eux des occasions de vous perdre.
Leçon ix
«Je vous dis que leurs Anges voient sans cesse, dans le ciel, la face de mon Père.» Plus haut, sous l’image de la main, du pied et de l’œil dont il faut se défaire, il avait dit qu’on doit se séparer des parents et des amis, qui peuvent être des sujets de scandale Voici maintenant qu’il tempère la rigueur de ce principe, par cette recommandation qu’il ajoute à la suite. «Prenez garde de mépriser un seul de ces petits.» Comme s’il disait: Je ne commande pas la sévérité de conduite, sans apprendre en même temps qu’il y faut mêler de la douceur: «Car leurs Anges voient sans cesse, dans les deux, la face du Père.» Grandeur et dignité des âmes, en ce que chacun des hommes a, dès le moment de sa naissance, un Ange préposé à sa garde. Aussi lisons-nous dans l’Apocalypse de saint Jean: «Écris ceci à l’Ange d’Éphèse, et aux Anges des autres Églises» (
Ap 2, 1). Comme aussi l’Apôtre veut que, dans les églises, les femmes aient la tête voilée, à cause des Anges (cf.
1 Co 11, 10).
A LAUDES
Hymne
(Auteur inconnu. Remonte au moins au X° s.
Texte latin :
PL 112, 1659)
Christe, sanctórum decus Angelórum,
Rector humáni géneris et auctor :
Nobis ætérnum tríbue benígnus
Scándere cælum.
O Christ, la gloire des saints Anges,
Providence du genre humain par vous créé;
Que votre bonté daigne nous élever
Aux cieux éternels.
Angelum pacis Míchael ad istam
Cǽlitus mitti rogitámus aulam,
Nobis ut crebro veniénte crescant
Próspera cuncta.
Que l’Ange de la paix, Michel, vienne du ciel,
Nous vous en prions, dans cette demeure,
Afin que sa venue fréquente nous procure
Toute prospérité.
Angelus fortis Gábriel, ut hostem
Pellat antíquum, vólitet ab alto,
Sǽpius templum véniens ad istud
Visere nostrum.
Que Gabriel, l’Ange de force, pour chasser
L’antique ennemi, du ciel prenne son vol
Et souvent visite ce temple,
Où nous sommes réunis.
Angelum nobis médicum salútis
Mitte de cælis Ráphael, ut omnes
Sanet ægrótos paritérque nostros
Dirigat actus.
Envoyez-nous du ciel l’angélique médecin
Raphaël, afin qu’il guérisse
Tous les malades, et conduise
Toutes nos démarches.
Hinc, Dei nostri Génitrix María.
Totus et nobis chorus Angelórum
Semper assístat, simul et beáta
Cóncio tota.
Que Marie enfin, Mère de notre Dieu,
Que tous les chœurs des Anges avec elle
Nous assistent sans cesse, et des bienheureux
Toute l’assemblée.
Præstet hoc nobis Déitas beáta
Patris ac Nati, paritérque Sancti
Spíritus, cujus réboat in omni
Glória mundo. Amen.
Exaucez-nous, ô Divinité sainte
Du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint,
Vous dont la gloire retentit
Dans tout l’univers. Ainsi soit-il.
A VÊPRES
Hymne
Tibi, Christe, splendor Patris,
Vita, virtus córdium,
In conspéctu Angelórum
Votis, voce psállimus,
Alternántes concrepándo,
Melos damus vócibus.
O Christ, ô splendeur du Père,
Vie et force de nos âmes,
En la présence des Anges
Nos cœurs et nos voix vous chantent:
Nos voix tour à tour
Font retentir les saintes mélodies.
Collaudámus venerántes
Omnes cæli mílites :
Sed præcípue Primátem
Cæléstis exércitus,
Michaélem in virtúte
Conteréntem zábulum.
Nous célébrons dans nos louanges
Tous les guerriers du ciel,
Mais avant tout le chef suprême
De la céleste milice,
Michel, qui, plein de vaillance,
A terrassé le démon.
Quo custóde procul pelle,
Rex, Christe, piíssime,
Omne nefas inimíci,
Mundo corde et córpore,
Paradíso redde tuo
Nos sola cleméntia.
Par ce protecteur, éloignez de nous,
O Christ, ô Roi de bonté,
Tous les traits de l’ennemi;
Gardez purs nos cœurs et nos corps,
Et ramenez-les à votre paradis
Par le seul bienfait de votre clémence.
Glóriam Patri melódis
Personémus vócibus ;
Glóriam Christo canámus
Glóriam Paráclito,
Qui trinus et unus Deus
Exstat ante sǽcula. Amen.
Chantons gloire au Père
En des accents mélodieux,
Chantons gloire au Christ,
Gloire au Paraclet,
Au Dieu qui vit, un et trine,
Avant tous les siècles.
Ainsi soit-il.