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La conception de Dominique Quinio - La bannière par Scrutator Sapientiæ (2011-09-18 14:33:56)
[en réponse à 608044]
Rebonjour à tous,
Très rapidement, je relève et remarque quelques exemples d'une phraséologie que je suis bien obligé de qualifier de "conciliaire", c'est-à-dire d'horizontaliste et d'humanitariste, dans la mesure où le spécifique de la mentalité conciliaire réside autant dans une horizontalisation de l'examen des questions humaines et de l'exposé des réponses chrétiennes que dans l'élévation du christianisme au rang de religion de l'humanité.
1. "Ce préambule n’a pas été rendu public, il est donc impossible d’en commenter les exigences – même si l’on sait que les questions comme la légitimité du concile Vatican II, la liberté religieuse, l’œcuménisme, la collégialité sont pour le pape non négociables."
Je ne dis pas que c'est faux, je dirais même que c'est probablement vrai, mais pour quelles raisons ces questions qui ont donné lieu, au Concile, à des réponses adogmatiques, et non à des réponses dogmatiques, sont-elles non négociables ?
2. "Toutefois, la formulation du communiqué publié à la sortie de la rencontre est ambiguë, et des inquiétudes subsistent : sont annoncées comme légitimes « des discussions sur des expressions et des formulations présentes dans les textes de Vatican II et du magistère qui a suivi »."
Depuis quand la distinction suivante est-elle ambigue, puisqu'il y a, d'une manière que je trouve assez claire (je cite le texte)
- d'un côté, " certains des principes doctrinaux et des critères d’interprétation de la doctrine catholique nécessaires pour garantir la fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia",
- de l'autre côté, "l’étude et l’explication théologique des expressions ou des formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère qui a suivi" ?
3. "Une solution en forme de concessions, jugeront de nombreux catholiques, oserons-nous écrire « traditionnels », saisis par le découragement car ils ont le sentiment que leurs questions (souvent mises en avant lors des synodes diocésains) rencontrent à Rome des oreilles moins attentives et moins patientes."
Y aurait-il, dans l'Eglise, deux "basismes",
- un basisme conciliaire (dans l'acception évoquée ci-dessus), et non "traditionnel", basisme caractérisé par des questions de fidèles, questions légitimes par principe, même quand elle ne sont pas perçues, à Rome, comme étant respectueuses d'une exigence de "fidélité au Magistère de l’Église et au sentire cum Ecclesia" ?
- un basisme non conciliaire (dans "mon" acception), et non "intégriste", basisme caractérisé par d'autres questions d'autres fidèles, questions légitimes par exception, d'autant plus quand elles ne sont pas a priori compatibles avec "les questions non négociables" ?
4. "Et tous ceux qui sont régulièrement pris à partie par les intégristes – on pense notamment aux évêques français – auraient du mal à comprendre une réintégration sans démarche de repentance."
S'ils obtiennent satisfaction, non pour eux-mêmes, mais pour l'Eglise, les catholiques traditionalistes devront-ils demander pardon d'avoir eu raison de persévérer (malgré bien des persécutions, ringardisations et stigmatisations), non contre l'Eglise ni contre la Foi, mais contre la conception de l'Eglise et de la Foi qui prévaut, dans l'Eglise, depuis un demi-siècle ?
5. "L’incompréhension serait amplifiée par une réaction triomphante des intégristes se félicitant d’avoir ébranlé les murs de Vatican II (on en voit déjà les échos sur certains de leurs sites)."
Les catholiques "conciliaires", dans les années 1960, ont eu le droit de crier "victoire", mais les catholiques traditionalistes, dans les années 2010, n'auront le droit, de toute évidence, qu'à un sourire réprimé et silencieux...
Par ailleurs, il y a là une expression : "les murs de Vatican II" qui fait frémir, ou qui laisse songeur : je croyais qu'il avait été plutôt question, au Concile, de jeter des ponts, notamment, en direction des chrétiens non catholiques et des croyants non chrétiens ; ce n'est pas un peu inquiétant, une stratégie globale, a priori accueillante et bienveillante, qui amène à jeter des ponts, vers l'extérieur, tout en obligeant à dresser des murs, à l'intérieur ?
6. "Il nous faut admettre que les chemins de réconciliation sont étroits et douloureux, qu’ils exigent que chacun se mette en marche pour aller vers l’autre."
Ici je suis plutôt d'accord, mais le défi à relever ne consiste-t-il pas à faire en sorte que les uns et les autres aillent, à nouveau, non seulement les uns vers les autres, mais aussi, ensemble, dans la même direction, avant tout surnaturelle et théologale ?
"Mais le dialogue si longuement engagé ne doit pas occulter bien d’autres défis posés aujourd’hui aux chrétiens, ni faire oublier tous ces « schismes silencieux », le départ de fidèles bousculés, déçus par une Église catholique qui ne leur paraît pas assez accueillante, pas assez aimante, pas assez ouverte."
La question est ici la suivante : qu'est ce que l'Eglise a vocation, elle aussi surnaturelle et théologale, à accueillir et à faire accueillir, à aimer et à faire aimer, et sur quoi l'Eglise a-t-elle vocation à s'ouvrir, et à exhorter les fidèles à s'ouvrir ?
Est-ce avant tout sur la Foi, l'Espérance, et la Charité, sur une exigence de solidarité entre les générations de catholiques, dans l'ordre de la réception et de la transmission de la connaissance et de la mise en oeuvre du Credo, du Notre Père, du Décalogue ?
Ou est-ce avant tout sur ce que j'ai déjà appelé les valeurs ou vertus anthropologales que sont la dignité, la liberté, la responsabilité, la solidarité, valeurs, plutôt que vertus, qui sont certainement légitimes et promouvables, dans leur ordre, mais qui ne disent en rien ce qui constitue le spécifique de l'Eglise et de la Foi catholiques, et qui ne disent pas davantage en quoi l'une et l'autre sont "le sel de la terre" et la "lumière du monde" ?
Bon dimanche à tous, et surtout, précision importante, je n'ai rien contre Dominique Quinio, je ne suis pas en désaccord avec tout ce qui est relevé ici, et il a tout à fait le droit d'employer les mots auxquels il désire recourir, mais j'ai essayé de signaler en quoi la phraséologie qui est la sienne suscite des questions qui demeurent fréquemment sans réponse, à commencer par la question suivante.
Pourquoi donc, par exemple, l'adhésion aux points non négociables que semblent être la liberté religieuse, l’œcuménisme, la collégialité, constitue-t-elle un impératif catégorique plus couramment mis en avant que l'adhésion aux points non négociables que sont vraiment, en première ligne, la Trinité, l'Incarnation et la Rédemption ?
Scrutator.