Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 607014 )Question qui me taraude... par Introibo (2011-09-08 15:45:29) 

Voici une proposition :


Le péché nous sert à nous montrer à quel point nous avons besoin de Dieu.



Qu'en pensez-vous ?

Merci de votre aide parce que ça me trotte dans la tête...
images/icones/neutre.gif  ( 607016 )O felix culpa - à nuancer cependant ! par Meneau (2011-09-08 16:29:42) 
[en réponse à 607014]

Cela ressemble à cette phrase de l'Exultet : "O bienheureuse faute qui nous a valu un tel Rédempteur".

En soi, per se, le péché ne nous sert à rien. Il nous fait un tort immédiat et durable.
Il peut cependant être accessoirement l'occasion de prendre consience de nos faiblesses, de se relever et de prendre conscience de la Miséricorde divine. Toutefois pas sans l'aide de la Grâce de Dieu !

La nuance est donc là : ce n'est pas le péché qui nous sert à quelque chose, c'est la combinaison de ce péché et de la grâce de Dieu. Grâce de laquelle on ne peut pas présumer.

Il ne s'agirait donc pas de pousser l'interprétation de votre phrase jusqu'à dire : puisque j'ai toujours plus besoin de prendre conscience de ma dépendance à l'égard de Dieu, alors je dois pécher toujours plus !

Cordialement
Meneau

images/icones/bravo.gif  ( 607022 )Merci ! par Introibo (2011-09-08 17:23:14) 
[en réponse à 607016]

Je comprends votre distinction, qui est bien expliquée.

Quant à la phrase que je cite, il n'y avait pas mention de la grâce divine, ni avant ni après. C'est pour cela que j'ai du mal à comprendre.

L'interprétation extrême n'est-elle pas un peu luthérienne ?

In Xo.
images/icones/1b.gif  ( 607017 )Je pense ... par Balbula (2011-09-08 16:30:10) 
[en réponse à 607014]

qu'il y a un "nous" de trop :
"Le péché sert à nous montrer à quel point nous avons besoin de Dieu."

Pour la réflexion spirituelle, d'autres seront sans doute plus habiles que moi pour développer leur pensée. Le péché peut effectivement servir à nous inciter à l'humilité et à la contrition.
Union de prières
Balbula
images/icones/5b.gif  ( 607023 )Oups... par Introibo (2011-09-08 17:28:09) 
[en réponse à 607017]

Je vous avoue que je cite de mémoire.... Peut-être qu'on n'a pas dit ce "nous"-là...

Oui,

Le péché peut effectivement servir à nous inciter à l'humilité et à la contrition

mais dire que le péché sert absolument à cela, comme "ma" phrase laisserait penser, ça me semble un peu capillotracté...

Cela me promet encore des bouillonnements dans la cervelle...
images/icones/neutre.gif  ( 607020 )Autre formulation par Babakoto (2011-09-08 17:17:32) 
[en réponse à 607014]

En théorie, tout devrait nous inciter à réaliser à quel point nous avons besoin de Dieu.

Et plus on avance dans la sainteté, et plus on devrait comprendre à quel point on a besoin de Lui.

Du coup, le péché est plutôt un obstacle à cette compréhension. Comme dit Meneau plus haut, c'est la prise de distance par rapport au péché, avec la grâce de Dieu, qui nous fait avancer.

Peut-être que vous devriez formuler votre proposition comme ceci:
"La prise de conscience du péché nous sert à montrer à quel point nous avons besoin de Dieu"

A moins que vous vouliez dire que Dieu permet le mal pour un plus grand bien.

images/icones/bravo.gif  ( 607024 )Oui... par Introibo (2011-09-08 17:31:56) 
[en réponse à 607020]

c'est bien ce que je me suis dit. Car je précise que je ne suis pas l'auteur de cette phrase...

Votre reformulation me plaît davantage, évidemment !

Merci pour votre aide.
images/icones/neutre.gif  ( 607107 )"et que tout contribue par le torrentiel (2011-09-09 18:52:58) 
[en réponse à 607020]

au bien de ceux qui aiment Dieu".


Quant à pécher encore en prétendant donner par là mieux passage à la Grâce de Dieu, l'épître aux romains est formelle : c'est un raisonnement dont la spéciosité tient du sacrilège.


Il n'empêche que le péché a ouvert en nous une blessure qui nous a rendu sensible à notre imperfection.


Cette blessure peut nous mettre sur la voie de la perfection par la sensibilité... à l'Action de notre Rédempteur qui nous renvoie à notre prochain pour ne pas nous aimer nous-mêmes à la manière d'un roc qui n'aurait pas été battu pour en tirer de l'eau.


L'eau qui est tirée du rocher que nous sommes nous fait acquérir "le don des larmes" et transforme notre "coeur de pierre" en "coeur de chair".


La chair, c'est la peau sur les os innervée par le sang. C'est du solide et du liquide.


Si l'on se contentait de jouer sur les mots sans faire égard aux langues (et ce disant, je fais le cuistre, car je ne sais pas après tout si la "chair" du coeur de chair a une désignation linguistique différente de la chair dénoncée par Saint-Paul), la chair n'est pas seulement le contraire de l'Esprit, elle est ce qui permet à l'homme d'avoir un coeur, par cela même qu'elle lui donne des passions, par où il n'agit pas comme un simple automate.


Ce ne sont là que des aperçus pour cerner le Mystère qui ne prétendent pas du tout l'élucider.
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 607028 )Quel péché ? Celui qui nous nourrit en retour ? par Glycéra (2011-09-08 19:09:50) 
[en réponse à 607014]

St François de Sales dit que notre faiblesse est puissante.
La voir permet d'appeler Dieu. D'autant plus qu'on voit notre abjection.
Que celui qui aime Dieu donne, mais que celui qui a besoin de lui dans sa nullité est plus puissant : il oblige Dieu, qui s'y oblige, à venir le sortir de là, à montrer combien Il nous aime.

Maître Eckhart dit de même.
Le pécheur, qui sait qu'il est en train de pêcher, peut être plus proche (plus désireux) de Dieu que le juste qui est incapable de pécher.

La brebis perdue qui a la douce chance de revenir sur les épaules du Berger, le Ciel qui se réjouit plus du retour d'un pécheur que de la non-faute de nombreux justes sont les mêmes exemples.

Dieu a vaincu le monde, Il est au dessus de toutes nos bourdes, qui ne nuisent qu'à nous : Dieu compense notre nocivité d'un surcroît de grâces sur autrui quand on a lésé. Dieu sait le mal qu'Il permet, et celui qu'Il empêche.

La faute est signe d'une tentative d'agir par soi. La non faute est parfois l'incapacité de se bouger. Dieu aime qu'on s'y mette : Il veille avec tendresse sur ceux qui se lèvent : Il déteste les mous tièdasses.


La faute est bonne.
Comme la fausse note d'un jeu de musique : qui ne l'entend pas n'a pas de mesure pour se rapprocher de la justesse harmonieuse.

Pour les saints, la grille "péché" n'est pas celle des commandements du décalogue. Ce n'est pas cette "notation" là est leur dimension. Pour de tels amants de Dieu, l'omission d'une inspiration du Divin Esprit est le décompte, la distance entre Dieu et leur réponse à Son appel d'heure en heure, au long des journées.


L'art d'utiliser ses fautes : c'est encore du St François de Sales.
Et c'est la petitesse de Ste Thérèse, qui sait n'avoir jamais commis de péché mortel, mais qui sait qu'elle est beaucoup trop faible pour aller seule à Dieu. Elle parle ainsi de la richesse des fautes qui convoquent Dieu à la prendre dans les bras.


Il y a d'autres saints textes de même farine : Alphonse de Liguori, Chaminade, et Molinié par exemple.


Glycéra
images/icones/neutre.gif  ( 607108 )Il est vrai que qui n'a besoin de rien n'aime personne par le torrentiel (2011-09-09 18:58:58) 
[en réponse à 607028]

et je crois avoir entendu dire que Saint-François de Sales se confessait tous les jours, car il estimait avoir péché au moins sept fois par jour.
images/icones/neutre.gif  ( 607034 )Réponse. par Véronique (Lala) (2011-09-08 20:16:08) 
[en réponse à 607014]

Le péché nous sert à nous montrer à quel point nous avons besoin de Dieu.

Lorsque nous avons conscience de notre péché, que nous voulons en demander pardon à Dieu, nous nous dirigeons vers sa miséricorde par le sacrement de la réconciliation (Confession).

Cette démarche vient de plusieurs choses :
- Dieu nous met en lumière nos fautes pour nous inviter à ne plus les commettre, à grandir et à devenir meilleurs
- Si nous avons commis un péché, c’est par nos faiblesses
- Au fur et à mesure de l’avancée sur le chemin spirituel, Dieu nous fait prendre conscience de nos faiblesses, ainsi Il nous invite à nous abandonner davantage à sa volonté afin de Le laisser agir seul en nous, pour qu’Il n’y ait plus que Lui en nous (être rempli de Dieu)
- Ainsi, l’âme comprend que sans Dieu elle ne peut rien faire (Jean 15, 5), parce qu’Il la redresse sans cesse.
- Plus l’âme va vers Dieu, plus elle est face à sa pauvreté, sa misère, parce qu’elle a compris que tout vient de Dieu, tout est par Lui et pour Lui.

En deux mots : si nous nous regardons le nombril, nous avançons sans Dieu, nous comptons sur nos propres forces et nous n’arriverons à rien. Mais si au contraire nous usons de la miséricorde de Dieu, c’est parce qu’Il nous met en lumière tous nos péchés, afin de nous redresser, et, plus nous répondons à sa grâce, plus nous avons conscience à quel point nous avons besoin de Lui pour tout souffle de vie qu’Il daigne nous offrir (Job 12, 10), parce qu’à chaque souffle de notre vie, nous devons rechercher Dieu en toutes choses.
Cette dernière phrase peut nous ouvrir à une question : est-ce que Dieu daignera me donner assez de vie pour me confesser de mes fautes ?
En continuant un peu plus loin, on peut penser aux Saints, comme le saint curé d’Ars qui avait peur au moment de sa mort.
Il comptait justement sur Dieu jusqu’au dernier soupir conscient de sa misère à côté de la perfection de Dieu.

Pour avoir connu un saint homme sur terre, il avait également peur parce que si illuminé par Dieu, malgré qu’il ne s’en rendait pas compte, il était persuadé d’être imparfait (péché donc) parce qu’il avait approché de très près la perfection divine.

Oui, le péché nous sert à nous montrer à quel point nous avons besoin de Dieu, parce que Dieu est parfait et que nous ne le sommes pas, mais Il nous invite à le devenir.

Fraternellement
Véronique
images/icones/ancre2.gif  ( 607041 )C'est comme ... par Paterculus (2011-09-08 21:25:37) 
[en réponse à 607014]

C'est comme la crise dans l'Eglise.
Sans moi vous ne pouvez rien faire.
(Oui, je sais c'est un peu hors sujet, mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit.)
Votre dévoué Paterculus
images/icones/croix_byzantine.png  ( 607061 )cela signifierait-il que le péché par blamont (2011-09-09 08:58:55) 
[en réponse à 607041]

originel a été l’œuvre de Dieu afin de nous rendre intrinsèquement liés et dépendants de Lui?
En ce sens, la liberté initiale du Jardin d'Eden serait factice car les dés seraient pipés, Satan étant un séide de Dieu dans une alliance objective et sur le dos de la créature humaine.
Mais comme celle-ci est à l'image de Dieu,comment Dieu pourrait-il se faire du mal en détruisant son œuvre?

Cette sujétion humaine serait-elle alors la preuve de l'amour de Dieu?
On nage dans la contradiction.
images/icones/1n.gif  ( 607066 )Vu comme ça... par Introibo (2011-09-09 09:17:22) 
[en réponse à 607061]

c'est même plus que de la contradiction...

Depuis que cette phrase a été prononcée, j'y pense dans tous les sens et je me demande finalement ce que ça voulait bien dire...
Parce que si satan avait travaillé (!!) dans le sens du projet divin, ça ne tient plus...

Introibo
qui décidément ne comprend rien...
images/icones/neutre.gif  ( 607080 )Sans avoir la réponse à votre question par le torrentiel (2011-09-09 12:28:38) 
[en réponse à 607061]

je sais qu'Olivier Legendre l'a traitée dans un livre intitulée "Le Dieu pervers".


Je n'ai entendu l'auteur qu'interviewé, mais je sais qu'il a réfuté la thèse du titre de son livre.


Bien que cette idée n'ait pas bonne presse aujourd'hui, je crois qu'amour et dépendance sont liés.


Bien que Dieu Soit Autosuffisant en principe (ou que Dieu Seul Suffise, ce qui n'est pas tout à fait la même chose), Dieu et l'homme me paraissent être dans une dépendance réciproque (certes pas du même niveau, qu'il s'agisse de l'homme ou de Dieu.


L'homme ne saurait se sauver sans Dieu et Dieu attend que l'homme vienne à Lui, ce qui rétablit une espèce de relation d'égalité entre l'homme et Dieu, étant sauves la dignité respective du Créateur et de la créature.


Maints Pères de l'Eglise (Saint-Léon le Grand en particulier) ont pensé qu'il était dans la Volonté de Dieu parce que dans Sa Nature, dès l'instant de la Création, de sauver l'homme.


Ce sont des questions très difficiles où l'on sent que nos formulations sont très insatisfaisantes, d'autant plus quand le bagage théologique nous manque pour les pousser aussi loin qu'il faudrait.


Dans le même ordre d'interrogations, je me suis toujouurs demandé comment l'on pouvait conjuguer la Foi en l'amour de Dieu avec l'idée qu'Il nous ait crrés pour Lui.


Car, dans l'amour au sens où nous l'entendons, nous aimons l'autre quand nous savons nous retirer pour qu'il existe, et nous mettons un enfant au monde pour le mettre au large !
images/icones/ancre2.gif  ( 607115 )Le péché originel par Paterculus (2011-09-09 20:45:51) 
[en réponse à 607061]

Le péché originel n'est en rien voulu par Dieu.
Avant leur péché, Adam et Eve étaient dans une radicale dépendance d'amour par rapport à Dieu. Mais dans un tel état, il suffit d'imaginer : "Et que se passerait-il si je sortais de cette dépendance ... ?" pour en sortir effectivement.

Simplement, après la chute, les hommes ont dans la conscience même de leurs péchés un moyen de revenir à Dieu qui peut les libérer du vice.

VdP
images/icones/neutre.gif  ( 607131 )En rien voulu par Dieu, et néanmoins connu par Lui par le torrentiel (2011-09-10 08:03:16) 
[en réponse à 607115]

Saint-Augustin insiste, dans "La cité de Dieu", sur la différence entre la Volonté de Dieu et Son omniscience.


Celle-ci Lui faisait savoir (ou prévoir) de quel côté Ses créatures inclineraient (y compris Satan), sans que cette science certaine de ce que les créatures feraient de leur libre arbitre n'aient fait Dieu renoncer à Son projet de Création.
images/icones/1a.gif  ( 607064 )Finalement.... par Introibo (2011-09-09 09:14:41) 
[en réponse à 607041]

ça se tient...

Merci à vous.

In Xo.