Hier encore, je recevais une autre pétition de l’Institut Civitas appelant à une autre mobilisation contre un autre évènement artistique, « l’honneur du Christ nous y obligeant ». La formule me laisse toujours aussi perplexe. Surtout, on peut craindre que ces mobilisations se multiplient puisque les catholiques adoptent de plus en plus un comportement de minoritaires. Devrons-nous donc entrer dans une concurrence de protestations avec les musulmans extrémistes ? Allons-nous calquer notre comportement sur le leur ? Faire un transfert ? Ou adopter une attitude réellement catholique ? J’ai le sentiment qu’une certaine frange catholique nous conduirait à perdre notre identité catholique dans le but prétendu de la défendre. Or, si pour « défendre le Christ », il faut en oublier l’enseignement, que défendrons-nous, au bout du compte ? Un catholique ne peut pas être un ferment de division, de scandale, et de haine. « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés Fils de Dieu » (Matthieu, 5, 9). Ce n’est pas un chemin moins difficile ni moins exigeant que celui de l’affrontement, au contraire : la riposte est dans notre nature, la paix un peu moins. On me dit souvent que je suis plus exigeant envers les catholiques qu’envers les « profanateurs« . C’est possible, et cela me paraît normal, surtout dans la mesure où ceux qui choisissent l’affrontement dans l’espace public engagent l’Eglise et les catholiques, nombreux, qui suivent un autre chemin, moins bruyant, moins visible. Quel autre chemin ? Être catholique plutôt qu’en revendiquer l’identité, par exemple. On veut être respectés ? C’est par l’exemple qu’on peut l’être, pas parce qu’on l’exigera : « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance »2. Et comme le disait récemment Benoît XVI : « la plus grande persécution contre l’Eglise ne vient pas d’ennemis du dehors, mais elle naît du péché dans l’Eglise, et l’Eglise a donc un profond besoin de ré-apprendre la pénitence, d’accepter la purification, d’apprendre d’une part le pardon mais aussi la nécessité de la justice. » La purification de l’Eglise, notre propre purification personnelle, voilà qui nous laisse déjà un chantier conséquent, jamais achevé, jamais certain, celui de toute une vie. Il me semble qu’il nous revient d’y placer toute notre énergie, et non dans un quelconque affrontement. Et puis tiens, hein, en termes d’efficacité, il est bien possible que l’on y gagne plus de respect et de considération qu’en les exigeant bruyamment.
Même si je suis loin d'être contre des actions chocs commandos qui pourraient s'apparenter à ce que font les intégristes musulmans,
si vous ne protestez pas, vous êtes invisible et du coup vous ne montrez l'exemple à personne.