Le 25 août
S. LOUIS, ROI DE FRANCE,
PATRON DU DIOCÈSE DE VERSAILLES
ET TITULAIRE DE LA CATHÉDRALE
Aux Premières Vêpres et à Matines
(Isaac Habert, év. de Vabres, † 1668)
Rex summe Regum, qui poténti númine,
Quo sunt creáta regna, nutu dívidis,
Dum thure fumant templa, voce pérsonant,
Audi profúsas regis in laudem preces.
Divin Roi des Rois, Toi qui dans ta puissance souveraine
Crées les royaumes et les distribues selon ton gré,
Tandis qu’en tes églises brûle l’encens et résonnent nos voix,
Ecoute les prières que pour ta louange répand le Roi.
Nascens in ipsa Ludovícus púrpura,
Sceptris avítis parvus ádmovet manus;
Piǽque ductu matris, ignárus mali,
Servíre Christo discit ántequam ímperet.
Dès le berceau la pourpre l’entoure,
Sa main d’enfant reçoit le sceptre des aïeux;
Sa sainte mère le conduit hors des sentiers du mal,
Et Louis apprend à servir Dieu avant que de régner.
Iusti sevérus cultor, urbes légibus,
Amóre cives cóntinens, hostes metu;
Pietáte cælum flectit, aras éxcitat;
Déoque templa, tecta nudis érigit.
Plein d’amour pour le bien, il gouverne les cités par ses lois,
Se fait aimer du peuple et craindre de l’ennemi;
Sa piété fléchit le ciel: il dresse des autels,
Elève à Dieu des temples et aux pauvres un abri.
Mox christiáni serus ultor sánguinis,
Eménsus æquor, inque littus bárbarum
Vexílla pandens, urget armis ímpios,
Unóque vitam pro Deo pacíscitur.
Mais bientôt vengeur du sang chrétien,
Il franchit la mer. Sur les rives païennes,
Claquent ses bannières; ses armes harcèlent les impies;
Et pour le Dieu unique, Louis expose sa vie.
Sit Trinitáti sempitérna glória,
Honor, potéstas atque iubilátio,
In unitáte, quæ gubérnans ómnia,
Per cuncta regnat sæculórum sǽcula. Amen.
Gloire éternelle à la Trinité Sainte,
Honneur, puissance, louange
Au Dieu unique qui gouverne l’univers
Et règne pour les siècles des siècles. Amen.
A Matines
Du livre de la Sagesse
Leçon i
(ch. VII, 3-11) A ma naissance j’ai, moi aussi, respiré l’air commun, je suis tombé sur la terre qui nous reçoit tous pareillement, et des pleurs, comme pour tous, furent mon premier cri. J’ai été élevé dans les langes et parmi les soucis. Aucun roi ne connut autre début d’existence; il n’y a pour tous qu’une façon d’entrer dans la vie, comme d’en sortir. C’est pourquoi j’ai prié, et l’intelligence m’a été donnée, j’ai supplié, et l’esprit de Sagesse m’est venu. Je l’ai préférée aux sceptres et aux trônes et j’ai tenu pour rien la richesse auprès d’elle. Je ne lui ai pas comparé la pierre la plus précieuse; car tout l’ardu monde, devant elle, n’est qu’un peu de sable, à côté d’elle, l’argent compte pour de la boue. Plus que santé et beauté je l’ai aimée, je rai préférée à la lumière, car son éclat ne connaît point de repos. Mais avec elle me sont venus tous les biens.
Leçon ii
(ch. VIII, 9-15) Je décidai donc d’en faire la compagne de ma vie, sachant qu’elle serait ma conseillère aux jours heureux, ma consolation dans mes soucis et peines. Grâce à elle, me disais-je, j’aurai renom parmi les foules et, bien que jeune, honneur auprès des vieillards. Au tribunal on me trouvera pénétrant, les visages des princes m’admireront, et les grands, à ma vue, seront émerveillés. Si je me tais, ils resteront dans l’attente, si je parle, ils prêteront l’oreille, si je prolonge mon discours, ils mettront la main sur leur bouche. Par elle, j’obtiendrai l’immortalité et laisserai un souvenir éternel à ceux qui viendront après moi. Je gouvernerai les peuples, et les nations me seront soumises. A mon seul nom, des souverains redoutables auront peur; je me montrerai bon parmi mon peuple et vaillant à la guerre.
Leçon iii
(ch. VIII, 21; IX, 1-6) Mais comprenant que je ne pourrais conquérir la Sagesse que par un don de Dieu, – et c’était déjà de l’intelligence que de savoir d’où venait cette faveur –, je me tournai vers le Seigneur et le priai; je dis de tout mon cœur: «Dieu des Pères, Seigneur de miséricorde, Toi qui, par ta parole, as fait l’univers, Toi qui, par ta Sagesse, as formé l’homme pour dominer sur les créatures sorties de tes mains, pour gouverner le monde en sainteté et justice et exercer l’empire avec une âme droite, donne-moi celle qui partage ton trône, la Sagesse, et ne me rejette pas du nombre de tes enfants. Car je suis ton serviteur et le fils de ta servante, un homme faible et de vie éphémère, incapable de comprendre la justice et les lois. Quelqu’un, en effet, serait-il parfait parmi les enfants des hommes, s’il lui manque la Sagesse qui lui vient de toi, on le comptera pour rien.»
Saint Thibaut de Marly avec saint Louis et Marguerite de Provence (Versailles, chapelle du Petit Trianon)
Au second Nocturne
Leçon iv
Louis IX naquit et fut baptisé à Poissy. A 12 ans, il commença à gouverner le royaume sous la régence pleine de sagesse de sa mère Blanche de Castille. Il s’entoura d’hommes de vertu et de prudence éprouvées, s’adonna tout entier à promouvoir l’amour de Dieu, à faire disparaître totalement le duel et les blasphèmes. Les charges ecclésiastiques ne furent accordées qu’à des hommes de valeur. Il avait un tel sens de la justice que partout où il passait, si quelque dommage avait été causé par son entourage, il ordonnait d’ouvrir une inform’ation et de réparer les torts.
Leçon v
Il avait trente ans, quand il tomba malade à Pontoise, reçut la croix des mains de l’Évêque de Paris et promit d’entreprendre une croisade. Quelques années après, il s’embarqua, entra en triomphe à Damiette. Mais bientôt la peste décima son armée et il fut à son tour vaincu et fait prisonnier. Il demeura environ quatre ans en Syrie, libérant de nombreux chrétiens, s’efforçant de convertir les païens. Pendant ce temps, sa mère mourut. Dès qu’il en reçut la nouvelle, il sejeta à genoux, et au milieu de ses larmes, prononça ces paroles: «Seigneur, tu m’as repris cette mère si tendrement aimée. Tel a été ton bon plaisir. Que le nom du Seigneur soit béni».
Leçon vi
Durant le voyage de retour vers la France, comme l’équipage affirmait que le bâtiment n’offrait plus entière sécurité, le roi refusa d’embarquer sur un autre navire, il craignait que les six cents passagers pris de panique, ne quittassent le bord et demeurassent dans l’île, au risque de ne jamais revenir. Il aimait mieux, disait-il, exposer sous la garde de Dieu, sa vie, que de se mettre à l’abri en imposant à tant d’hommes un tel préjudice. De retour en France, il s’adonna avec beaucoup d’ardeur aux œuvres de charité. Vêtu simplement, il portait souvent le cilice et ses jeûnes étaient fréquents. Il partit de nouveau pour l’Afrique; il avait déjà établi son camp près de Tunis quand il sentit les premières atteintes de la mort. C’est en prononçant ces paroles du psaume «J’irai dans ta maison, j’adorerai dans ton saint temple, et je louerai ton nom, Seigneur», qu’il rendit son âme à Dieu, en l’an 1270.
Reliquaire de la Couronne d’épines, à Notre-Dame de Paris. Saint Louis l’avait ramenée de Villeneuve l’Archevesque (Yonne) à Paris en août 1239.
Au troisième Nocturne
Lecture de l’évangile selon saint Luc
(ch. XIX, 12-26; trad. du
Lectionnaire de 1964-65)
Leçon vii
En ce temps-là,
Jésus dit à ses disciples cette parabole:
«Un homme de haute naissance partit dans un pays lointain
pour y recevoir la royauté et revenir ensuite.
Il appela dix de ses serviteurs, leur donna dix pièces d’or et leur dit:
“Faites-les fructifier, jusqu’à ce que je revienne.”
Mais ses concitoyens le détestaient,
et ils envoyèrent derrière lui une députation pour dire:
“Nous ne voulons pas qu’il soit notre roi.”
Lorsqu’il fut revenu, investi de la royauté,
il fit appeler les serviteurs auxquels il avait confié de l’argent,
pour savoir comment chacun l’avait fait fructifier.
Le premier se présenta et dit :
“Seigneur, ta pièce d’or en a rapporté dix autres.”
Il lui dit:
“Très bien, bon serviteur;
puisque pour une somme minime tu t’es montré fidèle,
reçois le gouvernement de dix villes.”
Le second vint dire:
“Ta pièce d’or, Seigneur, en a rapporté cinq autres.”
Il dit encore à celui-là:
“Toi aussi, gouverne cinq villes.”
Et le suivant vint dire:
“Seigneur, voici ta pièce d’or que j’avais serrée dans un linge.
Car j’avais peur de toi parce que tu es un homme sévère:
tu prends ce que tu n’as pas mis en dépôt,
et tu moissonnes ce que tu n’as pas semé.”
Il lui dit:
“Je te juge sur ta propre parole, mauvais serviteur.
Tu savais que je suis un homme sévère,
prenant ce que je n’ai pas mis en dépôt,
et moissonnant ce que je n’ai pas semé.
Pourquoi donc n’as-tu pas placé mon argent à la banque?
A mon retour je l’aurais retiré avec les intérêts.”
Il dit alors à ceux qui étaient là :
“Enlevez-lui sa pièce d’or, et donnez-la à celui qui en a dix.”
Ils lui dirent:
“Seigneur, il en a dix.”
– Je vous le dis:
tout homme qui a, on lui donnera;
mais celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il a.»
Homélie de saint Augustin, évêque
(
La Cité de Dieu, l. V, c. 24. Texte latin et autre traduction française:
BA 33, 748-751)
Le bonheur des empereurs chrétiens – à notre avis – ne consiste pas à régner longtemps et à laisser après une mort paisible, leur trône à leur fils, ou à vaincre les ennemis de l’État et à réprimer les tentatives de rébellion des mauvais citoyens. Ces biens ou consolations de cette vie misérable et d’autres semblables, des hommes qui adorent les démons et qui n’appartiennent pas au royaume de Dieu, les ont obtenus tout comme des princes chrétiens: c’est là l’effet de la bonté de Dieu qui veut que ceux qui croient en Lui ne désirent pas ces faveurs comme le souverain bien de l’homme.
Leçon viii
Leur bonheur consiste à faire régner la justice, à ne pas s’enivrer des louanges trop flatteuses qu’on leur adresse et du respect trop servile qu’on leur porte; à se souvenir qu’ils sont hommes; à user de leur puissance surtout pour répandre le culte de Dieu; à se faire les serviteurs fidèles de sa divine majesté; à craindre Dieu, à l’adorer; à s’attacher surtout au royaume éternel où aucun rival n’est à craindre; à être lents à punir, prompts à pardonner; à ne châtier que par nécessité, pour le bien de l’État qu’il faut défendre et jamais par désir de vengeance ou par haine; à pardonner, non pour laisser le crime impuni mais dans l’espoir que le coupable s’amendera; à tempérer les rigueurs d’une sévérité qui s’impose par leur douceur et leur bonté; à être d’autant plus maîtres de leurs passions qu’ils jouissent de plus de liberté, à préférer commander à eux-mêmes plutôt qu’à tous les peuples.
Leçon ix
S’ils agissent ainsi ce n’est pas par amour de la vaine gloire mais par attachement au bonheur éternel. Pour leurs péchés, enfin, ils ont à cœur d’offrir au Dieu véritable l’humble sacrifice de la miséricorde et de la prière. Tel est le bonheur des princes chrétiens. Ce bonheur, ils le possèdent maintenant en espérance, mais bientôt ils le posséderont réellement quand notre attente sera comblée.
Statue de saint Louis, par Catherine Cairn, 2005 (cathédrale St-Louis, Versailles)
A Laudes
Jean Santeul, chanoine de S.-Victor (†1697)
Thure nunc fument, resonéntque cantu
Templa: deiécto Lodoícus hoste,
Quærit ætérnas, tibi militándo,
Christe, corónas.
Maintenant tes églises où l’encens se consume, résonnent de louanges, l’ennemi est vaincu
et Louis désire d’immortelles couronnes, en combattant
pour toi, ô Christ.
Hic tuos ardet reparáre cultus;
Hic gregem avúlsum male sacro ovíli
Reddit: hic armis tua christiánis
Sacra tuétur.
Sa ferveur veut restaurer ton culte,
à toi, Divin Pasteur,
il ramène le troupeau que le mal t’a ravi;
et ses armes chrétiennes protègent tes lieux saints.
Béllicæ vixdum memor ille laudis,
Cuncta qui subdis, tibi servit uni:
Imperes unus, satis imperábit,
Te duce, princeps.
Oublieux de sa gloire militaire,
il se livre tout à toi qui soumets toute chose;
Règne, toi seul,
et le roi sera ton légat.
Stat tua fidens ope, fortiórque
Sumit ex ípsis ánimos ruínis ;
Iura dat victus, sedet inter ipsos
Arbiter hostes.
Confiant en ton secours, il se tient assuré, d’une force singulière, il tire son courage du sein de ses revers. Le vaincu dicte sa loi et s’asseoit en arbitre au conseil des vainqueurs.
Summa laus summo super astra Patri:
Fílio compar hómini Deóque;
Nec tibi dispar, utriúsque sacri
Nexus amóris. Amen.
Louange éternelle dans les cieux, au Père tout-puissant.
Louange éternelle au Fils, Dieu fait homme,
Louange éternelle au Lien de leur commun amour. Amen.
A Vêpres
(Isaac Habert, év. de Vabres (†1668)
Te sancte, rursus, Ludovíce, prǽlia
Divína poscunt; tu crucis clavum tenens,
Speíque sacras ánchora fundans rates,
Moves tyránnis bella, Christo mílitas.
De nouveau les combats de Dieu t’appellent,
Tu prends en main le montant de la Croix,
A l’Espérance, tu ancres tes navires,
Soldat du Christ, tu attaques ses ennemis.
Vincis cadéndo: mors tibi victóriam
Aufert et addit: corpus hic palmæ tegunt
Nondum sepúltum: pro triúmpho cǽlitum
Sedes parántur, pro coróna sídera.
Ta mort suit la victoire: elle te la ravit et te l’assure à la fois;
Les palmes, ici-bas, parent ta dépouille avant sa sépulture;
Au ciel, on te prépare un trône triomphal, des astres pour couronne.
Tuus patérnæ rédditus terræ cinis
Regnum tuétur, dum throno præsens Dei
Ætérna regnans pascis inter lília,
Favénsque blando nostra cernis lúmine.
A la terre ancestrale, on rapporte tes cendres, qui gardent le royaume;
Près du trône de Dieu-Roi, parmi les lis, tu règneras sans fin,
Dans l’heureuse lumière, ta bonté voit nos besoins.
Sit Trinitáti sempitérna glória,
Honor, potéstas, atque iubilátio,
In unitáte, quæ, gubérnans ómnia,
Per cuncta regnat sæculórum sǽcula. Amen.
Gloire éternelle à la Trinité Sainte,
Honneur, puissance, louange,
Au Dieu unique qui gouverne l’univers,
Et règne pour les siècles des siècles. Amen.
Versailles, cathédrale Saint-Louis