Le Forum Catholique
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( 605480 )
Plaidoyer en faveur d'une herméneutique interrogative et interpellatrice. par Scrutator Sapientiæ (2011-08-24 09:40:23)
Bonjour à tous,
Dans quatre mois, ce sera le sixième anniversaire du discours du 22 décembre 2005 ; je plaide ici en faveur d'une herméneutique "analytique", interrogative et interpellatrice d'un élément du Concile, la première partie de Dignitatis Humanae, en amont de toute herméneutique "synthétisante", explicitatrice et interprétative de l'ensemble du Concile ; en d'autres termes, et bien que je sois, à titre personnel, partisan de l'herméneutique du renouveau SANS la continuité, je plaide ici en faveur d'une herméneutique qui ne préjuge pas à l'avance de son propre résultat, et qui est à la recherche, non polémique, des limites ET des mérites d'un élément du Concile.
Il me semble que cette approche interrogative et interpellatrice permet de s'approprier la théorie et le bien-fondé, mais aussi les apories et les impensés de DH, en amont de toute appréciation englobante, en positif ou en négatif ; au contact de chaque phrase de DH, il est en effet possible de se dire : pourquoi pas (le) dire (comme) cela ?, mais aussi : pourquoi (le) dire (comme) cela?, et encore : pourquoi ne pas (le) dire aussi (comme) cela ? ; si l'on préfère, je ne mets pas en cause l'existence effective, mais l'évidence apparente du texte, car je pars du principe que rien ne va de soi, surtout au contact de ce qui n'est qu'une déclaration adogmatique, et non une constitution dogmatique.
"1. La dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive (pourquoi et comment ?) ; toujours plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options (d’une manière inerrante ?) et en toute libre responsabilité (définie par quelle entité ou instance ?) ; non pas sous la pression d’une contrainte (juridico-politique ?) (ni sous la pression d’une emprise médiatico-symbolique ?), mais guidé par la conscience de son devoir (d’une manière infaillible ?).
De même requièrent-ils que soit juridiquement délimité l’exercice de l’autorité des pouvoirs publics, afin que le champ d’une honorable liberté (honorable du point de vue de qui ?), qu’il s’agisse des personnes ou des associations, ne soit pas trop étroitement circonscrit (trop étroitement du point de vue de qui ?).
Cette exigence de liberté (avec ou sans confusions, entre volonté de liberté, et volonté de licence, ou volonté de puissance ?) dans la société humaine regarde principalement les biens spirituels (lesquels ?) de l’homme, et, au premier chef, ce qui concerne le libre exercice de la religion (laquelle ?) dans la société.
Considérant avec diligence ces aspirations dans le but de déclarer à quel point elles sont conformes à la vérité et à la justice (mais aussi à quel point elles peuvent être ou risquent d'être contraires à la vérité et à la justice ?), ce saint Concile du Vatican scrute la sainte tradition et la doctrine de l’Église d’où il tire du neuf en constant accord avec le vieux.
C’est pourquoi, tout d’abord, le saint Concile déclare que Dieu a lui-même fait connaître au genre humain (pourquoi et comment ?) la voie par laquelle, en le servant, les hommes peuvent obtenir le salut et le bonheur dans le Christ.
Cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique à laquelle le Seigneur Jésus a confié le mandat de la faire connaître à tous les hommes, lorsqu’il dit aux Apôtres : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20).
Tous les hommes, d’autre part, sont tenus (par qui et pourquoi ?) de chercher la vérité, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ; et, quand ils l’ont connue, de l’embrasser et de lui être fidèles.
(Mais tous les hommes, de par ce fait, ne sont-ils pas également tenus d’éviter, de refuser, de rejeter l’erreur, surtout en ce qui concerne Dieu et son Église ? Et, quand ils l’ont connue, de l’abandonner, en s’en affranchissant, sous la conduite, notamment, de leur liberté, mais en direction de la vérité ?)
De même encore, le saint Concile déclare que ces devoirs concernent la conscience de l’homme (notamment ou seulement ?) et l’obligent (à quoi et en quoi ?), et que la vérité (laquelle ?) ne s’impose que par la force (naturelle ou surnaturelle ?) de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance.
Or, puisque la liberté religieuse, que revendique l’homme dans l’accomplissement de son devoir (lequel ?) de rendre un culte (lequel ?) à Dieu, concerne (notamment ou seulement ?) l’exemption de contrainte (mais pas l’exemption d’emprise ?) dans la société civile, elle ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle au sujet du devoir moral de l’homme et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ.
En outre, en traitant de cette liberté religieuse, le saint Concile entend développer la doctrine des Souverains Pontifes les plus récents sur les droits inviolables de la personne humaine (droits inviolables = personne infaillible ?) et l’ordre juridique de la société.
2. Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse.
(Mais le même Concile n’a-t-il pas également vocation à déclarer que la personne humaine a aussi le devoir de chercher puis de suivre la vérité religieuse ?).
Cette liberté consiste (notamment ou seulement ?) en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte (juridico-politique) (mais pas de toute emprise médiatico-symbolique ?) de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience (inerrante ?) ni empêché d’agir, dans de justes limites (lesquelles ?), selon sa conscience (infaillible ?), en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.
Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse (mais aussi le devoir de chercher puis de suivre la vérité religieuse ?) a son fondement réel dans la dignité même de la personne humaine (néanmoins exposée aux risques d’erreurs dus au péché ?) telle que l’ont fait connaître la Parole de Dieu (laquelle ?) et la raison elle-même (inspirée par quelle mentalité ou philosophie ?).
Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l’ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu’il constitue un droit civil (id est : uniquement une liberté publique ?).
(Mais le devoir de chercher puis de suivre la vérité religieuse, dans l’ordre « pneumatique » de la religion, ne doit-il pas être également reconnu, de telle manière qu’il constitue un devoir moral (id est : une exigence radicale et spécifique, à expliciter et à favoriser, elle aussi, dans la sphère publique ?)
En vertu de leur dignité (naturelle ou surnaturelle ?), tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre (mais pas soumis aux pesanteurs, aux tentations ?), et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle (sous quelle conduite et dans quelle direction ?), sont pressés, par leur nature même (néanmoins abêtie ou abîmée, aliénée ou altérée, assourdie ou aveuglée par le péché ?), et tenus, par obligation morale (naturelle) (mais pas par inspiration religieuse surnaturelle ?), à chercher la vérité (laquelle ?), celle tout d’abord qui concerne la religion (laquelle ?).
Ils sont tenus aussi à adhérer (pourquoi et comment ?) à la vérité (laquelle ?) dès qu’ils la connaissent (pourquoi et comment ?) et à régler toute leur vie (pourquoi et comment ?) selon les exigences de cette vérité (laquelle ?).
Or, à cette obligation, les hommes ne peuvent satisfaire, d’une manière conforme à leur propre nature (et à leur vocation à la rédemption ?) que s’ils jouissent, outre de la liberté psychologique (et de la vérité théologale ?), de l’exemption de toute contrainte extérieure (mais aussi de l’exemption de toute emprise extérieure ?).
Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même (spontanément clairvoyante ?), qu’est fondé le droit à la liberté religieuse (id est : un droit naturel ?).
(N’est-ce donc pas également, non sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, non spontanément clairvoyante, qu’est fondé le devoir de chercher et de suivre la vérité religieuse, devoir qui constitue bel et bien une composante de la loi naturelle ?)
C’est pourquoi le droit à cette exemption de toute contrainte (et de toute emprise ?) persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité (laquelle ?) et d’y adhérer (pourquoi et comment ?) ; son exercice ne peut être entravé (sauf par la personne elle-même ?), dès lors que demeure sauf un ordre public juste (mais qui dira ce qu’est un ordre public juste ?).
(N’est-ce pas la raison pour laquelle le droit à cette exemption de toute contrainte, s’il persiste en ceux-là mêmes qui ne satisfont pas à l’obligation de chercher la vérité et d’y adhérer, est subordonné, à l’intérieur de leur conscience et de leur existence, à un autre « droit » : le « droit » de s’affranchir, individuellement et unilatéralement, du devoir moral de chercher la vérité et d’y adhérer, en l’espèce en matière religieuse ? N’est-ce pas alors l’exercice de cet autre « droit » qui ne peut être entravé, sauf par la personne elle-même ?)
3. Tout ceci est plus clairement manifeste encore si l’on considère que la norme suprême de la vie humaine est la loi divine elle-même (et non la dignité et la liberté humaines ?), éternelle, objective et universelle, par laquelle Dieu, dans son dessein de sagesse et d’amour, règle, dirige et gouverne le monde entier, ainsi que les voies de la communauté humaine (pourquoi et comment ?).
De cette loi qui est sienne, Dieu rend l’homme participant (pourquoi et comment ?) de telle sorte que, par une heureuse disposition (laquelle ?) de la Providence divine, celui-ci puisse toujours davantage accéder (pourquoi et comment ?) à l’immuable vérité (laquelle ?).
C’est pourquoi chacun a le devoir et, par conséquent, le droit, de chercher la vérité (laquelle ?) en matière religieuse, afin de se former prudemment un jugement de conscience (notamment ou seulement ?) droit et vrai, en employant les moyens appropriés (mais qui dira quels moyens sont appropriés et quels moyens sont inappropriés ?).
Mais la vérité (laquelle ?) doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue grâce auxquels les hommes exposent les uns aux autres la vérité (laquelle ?) qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée (ce qui n’est pas la même chose...), afin de s’aider mutuellement (? !) dans la quête de la vérité (laquelle ?) ; la vérité (laquelle ?) une fois connue (pourquoi et comment ?), c’est par un assentiment personnel (un acte de foi théologale ?) qu’il faut y adhérer fermement.
Mais c’est par sa conscience (insulaire et souveraine ?) que l’homme perçoit et reconnaît (pourquoi et comment ?) les injonctions (lesquelles ?) de la loi divine ; c’est elle qu’il est tenu de suivre fidèlement (pourquoi et comment ?) en toutes ses activités, pour parvenir à sa fin qui est Dieu.
Il ne doit donc pas être contraint d’agir contre sa conscience (toujours lucide ?). Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience (toujours sagace ?), surtout en matière religieuse.
De par son caractère même, en effet, l’exercice de la religion (laquelle ?) consiste avant tout en des actes intérieurs, volontaires et libres, par lesquels l’homme s’ordonne directement (pourquoi et comment ?) à Dieu : de tels actes ne peuvent être ni imposés ni interdits par aucun pouvoir purement humain.
Mais la nature sociale de l’homme (notamment ou seulement ?) requiert elle-même qu’il exprime extérieurement ces actes intérieurs de religion (n'importe laquelle ?), qu’en matière religieuse il ait des échanges avec d’autres, qu’il professe sa religion (n'importe laquelle ?) sous une forme communautaire.
C’est donc faire injure à la personne humaine et à l’ordre même établi par Dieu pour les êtres humains que de refuser à l’homme le libre exercice de la religion (laquelle ?) dans la société, dès lors que l’ordre public juste est sauvegardé.
(Mais qui dira si l’ordre public juste est fragilisé ou sauvegardé par l’attribution, par l’Etat, du droit au libre exercice, par l’homme, de n’importe quelle religion ?)
En outre, par nature, les actes religieux (lesquels ?) par lesquels, en privé ou en public, l’homme s’ordonne à Dieu en vertu d’une décision intérieure (notamment ou seulement ?), transcendent l’ordre terrestre et temporel des choses (toujours ?).
Le pouvoir civil, dont la fin propre est de pourvoir au bien commun temporel (défini par qui ?), doit donc, certes, reconnaître et favoriser la vie religieuse des citoyens (n’importe laquelle ?), mais il faut dire qu’il dépasse ses limites s’il s’arroge le droit de diriger ou d’empêcher les actes religieux (toujours ?)."
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour la part de candeur qui est à l'origine de ce message ; d'aucuns trouveront les questions que je (me) pose, au contact de DH, orientées, voire partisanes ; mais ce n'est pas mon intention : j'entends bien prendre DH au sérieux, en interrogeant et interpellant le texte "à même le texte", AVANT toute appréciation englobante éventuelle.
Je suis évidemment preneur de toute remarque ou suggestion qui me permettra d'améliorer cette tentative d'herméneutique analytique.
J'ai parfaitement conscience du caractère répétitif, mais volontaire, de certaines de mes questions, et du fait que les réponses à quelques-unes d'entre elles sont apportées un peu plus bas, d'une manière implicite ou indirecte ; mais c'est en réitérant plusieurs de ces questions que je m'efforce de faire apparaître certains aspects situés en arrière-plan, certains enjeux situés en toile de fond, de cette déclaration.
Bon début de journée à tous.
Scrutator.
(à suivre, si possible aujourd'hui : les trois derniers paragraphes constitutifs de la première partie de DH)

( 605496 )
C'est un peu les Dubia. par Meneau (2011-08-24 11:43:53)
[en réponse à 605480]
Cette façon de questionner le texte ressemble à celle employée dans les "Dubia sur la liberté religieuse" par Mgr Lefebvre (et les auteurs de ce texte).
Vos questions sont plus ouvertes là où celles de Mgr Lefebvre étaient sans doute plus fermée et souvent interro-négatives. Mais la démarche est la même, et si une réponse intelligible avait été produite à l'époque, cela aurait aussi répondu aux questions ouvertes que vous posez là.
Cordialement
Meneau

( 605508 )
Merci beaucoup - Quelques précisions. par Scrutator Sapientiæ (2011-08-24 12:57:32)
[en réponse à 605496]
Bonjour et merci à Meneau,
Je connais, mais seulement en surface, le document auquel vous faites allusion, mais je me suis efforcé de mettre en forme, en vue de les partager, quelques questions découlant d'une réflexion personnelle, qui a sûrement ses limites, d'autant plus, diront certains, qu'elle est indépendante, notamment, de toute référence au Magistère chronologiquement antérieur au début des années 1960, alors que les Dubia renvoient sans cesse à ce Magistère.
Je plaide candidement pour que la liberté religieuse soit présentée comme devant et pouvant marcher et tenir sur ses deux jambes, à savoir
- le droit civil de chercher la vérité, sans contrainte, par exemple carcérale, étatique, ni emprise, par exemple culturelle, médiatique,
et
- le devoir moral de la chercher pour la trouver (là où elle est vraiment : en Jésus-Christ) et de la trouver pour la suivre.
Mais ma vision de la liberté religieuse, j'en ai bien "peur", n'est pas du tout celle que l'on a voulu mettre en avant au Concile.
Certes, il n'est plus possible de reprocher à l'Eglise de demander la liberté pour elle seule, là où elle est minoritaire, et de la refuser aux autres confessions, religions ou traditions, là où elle est majoritaire.
Mais j'espère qu'il est possible de regretter que l'Eglise ait adopté une déclaration conciliaire aussi hémiplégique, dans la mesure où elle marche davantage au moyen de sa jambe gauche (le droit civil à) qu'au moyen de sa jambe droite (le droit moral de), au point que l'on se demande fréquemment, à la lecture de DH, si le pied gauche n'a pas tendance à écraser le pied droit.
Par ailleurs, et pour être tout à fait complet, je demeure persuadé (mais là, pour le coup, je sors de l'herméneutique analytique, et j'entre dans l'herméneutique synthétisante) que l'élévation de la liberté religieuse au rang de droit naturel ne peut être perçue que comme la reconnaissance par l'Eglise d'un "droit" à l'indifférentisme individualiste en matière de religion.
Imaginons un seul instant que l'on puisse raisonner ici en termes de "prestation plafond" et de "prestation plancher" : la "prestation plafond", ce serait la liberté religieuse dans la vérité religieuse, révélée par Jésus-Christ ; mais l'exercice de la liberté religieuse qui aboutit à l'absence de recherche et d'adhésion à quelque religion que ce soit, ce n'est pas la "prestation plancher", mais c'est une absence de prestation, et non l'exercice, au demeurant paradoxal, d'un droit naturel qui serait peut-être, au surplus, s'il était vraiment élevable à ce niveau, en contradiction avec la loi naturelle.
Contrairement à ce que l'on croit, quand on s'imagine que la majorité des incroyants absolus le sont pour des raisons d'ordre intellectuel, philosophique, l'incroyance absolue, provient, en partie, de l'apostasie des philosophes du soupçon, de leurs continuateurs et de leurs épigones, mais se traduit aujourd'hui par l'idolâtrie, fréquemment vécue, rarement pensée, par nos contemporains : elle n'est pas anodine, ni innocente, sous l'angle "pneumatico-religieux".
C'est à cela que je fais allusion, quand je parle de l'emprise médiatico-symbolique, qui était pourtant perceptible dès le début des années 1960, et qui constitue à mon sens un risque ou une source de répression, non concrètement contraignante, non étatique, car ni judiciaire, ni policière, mais néanmoins effective, par imprégnation des esprits, contre l'aptitude et l'aspiration à penser et à vivre ensemble l'exercice du droit à la liberté religieuse ET celui du devoir de chercher et de suivre la vérité religieuse.
Je tiens vraiment à vous remercier, car je crois que vous m'avez compris ; j'essaie, à travers ce type de messages, non pas de "consensualiser" mais de "dépolémiser" toute cette problématique.
Je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.

( 605500 )
Suite et fin de cette tentative relative à Dignitatis Humanae. par Scrutator Sapientiæ (2011-08-24 12:05:42)
[en réponse à 605480]
Rebonjour,
Voici :
" 6. Le bien commun de la société – ensemble des conditions de vie sociale permettant à l’homme de parvenir plus pleinement et plus aisément à sa propre perfection (y compris dans sa dimension surnaturelle ?) – consistant au premier chef dans la sauvegarde des droits et des devoirs de la personne humaine, le soin de veiller au droit à la liberté religieuse incombe tant aux citoyens qu’aux groupes sociaux, aux pouvoirs civils, à l’Église et aux autres communautés religieuses, de la manière propre à chacun, en fonction de ses devoirs envers le bien commun.
(Mais le soin de veiller à la mise en œuvre du devoir de chercher et de suivre la vérité religieuse n’incombe-t-il donc pas également, sinon, peut-être, aux groupes sociaux et aux pouvoirs civils en tant que tels, du moins, sans doute, aux citoyens et à l’Église en tant que telle, de la manière propre à chacun, en fonction de ses devoirs envers le bien commun et envers Dieu ?)
C’est pour tout pouvoir civil un devoir essentiel que de protéger et promouvoir les droits inviolables de l’homme.
(Encore une fois, s’il s’agit bien de droits inviolables, s’agit-il bien d’un homme infaillible ?).
Le pouvoir civil doit donc, par de justes lois et autres moyens appropriés,
- assumer efficacement la protection de la liberté religieuse de tous les citoyens,
et
- assurer des conditions favorables au développement de la vie religieuse,
en sorte
- que les citoyens soient à même d’exercer effectivement leurs droits et de remplir leurs devoirs religieux,
et
- que la société elle-même jouisse des biens de la justice (uniquement envers les hommes ou également envers Dieu ?) et de la paix (minimalement sans le Christ ou optimalement dans le Christ ?) découlant de la fidélité (naturelle ou surnaturelle ?) des hommes envers Dieu et sa sainte volonté.
Si, en raison des circonstances particulières (lesquelles ?) dans lesquelles se trouvent certains peuples (lesquels ?), une reconnaissance civile spéciale est accordée (par principe pérenne ou par exception ponctuelle ?), dans l’ordre juridique de la cité, à une communauté religieuse donnée, il est nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le droit à la liberté en matière religieuse soit reconnu et sauvegardé.
(Mais n’est-il donc pas également nécessaire qu’en même temps, pour tous les citoyens et toutes les communautés religieuses, le devoir de chercher puis de suivre la vérité, en matière religieuse, soit, lui aussi, reconnu et sauvegardé, proclamé et valorisé, sinon par l’Etat, du moins par l’Eglise ?)
Enfin, le pouvoir civil doit veiller à ce que l’égalité juridique des citoyens, qui relève elle-même du bien commun de la société, ne soit jamais lésée, de manière ouverte ou occulte, pour des motifs religieux, et qu’entre eux aucune discrimination ne soit faite.
Il s’ensuit qu’il n’est pas permis au pouvoir public, par force, intimidation ou autres moyens, d’imposer aux citoyens la profession ou le rejet de quelque religion que ce soit, ou d’empêcher quelqu’un de s’agréger à une communauté religieuse ou de la quitter.
A fortiori, c’est agir contre la volonté de Dieu et les droits sacrés de la personne et de la famille des peuples que d’employer la force, sous quelque forme que ce soit (donc sous la forme de la contrainte juridico-politique comme sous celle de l’emprise médiatico-symbolique ?), pour détruire la religion (la religion, en général, existe-t-elle ?) ou lui faire obstacle, soit dans tout le genre humain, soit en quelque région, soit dans un groupe donné.
(Sous cet angle là, tout Etat athéocratique ou théocratique, asservissant ou discriminant, est-il donc illégitime, y compris un Etat aconfessionnel hédoniste ou un Etat confessionnel islam-iste ?)
7. C’est dans la société humaine que s’exerce le droit à la liberté en matière religieuse, aussi son usage est-il soumis à certaines normes qui le règlent.
Dans l’usage de toute liberté doit être observé le principe moral de la responsabilité personnelle et sociale : la loi morale (notamment ou seulement ?) oblige tout homme et groupe social à tenir compte, dans l’exercice de leurs droits, des droits d’autrui, de leurs devoirs envers les autres et du bien commun de tous. À l’égard de tous, il faut agir avec justice et humanité.
(Avec justice uniquement envers les hommes ou également envers Dieu ?).
(Mais, dans la relation à toute vérité, ne doit-il pas être observé un principe spirituel de disponibilité, à tout le moins personnelle ? Ce principe n’oblige t-il pas, non pas juridiquement, mais « pneumatiquement », toute personne humaine, à se rendre disponible, pour accomplir sa vocation, dans sa relation à la vérité, objective et transcendante, en matière de religion, en la cherchant, afin de la trouver, là où elle est vraiment, puis en la trouvant, afin de la suivre ?)
En outre, comme la société civile a le droit de se protéger contre les abus (pourquoi et comment ?) qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse (mais qui dira ce que sont ces abus et que c'est sous ce prétexte ?), c’est surtout au pouvoir civil qu’il revient d’assurer cette protection ; ce qui ne doit pas se faire arbitrairement et en favorisant injustement l’une des parties,
- mais selon des normes juridiques, conformes à l’ordre moral objectif (apparemment impératif), (mais pas conformes à un ordre religieux objectif possiblement facultatif ?) qui sont requises par l’efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et l’harmonisation pacifique de ces droits (mais qui donc en sera le meilleur juge ?),
et
- par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d’une vraie justice (uniquement celle due aux hommes, ou également celle due à Dieu ?), ainsi que par la protection due à la moralité publique.
Tout cela constitue une part fondamentale du bien commun et entre dans la définition de l’ordre public. Au demeurant, il faut (sans davantage de précautions ou de précisions ?) observer la règle générale de la pleine liberté dans la société, selon laquelle on doit
- reconnaître à l’homme le maximum de liberté
et
- ne restreindre celle-ci que lorsque c’est nécessaire et dans la mesure où c’est nécessaire.
(Mais un maximum de liberté sans la vérité, dans l’ordre juridico-politique, contribue t’il ou contrevient-il à un optimum de liberté dans la vérité, dans l’ordre pneumatico-religieux ? Qui dira ce que sera une restriction nécessaire ? Et pourquoi une restriction ne serait-elle pas exactement nécessaire, dans l’ordre juridico-politique, notamment parce qu’elle serait également salutaire, dans l’ordre pneumatico-religieux ?).
8. De nos jours (pourquoi : « de nos jours » et pourquoi pas : « depuis toujours » ?), l’homme est exposé à toutes sortes de pressions (lesquelles ?) et court le danger d’être privé de son libre jugement personnel (par qui ou par quoi, pourquoi et comment ?).
Mais nombreux sont, d’autre part, ceux qui, sous prétexte de liberté (mais qui dira si c’est sous prétexte ?), rejettent toute sujétion (juridico-politique et/ou pneumatico-religieuse ?) et font peu de cas de l’obéissance requise (à qui et à quoi ?).
C’est pourquoi ce Concile du Vatican s’adresse à tous, mais tout particulièrement à ceux qui ont mission d’éduquer les autres, pour les exhorter à former (pourquoi et comment ?)
- des hommes qui, dans la soumission à l’ordre moral (lequel ?), sachent obéir à l’autorité légitime (laquelle ?) et aient à cœur la liberté authentique (laquelle ?) ;
- des hommes qui, à la lumière de la vérité (laquelle ?), portent sur les choses un jugement personnel (d’une manière a priori inerrante ?), agissent en esprit de responsabilité, et aspirent à tout ce qui est vrai et juste (d’une manière par principe infaillible ?), en collaborant volontiers avec d’autres.
C’est donc un des fruits (effectivement mesuré et observé ?) et des buts (officiellement souhaité ou supposé ?) de la liberté religieuse (quid des autres buts et des autres fruits ?) que d’aider les hommes à agir avec une plus grande responsabilité dans l’accomplissement de leurs devoirs (y compris en matière religieuse ?) au cœur de la vie sociale. "
Je vous remercie par avance pour toute remarque ou suggestion, en précisant que si je donne l'impression de "pinailler", sur la forme, c'est dans l'espoir de mieux "questionner", sur le fond.
Et pour finir, j'insère ci-dessous et commente en une phrase la citation suivante de Jean-Paul II (n° 102 de Fides et Ratio) :
" Par une telle insistance sur l'importance et sur les véritables dimensions de la pensée philosophique, l'Eglise promeut à la fois la défense de la dignité de l'homme et l'annonce du message évangélique. Pour accomplir ces tâches, il n'y a pas en effet de préparation plus urgente aujourd'hui que celle-ci : conduire les hommes à la découverte de leur capacité de connaître la vérité et de leur désir d'aller vers le sens ultime et définitif de l'existence. Dans la perspective de ces profondes exigences, inscrites par Dieu dans la nature humaine, le sens humain et humanisant de la parole de Dieu paraît encore plus clair. Grâce à la médiation d'une philosophie devenue une vraie sagesse, l'homme contemporain parviendra ainsi à reconnaître qu'il sera d'autant plus homme qu'il s'ouvrira davantage au Christ, en mettant sa confiance dans l'Evangile. "
Vous remarquerez qu'il n'a pas écrit (ce qui est, au demeurant, son droit le plus strict) :
"Pour accomplir ces tâches, il n'y a pas en effet de préparation plus urgente aujourd'hui que celle-ci: conduire les hommes à la connaissance de la vérité et à celle du sens ultime et définitif de l'existence."
Compte tenu du fait que cette phrase est la seule de Fides et Ration à renvoyer explicitement à Dignitatis Humanae, on me permettra de croire qu'il y a "une petite différence" entre la formulation "ascendante" "intentionnaliste" ou "personnaliste" qui est celle de Jean-Paul II, et une formulation plus "descendante", "entitativiste" et "théologale".
Bonne journée.
Scrutator.