Le Christ embrassant saint Bernard, par Francisco Ribalta (Musée du Prado, à Madrid)
Le 20 Août
S. BERNARD, ABBÉ, DOCTEUR DE L’ÉGLISE
Le Saint-Père a consacré deux catéchèses de l’audience du mercredi à saint
Bernard de Clairvaux :
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le 21 octobre 2009
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le 4 novembre 2009
I. BRÉVIAIRE ROMAIN (jusqu'en 1960)
Au Deuxième Nocturne
Leçon iv
Bernard naquit à Fontaine, en Bourgogne, d’une noble famille [1090]. Dans sa jeunesse, il fut, à cause de sa grande beauté, vivement sollicité par des femmes, mais aucune ne réussit à ébranler sa résolution de garder la chasteté. Pour fuir ces tentations du diable, il prit, à l’âge de vingt-deux ans [1112], le parti d’entrer à Cîteaux, berceau de l’Ordre de ce nom, qui florissait alors par une grande sainteté. Ayant eu connaissance du projet de Bernard, ses frères mirent tous leurs efforts à l’en détourner ; mais, dans cette lutte, il fut le plus éloquent et le plus heureux ; car il les amena si bien, eux et d’autres, à sa manière de voir, que trente jeunes gens reçurent avec lui l’habit religieux. Devenu moine, il s’adonna tellement au jeûne, que chaque fois qu’il prenait son repas, il semblait endurer un supplice. Merveilleusement appliqué aux veilles et aux oraisons prolongées, voué à la pratique de la pauvreté chrétienne, il menait sur terre une vie presque céleste, étrangère aux sollicitudes et aux désirs des choses périssables.
Leçon v
En lui brillaient l’humilité, la miséricorde, la douceur ; il était si attaché à la contemplation, qu’il semblait ne se servir de ses sens que pour les devoirs de la piété, en quoi cependant il se comportait avec la plus louable prudence. Pendant qu’il s’appliquait à ces exercices, il refusa successivement les évêchés de Gênes, de Milan, et plusieurs autres qui lui furent offerts, se déclarant indigne de l’honneur d’une telle dignité. Élu Abbé de Clairvaux [1115], il construisit en beaucoup de lieux des monastères où se maintinrent longtemps la règle et la discipline du fondateur. Le monastère des Saints Vincent et Anastase à Rome ayant été restauré par le Pape Innocent II, Bernard y établit comme Abbé [1141] le religieux qui, plus tard, devint souverain Pontife sous le nom d’Eugène III [Bernard Paganelli di Montemagno]. C’est à ce Pape qu’il adressa son livre
De la Considération [1148-1153).
Leçon vi
Bernard a écrit beaucoup d’autres ouvrages, dans lesquels se montre une doctrine inspirée par la grâce divine plutôt qu’acquise par l’étude. Sa grande réputation de vertu le fit appeler par les plus grands princes pour trancher leurs différends ; il dut aussi aller souvent en Italie pour régler les affaires de l’Église. Le souverain Pontife Innocent II eut en lui un aide précieux, tant pour mettre un terme au schisme suscité par Pierre de Léon, que dans ses légations près de l’empereur d’Allemagne, d’Henri, roi d’Angleterre, et du concile de Pise [1134]. Enfin, à l’âge de soixante-trois ans, il s’endormit dans le Seigneur [20 août 1153]. Des miracles le glorifièrent et Alexandre III le mit au rang des Saints [1174]. Le souverain Pontife Pie VIII, de l’avis de la Congrégation des Rites, déclara saint Bernard Docteur de l’Église universelle [23 juillet 1830], et ordonna en même temps qu’on dirait, le jour de sa fête, l’Office et la Messe des Docteurs. Il concéda aussi à perpétuité des indulgences plénières annuelles à tous ceux qui visiteraient ce jour-là les églises des Cisterciens.
Pour cette fête simplifiée (=
Leçon iii du
Bréviaire de 1961) :
Leçon ix
Bernard, né à Fontaine, en Bourgogne [1090], d’une famille honorable, garda dès l’enfance sa chasteté avec le plus grand soin. A l’àge de vingt-neuf ans, il entra au monastère de Cîteaux, berceau de l’Ordre de ce nom [1112], et amena ses frères et beaucoup d’autres à entrer dans le même Ordre religieux. Il s’exerçait admirablement dans les veilles et les oraisons. L’humilité, la miséricorde, la bonté, la prudence et le zèle assidu de la méditation des choses célestes brillaient en lui. Élu abbé de Clairvaux [1115], il construisit, en beaucoup de lieux, des monastères où se maintinrent longtemps la règle et la discipline du fondateur. Bernard a écrit de nombreux ouvrages dans lesquels se montre une doctrine inspirée par la grâce divine plutôt qu’acquise par l’étude. Appelé par de grands princes pour trancher leurs différends, il dut aussi aller souvent en Italie pour régler les affaires de l’Église et aida excellemment le Pontife Innocent II à arrêter le schisme de Pierre de Léon. Il s’endormit dans le Seigneur âgé de soixante-trois ans, ayant mérité grandement de l’Église [20 août 1153].
Saint Robert de Molesmes reçoit saint Bernard à Cîteaux, par Goya (Valladolid)
Au Troisième Nocturne
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu
(ch. V, 13-19 ; trad. du
Lectionnaire de 1964-65)
En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples:
«Vous êtes le sel de la terre.
Si le sel devient fade,
avec quoi va-t-on le saler?
Il n’est plus bon à rien,
sinon à être jeté dehors et piétiné par les hommes.
Vous êtes la lumière du monde.
Une ville ne peut être cachée, quand elle est située sur une montagne.
Et lorsqu’on allume une lampe, on ne la met pas non plus sous un boisseau,
mais sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes,
afin qu’ils voient vos bonnes œuvres,
et glorifient votre Père qui est dans les Cieux.
Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes:
Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir.
Car, en vérité, je vous le dis:
avant que passent le ciel et la terre,
la plus petite lettre, le plus petit trait,
ne disparaîtra pas de la Loi, jusqu’à ce que tout soit réalisé.
Celui donc qui violera un seul de ces commandements, même les plus petits,
et qui enseignera aux hommes à faire de même,
sera tenu pour le plus petit dans le Royaume des Cieux.
Mais celui qui les pratiquera et les enseignera,
celui-là sera tenu pour grand dans le Royaume des Cieux.»
Au Bréviaire Romain, homélie au Commun des Docteurs.
II. BRÉVIAIRE CISTERCIEN (1935)
Homélie de saint Bernard, abbé
(
Sermon 85
sur le Cantique, nn. 8-9.
Texte latin :
SBO 2, 312-313 ;
trad. de dom Henri Tissot,
Les Pères vous parlent de l’Évangile, t. 2 [1955], pp.370-372 ;
autre trad. :
SC 511, 387.389.391)
Leçon ix
Peut-être est-ce du mot saveur que la sapience tire son nom, car, se joignant à la vertu comme un condiment, elle la rend savoureuse, alors que d’elle-même cette vertu semblait de quelque façon sans sel et âpre au goût. Et je ne trouverais rien à redire si quelqu’un définissait la sagesse: le goût du bien. Ce goût, nous l’avons perdu presque dès l’origine de notre race. Du jour où le venin de l’antique serpent, sous l’influence d’un sens charnel, a infecté le palais de notre cœur, le bien a commencé d’être insipide à notre âme, et nous avons été envahis d’un goût funeste.
Leçon x
Maintenant, dans les âmes où elle pénètre, la sagesse triomphe sans cesse du mal, détruisant par une saveur plus noble cette saveur du mal que l’autre femme y avait introduite. En entrant, tandis qu’elle déconcerte le sens de la chair, elle purifie l’intelligence, assainit et guérit le palais du cœur. Pour le palais assaini, le bien retrouve sa saveur, la sagesse elle-même se fait goûter, elle, au-dessus de laquelle il n’est aucun bien.
Leçon xi
Que de bonnes actions sont sans goût pour ceux qui les accomplissent! C’est qu’ils y sont poussés non par la saveur du bien, mais par la raison, une quelconque occasion ou même la nécessité. D’ailleurs, beaucoup de ceux qui font le mal n’y trouvent également aucune saveur, mais ils y sont amenés par la crainte ou par le désir de quelque objet, bien plutôt que par la saveur du mal. Quant à ceux qui s’abandonnent au sentiment de leur cœur (cf.
Ps 72, 7): ou ce sont des sages, et alors ils font leurs délices de la saveur du bien; ou ce sont des méchants, et ils se complaisent dans leur malice, même si ne leur sourit l’espoir d’aucun avantage.
Leçon xii
Qu’est-ce que la malice sinon la saveur du mal? Heureuse l’âme que la saveur, que le goût du bien, que l’horreur du mal a conquise tout entière! C’est là être réformé selon la sagesse, c’est là faire l’heureuse expérience de sa victoire. Car comment la sagesse montrera-t-elle plus évidemment sa victoire sur le mal qu’en faisant sentir à l’âme, débarrassée de toute saveur du mal, – qui n’est autre que le mal lui-même, – un goût profond pour le bien qui la pénètre intimement de toute sa suavité?
Plan de l'ancienne abbaye de Clairvaux (dans l'actuel diocèse de Troyes)