Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 604171 )Les hymnes du bréviaire romain par Quaerere Deum (2011-08-08 11:49:56) 

Bonjour,

Est-il liturgiquement autorisé de substituer les hymnes du bréviaire romain (du Pape Urbain VIII) par les hymnes antiques équivalentes, telles que celles que l'on trouve encore dans le bréviaire monastique ?

Merci d'avance.
images/icones/abbe2.gif  ( 604172 )Certaines éditions du bréviaire... par Fatherjph (2011-08-08 12:23:43) 
[en réponse à 604171]

présentent un supplément avec les hymnes antiques. Personnellement, je ne vois aucune objection à reprendre les hymnes originelles, car leur rapport avec les hymnes d'Urbain VIII est le même que celui des spaumes de la vénérable Vulgate avec le psautier de Bea, ou celui de la néo-vulgate : une volonté de "clacissiser" le latin. Un commentateur avait dit autrefois à propos de ces hymnes : "adauget latinitatem, minuit pietatem". Je suis d'accord avec lui.
images/icones/hein.gif  ( 604183 )Lesquelles? par Alexandre (2011-08-08 14:05:53) 
[en réponse à 604172]


Certaines éditions du bréviaire présentent un supplément avec les hymnes antiques.


Je ne connais que celle, très récente, de la Fraternité Saint-Pierre. Et encore, ce supplément est incomplet, puisqu'il reproduit le supplément de l'Antiphonale de 1912 & ne donne que les hymnes du jour. Il y a aussi certains bréviaires du XVIII° siècle, mais à part ça, je n'ai jamais vu que l'hymnaire d'Urbain VIII (éditions Mame, Desclée, Pustet, Dessain...).

Pouvez-vous m'en dire davantage?
images/icones/bible.gif  ( 604178 )[réponse] par Alexandre (2011-08-08 13:39:41) 
[en réponse à 604171]

Bonjour!

Si je comprends bien votre présentation, vous n'êtes pas tenu à la récitation du Bréviaire. En ce cas, le Bréviaire est une dévotion personnelle et vous pouvez employer la version des hymnes que vous voulez.

Pour un clerc tenu au Bréviaire (à partir du Sous-Diaconat ou du Diaconat transitoire), la réponse à votre question me semble moins simple. En effet, Urbain VIII a rendu obligatoire la substitution des hymnes rénovées ; c'est du moins ce qui me semble ressortir de la Const. Ap. Divinam psalmodiam, du 25 janv. 1631, qui ordonne la publication du Bréviaire romain remanié.

Cela étant, l'Antiphonaire Romain de 1912 donne en appendice les textes et partitions des Hymnes du jour secundum antiquum usum «In gratiam eorum qui talibus Hymnis de jure vel ex consuetudine aut indulto uti possunt» (p. 2).

Si vous voulez, j'ai numérisé les Hymnes secundum antiquum usum, en me basant sur l'appendice précité de l'Antiphonaire de 1912 et en ajoutant les hymnes de l'office de nuit qui avaient été révisés par la commission d'Urbain VIII. Mon adresse est dans l'annuaire.

A.
images/icones/neutre.gif  ( 604180 )[réponse] par Quaerere Deum (2011-08-08 13:50:35) 
[en réponse à 604178]

Merci à tous les deux.

Pour répondre à Alexandre, c'est une question de curiosité liturgique qui ne s'applique pas à moi.
Mais c'est le fait de les avoir vus en annexe de l'Antiphonaire Romain de 1912 qui intrigue : en effet, pourquoi les y insérer si ce n'est pour les utiliser ad libitum?
Par ailleurs, comme le dit Fatherjph, les bréviaires réimprimés les fournissent aussi, au choix.

En fin de compte, la constitution Sacrosanctum Concilium demandant la restauration des hymnes antiques (SC 93), n'est-elle pas une permission de facto à leur utilisation .. ?
images/icones/bible.gif  ( 604187 )Esprit et lettre par Alexandre (2011-08-08 14:11:11) 
[en réponse à 604180]

C'est dans l'esprit de la loi - et encore d'une demande postérieure à 1962, puisque SC date de déc. 1963 -, mais la lettre ne semble le permettre que moyennement un indult ou une coutume (cf. note de l'Antiphonale de 1912).

A noter aussi que les réformateurs de l'hymnaire de la LH, dont le maître d'oeuvre fut le bénédictin Anselme Lentini (†1989), ne se seont pas arrêtés à la restitution des hymnes antérieures à la révision urbanienne. Certaines ont été remplacées et d'autres modifiées (on ne parle plus du jeûne dans l'hymne du Carême comme auparavant).
images/icones/neutre.gif  ( 604192 )Effectivement par Quaerere Deum (2011-08-08 14:30:03) 
[en réponse à 604187]

la loi n'est pas forcément rétroactive.
(N'en est-il pas de même pour le psautier que l'on retrouve dans sa version de la Vulgate dans les bréviaires réédités alors que le psautier Bea l'avait remplacé ?)
Il est supprenant d'avoir fourni la version antique des hymnes diurnes mais pas la version nocturne.

Au passage, on doit pouvoir trouver ces hymnes nocturnes dans le psautier monastique voire dans le responsorial monastique de 1895, puisque la forme monastique n'a jamais adopté les hymnes de Urbain VIII ...
images/icones/fleche2.gif  ( 604196 )Psautier et Hymnaire par Alexandre (2011-08-08 14:51:42) 
[en réponse à 604192]

La question de l'obligation ou non de la version urbanienne des Hymnes est à préciser. A l'heure où j'écris, je ne dispose pas de documents permettant de le faire.

Pour la version du Psautier dite de Pie XII, il est sûr que la substitution ne fut pas obligatoire, mais facultative (cf. Pie XII, m. p. In cotidianis precibus, 29 juin 1945: "Tout bien pesé, de Notre propre mouvement [motu proprio] et après mûre réflexion, Nous leur accordons de pouvoir se servir à leur gré, dans la récitation soit privée soit publique de l’office, de cette traduction, après qu’adaptée au Bréviaire romain, elle aura été éditée par l’Imprimerie vaticane" [DC 42 <1945>, col. 388]). Cela étant, tous les bréviaires imprimés entre 1946 et 1960 ne comportent qu'elle. L'édition typique du Bréviaire de 1961 comporte soit la Vulgate soit la "Pie XII", soit un combiné des deux (je pense à Mame qui a imprimé des bréviaires avec le psautier de la semaine en Vulgate et le commun et propre des Saints en Pie XII).

Les Hymnes non révisés se trouvent intégralement dans le Bréviaire Monastique, le Bréviaire dominicain, et quelques autres. Le psautier & le responsorial ne les comportent qu'en partie. Pour les partitions, je ne sais où les trouver toutes...
images/icones/neutre.gif  ( 604200 )Il était sage par Quaerere Deum (2011-08-08 15:16:22) 
[en réponse à 604196]

de rendre ces changements facultatifs.
On aurait bien aimé que les successeurs en prennent de la graine.

Pour ce qui est des mélodies des hymnes, ne sont-elles sont à peu de chose près identiques entre les deux versions?
images/icones/fleche2.gif  ( 604222 )Hymnes de l'office nocturne par Alexandre (2011-08-08 18:55:13) 
[en réponse à 604200]


Pour ce qui est des mélodies des hymnes, ne sont-elles sont à peu de chose près identiques entre les deux versions?


Si vous regardez le supplément de l'Antiphonaire de 1912, les Hymnes dans la version antérieure à 1631 sont données avec la partition. Dans ma question, je pensais aux hymnes de la nuit.
images/icones/neutre.gif  ( 604256 )Hélas par Quaerere Deum (2011-08-09 08:59:56) 
[en réponse à 604222]

les hymnes de nuit ne sont guère chantées de nos jours, car la plupart des monastères récitent l'office recto tono.

Il y a peut-être des chances de trouver ces mélodies dans l'hymnaire de Solesmes ou cas où certaines aient été conservées dans l'office des lectures ou l'office monastique (même si les textes diffèrent) ?
images/icones/fleche2.gif  ( 604270 )[réponse] par Alexandre (2011-08-09 14:21:13) 
[en réponse à 604256]


les hymnes de nuit ne sont guère chantées de nos jours


Ils le furent encore quotidiennement par les Trappistes avant la réforme liturgique. Par ailleurs, pour les grandes fêtes, on dispose du Liber responsorialis (1895).



Il y a peut-être des chances de trouver ces mélodies dans l'hymnaire de Solesmes


Oui, certes. Il y a aussi des gens très calés qui peuvent restituer les mélodies anciennes d'après les manuscrits. Je pense en particulier à l'éuipe de Grégofacsimil qui a déjà restitué pas mal de répons.
Il y a encore le Nocturnale Romanum d'Holger Peter Sandhofe (2002). Cf. site des éditions Hartker
images/icones/1n.gif  ( 604296 )J'aime bien par Quaerere Deum (2011-08-09 20:13:00) 
[en réponse à 604270]

Gregofacsimil, mais ils ont décidé de sortir de l'octoéchos : on voit
des mi bémol deci-delà sur les restitutions.
C'est un choix scientifique qui n'est pas forcément du goût des
chantres.

Bon, on sort un peu du contexte
images/icones/vatican.gif  ( 604267 )A moins d'un Indult, non par Alexandre (2011-08-09 14:07:43) 
[en réponse à 604171]

J'ai enfin trouvé un texte explicite du même Pape :

Urbain VIII
Bulle Cum alias Hymni (27 Avril 1643)

Original latin: Angelo Cherubini, Magnum Bullarium Romanum, IV, p. 235
Traduction française: Migne, Encyclopédie théologique, t. 17, col. 679-680

Ayant fait faire une édition élégante et très-exacte de ces hymnes avec les notes du chant dans notre illustre ville, voulant que la récitation publique ne diffère pas de la récitation privée, et qu’en cela il y ait partout l’uniformité convenable, dans notre sollicitude pastorale, de science certaine, après une mûre délibération de notre part, par la plénitude du pouvoir apostolique, nous prescrivons et commandons par les présentes que dans la suite, à perpétuité, dans toutes et chacune des églises patriarcales, primatiales, métropolitaines, cathédrales, collégiales, paroissiales et autres, soit séculières, soit d’un ordre, congrégation ou institut quelconque, même de la société de Jésus, des religieux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et autres militaires et religieux de l’un et l’autre sexe ; dans les églises, basiliques, chapelles, oratoires des archiconfréries et confréries quelconques, même exemptes, et qui méritent une note spéciale et une mention individuelle, quand les uns ou les autres célébreront en chœur les divins offices, on récite et on chante les hymnes corrigées par notre ordre, ou composées de nouveau et imprimées comme il est dit ci-dessus ; on ne doit plus y réciter et chanter les anciennes ; soit dans notre illustre ville, soit dans toutes les autres parties du monde chrétien.



A noter que cet interdiction n'a pas touché les divers Ordres qui avaient conservé l'ancienne version des Hymnes et dont les Bréviaires furent reconnus à la même époque (Bénédictins, Cisterciens, Dominicains, ...)
images/icones/1b.gif  ( 604269 )Merci par Quaerere Deum (2011-08-09 14:17:35) 
[en réponse à 604267]

Comme quoi, il n'y a pas qu'à notre époque que des modifications liturgiques ont été introduites arbitrairement, sans intérêt pastoral.
images/icones/neutre.gif  ( 604273 )...et il n'y a pas non plus que saint-Pi V par le torrentiel (2011-08-09 15:15:12) 
[en réponse à 604269]

qui ait promus un rite à perpétuité et qui ait été contredit par un de ses successeurs.


Certes, ici, la promulgation concerne les hymnes du bréviaire et la manière de les chanter ; mais le processus est similaire de l'abrogation qu'onpeut juger arbitraire de cette promulgation.


L'Eglise a les promesses de la vie éternelle, mais les ordres, même perpétuels des papes, se croient un peu trop vite inclus dans cette promesse.


N'y aurait-il pas un peu d'orgueuil humain à vouloir prévenir qu'un de ses successeurs en dispose autrement ou révise un usage ?


Bien sûr, ce que je dis là ne vaut que pour les usages, pas pour les dogmes.


Mais il y a quelques jours, un liseur qui voudra bien me pardonner d'avoir oublié qui il était faisait observer qu'a priori, un successeur des apôtres n'avait pas le droit de promulguer un dogme qui fût extérieur à ce qui avait été directement reçu des apôtres.


Or il en va ainsi de manière patante, par exemple des dogmes de l'Immaculée conception ou de l'assomption, dogmes que je reçois en conscience, mais qui, d'après l'observation mentionnée ci-dessus, n'auraient pas dû obliger la foi.
images/icones/fleche2.gif  ( 604274 )Nuance par Alexandre (2011-08-09 15:32:44) 
[en réponse à 604273]


...et il n'y a pas non plus que saint Pie V qui ait promu un rite à perpétuité et qui ait été contredit par un de ses successeurs


Sauf qu'en l'espèce, aucun successeur n'a remis en cause l'interdiction par Urbain VIII d'user de son hymnaire dans le Bréviaire romain. C'est plus largement le bréviaire en question qui a connu une suite (la Liturgia Horarum), mais pas un remaniement de son hymnaire.

images/icones/fleche2.gif  ( 604281 )Nuance (correctif) par Alexandre (2011-08-09 17:38:23) 
[en réponse à 604273]


...et il n'y a pas non plus que saint Pie V qui ait promu un rite à perpétuité et qui ait été contredit par un de ses successeurs



Sauf qu'en l'espèce, aucun successeur n'a remis en cause l'obligation (et non l'interdiction...) par Urbain VIII d'user de son hymnaire dans le Bréviaire romain. C'est plus largement le bréviaire en question qui a connu une suite (la Liturgia Horarum), mais pas un remaniement de son hymnaire.
images/icones/1b.gif  ( 604299 )Mais Corneille et Racine par Yves Daoudal (2011-08-09 20:29:35) 
[en réponse à 604267]

ont traduit les hymnes dans leur ancienne version... Pour des bréviaires.

(Quant aux interdictions et obligations à perpétuité, on sait bien qu'elles n'ont qu'une valeur très relative. J'en ai donné récemment un exemple avec la lettre apostolique de Pie IX qui prétendait réformer l'Eglise arménienne, et qui se terminait par deux pages de ce genre, or cette réforme ne fut jamais mise en oeuvre.)
images/icones/neutre.gif  ( 604310 )Corneille, Racine & les Arméniens par Alexandre (2011-08-09 21:57:40) 
[en réponse à 604299]


Mais Corneille et Racine ont traduit les hymnes dans leur ancienne version... Pour des bréviaires.


Je croyais jusqu'à récemment que la raison en était tout simplement que, du moins pour Racine, il fréquentait une communauté cistercienne célèbre (!) qui en tant que telle employait donc la forme antique.
En fait, je pense plutôt que la raison est autre: l'hymnaire d'Urbain VIII, promulgué en 1631 et 1643, n'arriva que tard en France (notamment à cause de l'arrivée des liturgies diocésaines néo-gallicanes) et n'eut l'exclusive dans les livres liturgiques de notre pays qu'après la Révolution (un Antiphonarium Romanum imprimé chez Aimé Delaroche, à Lyon, en 1757 contient encore l'ancienne version). Autres temps, autres rythmes, autre communication. D'autant qu'alors les bulles devaient être acceptées par l'autorité (je ne me rappelle plus laquelle) avant d'être publiées dans le Royaume et suivies d'effets...


Quant aux interdictions et obligations à perpétuité, on sait bien qu'elles n'ont qu'une valeur très relative


Là, vous connaissez sans doute le droit mieux que moi. Je dirais simplement que perpétuité me semble désigner une durée aussi longue que le voudra l'éventuel pape qui remettra en cause la décision. Ce qui n'eut jamais lieu, à ma connaissance, pour l'hymnaire urbanien. Quant à la bulle pour les Arméniens, le silence du Pontife devant la résistance a sans doute eu valeur d'approbation, non?

Bien à vous.

Alexandre
(ni canoniste, ni historien...)
images/icones/neutre.gif  ( 604316 )Cher alexandre, par le torrentiel (2011-08-09 22:48:52) 
[en réponse à 604310]

Yves daoudal a résumé ce qu'en termes moins choisis, je n'aurais su vous dire, moi qui, n'étant comme vous ni historien, ni canoniste, tenais pourtant à vous accuser réception de votre nuance et de votre nuance corrective, ne serait-ce que parce que c'est la moindre des corrections.

Bien à vous

Le torrentiel