Le Forum Catholique

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images/icones/1i.gif  ( 604276 )le dialogue inter-religieux et la grande Tradition de l'Eglise par jejomau (2011-08-09 16:48:43) 

Je viens de trouver une Lettre intitulée "Qui sincera" écrite sous Grégoire le Grand à l'évêque Paschase de Naples en novembre 602...


La tolérance à l'égard des convictions religieuses différentes

"Ceux qui, avec une intention droite, désirent amener des gens étrangers à la religion chrétienne, à la foi juste, doivent s'y efforcer par des paroles de bonté et non pas par des paroles dures, en sorte que l'inimitié ne repousse pas au loin ceux dont l'esprit aurait pu être mis en mouvement par l'indication d'une raison claire. Car tous ceux qui agissent autrement, et qui sous ce couvert veulent les éloigner de la pratique habituelle de leur rite, il s'avère qu'ils travaillent à leur propre cause plus qu'à celle de Dieu. Des juifs en effet qui habitent Naples se sont plaints auprès de Nous en disant que certains s'efforçaient de façon irraisonnée de les empêcher d'accomplir certaines célébrations de leurs fêtes, en sorte qu'il ne leur soit plus permis d'accomplir les célébrations de leurs fêtes comme il leur était permis depuis longtemps, ainsi qu'à leurs parents, de les observer ou de les accomplir. S'il en est vraiment ainsi, ces gens semblent mettre leurs efforts dans une entreprise vaine. Car quelle utilité y a-t-il à cela dès lors que, même si on le leur interdit au rebours d'un long usage, ils n'y trouvent aucun profit pour la foi et la conversion ? Ou pourquoi établissons-nous des règles pour les juifs quant à la manière dont ils doivent accomplir leurs cérémonies, si nous ne pouvons pas les gagner par là ?
Il faut donc faire en sorte qu'encouragés plutôt par la raison et la douceur, ils veuillent nous suivre et non pas nous fuir, pour que, leur expliquant par les Ecritures ce que nous disons, nous puissions avec l'aide de Dieu les convertir au sein de la mère Eglise. C'est pourquoi, que ta fraternité les enflamme à la conversion par des monitions, autant qu'elle le peut avec l'aide de Dieu, et qu'elle ne permette pas à nouveau qu'ils soient inquiétés à cause de leurs célébrations ; qu'ils aient au contraire une entière liberté d'observer et de célébrer leurs festivités et leurs fêtes, comme ils l'on fait jusqu'ici
"

Etonnant, non ce texte !? La dernière phrase aurait pu être tenue par les derniers papes : "qu'ils aient au contraire une entière liberté d'obsever et de célébrer leurs festivités et leurs fêtes, comme ils l'ont fait jusqu'ici."

La réunion prochaine qui aura lieu Assise dans le cadre du dialogue inter-religieux ne participe-t-elle pas de la même approche ? N'appartient-elle pas à la grande Tradition de l'Eglise ?
images/icones/neutre.gif  ( 604285 )Question historique par Aigle (2011-08-09 19:03:17) 
[en réponse à 604276]

Je ne connaissais pas ce texte mais il me semble cohérent avec la vision historique qui a été plusieurs fois évoquée sur ce forum (notamment ICHTUS numéro je ne sais plus combien je crois) selon laquelle le magistère a fortement varié sur cette question passant d'une période de grande tolérance du Vè au Xè siècle avant de durcir le ton (plus contre les hérétiques il est vrai que contre les Juifs ou les autres non-chrétiens, dans la lignée de st Augustin me semble-t-il) du XI è au XVIè siècle avant de revenir progressivement à partir de Trente à une attitude tolérante qui a évolué vers le celebre et controversé concept de "liberté religieuse" introduit par vatican II.

A noter que d'une manière générale les papes furent plus tolérants que les évêques et les rois.

Mais s'agissant des rois ils avaient souvent de motivations non religieuses - notamment financières et fiscales à l'égard des juifs par exemple.
images/icones/attention.gif  ( 604288 )Je n'y vois aucun rapport! par azur (2011-08-09 19:36:39) 
[en réponse à 604276]

Si on résume le texte de Grégoire le Grand, C'est une mise en garde adressée aux chrétiens contre une tentation d'abus de pouvoir...
En effet, dans les pays où la religion catholique était majoritaire voire religion d'état, il aurait pu être tentant de gêner les célébrations juives. Or, comme il le fait justement remarquer, ce genre d'action n'aurait pas été le meilleur moyen de convertir les juifs. En les laissant pratiquer, l’Église montrait sa mansuétude, mais cette tolérance devait très probablement accompagner d'apostolat.

Dans le cas d'Assise, outre le fait que la situation politique a bien changé, l'esprit de la réunion est de discuter de la doctrine de la religion juive sur un pied d'égalité avec la religion catholique... ce qui est tout autre chose!

Pour conclure, le texte de Grégoire le Grand concerne la pratique (la forme) alors que la réunion d'Assise s'intéresse à la doctrine (le fond).
images/icones/neutre.gif  ( 604290 )Abus de pouvoir ? par Meneau (2011-08-09 19:46:30) 
[en réponse à 604288]


C'est une mise en garde adressée aux chrétiens contre une tentation d'abus de pouvoir...
En effet, dans les pays où la religion catholique était majoritaire voire religion d'état, il aurait pu être tentant de gêner les célébrations juives.



Il n'y aurait pas abus de pouvoir en la matière ! Par contre, allant apparemment à l'encontre d'usages depuis longtemps établis, il y aurait imprudence (politique) à changer l'usage, et cela n'apporterait rien à l'apostolat envers les juifs, voire même serait contre-productif. Voilà pourquoi St Grégoire met en garde. Mais il ne peut y avoir abus de pouvoir, dans la mesure où le droit correspondant n'existe pas...

Pour le reste, je suis d'accord avec vous... encore que pour l'instant on ne sache pas vraiment quel doit être "l'esprit de la réunion", même si on peut avoir des craintes à ce sujet.

Cordialement
Meneau

images/icones/neutre.gif  ( 604297 )Remarque rapide : c'est TOUTE la dernière phrase qu'il convient de citer. par Scrutator Sapientiæ (2011-08-09 20:27:19) 
[en réponse à 604276]

Bonsoir jejomau,

Voici :

" C'est pourquoi, que ta fraternité les enflamme à la conversion par des monitions, autant qu'elle le peut avec l'aide de Dieu, et qu'elle ne permette pas à nouveau qu'ils soient inquiétés à cause de leurs célébrations ; qu'ils aient au contraire une entière liberté d'observer et de célébrer leurs festivités et leurs fêtes, comme ils l'on fait jusqu'ici. "

L'objectif, la conversion, est bien situé en amont et en surplomb, par rapport à des considérations qui relèvent davantage de "la pastorale".

Je vous souhaite une bonne réception de cette "remarque rapide", ainsi, bien sûr, qu'une bonne soirée.

Scrutator.
images/icones/vatican.gif  ( 604304 )D’autres écrits du même pape infirment votre interprétation par Vianney (2011-08-09 21:00:09) 
[en réponse à 604276]

Ainsi qu’Azur et Meneau vous l’ont expliqué, il y a loin de la tolérance pratique envers le culte juif préconisée par certains papes, à la reconnaissance de la valeur intrinsèque des prières adressées par les adeptes de toutes les fausses religions à leur(s) dieu(x). Dans son livre sur Le Baptême de l’Angleterre (éd. Clovis, p. 107), Ivan Govry reproduit la réponse de saint Grégoire le Grand à saint Augustin de Cantorbery qu’il avait envoyé en mission convertir l’Angleterre :

“J’ai réfléchi, dit le pape, à propos des Angles. Il convient de ne pas abattre les temples qui abritent les idoles, mais seulement les idoles elles-mêmes. Quant aux temples, on les aspergera d’eau bénite, puis on élèvera des autels, dans lesquels on logera des reliques. En effet, si ces temples sont correctement construits, il est nécessaire qu’ils passent du culte des démons à celui du vrai Dieu.”


Dans son encyclique Fulgens radiatur publiée à l’occasion du quatorzième centenaire de la mort de saint Benoît, le pape Pie XII cite le même saint Grégoire le Grand (Dialogues II, 8) expliquant qu’à son arrivée au Mont Cassin, le fondateur des bénédictins a commencé lui aussi par abattre la statue d’Apollon vénérée en ce lieu par “un peuple ignorant” :

“A peine arrivé l’homme de Dieu brisa l’idole, renversa l’autel, incendia les bosquets sacrés ; sur le temple même d’Apollon il édifia la chapelle du Bienheureux Martin, et là où se trouvait l’autel du même Apollon il construisit l’oratoire de S. Jean ; enfin, par sa continuelle prédication, il convertit à la foi les populations qui habitaient aux environs”


Saint Martin lui-même, si charitable envers les pauvres, ne s’est pas comporté autrement vis-à-vis des idoles vénérées par les gaulois. Et si j’en crois de nombreux historiens, les missionnaires, notamment en Afrique, ont très souvent suivi ces exemples de saints loués par de très grands papes.

V.

images/icones/neutre.gif  ( 604357 )les idoles par Aigle (2011-08-10 08:31:23) 
[en réponse à 604304]

Je crois que la destruction des idoles avait un côté "pédagogique" : les païens prétendaient que ces statues ou ces images avaiaent des pouvoirs magiques. Par exemple en Egypte telle statue du dieu Ra (ou un autre) déclenchait la crue du Nil. Telle statue pouvait tuer le laïc ou l'impie qui s'en approchait ...

Les missionnaires en détruisant des images paiennes sans recevoir la foudre ou déclencher un tremblement de terre démontrait la vanité de ces superstititions. Il s'agit là de méthode militantes voire militaires adaptées à des peuples simples ...

Quant à l'objectif de st Grégoire (convertir par la douceur et la persuasion) il me semble hautement catholique et très éloigné de l'objectif politique poursuivi par le Bx Jean Paul II à Assise (la paix dans le monde).

Rappelons néanmoins en parallèle le "compelle intrare" de st Augustin qui me semble-t-il s'appliquait uniquement aux hérétiques - l'Eglise a le monopole de la Foi chrétienne et peut solliciter la force pour en conserver la pureté san spour autant chercher à convertir les non-chrétiens par la contrainte.
images/icones/bravo.gif  ( 604361 )Bien d’accord par Vianney (2011-08-10 08:49:52) 
[en réponse à 604357]


l'Eglise a le monopole de la Foi chrétienne et peut solliciter la force pour en conserver la pureté sans pour autant chercher à convertir les non-chrétiens par la contrainte


L’Église a toujours condamné les conversions forcées, mais elle a fréquemment fait usage de la force pour corriger les chrétiens défaillants, à l’exemple de saint Pierre frappant de mort Ananias et Saphira.

V.