L’abbé Dominique Rimaz est l’auteur d’un blog (
ici ) que j’aime consulter. Je lui reconnais de grandes qualités et de grands mérites : il sait ruer dans les brancards quand l’Eglise est la cible des campagnes médiatiques odieuses, quand la morale naturelle est bafouée, quand les agents du relativisme et du modernisme liturgique parlent au nom de l’Eglise, il témoigne également d’un profond attachement à notre Saint Père qui force le respect. Mais il est un sujet qui brouille son ordinaire lucidité : la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Ainsi, quand il évoque Mrg Lefebvre c’est pour dire qu’il est «
de triste mémoire », il qualifie la Fraternité de milieu «
mal informé», il l’accuse d’être dominée par une mentalité «
complotiste », il considère que Mrg Lefebvre a été excommunié et le traite de schismatique, il prétend que la Fraternité n’a produit aucun théologien d’envergure, il ne comprend pas les réels enjeux de la liberté religieuse proclamée dans Dignitatis humanae, il laisse entendre que le choix du ralliement du chanoine Escher à la Fraternité était un « non-choix », il en veut pour preuve le fait qu’il a quitté le prieuré de Genève de la Fraternité.
Premièrement, concernant le chanoine Escher, son départ du prieuré de la Fraternité provient certainement des difficultés que ne peuvent que rencontrer les hommes d’Eglise formés dans le giron de l’Eglise conciliaire (eussent-ils appartenu à un ordre régulier) à mener une vie réglée comme celle qu’observent les prêtres de la Fraternité Saint Pie X. Ce départ témoigne du relâchement introduit par l’esprit du concile ( qui a permis la refonte des règles de nombreux ordres). A moins de disposer de preuves, il n’y a pas à se saisir de ce départ de l’abbé Escher du prieuré de Genève pour en conclure que l’abbé Escher n’adhère pas profondément à l’œuvre de la Fraternité Saint Pie X. C’est une manière de faire qui me semble tout à fait incorrecte.
Parler de Mrg Lefebvre en termes offensants, en le diabolisant est tout à fait gratuit et relève des procédés anti-catholiques que l’abbé Rimaz dénonce d’ordinaire. Toute la vie de Mrg Lefevbvre est une vie de dévouement pour l’Eglise, elle est celle d’un homme ayant fait face à ses responsabilités, d’un homme de piété, animée par le souci de son prochain et d’une charité de tous les instants. Quand l’abbé Rimaz aura accompli le dixième du millième que Mrg Lefebvre a fait pour la défense de la foi et sa transmission peut-être prendrai-je plus en considération ses attaques contre le fondateur de la FSSPX. Ne serait-ce que sur la question du moto proprio de Benoît XVIdu 7 du 7 2007, il est évident que sans l’œuvre de Mrg Lefebvre, jamais l’injustice faite à la foi par les plus hautes autorités de l’Eglise n’aurait été réparée.
Prétendre que la Fraternité n’a produit aucun théologien d’envergure est également d’une totale gratuité. Certes pour des esprits habitués aux formules sibyllines de la nouvelle théologie qui fait de l’opacité et de l’approximation la quintessence de la théologie, il y a de quoi ne plus s’y retrouver face à la rigueur toute thomiste des théologiens de la Fraternité. Depuis Vatican II et ses envolées romantiques, dignes par endroit des chanteurs de variété, la confusion a été introduite jusque dans l’enseignement des papes. Lorsque Jean Paul II affirme, par exemple, que «
l’ancienne alliance n’a pas été abolie », cela suscite peut-être le ravissement de ses groupies, mais c’est un enseignement erroné, en contradiction avec l’enseignement millénaire de l’Eglise.
Accuser la Fraternité d’être sous la coupe d’une mentalité complotiste, c’est peut-être une façon de donner des gages à la bienpensance médiatique pour qui le complotisme est la marque des esprits «
paranoïaques», mais, malheureusement pour l’abbé Rimaz, le complotisme a été consacré par les évangélistes ( si l’arrestation, le procès et le jugement du Christ ne résultent pas d’un complot de quoi résulte-t-il, je vous le demande ?); ce sont dans les Saintes Ecritures que les glorieux papes du XVIIIe, du XIXE et du XXe(les Clément XII, benoît XIV, Pie VI, Pie VII, Pie VIII, Grégoire XVI, Léon XIII, St Pie X, Pie XI) ont puisé pour situer dans une perspective théologique la grande apostasie des nations (dont l’abbé Rumaz déplore pourtant les fruits livrés à notre malheureuse jeunesse) et dénoncer la conjuration des sociétés secrètes qui la promouvaient, mettant en garde l’Eglise contre la volonté de ces mêmes forces de pénétrer l’Eglise et d’y introduire la subversion. Loin d’être un milieu mal informé, la Fraternité a l’immense mérite de ne pas détourner le regard et d’oser assumer ce qu’une partie des catholiques conciliaires non-modernistes n’osent pas regarder en face. De peur de voir fondre sur eux les accusations d’intégrisme, de fanatisme, de paranoïa venant de la doxa ?
Il y aurait donc eu excommunication et schisme selon l’abbé Rimaz à la suite des ordinations de 1988. Là aussi la question est traitée on ne peut plus superficiellement. Pour quelqu’un qui prétend que le sérieux n’est pas dans le camp de la fraternité faut-il en conclure que le sérieux se concilie avec les jugements à l’emporte pièce ? Toujours ce problème de la paille et de la poutre.
Il faut donc renvoyer l’abbé Rimaz à la thèse en droit canonique du Père Murray, qui n’est pas des rangs de la Fraternité Saint Pie X. Sa thèse a été soutenue à Rome avec les félicitations du jury. Sa conclusion devrait le faire réfléchir sur la question de l’excommunication de Mrg Lefebvre: «
L’examen des circonstances dans lesquelles l’archevêque Lefebvre a procédé à des consécrations épiscopales à la lumière des canons 1321, 1323 et 1324 élève pour le moins un doute significatif sinon une certitude raisonnable contre la validité de la déclaration d’excommunication prononcée par la Congrégation des Evêques. » L’article 1323 précise « « N’est punissable d’aucune peine la personne qui a agi forcée par une crainte grave, même si elle ne l’était que relativement, ou bien poussée par la nécessité ou pour éviter un grave inconvénient, à moins cependant que l’acte ne soit intrinsèquement mauvais ou qu’il ne porte préjudice aux âmes. » (Can. 1323 §4). Mais l’article 1324 introduit en plus une dimension subjective : il suffit que celui qui a commis un délit ait « cru » (putavit) se trouver dans les circonstances évoquées dans l’article 1323, qu’elle ait estimé être poussée à la nécessité. Le code de droit canonique a été promu par Jean Paul II et il n’a l’a pas amendé pour faire face à cette situation. Il est donc lié par lui. Murray précise«
Je dois répondre que le pape n’est pas lui-même canoniste ; et l’avis qui lui a été donné est celui qui a été publié dans l’Osservatore Romano, dans un communiqué disant que l’état de nécessité prévu dans le canon 1323 était inapplicable. Je pense que ses conseillers lui ont dit que Lefebvre n’avait pas le droit de faire appel aux canons 1323 et 1324. (…) Je pense que ses conseillers avaient tort car le cas Lefebvre est précisément un exemple montrant que, tandis que le vieux code était tout à fait clair, le nouveau est beaucoup moins rigoureux (…) »
«
Cependant, poursuit Murray, le Pape pouvait dire : “Oubliez ces canons. J’arrête que ces gens sont excommuniés par ma propre autorité, à moins qu’ils ne se soumettent dès demain à mon jugement. Mais le Pape n’a pas procédé de cette façon. Il a agi selon l’avis de ses conseillers et selon le droit canon en vigueur. (…) Et si les peines canoniques sont douteuses en ce qui concerne Lefebvre lui-même, alors elles sont au moins aussi douteuses en ce qui concerne les laïcs attachés à la Fraternité. »
Quant au schisme., le père Murray fait état des commentaires d’éminents spécialistes «
On distinguera avec soin le schisme de la désobéissance pure et simple. Un schisme suppose un refus de dépendance systématique et habituel » (P. Mattheus Conte a Coronata). « Le schisme serait caractérisé si le refus d’obéir s’attaquait à l’autorité en elle-même (…) lorsque quelqu’un rejette un précepte ou un jugement du pape prononcé dans l’exercice de sa fonction, ne le reconnaissant pas comme supérieur (…) » (P. Congar). « Il ne faut pas confondre schisme et désobéissance. Celle-ci est une simple transgression, du droit pontifical par exemple; celui-là est un rejet délibéré et volontaire de la communion, donc une rébellion » (Alphonse Borras)
Tout n’est pas aussi simple, en noir et blanc, que voudrait nous le faire croire l’abbé Rimaz. Nous sommes au cœur d’un débat de vérité qui exige le respect de ses opposants. La question de la Fraternité ne peut pas être traitée par-dessous la jambe, avec mépris et condescendance comme le fait trop souvent, à mon sens, l’abbé Rimaz, lui qui sur d’autres sujets est si pertinent. Les objections de la Fraternité sur les orientations doctrinales prises depuis Vatican II, son analyse de la crise dans l’Eglise sont très rigoureuses, produites par de grands théologiens.
J’en ferai la démonstration demain avec article traitant de la question de la
liberté religieuse.
ESCHATON