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Comprendre le harcèlement anticatholique par jejomau (2011-06-12 07:55:40)
L'analyse ci-dessous est interressante. Pour Mattew Hanley, la société est passé en quelques années d'une culture chrétienne en une culture ... qui ne l'est plus. Or c'était Karol Wojtyla déjà, comme prêtre puis évêque sous l’oppression communiste, qui avait compris que
c’était dans la culture qu’il fallait affirmer ce qui est juste pour l’humanité. Dans des récitations de théâtre clandestines ou des réunions à son domicile (les réunions publiques étaient surveillées), dans les célébrations de la messe dans les champs de Nova Huta (après que le district ait été délibérément laissé sans église), il attestait simplement et clairement la présence de Jésus Christ, et la dignité de la personne humaine dans la société, pour laquelle le Christ est mort.
La ligne de partage aujourd’hui est en réalité aussi claire. L'Eglise recherche "
des hommes et des femmes de prière, incarnations vivantes de la grâce et du courage, qui soient capables de libérer les abondants torrents de l’Esprit Saint sur cette maison divisée, et la rendre à nouveau profondément et manifestement Une" (
Bevil Bramwell, OMI)
Le harcèlement anti-catholique est une crise de culture
"Au cours des siècles, les Dominicains ont élaboré et mis au point une méthode honorable de réponse aux déclarations provocantes et souvent erronées : «
Ne déniez jamais, n’affirmez que rarement, faites la part des choses »... un conseil fructueux digne d’être suivi en cas de conflit ou de controverse.
S’abstenir de dénier les déclarations nous incite à trouver au moins une miette de vérité dans ce qui est proféré, c’est propice au respect, cela atténue le conflit, et laisse ouvert le dialogue. De même s’abstenir autant que possible de toute affirmation met à l’abri de conclusions hâtives ou trompeuses. C’est favorable à la recherche de la vérité par approfondissement de la question — ce qui nous incite à faire les bons choix.
La méthode semble bonne face aux harcèlements apparus récemment dans la presse. Bien sûr, les vieilles attaques n’ont pas disparu, mais de nouvelles méthodes ont récemment fait surface via les techniques modernes de communication. Quelqu’un peut désormais être atteint par SMS ou Facebook, ou être ridiculisé par Youtube. Qu’un grand nombre puisse n’importe quand, à l’abri de son portable ou de son clavier — relié à un tas de correspondants — , agresser aussi facilement, a centuplé la cruauté de cette antique et déplorable pratique.
Les victimes craignent moins le racket sur leur argent de poche que ces manifestations de harcèlement "
virtuellement" réelles. Une mère a bâti un personnage factice sur "MySpace" pour participer au harcèlement d’une camarade de sa fille ; cette pauvre adolescente n’a pas résisté, et s’est suicidée. Un autre exemple : un étudiant à l’Université de Rutgers s’est suicidé peu après la diffusion sur internet d’une vidéo le montrant comme homosexuel.
Plus que tous autres, semble-t-il, les cas concernant l’homosexualité ont induit les pires réactions. Ni Hillary Clinton, ni le Président Obama n’ont manqué de s’exprimer sur le cas Rutgers. Même sans être explicites, la plupart des informations sur les suicides provoqués par harcèlement sont en corrélation avec l’homophobie croissante, et les croyances religieuses sont la source principale du harcèlement homophobe. Ce qui, donc, apparaît comme relatif à la réprobation de l’homosexualité, lui colle une étiquette d’interdiction, de haine, de péril.
Il ne faut pas nier l’aspect tragique de ces cas, ni le devoir de condamner, décourager le harcèlement. Qu’il s’agisse d’enfants défavorisés, de rivalités amoureuses, d’homosexuels, le harcèlement reste inacceptable ; tous les humains méritent le respect et la protection de la loi — tout comme des conventions sociales — contre les agressions et les offenses. Nul ne semble le contester ; et ces anecdotes ont soulevé partout des sentiments d’horreur.
Mais si les croyances sont coupables, les mettre hors la loi résoudrait-il le problème du harcèlement ? L’explication d’une homophobie croissante sonne tout aussi creux. La référence aux cas d’homophobie a évolué d’une façon qu’on n’aurait pu prévoir voici quelques décennies. Par contre une violente animosité populaire semble ces derniers temps se tourner vers des cas "Bernie Madoff" de par le monde. Et une des nombreuses tragédies associées à cette affaire est le suicide du fils Madoff l’an dernier (j’ignore s’il était complice, et jusqu’à quel point). Mais personne ne plaidera pour que des comportements du style Madoff deviennent acceptables — à l’abri des reproches de tout le monde — afin d’éviter des suicides similaires à l’avenir.
Il faut bien faire des distinctions. Un effort authentique serait bien nécessaire pour faire cesser le harcèlement des milieux gays contre la religion. Les organismes catholiques pour l’adoption aux États-Unis et au Royaume Uni sont menacés dans leur activité en raison de leurs convictions religieuses.
— En Californie les partisans de la "
proposition N° 8" (
NDT : proposition populaire en vue d’annuler une sentence judiciaire qui interprète la constitution de Californie pour autoriser le mariage gay) font l’objet d’attaques incessantes en raison de leur attachement au mariage traditionnel.
— Un professeur d’université a été révoqué pour avoir exposé précisément la position de l’Église catholique sur l’homosexualité : un étudiant a déclaré que son cours était "
haineux". La carte de la haine fait partie de l’arsenal du jeu de harcèlement.
Benoît XVI avait vraisemblablement ces exemples (entre autres) à l’esprit en mettant récemment en garde contre le "
refus systématique" de la liberté religieuse qui refait surface actuellement. Les tentatives pour faire changer la position du Christianisme sur l’homosexualité sont, comme l’écrit Benoît XVI dans "
Lumière du monde", un exemple d’une religion abstraite, négative, élaborée tyranniquement pour être suivie par tous.
Notre obsession de la "tolérance" par-dessus tout, entendue comme "ne faire de peine à personne" a paradoxalement débouché sur l’abolition de la tolérance,
ce qui désormais "voudrait interdire à la foi chrétienne de s’exprimer en toute clarté".
En d’autres mots, l’épidémie actuelle de harcèlement ne concerne plus les adolescents homophobes mais les adultes "
progressistes", dont certains ont des situations grandement influentes, qui font le siège des idées et des institutions qu’ils détestent — et des personnes qui les défendent.
En ce sens, le harcèlement n’est pas tant une crise de santé mentale ou publique qu’une crise insidieuse de culture. Sur cette crise, Benoit XVI ne mâche pas ses mots : «
Je pense que nous devons cerner sans faille un tel danger. » Et comme le harcèlement doit être uniformément découragé, la dénonciation d’une forme de harcèlement — toute nécessaire — ne doit pas camoufler une autre forme envahissante de harcèlement"
Mattew Hanley

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De nos jours, le catholique "réfractaire" est devenu "un reproche vivant". par Scrutator Sapientiæ (2011-06-12 23:37:44)
[en réponse à 598366]
Bonsoir jejomau,
1. Le catholique "sympathique" peut encore être un objet d'attendrissement ou de curiosité : il arrive que les incroyants soient attendris par des catholiques "sympathiques" qu'ils rencontrent, et qui "y croient encore" (mais ne sont pas "contaminants" et sont donc "inoffensifs"), quand plus personne, dans l'entourage familial ou professionnel de ces incroyants, "n'y croit plus" depuis longtemps.
2. Mais le catholique "réfractaire", lui, le catholique qui se rend audible et visible, en tant que catholique ouvertement "réfractaire" à la mentalité ambiante et à la moralité dominante, est devenu un reproche vivant, et il arrive même que des catholiques "réfractaires" deviennent des reproches vivants pour des catholiques "sympathiques", au sein même de l'Eglise catholique ; nous devons être assez nombreux à en avoir fait l'expérience, parmi les liseurs qui s'expriment sur le FC...
3. Qu'est-ce qui fait de nous des reproches vivants ? En ces temps caractérisés par le relativisme et le subjectivisme, tout être humain qui croit encore en l'existence, en la réalité, de la vérité objective, irrécusable, irréfutable, et s'imposant à tout jugement à la fois relatif et subjectif, personnel ou collectif, tout être humain un tant soit peu honnête, dans l'ordre de l'honnêteté intellectuelle, s'expose au risque de devenir un reproche vivant, par exemple du point de vue de certains de ses collègues de travail, voire, parfois, du point de vue de certains membres de sa famille.
4. Le catholique "réfractaire" n'est pas un serviteur de la vérité objective comme les autres : il est un serviteur de la vérité objective au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit, qui plus est depuis l'intérieur de l'Eglise.
Nous savons que c'est l'adhésion au seul vrai Dieu qui constitue à la fois le fondement et l'horizon de l'adhésion à la vérité objective en matière religieuse, laquelle est la composante la plus menacée de la vérité objective.
Mais pour bon nombre de nos contemporains affranchis, ou plutôt asservis, par l'esprit du monde, tout cela fait donc quatre raisons de plus de nous considérer comme des reproches vivants, surtout quand ils constatent ou découvrent que tout cela, notre qualité d'adhésion à la vérité objective, nous fait prononcer des paroles et vivre d'une manière contrariante, dérangeante, non pour nous, mais pour eux.
5. Si l'on se livre à une analyse un tant soit peu théologique de l'histoire de la civilisation européenne occidentale, on se rend compte, avec un minimum d'objectivité, que le harcèlement anticatholique moderne a été LE principal motif et LE principal ressort de la philosophie des Lumières, de ses conceptions, de leur déploiement :
- le combat contre l'obscurantisme philosophique et théologique ;
- la lutte contre l'arriération des structures mentales, des pratiques morales et des structures sociales ;
- le combat contre un certain déficit d'utilisation des découvertes scientifiques ou des innovations technologiques ;
tout cela a constitué l'argument, l'occasion, mais aussi le prétexte, pour lancer, à peu près dès 1715, une véritable offensive générale contre le christianisme catholique, offensive à la tête de laquelle il y avait déjà, il faut bien le dire, la "gauche caviar" du siècle des Lumières, à commencer par Voltaire.
6. Tout cela pour dire quoi ? Eh bien, ceci : le harcèlement anticatholique contemporain est peut-être inédit, compte tenu des dispositifs utilisés, de l'importance des enjeux, de l'influence des acteurs et des idées, de l'intensité, parfois dramatique, de cette offensive quasiment quotidienne, mais il n'est pas si inédit que cela, au regard de ce que nous subissons, depuis bientôt trois siècles entiers.
7. Comment tout cela risque-t-il de se détériorer ? J'ai acquis la conviction absolue, mais j'essaie d'être un prophète de malheur qui espère avoir tort, que si cela continue comme cela, bientôt, on nous "psychiatrisera" ; pour l'instant, je ne "développe" pas cette idée.
Comprenez bien de quoi il s'agit : l'occupation des mentalités s'est avérée plus efficace, mais aussi plus insidieuse, que l'occupation des territoires, pour faire dire et faire faire aux êtres humains à peu près tout et n'importe quoi, c'est-à-dire ce que l'on veut qu'ils disent et fassent, mais aussi ce que l'on veut qu'ils taisent et ne fassent pas.
Il y a donc des "occupants", il y a des "collabos", et il y a des "occupés" ; parmi les "occupés",
- il y a une majorité de victimes consentantes, certaines d'entre elles ignorant à quel point elles sont victimes,
et
- il y a une minorité, mais une minorité grandissante, de victimes sacrifiées, sacrifiées sur l'autel du produire-pour-consommer.
Nous, nous faisons parti des "résistants" : nous ne sommes ni occupants, ni occupés, ni victimes, du moins, pas encore, mais nous ne sommes pas non plus des spectateurs attentifs ni des témoins passifs ; nous sommes, avec d'autres, y compris avec des non chrétiens, des "résistants".
8. Compte tenu de la lame de fond à laquelle nous nous efforçons de résister, c'est la moindre des choses que nous soyons harcelés ; le harcèlement anticatholique, c'est à la fois le signe que nous ne nous trompons pas de combat, y compris au sein même de l'Eglise, et, pour ainsi dire, un hommage du vice hédoniste à la vertu catholique.
9. La meilleure preuve du fait que les serviteurs catholiques de la vérité objective ne sont pas les seuls à êtres harcelés, c'est ce qu'il se passe dans le paysage intellectuel français, surtout depuis la sortie du livre intitulé "Le rappel à l'ordre", dans lequel un Professeur, quasiment en service commandé, en quelque sorte à la demande du "phare" de la pensée social-démocrate hexagonale, a établi une véritable liste de proscription, notamment contre des auteurs qui essaient, chacun à sa manière, peut-être imparfaite, sans doute perfectible, de saisir et de restituer, précisément, la vérité objective, dans tel ou tel domaine, sur telle ou telle matière.
10. Ce livre, paru quelques mois après le 21 avril 2002, a été le coup d'envoi du harcèlement "anti-objectiviste" dont les plus brillants d'entre eux sont depuis les victimes ; j'ai pris cet exemple là pour bien montrer dans quelle mesure c'est pour des raisons découlant avant tout d'une exigence d'honnêteté intellectuelle, et non avant tout d'une fidélité à une inspiration confessionnelle, que nous ne sommes pas les seuls à être soumis, aujourd'hui, à un véritable harcèlement.
11. Je viens d'essayer de rendre compte de ce qui, je le crois, constitue la racine du harcèlement anticatholique contemporain ; il est normal qu'au plus beau combat, en faveur de la liberté dans la vérité, correspondent les plus plus grands dangers : le risque de perdre sa sécurité, sa sérénité, certaines relations, son bien-être ou son confort, le risque de devoir déplaire, de devoir se fâcher, non pour le plaisir de déplaire, mais du simple fait que l'on aura accepté, que l'on se sera efforcé, de servir la vérité, la vérité objective, d'une manière à la fois authentique et explicite, radicale et spécifique.
12. La vérité objective, c'est le plus beau "point non négociable" qui soit ; en ces temps où presque tout est négociable, dans presque tous les domaines, étonnez-vous que ceux qui disent, d'une manière non inaudible ni invisible, que la vérité objective n'est pas et ne sera jamais négociable, étonnez-vous qu'ils soient harcelés, notamment dans ou par les médias ?
Bonne nuit à jejomau, et mille excuses pour cette tentative de contribution sûrement trop longue ; j'espère simplement ne pas être "hors-sujet", compte tenu du thème que vous avez (re)lancé.
Scrutator.

( 598533 )
Principe de plaisir + Culture de mort = pulsion de mort. par Scrutator Sapientiæ (2011-06-13 09:10:55)
[en réponse à 598517]
Bonjour hugues76,
1. Vraiment merci beaucoup pour votre message, et d'abord pour cette considération, pour ainsi dire, sur l'influence des structures mentales sur les formules verbales, qui permet en effet de comprendre dans quelle mesure Jean-Paul II est souvent difficile à comprendre, pour les Européens occidentaux.
Je me suis déjà fait la même réflexion en lisant Soljenitsyne, l'autre "géant slave" de la deuxième moitié du XX° siècle : il y a souvent, chez l'un et l'autre, une manière de formuler, de faire progresser la réflexion ou la narration, qui est à la fois circulaire et linéaire, "spiralée".
2. J'ai toujours pensé, à mon modeste niveau, qu'il y a quelque chose de réducteur dans la notion de culture de mort ; si l'occasion m'était donnée, mais je la saisis sur le FC, je parlerais plus volontiers de culture de prise de plaisir ET de mise à mort, non pour "corriger" l'expression de Jean-Paul II, mais parce que je crois que le monde actuel court à sa perte en recourant à ces deux jambes : Eros et Thanatos : l'idéalisation de la prise du plaisir et la réalisation de la mise à mort.
3. L'économiste Bernard MARIS a publié, il y a quelques années, un ouvrage intitulé : "Capitalisme et pulsion de mort", dans lequel il explique assez bien, en prenant appui sur Freud et sur Keynes, dans quelle mesure le capitalisme financiarisé est dynamisé par ce que l'on peut appeler la conjonction du principe de plaisir et de la culture de mort, ce qui fait qu'il n'est pas seulement dynamisé, mais qu'il est aussi dynamiteur, d'où cette notion de pulsion de mort.
4. La considération selon laquelle la notion de culture de mort est difficile compréhensible, notamment pour un Allemand, dans la mesure où la culture est une notion positive, et je le suppose, dans cet ordre d'idées, vivifiante, me plaît également beaucoup.
Observons un instant les rites et sites "culturels" d'embrigadement et d'endoctrinement "émancipateurs" mais fragilisateurs de nos contemporains, et nous y verrons se déployer la conception selon laquelle c'est l'inculture, la culture non enrichissante ni épanouissante pour la liberté intérieure, non nourrissante ni structurante pour l'esprit humain, celle qui ne rend pas exigeant, mais négligent, c'est l'inculture qui a une "valeur" positive, qui est une "vertu" vivifiante.
Encore merci pour votre message et bonne journée.
Scrutator.