Le Forum Catholique
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( 595257 )
Le problème de l'article 19 par Lux (2011-05-13 22:23:45)
19. Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Église universelle.
19. Christifideles celebrationem secundum formam extraordinariam postulantes, auxilium ne ferant neque nomen dent consociationibus, quae validitatem vel legitimitatem Sanctae Missae Sacrificii et Sacramentorum secundum formam ordinariam impugnent, vel Romano Pontifici, Universae Ecclesiae Pastori quoquo modo sint infensae. De Sacerdotibus idoneis (cf. Litterae Apostolicae Summorum Pontificum, art. 5 § 4)
Le nom "legitimitas" n'existe pas en latin classique. Seul l'adjectif existe, et a le sens de "fixé", "établi par la loi". Il est normal que ceux qui demandent la célébration de la messe grégorienne au titre du
Motu proprio reconnaissent la légitimité des institutions romaines et de la loi qui a promulgué le missel de Paul VI.
Mais, en française, la "légitimité" a aussi un sens dérivé : ce qui est légitime est justifié. En ce sens là (que ne manqueront pas de souligner nos évêques), qui peut aussi avoir existé en latin tardif (quelqu'un aurait-il quelques connaissance à ce sujet ?), il faudrait reconnaître le bien-fondé du missel de Paul VI pour obtenir l'application du
Motu proprio. Autrement dit, seule la théorie des "biritualistes" est valable. On ne peut émettre aucun réserve sur la nouvelle messe. Que faire de l'Institut du Bon-Pasteur qui a le droit de la critiquer ? Que faire de tous ceux qui, suivant le principe
lex orandi, lex credendi, se refusent à reconnaître un génie interne à la messe de Paul VI et continuent à penser qu'elle a été une catastrophe pour l'Eglise universelle ?
Autant de questions sans réponses. Avec une seule certitude : ceux qui, s'inscrivant dans le long combat pour la messe de toujours, savent d'où ils viennent et où ils faut aller, savent pourquoi cette messe est belle, pourquoi elle est catholique, pourquoi elle est infiniment moins ambigüe que la nouvelle, peuvent encore, ou même plus que jamais, être ostracisés. Il n'auront pas vu, pas compris le sens de l'histoire, les pauvres. Qu'ils payent.
Oremus !

( 595261 )
Les interventions du colloque par louisdefunes (2011-05-13 22:30:26)
[en réponse à 595257]
qui a lieu en ce moment à Rome apporteront certainement des éclairages à vos questions.
Pour ce qui est de la légitimité de la messe de Paul VI, cela vient du fait qu'elle est catholique.
Pour le reste, le Cardinal Ratzinger a suffisamment donné son point de vue sur sa fabrication pour que nous ne puissions douter des intentions qui président au motu proprio Summorum Pontificum.

( 595272 )
Comme diraient les canonistes... par Sacerdos simplex (2011-05-13 23:14:23)
[en réponse à 595257]
Il suffit de dire qu'elle n'est pas illégitime.
Mais qu'on lui préfère l'autre.
(procédé classique et très utile pour affiner un terme, de faire la négation de son contraire).
Cela devrait suffir pour balayer les éventuelles objections liées à l'article 19.

( 595275 )
“Dans la tragique nécessité de choisir” par Vianney (2011-05-13 23:53:25)
[en réponse à 595257]
Il est évident que le nouvel Ordo Missæ renonce en fait à être l’expression de la doctrine que le Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Et cependant la conscience catholique demeure à jamais liée à cette doctrine. Il en résulte que la promulgation du nouvel Ordo Missæ met chaque catholique dans la tragique nécessité de choisir.
Les motifs de saint Pie V étaient si graves que jamais en aucun autre cas ne paraît avoir été plus justifiée la formule rituelle et en l’occurrence quasi prophétique qui termine la Bulle de promulgation du Missel romain (Quo primum, 19 juillet 1570) : “Celui qui oserait porter la main contre cette oeuvre, qu’il sache encourir la colère du Dieu Tout-Puissant et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul.”
Source :
Bref examen critique.

( 595287 )
La question est la suivante : par Lux (2011-05-14 09:45:35)
[en réponse à 595275]
En pensant que ce que vous venez de citer est vrai, avez-vous le droit de demander l'application du Motu proprio ?
A coup sûr, beaucoup de nos charmants évêques vous répondront, sans ambages : non, allez voir ailleurs (on les poussera au schisme).

( 595297 )
Vous avez naturellement raison par Vianney (2011-05-14 11:04:00)
[en réponse à 595287]
En pensant que ce que vous venez de citer est vrai, avez-vous le droit de demander l'application du Motu proprio ?
Non, bien évidemment, et en ce sens, les “charmants évêques” dont vous parlez ont raison en ce qui me concerne. Aussi n’ai-je
jamais sollicité de leur part la moindre faveur.
De son vivant, le pape
Grégoire XVI écrivait déjà : “Nous pouvons le dire en toute vérité, c’est maintenant l’heure accordée à la puissance des ténèbres pour cribler, comme le froment, les enfants d’élection (Luc. XXII, 53).” Qu’écrirait-il à l’heure de (ce qui ressemble à s’y méprendre à) cette “révolution en tiare et en chape” qu’il a contribué à dénoncer ?
Quoi qu’il en soit, avec la permission divine, nous sommes à présent en pleine tourmente, et je suis à ce sujet de l’avis de
René Bazin : “les hommes utiles, dans les révolutions, sont
ceux qui ne leur accordent rien”.
V.

( 595315 )
Et pourtant... par Lux (2011-05-14 12:32:56)
[en réponse à 595297]
Il existe tout un courant de pensée qui a dénoncé dès le début les excès du concile, la messe de Paul VI et tutti quanti. Ce courant s'est, en 1988, douloureusement divisé entre ceux qui, à tort ou à raison, n'attendaient plus rien des évêques légitimes et qui en ont sacré pour les remplacer, et ceux qui, refusant de désobéir à Rome, à tort ou à raison, ont accepté les faveurs accrodées par le motu proprio Ecclesia Dei adflicta tout en refusant l'idée que la nouvelle messe et l'ancienne puissent être équivalentes, en refusant de restreindre le combat à la liturgie mais en rappelant que la liturgie exprimait la foi tout entière, en refusant d'éluder les contradictions entre magistère pré et post-conciliaire, en pardonnant mais en refusant d'oublier ce qu'il a fallu sacrifier pour sauver la Tradition. Jusqu'ici, Rome acceptait cette tendance : elle l'a confirmé quand elle a créé l'Institut du Bon-Pasteur, constitué de prêtres éminents qui n'ont jamais rien renié de leur combat pour la foi.
L'article 19 pourrait signifier que cette deuxième interprétation n'a désormais plus lieu d'être, qu'il faut soit être du côté de la FSSPX, soit du côté de ceux qui considèrent la messe de toujours comme le reflet d'une "sensibilité" particulière qui irait si bien avec toutes les autres. Je dis "pourrait". Je n'en suis pas sûr. Mais j'en ai bien peur. Parce qu'au lieu de faire la paix, cela renforcerait la guerre en fixant chacun dans son camp, sans ouverture possible. Les tentatives des Mgr Gherardini et autres Mattei seraient condamnées. Pour moi, c'était pourtant l'espoir.
Toutefois, ne divaguons pas : il est tout à fait possible que "légitime" veuille simplement dire conforme à la loi. On sait comme la communication du Vatican est catastrophique ; ce ne sera pas la première fois qu'ils n'auront pas pensé à un "détail".

( 595346 )
pas de surinterprétation par Luc Perrin (2011-05-14 15:02:17)
[en réponse à 595315]
L'article 19 est visiblement inspiré par une reprise d'une disposition de l'indult de 1984, légèrement atténuée puisque la "rectitude doctrinale" n'est pas recopiée.
La norme n°1 disait : "Qu’il soit bien clair que ces prêtres et ces fidèles n’ont rien à voir avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel Romain promulgué par le Pape Paul VI en 1970 et que leur position soit sans aucune ambiguïté et publiquement reconnue."
C'est une mise à distance, inamicale car assez gratuite et ne favorisant pas les discussions en cours, de la F.S.S.P.X. Un petit coup de griffe du lobby anti-tradi en dehors et au sein de la Curie, lobby qui a des voies de se faire entendre sous Benoît XVI comme sous le Bhx Jean-Paul II.
Toutefois vous surinterprétez le mot "légitimité" : il s'agit simplement de constater que juridiquement le pape Paul VI avait le droit, la "légitimité" de promulguer un nouveau missel, s'inspirant - bien que d'assez loin - des recommandations faites par Vatican II. Rien de plus.
Une fois encore Benoît XVI a officiellement reconnu l'abus de pouvoir papal de 1969 et surtout 1974 qui tendait à interdire totalement ou même obroger (1969) le missel de 1962. Rien de plus.
Cela ne me paraît vraiment pas un article décisif dans cette Instruction qui sent à chaque item les compromis et torsions dans deux sens opposés. Et au final apporte peu de progrès et un recul.

( 595352 )
Je suis complètement d'accord avec vous. par Lux (2011-05-14 16:10:59)
[en réponse à 595346]
J'adhère aussi à votre argumentation autour de l'exemple célèbre de la Vulgate, développé dans un autre fil de discussion.
J'ai simplement peur que les évêques ne se servent de cette Instruction pour surinterpréter, comme vous dites. Et que Rome ne les reprenne pas, laissant planer le doute sur ce que l'on a droit de dire, et de ne pas dire.

( 595370 )
Cher Luc Perrin par Chouan (2011-05-14 18:58:38)
[en réponse à 595346]
J'avais également à la lecture de l'article 19 fait le parallèle avec l'indult de 84... Qui comme l'a écrit un jour Jean Madiran, je transcris de mémoire, finalement ne s'adressait pas à grand monde...du moins pas à ceux auxquels il aurait du s'adresser (les tradis par nature mettant en doute la rectitude doctrinale du Novus Ordo...sinon ils y assisteraient comme les autres CQFD)...
Mais je ne partage pas votre lecture optimiste sur la "légitimité" qui serait celle de la "promulgation"...La légitimité peut être interprétée de manière plurivoque et c'est bien le problème. Cet article 19 est une arme de plus pour les évêques qui diront non aux "demandeurs" de mon point de vue
Cela étant je partage votre avis sur l'effet probablement limité de cette instruction

( 595477 )
Qualité de la lettre par Nemo (2011-05-15 20:14:46)
[en réponse à 595346]
Je vais encore plus loin que vous.
La lettre en question est mal écrite, contradictoire, floue, molle comme le dernier concile.
On est loin de la clarté des textes tridentins.
Il semble donc inutile de chercher des interprétations profondes à des textes écrits par des amateurs.
Je suis tout à fait d'accord avec ceux qui disent qu'il suffit de dire que la nouvelle messe n'est pas illégitime.
La cuisine de McDo n'est pas illégitime et on ne peut pour autant me forcer à l'aimer (je choisis mal mon exemple car je mange de temps en temps chez McDo sans dégoût).
Si on continue à examiner le texte avec une loupe, on pourra être surpris par :
22. In Dioecesibus ubi desint sacerdotes idonei, fas est Episcopis dioecesanis iuvamen a sacerdotibus Institutorum a Pontificia Commissione Ecclesia Dei erectorum exposcere, sive ut celebrent, sive ut ipsam artem celebrandi doceant.
22.Dans les diocèses sans prêtre idoine, les évêques diocésains peuvent demander la collaboration des prêtres des instituts érigés par la Commission pontificale Ecclesia Dei, soit pour célébrer, soit même pour enseigner à le faire.
Paragraphe idiot ou offensif ? Il est bien évident qu'un évêque dans son diocèse peut faire appel à n'importe quel prêtre en règle pour célébrer. Pourquoi le préciser ? A moins que ce ne soit pour montrer que quand il exste des prêtres idoines (diocésains ?) on ne peut deamander la collaboration des prêtres ED. C'est la technique parisienne.
Et puis il y a des textes typiquement Vatican II :
21. Ordinarii enixe rogantur ut clericis instituendis occasionem praebeant accommodatam artem celebrandi in forma extraordinaria acquirendi, quod potissimum pro Seminariis valet, in quibus providebitur ut sacrorum alumni convenienter instituantur, Latinum discendo sermonem8 et, adiunctis id postulantibus, ipsam Ritus Romani formam extraordinariam.
21.On demande aux ordinaires d’offrir au clergé la possibilité d’acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire. Cela vaut également pour les séminaires, où l’on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l’étude du latin, et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d’apprendre la forme extraordinaire du rite.
La traduction semble volontairement ignorer enixe (offrir vivement, avec force) et quod potissimum (qui vaut très particulièrement, avec force, pour les séminaires). Mais le adiunctis id postulantibus est un petit chef d'oeuvre (si des circonstances supplémentaires le demandent, traduit par exigences pastorales qui suggèrent, qui sent bon le concile Vatican II avec ses mutatis mutandis, toutes choses égales par ailleurs) qui vient détruire tout ce qui a été dit plus haut. Ca nous fait bien penser au latin et au grégorien tant vantés par Vatican II.
Arrivée aussi d'annonces de modifications au missel que des mains maladroites ne pourront s'empêcher de tripatouiller sans qu'aucune nécessité ne l'exige, de nouvelles préfaces...
On modifie aussi les rubriques de 1962 : désormais on ne dira plus l'intégrité de la messe en latin dans les messes basses, on pourra remplacer les lectures par des traductions françaises. En revanche, et on ne comprend pas bien pourquoi la messe basse diffèrerait de la messe chantée, on exige que l'épitre et l'évangile soient chantés en latin (ce qui est souvent oublié abusivement) à la messe chantée.
On officialise une pratique qui ne devrait pourtant être qu'exceptionnelle et accordée de ce fait par indult tant elle va contre le bon sens liturgique : faire suivre deux semaines saintes dans le même lieu.
Je ne reviendrai pas sur la bizarrerie de l'interdiction d'ordonner en rite traditionnel pour un ordinaire : on sent trop le politique dans une pratique qui n'était de toutes façons pas fréquente : il ne faut surtout pas qu'un évêque cède à la tendance de former des prêtres à la traditionnelle, c'est le privilège exclusif d'Ecclesia Dei. Dur pour le séminaire de Mgr Batut à Lyon.
Et nous sommes ravis de l'autosatisfecit romain de la note qui dit, pourquoi ne pas s'envoyer des fleurs, "Ce texte, une fois lu, donne l’impression d’un grand équilibre"... Sans blague ?

( 595411 )
Juste une considération générale. par Steve (2011-05-15 09:01:36)
[en réponse à 595257]
Etant tous disciples déclarés du même Messie qui aurait dit (entre tant d'autres choses) que ton oui soit oui, que ton non soit non...
On constate une fois de plus que, parmi les plus éminents disciples, on traduit facilement oui par "oui, mais" et non par "non, à moins que". Dans ce cas, comment pourrions-nous enseigner (la jeunesse et) les nations ?
Encore heureux que, selon le proverbe (portugais ?) : Dieu fait des lignes droites avec nos lignes courbes.

( 595469 )
Petite question autour de l'article 19 par Sénéchal (2011-05-15 19:05:04)
[en réponse à 595257]
A-t-on le droit dans le cadre de Summorum Pontificum de souscrire (pas seulement in petto mais aussi coram populo) au Bref examen critique?
Pour ma part il n'est pas question d'y renoncer.

( 595470 )
Vous avez bien résumé toute mon inquiétude. par Lux (2011-05-15 19:19:07)
[en réponse à 595469]
Jamais personne n'a répondu, argument par argument, au Bref examen critique.
On ne reconstruira pas la liturgie sans partir de ce document.