Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=594749
images/icones/hein.gif  ( 594749 )l'église, l'esclavage et ... le mensonge ? par jejomau (2011-05-10 09:49:00) 

Dans Wikipédia, article sur PIE IX on trouve cette phrase :

"En 1866, alors que la France a aboli l'esclavage depuis 18 ans, Pie IX signe une instruction du Saint-Office (7) qui le justifie encore :

« L'esclavage, en lui même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés... Il n'est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu'il soit vendu, acheté, échangé ou donné. »

Avec comme remarque en note (7):

(7) : cité par Jean Mpisi, Les papes et l'esclavage des Noirs - Le pardon de Jean-Paul II, L'Harmattan, 2008, p.85 ISBN 978-2-296-06082-1 On voudrait la référence du texte original!



Effectivement celà est-il juste ? Pie IX a-t-il dit ces mots concernant l'esclavage ? CAR beaucoup de papes condamnant l'esclavage avec excommunication . Pour rappel :

- Bulle de Pie II Magnum scelus (1462) condamne la traite et ordonne aux évêques de sanctionner ceux qui la pratiquent.

- Bulle de Paul III Veritas ipsa (1537) qui condamne l'esclavage de tout homme sans distinction de race et de religion.

- Urbain VIII, lettre au représentant du roi de Portugal en 1639 qui condamne à nouveau la traite des Noirs.

- Décision du Saint-Office identique en 1686.

- Grégoire XVI, qui passe pour le plus "réactionnaire" des papes du XIXe, a promulgué la condamnation solennelle de la traite des Noirs par la bulle In supremo apostolatus de 1839.
On lui doit, en 1837, la béatification de Martin de Porrès, le premier saint noir des Amériques.

(Je remercie d'ailleurs Luc Perrin pour toutes ces infos que j'ai collectés sur le site d'archives du F.C.)


Donc, queston : Pie IX peut-il dire, d'une part que l'esclavage "n'est pas contraire au droit naturel" et d'autre part avoir plusieurs pontifes condamnant celui-ci avec excommunication !?

OU alors avons-nous droit à une désinformation sur Wikipédia ? Et dans ce cas peut-on rectifier ce qui est écrit sur Wikipédia... et comment ?
images/icones/neutre.gif  ( 594755 )Je regarde par Adso (2011-05-10 10:47:05) 
[en réponse à 594749]

dans le livre de Y Chiron et reviens vers vous !
images/icones/neutre.gif  ( 594788 )Discussion intéressante par Meneau (2011-05-10 15:39:29) 
[en réponse à 594749]

Je ne sais pas si Pie IX a effectivement signé cette instruction du Saint Office, ou si elle existe réellement.

Mais en soi, la première phrase ne me paraît pas forcément dénuée de fondement. Ce que les papes ont condamné, c'est la traite "inhumaine" des êtres humains, et donc, de façon circonstancielle, les traites en vigueur à l'époque où ils s'y sont opposés.

La deuxième phrase, qui parle d'achat et de vente, paraîtrait plus discutable. Reste à savoir si Pie IX a bien dit cela, et dans quel contexte.

Mais je ne suis pas persuadé, effectivement, que toutes les formes d'esclavage (comme il se pratiquait par exemple chez les Romains, ou bien la privation de liberté imposée aux criminels de guerre ) soient en soi contraires à la loi naturelle. Certains esclaves romains étaient par exemple fort bien traités, et la Rome antique avait légiféré sur l'esclavage, et interdit les pratiques inhumaines, et par la suite abrogé le droit de vie et de mort du maître sur l'esclave.

Voir des articles intéressantes ici et ici. (en Anglais)

Cordialement
Meneau

images/icones/1i.gif  ( 594791 )je suis très perplexe sur ces "propos" par jejomau (2011-05-10 16:07:00) 
[en réponse à 594788]

que l'on fait tenir à Pie IX . Il faudrait donc déjà trouver cette phrase dont l'auteur nous dit ici qu'il l'aurait tenu . Dans quelle Bulle? dans quelle discours? etc....

Mais par ailleurs, si vous soulignez le Droit naturel qui n'irait déjà pas "en soi" contre l'eclavage (ce dont je doute à titre personnel, l'homme ayant "été créé à l'image de Dieu"..), il semble même que Pie IX entérine l'esclavage car ce serait un "Droit divin" !

Voilà les propos : « L'esclavage, en lui même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin"

images/icones/neutre.gif  ( 594801 )Nuance par Meneau (2011-05-10 17:09:40) 
[en réponse à 594791]

Pie IX ne dirait pas (au conditionnel) que l'esclavage est un droit divin, mais que certaines formes d'esclavage ne sont pas contraire au droit divin, ce qui est légèrement différent.

Si l'esclavage était automatiquement contraire au droit naturel ou au droit divin, alors St Paul, plutôt que d'exhorter les esclaves à être soumis à leur maître, devrait plutôt les encourager à se révolter.


5 Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et
dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ,
6 ne faisant pas seulement le service sous leurs yeux, comme pour plaire aux
hommes, mais en serviteurs du Christ, qui font de bon cœur la volonté de
Dieu.
7 Servez-les avec affection, comme servant le Seigneur, et non des hommes,
8 assurés que chacun, soit esclave, soit libre, sera récompensé par le
Seigneur de ce qu'il aura fait de bien.

9 Et vous, maîtres, agissez de même à leur égard et laissez là les menaces,
sachant que leur Seigneur et le vôtre est dans les cieux et qu'il ne fait pas
acception de personne.


Ephés, 6

Cordialement
Meneau

images/icones/2b.gif  ( 594893 )Sur cette base par 8Charly (2011-05-11 14:57:16) 
[en réponse à 594801]

Définition tirée de Wikipedia


L'esclavage est la condition sociale des esclaves, des travailleurs non libres et généralement non rémunérés qui sont juridiquement la propriété d'une autre personne et donc négociables (achat, vente, location, ...), au même titre qu'un objet ou un animal domestique. Au sens large, l'esclavage est le système socio-économique reposant sur le maintien et l'exploitation de personnes dans cette condition.

Défini comme un « outil animé » par Aristote (Éthique à Nicomaque, VI, chap. VIII-XIII), l’esclave se distingue du serf, du captif ou du forçat (conditions voisines dans l'exploitation) et de la bête de somme, par un statut juridique propre, déterminé par les règles (coutumes, lois, ...) en vigueur dans le pays et l’époque considérés. Ces règles fixent notamment les conditions par lesquelles on devient esclave ou on cesse de l'être, quelles limitations s'imposent au maître, quelles marge de liberté et protection légale l'esclave conserve, quelle humanité (quelle âme, sur le plan religieux) on lui reconnait, etc. L'affranchissement d'un esclave (par son maître ou par l'autorité du prince) fait de lui un affranchi, qui a un statut proche de celui de l'individu ordinaire.




Sur cette base il n'y a même pas lieu de savoir si de près ou de loin la condition d'esclave (propriété d'un autre personne) est ou non contraire au droit naturel.
La notion même d'esclavage est contraire à l'éthique chrétienne.

Droit naturel:

Au sens large, le droit naturel désigne toute recherche objective de normes de droit en fonction des seules caractéristiques propres à l'être humain, indépendamment des conceptions du droit déjà en vigueur dans les sociétés humaines. Juridiquement le droit naturel est une « règle considérée comme conforme à la nature (de l'homme ou des choses) et à ce titre reconnue comme de droit idéal »[1]. Le droit naturel s'oppose au positivisme juridique.

images/icones/neutre.gif  ( 594903 )Sur quelle base ? par Meneau (2011-05-11 16:19:33) 
[en réponse à 594893]

Curieuse définition que cette définition du droit naturel. La loi naturelle n'est pas une recherche, elle est inscrite dans la nature de l'homme. Il en est donc de même pour le droit naturel qui en découle.

Mais admettons.


Sur cette base il n'y a même pas lieu de savoir si de près ou de loin la condition d'esclave (propriété d'un autre personne) est ou non contraire au droit naturel.
La notion même d'esclavage est contraire à l'éthique chrétienne



Ceci n'est pas un démonstration. C'est un postulat que vous faites. Il vous resterait à démontrer pourquoi; à quel droit naturel s'oppose l'esclavage ? D'accord avec vous pour dire que la forme d'escalavage évoquée par Wikipedia est probablement opposée au droit naturel, mais il faudrait le démontrer.

Par contre, à l'époque de Pie IX, Wikipedia n'existait pas... Si Pie IX a effectivement signé les propos qu'on prête au Saint Office, alors il vous reste également à démontrer que lorsque qu'il écrit : "L'esclavage, en lui même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d'esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés," il parle précisément et exclusivement de cette forme d'escalavage définie par Wikipedia... ce qui me paraît impossible vu les termes employés.

Cordialement
Meneau
images/icones/1a.gif  ( 594988 )Esclavage par 8Charly (2011-05-12 11:17:53) 
[en réponse à 594903]

Cette discussion est très intéressante car elle possède plusieurs niveau de lecture :

Le mien qui consiste à m'appuyer sur la définition du mot esclavage qui induit la possession d'un être humain par un autre être humain. Cette possession, telle que je la comprends dans son acception la plus global, permet au possesseur de faire ce que bon lui semble de l'être qu'il possède (et qui est son prochain).

Un autre niveau de lecture autorise à penser que l'esclavage (i.e. détenir un droit de propriété sur un autre être humain) peut dans certain cas être conforme avec le droit naturel (droit inscrit dans la nature de l'homme). Cela est en pratique sans doute le cas : un propriétaire qui renonce à séparer une famille d'esclaves au moment d'une vente répond sans doute au droit naturel qui reconnait à l'esclave la possibilité d'élever une famille.
On peut effectivement penser que ce type de cas existe à un moment, dans des circonstances précises. Sans doute la pensée de Pie IX.


Cependant j'imagine mal aujourd'hui un pape tel Benoit XVI, reprendre cet argument sans rappeler que l'esclavage est d'abord et avant tout un scandale (un péché). D'ailleurs, l'Eglise Catholique est moteur dans la lutte contre l'esclavage.

A titre personnel cela me ferait mal d'entendre des catholiques se retrancher derrière les propos de Pie IX pour justifier même en partie l'esclavage.


images/icones/neutre.gif  ( 595001 )Le propos par Meneau (2011-05-12 13:46:12) 
[en réponse à 594988]

Nous sommes d'accord. Dans l'acception actuelle des termes, approuver d'une façon ou de l'autre l'esclavage serait inadmissible.

Mais le propos de Pie IX n'est pas utilisé par les catholiques pour défendre l'esclavage, mais par les détracteurs de l'Eglise catholique pour la conspuer : "voyez, les catholiques encouragent l'esclavage".

D'où l'importance pour le catholique :

- de savoir si oui ou non les propos qu'on prête à Pie IX ont été tenus. C'était la question initiale de jejomau, et nous n'avons toujours pas la réponse.

- s'ils ont été tenus, de connaître dans quel contexte et de savoir le cas échéant expliquer en quoi ils sont conformes à la morale. C'était l'objet de mon développement.

- idem pour les autres documents qu'on oppose souvent aux catholiques en la matière, entre autres Romanus pontifex de Nicolas V.

- enfin, de connaître l'ensemble des papes qui se sont opposés formellement à l'esclavage et l'ont condamné.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 610910 )La Chrétienté a toujours réprouvé l'esclavage. par Jean-Baptiste_49 (2011-10-12 16:13:18) 
[en réponse à 595001]

Bonjour.

En premier lieu, je pense que la Chrétienté a toujours été contre l'esclavage - même si l'Eglise est constituée d'hommes pécheurs; par exemple l'évêque qui fit brûler sainte Jeanne d'Arc !

Ce qu'il faut analyser, ce sont les principes.

L'auteur de ce lien
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pie_IX#Sur_l.27esclavage
se discrédite en négligeant sa source. Ce que l'on attend, c'est la référence précise de l'instruction du Saint-Office.

Le lien ci-après est très intéressant et montre combien la Chrétienté est le principe fondamental qui pousse les nations et leur prince à un peu plus d'humanité. La chrétienté apporte la civilisation.

C'est tout au long de son histoire que l'Eglise réprouve ou condamne l'esclavagisme (tacitement ou officiellement). Les hommes d'Eglise ne sont pas des "casseurs"; ils savent qu'on ne peut faire du bien que dans l'ordre (et non pas dans le désordre); ils convertissent bien plus souvent par la douceur, par la bonté, par la charité fraternelle. Saint Paul recommande aux esclaves la bonté, la charité envers leur maître (car la Charité doit habiter aussi dans le coeur des esclaves). Il n'était pas opportun de condamner "officiellement" les "esclavagistes" (c'est à dire presque tout le monde). On voit donc comment l'Eglise fait le bien dans la mesure de son pouvoir, de son influence.

Aux premiers siècles, les Romains considéraient la Chrétienté comme la "religion des pauvres et des esclaves".

En 49, saint Paul écrit son épître aux Galates dans lequel il dit : « il n'y a plus ni Juif ni Grec; il n'y a plus ni esclave ni homme libre; il n'y a plus ni homme ni femme: car vous n'êtes tous qu'une personne dans le Christ Jésus.»

En 441 : Le Premier concile d'Orange dans deux canons distincts, accorde l'asile aux esclaves et réprime ceux qui les poursuivent.

Dans la lettre "Unum est" aux princes de Sardaigne, vers septembre 873, le pape Jean VIII déclare que " l'esclavage de personnes humaines doit être aboli ".

Ailleurs, les coeurs français se réjouissent de lire : "En 1315,Édit royal du roi de France Louis le Hutin affirmant que selon le droit de nature, chacun doit naître franc. Officiellement, depuis cette date, le sol de France affranchit l'esclave qui le touche".

Notez la fin de ce lien où l'on voit que l'Islam est la religion qui a entretenu le plus longtemps l'esclavage. 1980 : la République islamique de Mauritanie est le dernier pays à abolir l'esclavage (et qui semble encore aujourd'hui avoir quelque difficulté à résoudre ce problème).

Voici le lien :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27esclavage
images/icones/ancre2.gif  ( 610972 )Oui et non... par Paterculus (2011-10-12 22:49:27) 
[en réponse à 610910]

Ce que l'Eglise a toujours réprouvé, c'est la réduction en esclavage d'un chrétien.
Aux actes que vous citez à l'actif des chrétiens dans la lutte contre l'esclavage, j'ajoute l'interdiction par la reine Sainte Bathilde, ancienne esclave, des marchés d'esclaves (c'était au temps de Saint Eloi).
Mais à partir de la fin du Moyen-Âge, les chrétiens se sont de plus en plus inspirés du droit et de la culture de l'Antiquité, sans plus les critiquer suffisamment selon la Révélation. Voyez ce qu'en disait Régine Pernoud à propos du statut de la femme.
Pour justifier l'esclavage, on s'est ensuite retranché derrière deux autorités : Saint Paul et Aristote.
Quand Saint Paul ne condamne pas systématiquement l'esclavage, c'est à une époque où on ne pouvait l'abroger sans provoquer un bouleversement tel que ni les anciens maîtres ni les anciens esclaves n'en auraient retiré le moindre bénéfice. On en a tiré argument pour tolérer l'esclavage et la traite des Noirs.
De même, Aristote remis à la mode par Saint Thomas d'Aquin, considérait que certains étaient naturellement destinés à être esclaves. Mais Saint Thomas critiquait Aristote selon la Révélation, ce qui n'était plus le cas de certains théologiens des époques suivantes auxquels se référaient les esclavagiste du commerce triangulaire.
Les condamnations de ce commerce par les Papes existent, mais elles n'ont guère eu d'effet, en raison des éléments ci-dessus, mais aussi en raison d'une certaine casuistique qui exemptaient le troisième possesseur d'un esclave de chercher si les raisons de sa réduction en esclavage étaient justes.
Pardonnez-moi de ne pas vous fournir de référence, je suis loin de ma bibliothèque, mais vivant depuis trois ans (et pour quelques jours encore) dans un pays qui fut appelé "Côte des Esclaves", j'ai eu à me pencher sur le sujet : voyez ici et .
Cependant, malgré les faiblesses des chrétiens de ces époques, il faut reconnaître que le mouvement abolitionniste n'a pas d'équivalent en dehors du monde chrétien.
Votre dévoué Paterculus
images/icones/livre.gif  ( 610934 )Définition en 1866 par Thomas (2011-10-12 18:19:09) 
[en réponse à 594903]

Le Littré est intéressant en ce qu'il date précisément de l'époque à laquelle est écrit ce texte (ouvrage été publié à partir de 1863, puis dans sa deuxième édition en 1872-1877).

Voilà ce qu'il donne pour le terme esclavage :

ESCLAVAGE
(è-skla-va-j') s. m.


État d'esclave dans l'antiquité. L'esclavage chez les Grecs et chez les Romains. Emmener, réduire en esclavage des femmes, des enfants.
On ne croirait jamais que c'eût été la pitié qui eût établi l'esclavage, MONTESQ. Esp. XV, 2.
Je ne vous demande que la liberté d'une jeune esclave de Babylone que vous avez depuis quelques jours ; et je consens de rester en esclavage à sa place, si je n'ai pas le bonheur de guérir le magnifique seigneur Ogul, VOLT. Zadig, 18.
État d'esclave chez les modernes. L'esclavage des nègres.
Le cri pour l'esclavage est le cri du luxe et de la volupté, et non pas celui de l'amour de la félicité publique, MONTESQ. Esp. XV, 9.
L'esclavage est d'ailleurs aussi opposé au droit civil qu'au droit naturel ; quelle loi civile pourrait empêcher un esclave de fuir ? MONTESQ. ib. XV, 2.


Par extension, assujettissement, dépendance. Être en esclavage sous un despote.
Gouverner les peuples contre leur volonté, c'est se rendre très misérable pour avoir le faux honneur de les tenir dans l'esclavage, FÉN. Tél. VIII.
Ce serait mettre les familles dans le plus rigoureux esclavage, FÉN. ib. XXIII.
L'esclavage politique établi dans le corps de l'État fait que l'on sent peu l'esclavage civil, MONTESQ. Esp. XV, 13.
Dans les climats où les femmes vivent sous un esclavage domestique, il semble que la loi doive permettre aux femmes la répudiation, et aux maris seulement le divorce, MONTESQ. ib. XVI, 15.
À peine Jérusalem jouit-elle de quelque ombre de liberté, qu'elle fut déchirée par des guerres civiles, qui la rendirent, sous ses fantômes de rois, beaucoup plus à plaindre qu'elle ne l'avait jamais été dans une si longue suite de différents esclavages, VOLT. Dict. phil. Juifs.


Fig. Ce qui assujettit, subjugue. L'esclavage des passions.
Je ne hais point la vie et j'en aime l'usage, Mais sans attachement qui sente l'esclavage, CORN. Poly. v, 2.
Je brise avec honneur mon illustre esclavage, CORN. Rodog. III, 3.
Il vous dégage des passions.... qui sont les sources de vos péchés.... si vous en aimez l'esclavage, BOURD. Avent, Pénit. 482.
Vous vivez dans l'esclavage du péché et vous y mourrez, BOURD. 8e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 135.
Mais si, par d'autres soins plus dignes de mon âge, Par de profonds respects, par un long esclavage, RAC. Baj. III, 2.
L'esclavage de la rime, la gêne, la contrainte qu'elle impose.
Ce qui laisse peu de liberté, de loisir. Cet emploi est lucratif, mais c'est un esclavage.


Terme de gravure. Manière gênée, taille qui n'est point quittée à propos.


Sorte de chaîne, ordinairement ornée de diamants ou de pierres précieuses, qui descend sur la poitrine en demi-cercle, dite ainsi parce qu'on la compare à la chaîne portée par l'esclave.
Il portait un chapeau pointu retroussé d'un gros diamant, et un esclavage de perles et de rubis au lieu de carcan, HAMILTON, Le bélier, au commencement.


Ancien terme de négoce. Le droit qu'une compagnie de marchands avait seule de vendre et d'acheter certaines marchandises.

REMARQUE
M. de Malherbe disait et écrivait esclavitude, et ne pouvait souffrir esclavage ; néanmoins esclavage est beaucoup plus usité que l'autre, VAUG. Rem. t. II, p. 681, dans POUGENS.

ÉTYMOLOGIE
Esclave.


On peut remarquer au passage :
- que sont abondamment cités les moralistes encyclopédistes du XVIIIe siècle
- que Malherbe pourrait avoir inspiré Ségolène Royale.

Mais puisque le terme est étymologiquement construit sur celui d'« esclave », il est nécessaire de s'intéresser aussi au sens de ce mot.

ESCLAVE
(è-skla-v') s. m. et f.


Celui, celle qui est sous la puissance absolue d'un maître, par achat, par héritage ou par la guerre. Délivrer, racheter des esclaves. Platon vendu comme esclave. Le trafic des esclaves à la côte d'Afrique.
On trouve la sainteté dans les emplois les plus bas, et un esclave s'élève à la perfection dans le service d'un maître mortel, pourvu qu'il y sache regarder l'ordre de Dieu, BOSSUET, le Tellier.
De mon rang descendue, à mille autres égale, Ou la première esclave enfin de ma rivale, RAC. Baj. v, 4.
Aristote veut prouver qu'il y a des esclaves par nature ; ce qu'il dit ne le prouve guère, MONTESQ. Esp. XV, 7.
Les Athéniens traitaient leurs esclaves avec une grande douceur ; on ne voit point qu'ils aient troublé l'État à Athènes, comme ils ébranlèrent celui de Lacédémone, MONTESQ. ib. XV, 17.
Chaque nation européenne a une manière de traiter ses esclaves qui lui est propre : l'Espagnol en fait les compagnons de son indolence ; le Portugais, les instruments de ses débauches ; le Hollandais, les victimes de son avarice, RAYNAL, Hist. phil. XI, 22.
Il est prouvé que quatorze ou quinze cent mille noirs, aujourd'hui épars dans les colonies européennes du nouveau monde, sont les restes infortunés de huit ou neuf millions d'esclaves qu'elles ont reçus, RAYNAL, ib.
Les esclaves de tout âge, de tout sexe et de toute nation sont un objet considérable de commerce dans toute la Grèce, BARTHÉL. ch. 6.

Terme de droit romain. Esclaves de la peine, ceux qui étaient condamnés à travailler dans les mines, ou à combattre des animaux féroces pour divertir le peuple.

Par extension.
Esclave couronnée, Je partis pour l'hymen où j'étais destinée, RAC. Mithr. I, 3.
Ce n'est donc point, Ismène, un bruit mal affermi ? Je cesse d'être esclave et n'ai plus d'ennemi, RAC. Phèdre, II, 1.

Fig.
Il [un livre] est esclave né de quiconque l'achète, BOILEAU, Sat. IX.
La rime est une esclave et ne doit qu'obéir, BOILEAU, Art p. I.


Celui qui est soumis à une domination étrangère, à un gouvernement despotique.
Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis ? RAC. Esth. III, 4.
Quand l'esclave imprudent pour ses maîtres combat, Tout son sang prodigué se répand sans éclat, C. DELAV. Vêpres sicil. I, 2.
D'anciens Gaulois, pauvres esclaves, Un soir qu'autour d'eux tout dormait, Levaient la dîme sur les caves Du maître qui les opprimait, BÉRANG. Escl. gaulois.

En esclave, à la façon des esclaves, servilement.
Je prétends n'être point obligée à me soumettre en esclave à vos volontés, MOL. G. Dandin, II, 4.
Le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéir aux serments, RAC. Baj. III, 3.


Dominé par, assujetti à.
Vous seriez devenu, pour avoir tout dompté, Esclave des grandeurs où vous êtes monté, CORN. Cinna, II, 1.
Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne.... Pour vivre des enfers esclave infortunée, CORN. Poly. IV, 3.
Père dénaturé, malheureux politique, Esclave ambitieux d'une peur chimérique, CORN. ib. v, 6.
Vil esclave toujours sous le joug du péché, Au démon qu'il redoute il demeure attaché, BOILEAU, Épît. XI.
Triste destin des rois, esclaves que nous sommes Et des rigueurs du sort et des discours des hommes, RAC. Iphig. I, 5.
Esclave d'une lâche et frivole pitié, RAC. Athal. II, 7.
L'empereur soupçonneux, esclave de son rang, CAMPISTRON, Andron. I, 8.
Plus une âme mondaine est esclave de ses passions, MASS. Car. Respect hum.
Elle n'en est pas moins l'esclave des vanités d'Égypte, MASS. ib. Prosp.
J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux, Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux, VOLT. Zaïre, I, 1.
Mais le reste du monde, esclave de la crainte, VOLT. Alz. I, 1.
En arrivant à la cour, il se vit entouré une seconde fois des esclaves de la faveur, CONDORCET, Maurepas.

Être esclave de sa parole, tenir religieusement la promesse qu'on a faite.
Être esclave de son devoir, l'accomplir scrupuleusement.
Tout cela part d'un coeur toujours maître de soi, D'un héros qui n'est point esclave de sa foi, RAC. Andr. IV, 5.


Qui est volontairement asservi aux volontés de quelqu'un.
Tous les hommes vivants sont ici-bas esclaves ; Mais, suivant ce qu'ils sont, ils diffèrent d'entraves, RÉGNIER, Sat. III.
Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu ? LA BRUY. VIII.
Les hommes veulent être esclaves quelque part et puiser là de quoi dominer ailleurs, LA BRUY. ib.
Vous exigez que vos esclaves vous servent avec tant de respect, MASS. Car. Temples.
Diderot s'est fait esclave des libraires, et est devenu celui des fanatiques, VOLT. Lett. à d'Alembert, 15 oct. 1759.
Je ne désire pas des amis ; il ne me faut que des dupes et des esclaves, GENLIS, Veillées du chât. t. III, p. 381, dans POUGENS.

Dans le langage de la galanterie, amant et serviteur d'une dame.
Je ne souffrirai point qu'Hypsipile me brave, Et m'enlève ce coeur que j'ai vu mon esclave, CORN. Tois. d'or, IV, 3.
Une aventure me fit voir la charmante Élise ; cette vue me rendit esclave de ses beautés, MOL. l'Avare, v, 5.
Mais enfin je ne puis.... .... esclave d'un coup d'oeil Par des soumissions caresser son orgueil, VOLT. Alz. I, 1.


Qui n'a aucun moment de libre. Cet emploi le rend esclave. Les domestiques sont esclaves dans cette maison.


Adj. Les nègres esclaves.
Ô malheureuse et respectable reine, comment vous retrouvé-je en ce lieu écarté, vêtue en esclave et accompagnée d'autres femmes esclaves qui cherchent un basilic pour le faire cuire dans de l'eau rose par ordonnance du médecin ? VOLT. Zadig, 1.

Fig. Avoir une âme esclave, avoir une âme vile et basse.
Par extension. Qui obéit comme ferait un esclave.
Sylla peut en effet quitter sa dictature ; Mais il peut faire aussi des consuls à son choix, De qui la pourpre esclave agira sous ses lois, CORN. Sertor. IV, 3.
L'air tient les vents tous prêts à suivre sa colère [de Médée] ; Tant la nature esclave a peur de lui déplaire, CORN. Méd. III, 1.
Il est beau d'étaler cette prérogative Aux yeux du Rhône esclave et de Rome captive, CORN. Sert. IV, 2.

HISTORIQUE
XIIe s.
Qui estoit franc est devenu esclave, Machab. I, 2.
XIIIe s.
Et qui cele rançon ne porroit paer, si seroit esclas, Hist. occid. des croisades, t. I, p. 89.
Quant Seif Eddin ot les mil esclaz, ib. p. 97.
L'on se peut clamer par l'assise de esclaf ou de esclave qui est mesel [lépreux] ou meselle, ou qui cheit dou mauvais mau [épilepsie], Ass. de Jér. I, 129.
XIVe s.
Le royaume de Rome estoit abandonné non pas seulement à gens estranges et pelerines, mes encores à serfs et à esclaves, BERCHEURE, f° 20, verso.
Voulons que lesdits Cathelans qui vouldront venir en nostre dit royaume le puissent faire seurement et sauvement avec leurs femmes, enfans, serviteurs, esclaux [valets], esclaves, bagues, joyaulx, Ordonn. avril 1486.

ÉTYMOLOGIE
Provenç. esclau, s. m. ; esclava, s. f. ; espagn. esclavo ; portug. escravo ; ital. schiavo ; allem. Sclave ; angl. slave ; de slavus ou sclavus, Slave, nom de peuple, qui fut employé pour désigner un serf après les guerres qu'Othon le Grand et ses successeurs firent aux peuples slaves et dans lesquelles une partie de ces peuples furent emmenés en captivité, distribués aux guerriers de l'empire d'Allemagne et réduits en servitude. Un très grand nombre de Slaves étant devenus serfs, le mot de slave fut employé pour synonyme de serf. Les premiers exemples de l'usage de slavus en cette signification remontent au Xe siècle ; voy. GUÉRARD, Polyptyque d'Irminon, I, 283.


Voilà quelques éléments. Je suivrai cette discussion avec intérêt, mais ne suis pas compétent pour l'alimenter.

Thomas
images/icones/carnet.gif  ( 610931 )Autre source d'information par Thomas (2011-10-12 17:56:13) 
[en réponse à 594749]

Je sais bien que, vu l'origine des informations, elles sont sujettes à caution et méritent d'être vérifiées, mais cette compilation peut donner une bonne base d'étude.

Thomas