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images/icones/livre.gif  ( 594205 )Apologie pour l’Église de toujours par R.-Th. Calmel, O. P. Itinéraires n°152 par Diafoirus (2011-05-04 11:28:54) 

Apologie pour l’Église de toujours par R.-Th. Calmel, O. P.

II. – Une Église définitive

Le Seigneur a fondé son Église non comme une institution religieuse provisoire, promise à des transformations successives jamais achevées, mais comme la société définitive du salut, constituée une fois pour toutes avec ses pouvoirs de faire le culte de la loi nouvelle et d’apporter aux hommes la grâce et la vérité ; surtout avec la charité dérivée de la croix et des sept sacrements ; la charité qui sera ardente dans son cœur jusqu’à la Parousie et pour toute l’éternité. Par ailleurs l’humanité que l’Église a mission de convertir et de sauver n’est pas le jouet d’un devenir sans forme et sans fin ; elle se développe sans doute, mais elle ne connaît de croissance vraie qu’en se réglant sur certaines lois et à l’intérieur de certaines limites. Qu’elle méprise ces lois – disons ce droit naturel – qu’elle essaie comme le monde moderne de faire craquer ces limites, c’est alors le chaos, la désolation, une régression épouvantable.
Nous entrevoyons par là que c’est non seulement la perfection de son origine divine qui impose à l’Église d’être définitive et non mutante, mais encore la stabilité des caractères propres de l’espèce humaine qu’elle a mission et pouvoir d’illuminer et de sauver.
Ainsi l’Église du Christ, l’Église catholique, la seule Église véritable ne peut annoncer aux hommes la vérité surnaturelle qu’en acceptant les lois propres de l’esprit humain pour définir et transmettre la vérité. De même ne peut-elle communiquer la grâce par des signes sacrés qu’en acceptant les lois de la signification qui existent dans les sociétés humaines, donc en veillant à ne pas livrer ces signes au pur arbitraire individuel. Enfin l’Église ne pourrait se dire une société si elle était régie par une constitution qui méconnaîtrait les exigences de loyauté et de justice propres à toute société humaine normale. C’est dire que sa constitution, toute surnaturelle qu’elle soit, trouve son analogie dans le régime honnête des sociétés terrestres et non pas dans un régime révolutionnaire de mensonge et de tromperie.

*

Évidemment l’Église grandit et se développe ; elle explicite les dogmes, elle enrichit parfois la liturgie, elle fait naître chaque jour de nouveaux saints ; mais elle se développe in eodem sensu (Note)[Saint-Vincent de Lérins, Commonitorium, largement cité dans le très utile petit livre de Journet : Le Dogme Chemin de la Foi (Fayard éditeur) surtout au chap. VI : La vie du dogme. ] dans le même sens et dans la même ligne.

Ainsi la graine de sénevé devient-elle un arbre immense, capable d’abriter dans ses rameaux sans nombre la foule des passereaux quand se déchaîne l’ouragan furieux ; mais enfin l’arbre immense reste toujours du sénevé. – Il n’y a pas, il n’y aura pas d’Église nouvelle. Les absurdes rêveries postconciliaires ou les manœuvres modernistes perverses ne changeront rien à cela. Toute église qui se voudra nouvelle, qui se contredivisera comme le fait l’église aggiornamentée à l’Église des vingt premiers Conciles ne sera rien d’autre qu’une pseudo-église.

Mais considérons maintenant de plus près quelques traits majeurs de la permanence de l’Église, quelques manifestations plus marquantes de son grand caractère de stabilité.

*

Je l’ai déjà dit en des études antérieures ( Note : [Tous mes articles d’ITINÉRAIRES de l’année 1970..] ) : la fixité du rite est nécessaire pour maintenir la validité du sacrement.

Je dis la fixité du rite, je ne dis pas sa rigidité, parce que dans l’ordre de la grâce, plus encore que dans celui de la nature, si les lois sont fixes, elles ne sont pas rigides :
Car la vie intérieure et la sacramentelle
N’est point une entreprise ingrate et contractée…


Mais enfin si la fixité laisse un certain jeu dans le formulaire, la langue et les gestes, ce jeu est limité et, de plus, il est sévèrement mesuré sur le sacrement lui-même, selon la configuration que lui donna pour jamais l’institution du Verbe de Dieu Rédempteur. Or cette fixité non rigide, cette organisation ferme sans raideur, pour les gestes, l’idiome, le formulaire a été trouvée dès les premiers siècles chrétiens ; depuis lors elle se transmet fidèlement, sans dureté ni caporalisme, par une Tradition assistée du Saint-Esprit et gouvernée par le Magistère. Les responsables de l’anarchie de la nouvelle messe ont trouvé bon de passer outre ; ils envoient promener latin, formules et attitudes. Par des manipulations sans franchise et dont il est malaisé de déterminer la valeur juridique [Voir par exemple le Témoignage de l’Abbé Dulac, ITINÉRAIRES de septembre-octobre 1970]( ), ils changent les attitudes de la Messe au point que l’assemblée prend une allure de ministre principal et que le prêtre est réduit à n’être plus qu’un assistant pareil aux autres ou de peu s’en faut ; quant au formulaire, il est si bien transformé que les luthériens en sont ravis. Les résultats de cette mutation des rites ne se sont pas fait attendre ; l’expérience désastreuse poursuivie imperturbablement depuis le début du présent pontificat fournit la preuve a contrario que la validité du sacrement institué par Dieu est intimement liée à la stabilité du rite élaboré par l’Église. Que faire ? Puisque le présent pontificat par ses innovations inouïes met en cause la Messe, le prêtre qui croit à la Messe mettra en cause sur ce point capital les innovations du présent pontificat.

*

Des sacrements venons-en aux dogmes de la foi. Les formules, entièrement homogènes à l’Écriture Sainte et à la Tradition, en furent précisées, rigoureusement délimitées, pour mieux parer aux glissements ou aux déformations des hérésiarques :
le Fils CONSUBSTANTIEL au Père, et non pas semblable, comme cela se passe parmi les hommes, où le fils est seulement semblable au père et non un seul être avec lui ; – MARIE MÈRE DE DIEU et non pas, en tout et pour tout, mère du Christ, comme si le Christ n’était pas vrai Dieu, seconde personne de la Trinité incarnée pour notre salut ; – pour le Christ, DUALITÉ DES NATURES DANS L’UNITÉ DE LA PERSONNE ; non pas dualité de personnes reliées par union mystique, et pas davantage unité personnelle par mélange et confusion des natures, mais union harmonieuse des natures en vertu de l’assomption de l’humanité par le Fils de Dieu ; union telle que la nature humaine est rem¬plie de grâce et de vérité et qu’elle est élevée à la dignité d’instrument conjoint de la divinité ; – LA JUSTIFICATION DE L’ÂME réalisée non par une imputation extrinsèque, mais par une vivification surnaturelle qui atteint le recès le plus intime de la liberté en vertu d’une grâce, guérissant et élevante ; – LES SACREMENTS SIGNES SACRÉS PORTEURS DE GRACE, AGISSANT EX OPERE OPERATO, et non pas simplement gestes pieux qui excitent la ferveur ; – LE PÉCHÉ ORIGINEL défini comme étant une faute réellement commise à l’aurore de notre histoire par le seul premier homme et transmise par la génération à tous ses descendants, Notre-Dame exceptée ; – la présence du Christ dans l’Eucharistie consistant en une présence réelle par TRANSSUBSTANTIATION ; – la Messe réalisant un VRAI SACRIFICE, et le même que celui de la croix, en vertu de l’identité de la victime et de l’identité du prêtre… – Ces formulations rigoureuses de la foi dont j’apporte ici quelques exemples sont rendues plus rigoureuses encore par l’adjonction d’anathématismes. Ainsi le réclame la nature de l’esprit humain. Si en effet l’expression des mystères révélés demeurait floue, indécise, susceptible de multiples interprétations, comment échapper aux déviations, c’est-à-dire aux hérésies ? Et d’autre part, puisque la foi engage notre vie et notre salut éternel, comment engager notre vie sur de l’à-peu-près, pour le temps d’ici-bas et pour l’éternité tout entière ? – Nettes et précises, et rendues plus précises encore par les canons et les anathèmes, les définitions de foi sont irréformables. Ce qu’elles présentent à notre esprit, ce qu’elles proposent à notre assentiment n’est rien d’autre que la Révé¬lation définitive apportée aux hommes par notre Sauveur omnia quaecumque audivi a Patre meo nota feci vobis (Note)[Tout ce que j’ai entendu auprès du Père je vous l’ai fait connaître (Jo. XV, 15).].

Si les définitions étaient réformables c’est, ou bien que la Révélation qu’elle traduisent serait elle-même sujette à des Réformes et non définitive, ou bien que l’explicitation procurée par ces définitions ne serait pas homogène au donné révélé ; mais l’une et l’autre hypothèses sont fausses.

Dire, ce qui est vrai, que les définitions de la foi se sont explicitées au cours de l’histoire de l’Église, ce n’est pas dire, ce qui est faux, qu’elles sont réformables. Car elles se sont explicitées en développant leur signification in eodem sensu, in eadem sententia, non en substituant une signification à une autre. Quand vous voyez la rose s’épanouir aux premiers souffles d’avril ou de mai, vous ne dites pas que la rose se réforme ; et si le raisin en fleur, si fragile et si tendre dans les douces mati¬nées printanières, devient une lourde grappe aux derniers jours d’été, ce n’est point parce que le cep serait réformable, c’est parce qu’il est vivant. Ainsi de l’explicitation des dogmes au cours des âges : dogme de la Trinité et de l’Incarnation ; doctrine relative à la chute originelle, au Saint-Sacrement ou à la Vierge Marie. La tradition transmet, elle explicite quelquefois, jamais elle ne transforme. La Tradition transmet des mystères tout ce qu’il y a de plus nets et de moins fuyants d’où la netteté tranchante des formules qui expriment le donné révélé et des anathématismes qui ferment la porte aux interprétations hérétiques. La Tradition transmet l’immuable et plénière vérité divine, la Révélation divine surnaturelle et totale (Note)[Sur cet aspect de la Révélation je me suis longuement expliqué dans Théologie de l’Histoire (ITINÉRAIRES, numéro 106 de septembre-octobre 1966). ],

à la raison humaine qui reste elle-même immuable comme notre nature ; je ne dis pas qu’elle reste immobile, incapable de progrès ; je dis immuable dans ses intuitions premières et la saisie des principes fondamentaux.

Voilà pourquoi d’ailleurs les vocables et les concepts que la Tradition assume, surélève, rend ductiles aux mystères surnaturels, sont les concepts et les vocables saisis d’emblée par notre esprit, les concepts et les vocables du sens commun (Note)[Les théologiens qui nous rompent la tête avec les questions d’âge culturel et de réinterprétation du langage sont-ils donc incapables de comprendre qu’il n’y a pas d’âge culturel qui tienne pour un esprit normalement constitué : divinité du Christ signifiera, dans toutes les cultures et pour tous les siècles, union, dans la même et unique personne divine, de la nature humaine à la nature divine ; – présence réelle du Christ dans l’Eucharistie voudra dire nécessairement, quelles que soient les contrées ou les époques, présence par changement de substance, les accidents n’ayant pas changé ; – virginité perpétuelle de Marie n’aura jamais un autre sens que celui de consécration de la virginité de Marie ante partum, in partu, post partum par le Verbe incarné devenu son Fils,. – La présentation pédagogique de ces mystères pourra varier selon le fameux âge culturel des peuples, mais ce sont invariablement les mêmes mystères, et selon des termes immuablement définis, qui seront présentés à des intelligences, qui sont, pour l’essentiel, identiquement construites. L’âge culturel n’y change riens Et le Catéchisme hollandais qui, sous prétexte de présentation pour notre âge culturel moderne, a transformé le contenu des mystères et le sens des termes définis, est le catéchisme de l’apostasie ; l’apostasie non pas ordinaire mais moderniste. Il est cela, rien d’autre.],

ceux dont dispose facilement tout être humain, à moins de tomber fou ;
ou encore, comme nos divagants modernistes, à moins de passer au-delà du vrai et du faux, et d’étouffer ainsi les lumières primordiales qui brillent dans un cœur droit. Oui, les idées et les mots qui servent d’instruments aux définitions de la foi sont tirés du sens commun, quitte à avoir bénéficié d’une certaine élaboration philosophique ; ils sont donc accessibles aux plus humbles, aux plus démunis d’instruction, car il suffit d’être homme, d’avoir hérité de la nature humaine pour saisir par exemple ce qu’est une personne, même si on est incapable d’en fournir un exposé argumentatif ; pour saisir également qu’il existe une nature des êtres ; que les accidents sont autres que la substance ; que nous sommes doués de liberté et d’une liberté faillible ; pour saisir, en un mot, les diverses notions mises en œuvre par l’analogie de la foi (Note)[Notons ici que les termes employés dans la formulation des dogmes sont souvent analogiques : être, personne, substance, nature, cause, grâce, connaissance, amour… Ces termes conviennent à la fois à Dieu, aux anges et aux hommes mais d’une manière fort différente. C’est ainsi que Dieu est vraiment libre mais il est libre sous un mode infiniment plus élevé que celui de toute créature, humaine ou angélique. De même c’est le propre de l’Être infini d’être personnel ; mais, dans la Trinité sainte, les vocables de personne et de nature se réalisent d’une manière infiniment supérieure à celle qui se ren¬contre dans toute créature spirituelle ; secundum quid idem, simpliciter diversum (identique sous un certain rapport, mais différent à parler purement et simplement). Cette portée analogique des termes qui expriment notre foi est quelquefois connue par la simple raison, comme lorsque nous parlons de la sagesse de Dieu ou de sa bonté ; mais plus souvent elle nous a été dévoilée par Révélation.
Comment par exemple, si le Verbe de Dieu ne nous avait fait connaître tout ce qu’il entend auprès du Père, nous serions-nous risqués à soutenir que le Dieu unique est Père, Fils, Saint-Esprit ; ou bien que le Fils s’est incarné en Jésus ? Quoi qu’il en soit, lorsque les termes employés dans les définitions de la foi ont une valeur ana¬logique le fidèle n’éprouve pas de difficulté particulière à les entendre dans leur vérité ; c’est spontanément qu’il comprend que, si Dieu est bien en réalité Père et Fils, c’est à la manière de Dieu et non pas comme chez les hommes ; de même pour la grâce, la charité, le rachat, le Royaume de Dieu qui est la Sainte Église. (On trouvera des remarques éclairantes sur l’analogie à la fin du chapitre des Degrés du Savoir de Maritain sur la Connaissance métaphysique. – Voir aussi quelques notations dans nos articles : La Joie des Saints (ITINÉRAIRES, mai 1969) et la Sainte Église (ITINÉRAIRES, novembre 1966, surtout pages 145 et suivantes). ].


C’est en même temps par une exigence de l’ordre humain naturel et par une exigence de la Révélation de Dieu que les définitions de l’Église sont rigoureuses et irréformables. Mais le second Concile du Vatican, par son refus systématique de définir et d’anathématiser (Note)[« Le second Concile du Vatican n’a-t-il pas lui-même accueilli des exigences qui avaient entre autre été exprimées par Martin Luther et par lesquelles bien des aspects de la foi chrétienne et de la vie chrétienne s’expriment mieux actuellement qu’auparavant. » Cardinal Wiillebrands, délégué officiel de Paul VI au Congrès luthérien d’Evian, 14-24 juillet 1970. ] , a induit en tentation un grand nombre de chrétiens, les amenant à se demander si la vraie foi ne serait pas située désormais au-delà des dogmes irréformables, si l’on ne pourrait désormais envisager légitimement, dans l’Église unique du seul vrai Dieu, le pluralisme de la doctrine qui nous exprime le vrai Dieu. A de pareilles interrogations vingt siècles de Tradition inchangée et toujours vivante nous obligent à répondre par un non catégorique. Que le Conci¬le 21e se contredivise, s’il le veut, aux 20 Conciles antérieurs, nous ne bougerons pas et nous continuerons d’étudier et de méditer les définitions et les anathématismes déjà formulés. Nous ne cesserons pas d’en nourrir notre prière, car ils nous apportent seuls la Révélation de l’amour transcendant : Sic Deus dilexit mundum (Jo. III, 16), Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique ( )[On ne peut tout dire dans un bref exposé ; mais je n’ai garde d’oublier le mystère du refus de l’amour divin, le péché, les organisations du péché, dans la cité temporelle et même au sein de l’Église ; l’enfer et ses préparations dès ici-bas. ].

*

C’est l’honneur de la morale chrétienne que de barrer la route aux faux-fuyants et d’en fermer toutes les issues. Pourquoi mentir encore lorsque la racine du mensonge est dévitalisée, rendue stérile et mise à mort par le don de la grâce qui purifie et surélève ? C’est la gloire de la loi nouvelle, qui est loi de grâce, de faire adopter des mœurs divines en opérant d’abord un tri impitoyable dans les aspirations impures et mêlées de la nature corrompue, puis en faisant droit uniquement aux exigences nobles et bonnes, et en les amenant à graviter dans l’attraction des vertus théologales.
Nous admirons dans les saints les magnifiques effets de la grâce qui a purifié leur cœur et transformé leur être intime. En revanche nous nous sentons heurtés et froissés par la grossièreté intérieure des hérésiarques, et sinon toujours par leurs faiblesses charnelles, du moins par leur orgueil effréné in spiritualibus. Il suffit par exemple d’avoir lu une biographie exacte, même abrégée, de Martin Luther pour éprouver du dégoût au spectacle du débraillé sensuel de ce prêtre marié. Pire que cela, il est dominé par un orgueil qui lui fausse l’esprit à tel point que, non seulement il se dispense de demander pardon de ses péchés, mais encore il les blanchit et les justifie, en vertu d’une interprétation aberrante de l’Évangile. La vie et les prétentions de Luther sont trop certainement troubles et impures pour que nous admettions jamais qu’il « a cherché honnêtement et avec abnégation le message de l’Évangile… et que les exigences qu’il a exprimées (traduisent) bien des aspects de la foi et de la vie chrétienne (Note)[Dans le texte du Cardinal Willebrands, déjà cité. ] ».

Qu’importe que ce soit l’envoyé officiel du Pape régnant qui nous ait fait part de ces incroyables explications sur la vie intérieure de Luther ? La dignité du messager n’a pas le pouvoir de changer ce qui est et nous ne croyons rien des énormités qu’il voudrait nous imposer. Nous en savons suffisamment, aussi bien sur là loi naturelle avec ses préceptes invariables que sur la loi de grâce, révélée une fois pour toutes, pour être absolument certains que jamais la sainte Église ne fera droit aux trou¬bles exigences du sombre fondateur de la religion prétendue réformée. Jamais l’Église n’ouvrira la voie à un genre de vie spirituelle qui tenterait de concilier le Christ et Bélial ( )[II Cor. VI, 15 ].

Si les dogmes de l’Église, ses sacrements, sa vie morale et spirituelle sont commandés par la Révélation, mais respectent cependant les humbles lois de notre nature, nous en dirons autant du régime de l’Église. C’est un régime loyal d’autorité et de responsabilité personnelle, un régime de pouvoirs selon la grâce conférée à des détenteurs personnels au sein d’un ordre hiérarchique. Dans l’Église de toute vérité on ne peut concevoir un régime de dévolution des pouvoirs à des assemblées anonymes dont les chefs officiels ne seraient que des exécutants irresponsables ; le régime hypocrite des autorités parallèles ne pourra jamais devenir en droit le régime de l’Église, même s’il réussit, dans une certaine mesure, et pour un peu de temps, à s’imposer en fait. Parce qu’il est déjà en contradiction avec la constitution d’une société juste, il ne saurait s’introduire dans la constitution de la société de grâce fondée par le Seigneur Jésus et assisté par son Esprit.
Ainsi donc, quel que soit l’aspect de l’Église que l’on considère : gouvernement ou sainteté, doctrine ou liturgie, on voit toujours briller deux grands signes inséparables, deux grandes marques indélébiles : d’abord la surnaturalité intrinsèque de cette société hiérarchique de la grâce, ensuite sa consonance et sa pleine harmonie avec les justes lois de notre nature.

(A suivre.)

R.-Th. Calmel, O. P.

images/icones/bravo.gif  ( 594212 )Merci ! par Jean-Paul PARFU (2011-05-04 11:50:23) 
[en réponse à 594205]

pour ces belles pages, d'autant que la formation me semble très nécessaire sur ce forum !
images/icones/abbe1.gif  ( 594258 )j'approuve ces pages... et maintenant par jejomau (2011-05-04 17:23:20) 
[en réponse à 594212]

que pensez-vous de ceci :

"Plus la mission de l'Eglise est centrée sur l'homme -plus elle est, pour ainsi dire, anthropocentrique-, plus aussi elle doit s'affirmer et se réaliser de manière théocentrique, c'est-à-dire s'orienter en Jésus-Christ vers le Père. Tandis que les divers courants de pensée, anciens et contemporains, étaient et continuent à être enclins à séparer et même à opposer théocentrisme et anthropocentrisme, l'Eglise au contraire, à la suite du Christ, cherche à assurer leur conjonction organique et profonde dans l'histoire de l'homme"

Et plus loin :

"Aujourd'hui, je désire dire que l'ouverture au Christ qui, comme Rédempteur du monde, révèle pleinement l'homme à l'homme, ne peut s'accomplir autrement qu'à travers une référence toujours plus profonde au Père et à son amour"


Encyclique de Jean-Paul II "Dives in misericordia"

images/icones/vatican.gif  ( 594331 )La réponse de saint Paul par Vianney (2011-05-05 08:29:47) 
[en réponse à 594258]


Mais, pour en revenir à saint Paul, si nous recherchons quels sujets il avait été accoutumé de traiter en prêchant, nous voyons que lui-même les fait tous rentrer dans ces paroles : Je n’ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié (1 Co 2, 2). Faire en sorte que les hommes connaissent de plus en plus Jésus-Christ et que par là ils sachent non seulement ce qu’il faut croire, mais encore comment il faut vivre, voilà ce à quoi saint Paul travailla avec toute l’ardeur de son cœur apostolique. C’est pourquoi il traitait des dogmes du Christ et de tous les préceptes, même des plus sévères, et il n’apportait ni réticence, ni adoucissements en parlant de l’humilité, de l’abnégation de soi-même, de la chasteté, du mépris des choses humaines, de l’obéissance, du pardon aux ennemis et autres sujets semblables. Il n’éprouvait aucune timidité à déclarer qu’entre Dieu et Bélial il faut choisir à qui l’on veut obéir, et qu’il n’est pas possible d’avoir l’un et l’autre pour maîtres ; qu’un jugement redoutable attend ceux qui doivent passer de vie à trépas ; qu’il n’est pas loisible de transiger avec Dieu ; qu’on doit espérer la vie éternelle si l’on accomplit toute la loi, et que le feu éternel attend ceux qui manquent à leurs devoirs en favorisant leurs convoitises. En effet, jamais le Prédicateur de la vérité n’eut l’idée de s’abstenir de traiter ces sortes de sujets, sous le prétexte que, vu la corruption de l’époque, de telles considérations auraient semblé trop dures à ceux à qui il s’adressait.

Benoît XV, Humani generis redemptionem, § 121.


À l’attention des “bons samaritains” qui rêvent de concilier le culte de Dieu avec celui de l’homme...

V.
images/icones/neutre.gif  ( 594327 )Cette etude est passionnante... par Pol (2011-05-05 07:56:56) 
[en réponse à 594205]

Je vous remercie.
images/icones/bravo.gif  ( 594332 )oui, le R.P. Calmel doit être connu par jejomau (2011-05-05 08:51:54) 
[en réponse à 594327]

je lis donc ces quelques morceaux d'Itinéraires avec délices également . Et pour aller plus loin dans la réflexion, voilà encore un passage de Jean-Paul II (toujours dans "Dives in Misericordia") :


"La croix du Christ sur le Calvaire est aussi témoignage de la force du mal à l'égard du Fils de Dieu lui-même, à l'égard de celui qui, seul parmi tous les enfants des hommes, était par nature innocent et pur de tout péché, et dont la venue dans le monde fut exempte de la désobéissance d'Adam et de l'héritage du péché originel. Et voici qu'en lui, le Christ, justice est faite du péché au prix de son sacrifice et de son obéissance «jusqu'à la mort». Lui, qui était sans péché, «Dieu l'a fait péché pour nous» . Justice est faite aussi de la mort, qui depuis le commencement de l'histoire humaine s'était alliée au péché. Et justice est faite de la mort au prix de la mort de celui qui était sans péché et qui seul pouvait - par sa propre mort - détruire la mort elle-même . De la sorte, la croix du Christ, sur laquelle le Fils, consubstantiel au Père, rend pleine justice à Dieu, est aussi une révélation radicale de la miséricorde, c'est-à-dire de l'amour qui s'oppose à ce qui constitue la racine même du mal dans l'histoire, le péché et la mort...."

..."Ainsi, la miséricorde se situe, en un certain sens, à l'opposé de la justice divine, et elle se révèle en bien des cas non seulement plus puissante, mais encore plus fondamentale qu'elle. L'Ancien Testament nous enseigne déjà que, si la justice est une vertu humaine authentique, et si elle signifie en Dieu la perfection transcendante, l'amour toutefois est plus «grand» qu'elle: il est plus grand en ce sens qu'il est premier et fondamental. L'amour, pour ainsi dire, est la condition de la justice et, en définitive, la justice est au service de la charité. Le primat et la supériorité de la charité sur la justice (qui est une caractéristique de toute la révélation) se manifestent précisément dans la miséricorde. Cela parut tellement clair aux psalmistes et aux prophètes que le terme de justice en vint à signifier le salut réalisé par le Seigneur et sa miséricorde. La miséricorde diffère de la justice; cependant elle ne s'oppose pas à elle si nous admettons,- comme le fait précisément l'Ancien Testament -, que Dieu est présent dans l'histoire de l'homme et qu'il s'est déjà, comme créateur, lié à sa créature par un amour particulier. Par nature, l'amour exclut la haine et le désir du mal à l'égard de celui auquel on a une fois fait don de soi-même: Nihil odisti eorum quae fecisti, «tu n'as de dégoût pour rien de ce que tu as fait» . Ces paroles indiquent le fondement profond du rapport qu'il y a en Dieu entre la justice et la miséricorde, dans ses relations avec l'homme et avec le monde. Elles disent que nous devons chercher les racines vivifiantes et les raisons intimes de ce rapport en remontant «au commencement», dans le mystère même de la création"