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Des 60 ans d'Evangelii Praecones aux 6 ans d'élection de Benoît XVI. par Scrutator Sapientiæ (2011-05-02 14:29:18)
Bonjour à tous,
Dans un mois, ce sera le soixantième anniversaire de la publication de lettre encyclique Evangelii Praecones, du Pape Pie XII, et cette année, c'est la sixième année de l'élection du Pape Benoît XVI.
Je me suis livré à trois regards dans le rétroviseur magistériel, regards que je soumets à votre appréciation, non pour réactiver la controverse, la polémique, en ce qui concerne la question de l'herméneutique du renouveau dans ou sans la continuité, mais pour contribuer à l'appropriation des signes, des textes, qui manifestent, quand il y en a, des éléments de continuité, mais qui manifestent aussi, car il y en a, des éléments d'interruption de la continuité et d'instauration du renouveau.
Premièrement, voici donc les extraits les plus représentatifs et significatifs d'Evangelii Praecones (1951) ; il devrait bientôt y avoir un deuxièmement et un troisièmement, à partir d'autres textes.
" Ces heureux accroissements des Missions ont été dus non seulement aux travaux des semeurs de la parole divine, mais aussi au sang versé en abondance dans le témoignage du martyre, car au cours de ces dernières années, les persécutions les plus âpres contre l'Église naissante se firent sentir en certaines nations ; de nos jours même telles régions de l'Extrême-Orient voient verser le sang pour la même cause. Nous apprenons, en effet, que pour avoir été courageusement fidèles à leur religion de nombreux chrétiens, des religieuses missionnaires, des prêtres indigènes et même certains Évêques ont été chassés de leur domicile et de leurs biens et souffrent la faim hors de leur pays, ou bien sont jetés en prison ou en camp de concentration, ou même parfois sont sauvagement mis à mort.
C'est pour Notre cœur une très grande souffrance que de songer aux angoisses, aux douleurs, à la mort de ces fils très chers ; non seulement Nous les accompagnons tous de Notre amour de père, mais Nous en parlons avec un respect paternel, car Nous savons fort bien que leur rôle s'élève parfois jusqu'à la dignité du martyre. Jésus-Christ, le premier des martyrs, a déclaré : " S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi " (Joan., XV, 20) ; " dans le monde vous aurez de la tribulation ; mais ayez confiance : moi, j'ai vaincu le monde " (Joan., XVI, 33) ; " si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s'il meurt il porte beaucoup de fruit " (Joan., XII, 24-25).
Les messagers et propagateurs de la vérité et de la vertu chrétiennes qui, loin de leur patrie, trouvent la mort en s'acquittant de leur sainte fonction sont des semences dont la volonté de Dieu fera un jour germer des fruits très abondants. C'est pourquoi l'apôtre Paul affirmait : " Nous nous glorifions, dans nos tribulations " (Rom., V, 3) ; et saint Cyprien, Évêque et martyr, consolait et exhortait les chrétiens de son temps en ces termes : " Le Seigneur a voulu que nous nous réjouissions et que nous exultions dans les persécutions, parce que lorsque les persécutions se produisent, c'est alors que se distribuent les couronnes de la foi, c'est alors que sont éprouvés les soldats de Dieu, c'est alors que les cieux sont ouverts aux martyrs. Nous n'avons pas, en effet, donné notre nom à la milice pour devoir songer uniquement à la paix et refuser le combat, alors que le Seigneur le premier a marché au combat, notre maître en humilité, en patience et en souffrance, lui qui a fait le premier ce qu'il enseignait à faire, lui qui a souffert le premier pour nous ce qu'il exhortait à souffrir " (S. Cypriani Epist., LVI, ML, IV, 351 A).
Les semeurs de l'Évangile qui peinent aujourd'hui dans les régions lointaines font progresser une cause semblable à celle de l'Église primitive. Ceux en effet qui, avec les Princes des Apôtres Pierre et Paul, apportaient la vérité de l'Évangile à la citadelle de l'empire romain, se trouvaient à Rome à peu près dans des conditions semblables.
Quiconque considère l'Église qui naissait à cette époque la verra dépourvue de toutes ressources humaines, soumise aux difficultés, aux malheurs, aux attaques ; il ne pourra se défendre d'un sentiment d'admiration en voyant que la troupe pacifique des chrétiens a vaincu une puissance telle qu'il n'y en avait peut-être jamais eu de plus grande. Or, ce qui est arrivé alors, arrivera encore sans aucun doute maintes et maintes fois. De même que le jeune David, se confiant plus dans le secours divin que dans sa fronde, jeta à terre le géant Goliath que protégeait une cuirasse, ainsi cette société divine que le Christ a fondée, ne pourra jamais être vaincue par aucune puissance terrestre, mais elle triomphera d'un front serein de toutes les attaques. Bien que Nous sachions que cela soit l'effet de promesses divines qui ne faillirent jamais, Nous ne pouvons cependant Nous retenir d'exprimer Notre reconnaissance à tous ceux qui ont témoigné de leur foi courageuse et invincible à Jésus-Christ et à l'Église, colonne et fondement de la vérité (cf. I Tim., III, 15), tout en les exhortant à continuer toujours avec la même constance.
Nous recevons très souvent des nouvelles de cette foi invincible et de ce courage intrépide, et c'est pour Nous une grande consolation. S'il n'a pas manqué d'hommes pour s'efforcer de séparer les catholiques de ce Siège Apostolique de Rome, sous prétexte que l'amour de chacun pour sa propre patrie et la fidélité envers elle requerrait une telle séparation, Nos fils ont pu et peuvent à bon droit répondre qu'ils ne le cèdent à aucun citoyen en matière de patriotisme, mais qu'ils veulent absolument jouir d'une juste liberté.
Ce qu'il faut bien avoir présent à l'esprit, et que Nous avons déjà signalé plus haut, c'est que le travail qui reste à faire demande un effort gigantesque et d'innombrables travailleurs. Rappelons-nous qu'une immense multitude de nos frères " demeure assise dans les ténèbres et l'ombre mortelle " (Ps. CVI, 10) et que leur nombre est de l'ordre d'un milliard. C'est pourquoi semble résonner encore l'ineffable gémissement du Cœur très aimant de Jésus-Christ : " J'ai aussi d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail ; celles-là également, il faut que je les conduise, et elles écouteront ma voix, et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur " (Joan., X, 16)
Et il ne manque pas de pasteurs, comme vous le savez, Vénérables Frères, qui s'efforcent d'écarter les brebis de cet unique bercail, de cet unique port du salut ; vous savez aussi que ce péril est, en certains endroits, plus grand de jour en jour. C'est pourquoi, considérant devant Dieu cette immense multitude d'hommes qui sont encore privés de la vérité évangélique et mesurant toute la gravité du danger dans lequel tant d'hommes se trouvent soit à cause de l'extension du matérialisme athée, soit à cause d'une certaine doctrine qui se dit chrétienne mais qui est en fait imbue des idées et des erreurs communistes, Nous sommes saisis d'une vive angoisse et poussés à promouvoir partout et de toutes Nos forces les œuvres de l'apostolat, et Nous considérons comme adressée à Nous-mêmes l'exhortation du prophète : " Crie à pleine voix, ne te retiens pas, fais retentir ta voix comme la trompette " (Is., LVIII, 1).
Et Nous recommandons à Dieu d'une manière spéciale dans nos prières les ouvriers apostoliques qui s'adonnent aux Missions dans les régions intérieures de l'Amérique latine ; car Nous savons à quels dangers, à quelles embûches, ils sont exposés par les erreurs cachées ou manifestes que répandent les non-catholiques.
(…)
Nous en venons maintenant à un sujet qui n'a pas moins d'importance et de gravité ; Nous voulons dire un mot de la question sociale et de sa solution dans la justice et la charité. Pendant que les propos communistes se répandent aujourd'hui partout et facilement trompent les simples et les humbles, Nous croyons entendre retentir à Nos oreilles la parole de Jésus-Christ : " J'ai pitié de la foule " (Marc., VIII, 2).
Il faut absolument faire passer dans la pratique avec zèle, ardeur, énergie, les vrais principes qu'enseigne l'Église en matière sociale. Il faut absolument garder tous les peuples de ces erreurs pernicieuses ou bien, s'ils en ont été infectés, il faut les guérir de ces doctrines violentes qui présentent la jouissance des biens de ce monde comme l'unique but de l'homme en cette vie, qui attribuent à la souveraineté de l'État et à sa décision la propriété et la gestion de tous les biens, réduisant ainsi presque jusqu'à l'anéantir, la dignité de la personne humaine.
Il faut absolument enseigner à tous en public, en privé, que nous sommes ici-bas des exilés en route vers l'immortelle patrie, appelés à l'éternité, au bonheur éternel que nous devons atteindre un jour en suivant les dictées de la vérité et de la vertu.
Seul, le Christ est le gardien de l'humaine justice et le très doux consolateur de la douleur, inévitable ici-bas ; Lui seul nous découvre le port de la paix, de la justice et de l'éternelle joie auquel tous, rachetés par son sang, au terme de notre voyage terrestre, nous devons atteindre.
Mais c'est aussi le devoir de tous, autant qu'il est possible, d'adoucir, d'alléger, de soulager les souffrances, les misères, les angoisses qui affligent nos frères en cette vie.
La charité peut en partie remédier à bien des injustices d'ordre social, mais c'est insuffisant ; il faut d'abord que la justice s'affirme, s'impose et soit mise en pratique.
Il nous plaît à ce propos de citer ici les paroles que Nous adressions à Noël 1942 aux Éminentissimes Cardinaux et aux Évêques réunis : " L'Église a condamné les divers systèmes du socialisme marxiste et elle les condamne encore aujourd'hui conformément à son devoir et à son droit permanent de mettre les hommes à l'abri de courants et d'influences qui mettent en péril leur salut éternel.
Mais l'Église ne peut pas ignorer ou ne pas voir, que l'ouvrier dans son effort pour améliorer sa situation, se heurte à tout un système qui, loin d'être conforme à la nature, est en opposition avec l'ordre de Dieu et avec la fin assignée par Dieu aux biens terrestres.
Si fausses, si condamnables, si dangereuses qu'aient été et que soient les voies suivies, qui pourrait, et surtout quel prêtre, quel chrétien pourrait demeurer sourd au cri qui monte d'en bas et réclame dans le monde d'un Dieu juste, justice et fraternité ?
Le silence serait coupable, inexcusable devant Dieu, contraire au bon sens éclairé de l'Apôtre qui, tout en prêchant la fermeté contre l'erreur, sait en même temps qu'il faut montrer beaucoup de délicatesse envers les égarés, aller à eux le cœur ouvert pour écouter leurs aspirations, leurs espérances, leurs raisons...
La dignité de la personne humaine suppose donc normalement comme fondement naturel pour vivre, le droit à l'usage des biens de la terre ; à ce droit correspond l'obligation fondamentale d'accorder une propriété privée, autant que possible à tous.
Les normes juridiques positives, réglant la propriété privée, peuvent changer et en restreindre plus ou moins l'usage ; mais si elles veulent contribuer à la pacification de la communauté, elles devront empêcher que l'ouvrier, père ou futur père de famille, soit condamné à une dépendance, à une servitude économique, inconciliable avec les droits de sa personne.
Que cette servitude dérive de la puissance du capital privé ou du pouvoir de l'État, l'effet est le même. Bien plus, sous la pression d'un État qui domine tout, qui règle toute la sphère de la vie publique et privée, qui pénètre jusque dans le champ des idées et des convictions de la conscience, ce défaut de liberté peut avoir des conséquences plus graves encore, comme l'expérience en fournit la manifestation et le témoignage " (A. A. S., 1943, pp. 16-17).
Il vous revient, Vénérables Frères, qui vous dépensez de toute façon dans les Missions, de donner tous vos soins à ce que ces principes et ces normes passent dans la pratique.
Examinez les conditions particulières du pays, consultez-vous en vos réunions d'Évêques, en vos synodes et autres assemblées, et fondez selon vos ressources les groupements sociaux et économiques, les associations et instituts que les circonstances et le caractère de vos populations demandent.
C'est sûrement un devoir de votre charge pastorale de veiller à ce que le troupeau qui vous est confié n'aille pas s'égarer hors du vrai chemin, victime de ces nouvelles erreurs qui se couvrent des apparences de la vérité et de la justice, victime aussi d'entraînements néfastes.
Que les apôtres de l'Évangile qui vous secondent avec zèle, se distinguent entre tous en ce point ; ils seront sûrs alors de ne point entendre un jour cette parole : " Les fils de ce siècle sont plus prudents que les fils de la lumière " (Luc., XVI, 8). Il sera toutefois opportun qu'ils s'adjoignent, chaque fois que ce sera possible, des laïques compétents, reconnus pour leur droiture et leur prudence, qui prennent en mains ces entreprises et les développent.
(…)
Il Nous reste à toucher un point que Nous souhaitons vivement voir parfaitement saisi de tous. L'Église depuis son origine jusqu'à nos jours, a toujours suivi la norme très sage selon laquelle l'Évangile ne détruit et n'éteint chez les peuples qui l'embrassent, rien de ce qui est bon, honnête et beau en leur caractère et leur génie. En effet lorsque l'Église convie les peuples à s'élever sous la conduite de la religion chrétienne à une forme supérieure d'humanité et de culture, elle ne se conduit pas comme celui qui, sans rien respecter, abat une forêt luxuriante, la saccage et la ruine, mais elle imite plutôt le jardinier qui greffe une tige de qualité sur des sauvageons pour leur faire produire un jour des fruits plus savoureux et plus doux.
La nature humaine garde en elle, malgré la tache héritée de la triste chute d'Adam, un fonds naturellement chrétien (cf. Tertull., Apologet., cap. XVII ; ML, I, 377 A) qui, éclairé par la lumière divine et nourri de la grâce, peut s'élever à la vertu authentique et à la vie surnaturelle. Pour ce motif, l'Église n'a jamais traité avec mépris et dédain les doctrines des païens ; elle les a plutôt libérées de toute erreur et impureté, puis achevées et couronnées par la sagesse chrétienne. De même, leurs arts et leur culture, qui s'étaient élevés parfois à une très grande hauteur, elle les a accueillis avec bienveillance, cultivés avec soin et portés à un point de beauté qu'ils n'avaient peut-être jamais atteint encore. Elle n'a pas non plus condamné absolument, mais sanctifié en quelque sorte, les mœurs particulières des peuples et leurs institutions traditionnelles. Tout en modifiant l'esprit et la forme, elle a fait servir leurs fêtes à rappeler les martyrs et à glorifier les saints mystères.
A ce propos, saint Basile écrit excellemment : " A la façon des teinturiers qui préparent soigneusement leur étoffe, puis la plongent dans la pourpre ou dans une autre couleur, si nous voulons que l'éclat du bien demeure en nous à jamais indélébile, nous nous formerons d'abord par des études profanes avant d'étudier à fond les sciences sacrées et révélées. Habitués à regarder le soleil sur les eaux, nous pourrons lever les yeux sur la Lumière elle-même... La vie de l'arbre est de se charger de fruits à son heure et pourtant les feuilles qui frémissent autour des rameaux ajoutent à leur beauté. Ainsi l'âme trouve son fruit par excellence dans la Vérité même à laquelle toutefois la sagesse humaine, sans déplaire, sert comme de manteau, comme un feuillage qui entoure les fruits d'ombre et de beauté... C'est la voie par laquelle, dit-on, l'incomparable Moïse, dont la sagesse est réputée partout, s'étant d'abord formé chez les maîtres d'Égypte, s'éleva à la contemplation de Celui qui est. On rapporte également que plus tard, le sage Daniel aborda les doctrines sacrées une fois instruit dans la sagesse des Chaldéens de Babylone " (S. Basil., Ad adolescentes, 2 ; MG, XXXI, 567 A).
Nous écrivions Nous-même en Notre première Encyclique Summi Pontificatus ces paroles : " D'innombrables recherches et investigations de pionniers, accomplies en esprit de sacrifice, de dévouement et d'amour par les Missionnaires de tous les temps, se sont proposé de faciliter l'intime compréhension et le respect des civilisations les plus variées et d'en rendre les valeurs spirituelles fécondes pour une vivante et vivifiante prédication de l'Évangile du Christ. Tout ce qui, dans ces usages et coutumes, n'est pas indissolublement lié à des erreurs religieuses sera toujours examiné avec bienveillance, et quand ce sera possible, protégé et encouragé " (A. A. S., 1939, p. 429).
En 1944, en Notre discours aux Directeurs des Œuvres Pontificales Missionnaires, Nous disions entre autres ces paroles : " L'apôtre est le messager de l'Évangile et le héraut de Jésus-Christ. Le rôle qu'il remplit ne demande pas qu'il transporte dans les lointaines Missions, comme on y transplanterait un arbre, les formes de culture des peuples d'Europe, mais ces nations nouvelles, fières parfois d'une culture très ancienne, doivent être instruites et réformées de telle sorte plutôt qu'elles deviennent aptes à recevoir, d'un cœur avide et empressé, les règles et les pratiques de la vie chrétienne. Ces règles peuvent s'accorder avec toute culture profane, pourvu qu'elle soit saine et pure et la rendre plus capable de protéger la dignité humaine et d'atteindre le bonheur. Les catholiques d'un pays sont d'abord citoyens de la grande famille de Dieu et de son Royaume (cf. Ephes., II, 19), mais ils ne cessent pas pour cela d'être citoyens aussi de leur patrie terrestre " (A. A. S., 1944, p. 210).
(…)
Enfin, Nous voulons adresser à tous Nos chers Ministres de l'Église, cette parole d'encouragement : le zèle du peuple chrétien pour le salut des infidèles ravive sa foi et lui fait produire des fruits excellents ; quand la ferveur pour les Missions s'accroît, la piété également s'accroît.
Enfin, Nous ne voulons point terminer cette Lettre sans dire au Clergé et à tous les fidèles, Notre affectueuse gratitude. Nous avons constaté en effet encore cette année, une augmentation des aumônes de Nos fils pour les Missions. Il est bien sûr que votre charité ne peut mieux s'employer qu'à étendre ainsi le Règne du Christ et à porter le salut aux âmes privées de la foi, puisque " le Seigneur lui-même a confié à chacun le salut de son prochain " (Eccli., XVII, 12).
En conséquence, il Nous plaît de reprendre avec plus d'instance et dans une sollicitude nouvelle, le mot d'ordre que Nous écrivions en Notre Lettre, le 9 août 1950, à Notre Cher Fils, le Cardinal FUMASONI- BIONDI, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande : " Que tous les fidèles persévèrent en leur volonté d'aider les Missions, qu'ils multiplient pour elles leurs industries, qu'ils adressent à Dieu d'incessantes prières, qu'ils aident les Missionnaires et leur fournissent les secours nécessaires.
L'Église, en effet, est le Corps Mystique du Christ dans lequel " tous les membres souffrent quand un membre souffre " (I Cor., XII, 26). Puis donc qu'un grand nombre de ses membres aujourd'hui sont déchirés et torturés, c'est le devoir de tous les fidèles du Christ de s'unir à eux de cœur et de fait. La fureur guerrière a saccagé et détruit en certaines Missions un grand nombre d'églises, de résidences, d'écoles et d'hôpitaux. Le monde catholique tout entier voudra généreusement dans son ardente charité pour les Missions donner le nécessaire pour relever tous ces édifices " (A. A. S., 1950, pp. 727-728).
Vous savez parfaitement, Vénérables Frères, que l'humanité actuelle est emportée comme en deux camps opposés, pour ou contre le Christ.
Elle court les plus grands dangers ; il en résultera le salut du Christ ou d'épouvantables ruines. Le zèle industrieux et débordant des Missionnaires s'efforce d'étendre le Règne du Christ, mais d'autres hérauts qui ramènent tout à la matière et rejettent tout espoir d'un bonheur éternel, veulent réduire les hommes à l'état le plus affreux.
L'Église catholique a donc bien raison, mère aimante de tous les hommes, d'appeler tous ses fils, où qu'ils se trouvent, à aider les semeurs intrépides de l'Évangile par leurs aumônes, leurs prières, l'aide aux futurs Missionnaires. Elle les presse maternellement de manifester des entrailles de miséricorde (cf. Coloss., III, 12) et de partager le travail apostolique, sinon de fait du moins de cœur ; enfin de ne pas laisser sans réponse l'appel du Cœur très doux de Jésus " venu chercher et sauver ce qui était perdu " (Luc., XIX, 10).
Si les fidèles contribuent à porter la douce lumière de la foi, fût-ce dans un seul foyer, ils auront fait surgir une source de grâces qui se développera sans fin ; s'ils ont aidé à former un prêtre, il leur reviendra le grand mérite de toutes ses messes, de tous ses fruits d'apostolat et de sa sainteté. Tous les fidèles ne forment en effet qu'une seule grande famille ayant tous en partage les mérites de l'Église militante, souffrante et triomphante. Rien ne paraît mieux indiqué que le dogme de la Communion des Saints pour graver dans l'esprit et le cœur des fidèles l'utilité et l'importance des Missions. "
Bonne lecture et bonne journée, j'espère que cela vous a intéressé comme cela m'a passionné ; en tout cas, il me semble que cela a apporté de la consistance à ma distinction entre "dramatisme prophétique" et "irénisme réaliste", et m'a permis de voir dans quelle mesure ce qui est rassemblé sous la bannière du renouveau va bien au-delà du déplacement, de la diminution, ou de la disparition de quelques "accents toniques magistériels", vis-à-vis du Magistère antérieur au Concile.
(à suivre)
Scrutator.