Le Forum Catholique

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images/icones/fleche2.gif  ( 593686 )Quand l'Eglise tait la Foi ; quand la société tue la vie. par Scrutator Sapientiæ (2011-04-30 14:53:02) 

Rebonjour à vous tous,

A partir de la phrase suivante : "Une société qui tue ses enfants est suicidaire", phrase sous laquelle se trouve, sur le site Perepiscopus, un extrait du message de Pâques de Monseigneur AILLET, je formule simplement la remarque suivante : une Eglise qui tait la Foi qu'elle est censée porter en elle et annoncer au monde, ne vaut peut-être pas beaucoup mieux, dans l'ordre de la Foi, qu'une société qui tue ceux de ses enfants dont elle ne veut pas et ceux de ses anciens dont elle ne veut plus, dans l'ordre des moeurs.

Taire la Foi, aujourd'hui, dans l'Eglise, c'est, si j'ose dire, taire publiquement, ad intra et ad extra, le fait qu'il s'agit de la seule vraie Foi, de la seule véritable Espérance, de la seule véritable Charité, inspirées par le seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit.

Et taire cela, c'est le taire, notamment, à l'attention de tous ceux qui ne partagent pas encore, pas assez ou pas du tout cette vérité première, par crainte de leur déplaire ou par désir de leur plaire, par fadeur ou tiédeur, ou par indifférence pour l'indifférence, c'est-à-dire à l'attention de tous ceux qui ont peut-être le moins envie d'entendre, mais sans doute le plus besoin d'écouter, cette même vérité première.

Aujourd'hui, la manière la plus discrète et subtile de taire la Foi, au sein même de l'Eglise, est à peu près celle-ci ; on dira, par exemple : nous catholiques, nous croyons en ceci, et c'est très bien ainsi ; eux, orthodoxes ou protestants, juifs ou musulmans, bouddhistes ou hindouistes, etc., croient en cela, et c'est très bien aussi, ou à peine moins bien, ou un peu moins bien, et tout aussi légitime, sous l'angle, en tout cas, de la sincérité de ces croyants respectifs, "donc", d'une certaine manière, en un certain sens, immanentiste et personnaliste, presque aussi légitime, sur le plan de ces croyances respectives.

En d'autres termes, aujourd'hui, la manière la plus discrète et subtile de taire la Foi, l'Espérance, la Charité, de taire le fait que le Credo est le seul vrai Credo, que c'est le Notre Père qui nous a été prescrit par Son Fils unique, que le Décalogue rassemble et résume les seules vraies Paroles de vie dans l'Esprit, cette manière, donc, consiste à minimiser, à mettre dans les ténèbres, et non dans la lumière, à passer sous silence, et non à préciser et à rappeler, le fait qu'il s'agit de l'unique ensemble cohérent qui n'est pas conditionnel, ni facultatif, censurable, modulable, mutilable, ou négociable, y compris entre catholiques.

Il est question, à juste titre, d'apprécier, à sa juste valeur, une société qui tue ses enfants et qui, du coup, s'auto-détruit ; mais que penser, et que dire, d'une Eglise qui tait ses principes, qui tait le fait qu'ils sont les seuls qui aient un fondement surnaturel et un contenu théologal, au lieu de les dire, pour qu'ils soient mis en oeuvre, et de les dire non seulement intra muros, mais aussi hors les murs ? On pourra penser et dire de cette Eglise qu'elle s'auto-censure et qu'elle se fragilise, mais dans quel intérêt, avec quel objectif ?

Valons-nous mieux, dans l'ordre de la Foi, que la société civile, dans l'ordre des moeurs ? Je n'en suis pas toujours certain, mais il y a une chose dont je suis sûr : si l'on veut donner un contenu normatif et objectif à un éventuel passage d'une stratégie de recentrage palliatif à une thérapie de restauration curative, ce sera ce contenu là, doctrinal et dogmatique, et non "doctrinal et a-dogmatique", y compris au bénéfice et à destination des chrétiens non catholiques et des croyants non chrétiens.

Autre manière, l'avant-dernière, de formuler la même remarque :

1 - d'une part, le sectarisme insulaire est mauvais par principe, mais pourquoi donc l'attitude qui s'y oppose extrêmement et symétriquement, l'éclectisme fédéraliste, la mentalité ombrio-péprousienne, serait-elle bonne par principe ?

N'y a-t-il donc pas un point d'équilibre, à chercher, à trouver, à faire vivre, entre ces deux attitudes, l'une étant univoque, l'autre étant équivoque, aucune des deux ne permettant de concilier à la fois

- la proclamation publique de la seule vérité révélée,

- la dénonciation publique des théories et pratiques religieuses erronées,

- et l'accueil chaleureux et fraternel des personnes croyantes non chrétiennes qui les subissent même quand elles s'en réclament ?

2 - d'autre part, au nom de quoi le positionnement confessionnel juxta-positionnel de l'Eglise catholique, tel qu'il se manifeste précisément dans la mentalité ombrio-pérousienne, est-il plus légitime, plus orthodoxe, sur le plan doctrinal comme sur le plan pastoral, qu'un positionnement confessionnel contra-positionnel, face aux religions non chrétiennes, positionnement qui, certes, ne serait pas consensuel, pas médiatiquement ou politiquement correct, mais qui pourrait très bien ne pas être agressif, ni méprisant, vis-à-vis des personnes ?

Bien que l'idée de ce texte ne me soit venue qu'après avoir lu l'article figurant sur le site mentionné ci-dessus, ce n'est probablement pas un hasard si l'occasion m'est donnée de le rédiger et de le transmettre aujourd'hui, je ne dis évidemment pas cela par mégalomanie providentialiste, mais l'actualité ecclésiale est ce qu'elle est.

En définitive, je fais référence à ce que Jean MADIRAN appelait "les trois connaissances nécessaires au salut" : personne ne dit que ces connaissances nécessaires sont suffisantes ; personne ne dit que ces connaissances nécessaires nous dispensent de la mise en pratique de l'Amour, en direction de Dieu, mais aussi en direction de tous les êtres humains ; mais qui dit encore que ces trois connaissances sont exclusives de toute autre "para-connaissance" ou "pseudo-connaissance" plus ou moins propice à telle ou telle conception du "salut" ?

Ces "connaissances" non chrétiennes de l'Etre de Dieu, de la Volonté de Dieu, de l'Agir de Dieu sont bien plus des obstacles à la connaissance et à la compréhension des trois véritables connaissances nécessaires au véritable salut qu'elles ne sont propices à l'appropriation de ces connaissances, à l'approximation de ce salut : taire cela constitue, je le crois, la manière la plus discrète et subtile de taire la Foi, aujourd'hui, dans l'Eglise.

Bon après-midi à tous, vraiment mille excuses pour la longueur de ces messages, pour le coup c'est à moi d'apprendre à m'auto-censurer.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 593692 )Les deux aspects sont liés par Vianney (2011-04-30 16:46:05) 
[en réponse à 593686]

C’est parce que l’Église conciliaire est devenue, sur bien des points liés à la foi, une “Église du silence” – sans y être (apparemment) contrainte, du moins de façon aussi visible qu’à l’époque du communisme – qu’elle a perdu toute autorité effective quand elle rappelle les fondements de la morale naturelle.

Jean Madiran, que vous citez à juste titre à propos du catéchisme, l’illustre bien dans son livre La laïcité dans l’Église (Consep, 2006, p. 17) sur la question des relations entre l’Église et l’État. Sans porter aux nues (et on le comprend) les tentatives précédentes de “Ralliement” sous Léon XIII et Pie XI, il fait tout de même observer qu’il s’agissait alors de simples accords pratiques, et que le pape ne cessait pas pour autant d’enseigner “la doctrine traditionnelle, en continuité avec les enseignements de ses prédécesseurs”.

La lettre pontificale du 11 février 2005 implique au contraire une conception évolutive de la doctrine sociale de l’Église. Après avoir en 2003, dans l’exhortation apostolique Ecclesia in Europa, réprouvé la Séparation seulement si c’est une « séparation hostile », le Saint-Siège admet maintenant la Séparation en la qualifiant de « juste séparation » et en assurant même que c’est une « nécessité ». La continuité dans la doctrine sociale est rompue, comme le manifeste (non pour la première fois) la volonté systématique de ne plus se référer aux « documents pontificaux de Léon XIII à Pie XII » mais seulement à la simple « déclaration » Gaudium et spes de Vatican II.


Madiran souligne que, pour le coup, cela va bien au-delà d’une simple tentative de modus vivendi avec les puissants du jour :

La situation actuelle de la France, de l’Europe, du monde entier apparaît fortement défavorable aux principes fondamentaux et aux points essentiels de la doctrine sociale de l’Église tels qu’ils ont été explicités « de Léon XIII à Pie XII ». On peut trouver là un motif prudentiel (suffisant ?) de ne pas réclamer pour le moment ce qu’il est impossible d’obtenir aujourd’hui, et d’esquisser plutôt une troisième tentative de Ralliement. En tout cas ce n’est pas une raison suffisante pour modifier ou amputer la doctrine, pour ne plus s’y tenir et ne plus l’enseigner aux prêtres et aux fidèles. Car même si cet enseignement intégral ne peut pour un temps avoir un effet temporel direct et prochain, il garde un effet direct et certain sur le salut éternel des âmes, qui demeure tout de même la principale responsabilité de l’Église : et d’abord un effet direct et certain sur le salut éternel de chaque « évêque, docteur de la foi ». La doctrine sociale de l’Église, fondée sur la loi (morale) naturelle et sur la révélation surnaturelle, fait partie intégrante des vérités nécessaires au salut. Tout baptisé a le droit d’en être instruit selon son niveau culturel, et la vocation d’en être, selon son état, le témoin. Et l’évêque a, lui, le devoir d’en être le gardien et l’intendant fidèle.


V.
images/icones/neutre.gif  ( 593714 )De quelle Eglise parlez-vous? par Babakoto (2011-04-30 22:14:12) 
[en réponse à 593686]

Je vois mal l'Eglise taire la foi. Elle est censée avoir le Christ à sa tête. Elle a été faite pour promulguer la foi.

Si j'ai bien compris ce que vous dites, "on" a renoncé à imposer les vérités de foi de façon dogmatique, impérative, obligatoire. Deux solutions possibles: soit "on" se tait, "on" tait cette aspect là. Soit "on" n'y croit plus. "On" ne croit plus à cet aspect là.

Si la question des fins dernières ne se pose plus, si l'enfer est vide, si la religion n'a d'autre but que de permettre à l'homme de découvrir sa dignité d'homme et se comporter en conséquence pour le bien de tous, l'unité du genre humain, la fraternité universelle et je vous laisse compléter, alors, contrairement à ce que vous pensez, "on" ne tait rien, "on" dit ce à quoi "on" croit. "On" le dit haut et fort, à toutes les messes, dans tous les sermons, inlassablement, à toutes les célébrations.

J'arrête-là, demain est un grand jour.

Bonne nuit.

Moi aussi, je vais apprendre à m'auto-censurer.
images/icones/1g.gif  ( 593744 )C’est souvent plus subtil que cela par Vianney (2011-05-01 08:03:28) 
[en réponse à 593714]

Si la question des fins dernières ne se pose plus, si l'enfer est vide, si la religion n'a d'autre but que de permettre à l'homme de découvrir sa dignité d'homme et se comporter en conséquence pour le bien de tous, l'unité du genre humain, la fraternité universelle et je vous laisse compléter, alors, contrairement à ce que vous pensez, "on" ne tait rien, "on" dit ce à quoi "on" croit. "On" le dit haut et fort, à toutes les messes, dans tous les sermons, inlassablement, à toutes les célébrations.


Je vous accorde que c’est ce que la plupart finissent par retenir de ces sermons, à croire que c’est précisément dans ce but qu’ils sont prononcés. Mais si vous osez l’insinuer, il ne manquera pas de bons apôtres pour vous retorquer, comme dans l’exemple récent de la prière distribuée aux pélerins de Turin, que vous êtes un affreux “intégriste”, que vous avez l’esprit mal tourné, que ces discours sont susceptibles d’une interprétation orthodoxe, etc.

En clair, l’église conciliaire a renoncé au latin sous prétexte que les gens ne le comprenaient pas, mais depuis qu’on leur parle en vernaculaire, de toute évidence ils y comprennent encore moins...

Je vois mal l'Eglise taire la foi. Elle est censée avoir le Christ à sa tête. Elle a été faite pour promulguer la foi.


...et à tout homme vivant : pas à quelques rares initiés censés découvrir de vrais perles au milieu d’un tas de verroterie !

V.