Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=592739

( 592739 )
Comment Bugnini et Braga ont démoli la Semaine Sainte traditionnelle par Beauceron (2011-04-13 10:51:52)
Un article à lire attentivement...
Disputationes Theologicae
En particulier les déclarations gardées dans les archives des Congrégations romaines, qui dévoilent les intentions des réformateurs, par exemple:
le P. Carlo Braga, bras droit de Bugnini et directeur durant des années de la célèbre revue liturgique Ephemerides Liturgicae, décrit avec audace la réforme du Samedi Saint comme « un bélier qui a pénétré dans la forteresse de notre liturgie jusqu’ici bien trop statique »[13] ; le futur card. Ferdinando Antonelli, lui, la qualifie en 1956 comme étant « l’acte le plus important dans l’histoire de la liturgie depuis saint Pie V »[14].
et surtout la confirmation de Paul VI en 1969 :
« L’exigence de revoir et d’enrichir les formules du Missel Romain s’est faite sentir. Le premier pas d’une telle réforme a été l’œuvre de Notre Prédécesseur Pie XII, avec la réforme de la Vigile Pascale et du rite de la Semaine Sainte[1]. C’est cette réforme qui a constitué le premier pas de l’adaptation du Missel romain à la mentalité contemporaine » Paul VI, Constitution apostolique "Missale Romanum", 3 avril 1969.

( 592749 )
Heu par Job (2011-04-13 12:39:47)
[en réponse à 592739]
Heu ça démontre quoi là ? Oui elle a été réformée mais les réformateurs n'ont jamais dit qu'ils allaient tout casser pour autant.
Dire qu'ils ont réussi à faire admettre une réforme qui semblait a priori impossible, je ne vois pas en quoi c'est une inclinaison à l'horrible, au modernisme patenté et à la casse généralisée... Au contraire, c'est simplement considérer qu'il y a eu une grande réforme au XXe siècle qui a actualisé une liturgie qui se faisait vieillissante.
Nihil novi sub sole quoi...

( 592754 )
décidément en dépit des multiples par Luc Perrin (2011-04-13 14:34:15)
[en réponse à 592739]
mises au point pour sortir de la confusion totale sur ce sujet, rien n'y fait. Les "mélange-tout" remettent le couvert mois après mois.
Rappelons, une n-ième fois, que Carlo Braga et Annibale Bugnini n'ont aucune part dans la réforme de la Semaine Sainte de Pie XII (1951-1955).
Rappelons encore pour la millième fois que le P. Antonelli qui en est le principal architecte avec le P. Loew fut en opposition lors de l'élaboration du NOM avec ... le clan Bugnini précisément.
Paul VI ne "confirme" rien du tout :
a) le pape a l'art de réécrire l'histoire après coup, comme les Montiniens surprenants auteurs de cet article.
Déjà le pape faisait un parallèle entre Pie V et lui-même ... les "confirmations" de ce genre ne valent strictement rien, elles sont rhétoriques pas scientifiques.
b) "premier pas" : voilà une lecture téléologique typique. En fait les traditionalistes de 2011 en sont à ce "premier pas" depuis 1956 et les néo-liturges ne s'en sont nullement contentés.
Une confirmation de plus que la lecture téléologique de la révision de 1951-1955 est une erreur.
Il est facile de comprendre qu'une généralisation de la prétendue "révolutionnaire" Semaine Sainte de Pie XII aujourd'hui par Benoît XVI serait ... une révolution certes mais au bénéfice de la Tradition. Tellement révolutionnaire et traditionnelle que jamais cette possibilité n'a été évoquée à Rome par terreur du tsunami provoqué chez les néo-liturges qui hurleraient tous.
nb. je ne me prononce pas sur le détail de telle mesure précise tout est dans le contexte et les proportions. Une goutte de tel produit guérit, un verre tue. C'est analogiquement ce qu'on pourrait dire si l'on compare la Semaine Sainte révisée et le Novus Ordo.

( 592760 )
M. Perrin, il faut lire l'article...et les notes aussi.... par Beauceron (2011-04-13 15:22:40)
[en réponse à 592754]
"Annibale Bugnini[7]. C’est le même qui nous renseigne aussi sur la façon singulière selon laquelle les résultats des travaux étaient transmis au pape Pie XII : il était « tenu au courant par Mons. Montini, mais plus encore, chaque semaine, par le P. Bea, son confesseur » et il ajoute : « Grâce à cet intermédiaire, on put atteindre des résultats notables, même pendant les périodes où la maladie du Pape empêchait quiconque de s’en approcher »[8].
"enfin le P. Carlo Braga[3]. Ce dernier, en tant que proche collaborateur d’Annibale Bugnini, participa aux travaux des années 1955-56, bien que n’étant pas encore membre de la Commission[4], et fut en outre le co-auteur, avec Bugnini, des textes historico-critiques et pastoraux portant sur la Semaine Sainte[5], qui devaient se révéler par la suite être une sorte de sauf-conduit scientifique pour les modifications apportées."
Lisez surtout ces textes :
[5] A. Bugnini, C. Braga, Ordo Hebdomadae Sanctae instauratus, « Bibliotheca Ephemerides Liturgicae – sectio historica », 25 , Rome, 1956. Sur la question des commentaires historico-critiques, voir aussi S. Congregatio Rituum, De instauratione liturgica maioris hebdomadae. Positio, Typis Polyg. Vaticanis, (sectio historica 90), 1955. Pour les publications de Bugnini visant à préparer la réforme, voir A. Bugnini, « De solemni Vigilia Paschali instauranda. Commentarium ad decretum 9 febr. 1951 », Ephemerides Liturgicae, 65 (1951), suppl. ad fasc. I (publié aussi dans la collection « Bibliotheca Ephemerides Liturgicae – sectio historica », 24) ; Id., « Il primo esperimento della Veglia Pasquale restaurata », Ephemerides Liturgicae, 66 (1952).

( 592775 )
le journal du P. Antonelli par Luc Perrin (2011-04-13 18:19:16)
[en réponse à 592760]
qu'il faut lire aussi, et même d'abord, montre que ces 2 prêtres n'ont pas joué de rôle majeur dans cette affaire.
Qu'y puis-je ? C'est ainsi.
Le P. Bugnini était secrétaire de la Commission. Rien d'étonnant qu'il en communique les travaux au pape ... Le facteur rédige-t-il vos lettres Beauceron ? Je ne pense pas. Le P. Bea était aussi membre de la Commission et déjà auteur d'un fameux Psautier latin rénové que Pie XII appréciait fort mais il était bien seul en cela.
Les principales mesures étaient soutenues par les membres de la Commission et très au-delà, rien d'étonnant là encore.
Enfin sauf erreur un "Commentarium ad decretum 9 febr. 1951" n'est pas un travail "préparatoire" mais un commentaire a posteriori.
La révision a eu lieu en DEUX temps : 1951 (déplacement de la Vigile) avec liberté d'usage puis 1955 plus forte et imposée en 1956. Les articles sont des commentaires et des présentations a posteriori à but pédagogique. Bugnini était un vulgarisateur, patron de revue et c'est pour cette raison qu'il avait été nommé par Pie XII. Son inculture en matière théologique et son manque d'érudition étaient très connus et plusieurs savants liturgistes, ses contemporains, le disent.
Vous ne répondez rien au reste de mes remarques interprétatives et pour cause. Tous les partisans de cette thése de "1955 implique 1969" savent très bien que cela ne tient pas et qu'on ne voit pas comment la Semaine Sainte 1956 (Forme extraordinaire) pourrait être adoptée telle quelle par les partisans de la Forme ordinaire si elles sont aussi semblables que ces auteurs veulent nous le faire croire. Une vessie peut tenter de passer pour une lanterne mais le commun des fidèles arrive quand même vite à faire la différence.

( 592797 )
Je me félicite de l'évolution de votre pensée.... par Beauceron (2011-04-13 21:40:32)
[en réponse à 592775]
Ce que vous ecriviez ce matin "ex cathedra":
"Rappelons, une n-ième fois, que Carlo Braga et Annibale Bugnini n'ont aucune part dans la réforme de la Semaine Sainte de Pie XII (1951-1955)"
Ce que vous ecrivez ce soir :
"Le P. Bugnini était secrétaire de la Commission. Rien d'étonnant qu'il en communique les travaux au pape ..."
c'est difficile de dire "n'ont aucune part dans la réforme"...comme ce matin....

( 592810 )
aucune évolution : c'est un jeu de votre part ? par Luc Perrin (2011-04-13 23:12:46)
[en réponse à 592797]
Je ne vois pas où Braga et Bugnini ont une part décisive dans cette affaire. Une fois encore vos références d'articles sont des commentaires a posteriori.
Vous vous référez à Giampietro qui contredit vos affirmations, textes à l'appui.
Merci de ne pas inventer.
A moins bien sûr que le cardinal Antonelli ait été un menteur et qu'il ait inventé avoir été le maître d'oeuvre (avec Löw) de cette réforme. Il ne donne aucun rôle particulier autre que d'être là au sieur Bugnini.
Pour ma part, au vu de ce que l'on sait de l'intriguant lazariste, comme de son comparse le P. Braga qui est son défenseur et a poursuivi son oeuvre de démolition, j'accorde du crédit au Père Antonelli.
Comme au Père Bouyer.
Mais je ne partage pas votre admiration, semble-t-il éperdue, pour les Pères Braga et Bugnini. Je le confesse volontiers ex cathedra pour reprendre votre formule.

( 592761 )
C'est le par Adso (2011-04-13 15:34:29)
[en réponse à 592754]
marronnier du printemps !

( 592762 )
Si un jour par MG (2011-04-13 15:50:55)
[en réponse à 592761]
un vrai connaisseur pouvait m'expliquer en quoi cette réforme de la Semaine Sainte par Pie XII est mauvaise ? J'en serai heureux.
Car célébrer la Vigile le Samedi Saint au matin était un non-sens!
Pour le reste il faut m'expliquer avec des arguments.

( 592765 )
Juste une précision... par N.M. (2011-04-13 16:41:05)
[en réponse à 592754]
Il me semble que le collaborateur du Père Antonelli était le R.P. Löw, C.S.S.R. (rédemptoriste), à ne pas confondre avec le bien connu R.P. Loew, O.P. (dominicain).
Histoire de ne pas m'attirer encore une fois votre foudre vengeresse, je précise que je ne vous attribue pas cette confusion, mais tout au plus une faute de frappe...
... du moins si j'en crois Nicolas Giampietro (Le Cardinal Ferdinando Antonelli et les développements de la réforme liturgique de 1948 à 1970) qui orthographie "Löw" le nom du rédemptoriste en question.

( 592778 )
aucune confusion par Luc Perrin (2011-04-13 18:54:41)
[en réponse à 592765]
L'ex dominicain Jacques Loew n'est pas mort en 1962 que je sache. Il ne s'est jamais illustré par la science liturgique mais comme le premier prêtre ouvrier français.
En allemand, on écrit indifféremment oe et ö pour le son français eu.
Le Père Löw (si c'est la graphie usuelle au temps pour moi) n'était pas le "collaborateur" du P. Antonelli mais son alter ego : le prestige du Rédemptoriste était même plus important et c'est le premier qui fut le pivot de la Commission pacellienne. Toutefois le programme de révision, ses grandes lignes, avait été rédigé par Antonelli en 1946 et ce mémoire fut dûment approuvé par Pie XII.
Giampietro donne des textes où l'entente des deux hommes est soulignée.
En revanche et si vous avez lu, comme moi, cet ouvrage, vous aurez remarqué combien le dissensus entre Antonelli et Bugnini est évident au moment du Consilium.
Preuve supplémentaire, s'il en était besoin, que la Commission pacellienne et le Consilium sous Paul VI, bien qu'ayant eu le même secrétaire, ne sont pas superposables.
J'ai longtemps été abusé par cette similitude. Les textes d'Antonelli montrent que ce fut plus complexe. L'offensive de 1962, à l'instigation du cardinal Larraona et qui s'appuyait sur Löw, était dirigée nettement contre la tournure donnée par Bugnini au schéma préparatoire entre 1960 et 1962 : ni Löw ni Antonelli n'y avaient été associés comme par hasard, mais ce n'est pas un hasard. Le décès prématuré du Rédemptoriste a hélas stoppé ce qui aurait pu être salvateur. Un autre élément factuel qui détruit la lecture téléologique.
Un autre exemple : le Père Bouyer, ardent réformateur au temps de Pie XII, déjà plus tiède sous Jean XXIII, expert au Consilium tonne et fulmine contre Bugnini et sa "réforme". Il en est un des censeurs les plus implacables.

( 592784 )
Bien sûr par N.M. (2011-04-13 19:30:36)
[en réponse à 592778]
Vous aurez bien noté que je ne vous attribuais pas la possible confusion. Possible évidemment pour ceux qui ne connaissent pas le parcours du Père Jacques Loew.
Vous avez raison de me reprendre sur l'usage du terme "collaborateur", mais je n'entendais pas signifier ici un quelconque lien hiérarchique.
Je confirme, même si j'ai pu lire l'ouvrage en question il y a de cela déjà cinq ans, que le dissensus entre Antonelli et Bugnini est en effet notoire au moins à partir de 1964.
Donc loin de dissentir à mon tour avec vous là-dessus, j'aurais plutôt tendance à vous emboîter le pas dans cette affaire.
Quoi qu'il en soit, je vous remercie pour toutes ces précisions.

( 592793 )
Miracle! par Jean-Paul PARFU (2011-04-13 21:02:13)
[en réponse à 592784]
Une fois n'est pas coutume, je suis egalement tout a fait d'accord avec Luc Perrin sur ce coup la...!!!

( 592814 )
merci à N.M. et M Parfu par Luc Perrin (2011-04-13 23:45:41)
[en réponse à 592793]
Reste à convaincre Beauceron mais il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre dit le proverbe.
Sur le fait que 2+2 = 4, cher M. Parfu, nous tomberons toujours d'accord quand bien même, par ailleurs, nous divergeons d'opinion sur bien des choses. Si vous aviez été le premier à poser le raisonnement, j'aurais fait état de mon accord soyez en sûr.
Comme dans le passé sur ce même sujet, je ne prétends pas que tout soit parfait et sublime dans cette révision, surtout pour la refonte de 1955. Je ne conteste pas non plus que des germes de la néo-liturgie s'y trouvent. Il demeure que le corps humain vit en harmonie avec de très nombreux germes et bactéries sans automatiquement périr de septicémie ou autre.
La dose de néo-liturgie injectée en 1955 est acceptable pour le corps ecclésial car elle est très faible et ne change pas substantiellement le rit romain traditionnel.
Il en va tout autrement avec la transplantation massive faite par le Consilium pour donner le Novus Ordo.
Les réformateurs des années 1950 avaient certainement l'intention de toucher d'autres aspects de la liturgie : tout indique cependant que la réforme aurait été bien plus fidèle à l'esprit et à la lettre de la Constitution conciliaire si le trop tôt disparu P. Löw et le P. Antonelli en avaient les maîtres d'oeuvre et non Bugnini et son clan.
Auraient-ils pu résister à la vague d'anarchie dans les Églises locales, encouragée par certains évêques et théologiens, vague dans laquelle trop de prêtres ont plongé avec délice ? Mai 1968 reste un tsunami d'une exceptionnelle puissance.
Une réforme intelligente, prudente mais réparatrice, de la Forme ordinaire aujourd'hui pourrait se déployer dans un autre contexte, plus propice mais c'est un autre débat.

( 592837 )
M. Perrin, ne soyez pas désobligeant et n’inventez pas…. par Beauceron (2011-04-14 11:47:03)
[en réponse à 592739]
N’attribuez pas à vos interlocuteurs - pour faciliter votre dialectique - des propos qu’ils n’ont pas tenu : jamais il a été question de dire que la réforme en question pose autant de problèmes doctrinaux que le Novus Ordo Missae de Paul VI, ils ont seulement soutenu que là commence une certaine dérive et ils l’ont démontré
Il me semble un peu léger de répondre en quelques lignes, par un « a priori »; il faut lire attentivement l’article
http://disputationes.over-blog.com/article-liturgie-de-la-semaine-sainte-70964895.html

( 592844 )
tout a été dit par Luc Perrin (2011-04-14 12:42:11)
[en réponse à 592837]
Cet article n'est pas ... parole d'Évangile, ne vous en déplaise. Cela n'a rien de "désobligeant" d'être en désaccord radical avec une grille de lecture manifestement erronée "là commence une certaine dérive" : c'est salubre pour l'esprit. Il n'y a aucune "dialectique" dans cela, juste une démonstration fondée sur des faits vérifiés. Mon seul " a priori" est légitime : la lecture téléologique en histoire scientifique est ... a priori ... critiquable, comme je l'ai exposé arguments à l'appui dans ce cas précis. Je rejette le mot "commence" et celui de "dérive" qui posent un développement continu et inéluctable. Non l'histoire de 1969 n'est pas entièrement écrite en 1955. Pourquoi ne pas remonter, certains le font allègrement, à la réforme introduite par saint Pie X ? et in fine saint Pie V n'était-il pas lui aussi, en germe, un épouvantable néo-liturgiste sans le savoir ... vous trouverez des "germes" aisément pour 1570 : déjà une liturgie produite par des experts à Rome, "fabriquée", ce "germe" Paul VI s'y réfère lui-même d'ailleurs.
Pourtant le pape est alors dans la rhétorique auto-justificative cherchant désespérément à trouver de la continuité là où il y a rupture. 1969 est de même une rupture d'avec 1955, en dépit de tous les "germes".
Quand on pense l'histoire comme une pelote de laine, dès qu'on tire sur le fil tout le reste se dévide bien sûr. Mais l'histoire n'est pas à écrire sur ce modèle de la pelote de laine.
Votre apologie de cette lecture téléologique (et de son idéologie sous-jacente dont je ne suis pas dupe), ne m'a pas convaincu. Ni moi ni d'autres.
Elle ne détournera pas les fidèles des communautés traditionnelles du profit spirituel apporté par la Semaine Sainte (façon 1956) qui vient.
Je n'ajouterai rien de plus, chacun a pu se faire une opinion avec les termes du débat dans tout le fil (et ceux qui ont précédé, cet article n'étant pas nouveau quant au fond).