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Suggestion de distinctions entre civilisation, religion, et irréligion. par Scrutator Sapientiæ (2011-04-10 09:45:26)
[en réponse à 592431]
Bonjour et bon dimanche à jejomau,
Très rapidement, quelques remarques :
- là où les musulmans peuvent avoir tendance à confondre civilisation et religion, ce qui m'amène à estimer que l'Islam, pris à la lettre, est une religion séculière,
- les hédonistes peuvent avoir tendance à séparer civilisation et religion, ce qui m'amène à estimer que c'est intentionnellement et substantiellement, et non par accident, qu'il y a déploiement du triptyque suivant : apostasie, idolâtrie, hédonisme, dans l'Occident post-chrétien d'aujourd'hui.
Aussi, quand Yasser ARAFAT dit : "Je suis musulman. Et comme tous les musulmans du monde, nous sommes fiers de notre religion," je me demande dans quelle mesure cela ne signifie pas plutôt, non dans son propos, mais dans son esprit, que tous les musulmans du monde sont fiers de leur civilisation, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
De même, quand il dit : "Un peuple qui ne respecte pas ce qu'il est, ne sera pas respecté par les autres peuples," je me demande dans quelle mesure cela ne signifie pas plutôt, dans le contexte occidental contemporain : "un peuple qui ne respecte pas ce qu'il a été (je dirai même : un peuple qui ne veut pas respecter, mais qui veut oublier ou mépriser, ce qu'il ne veut plus avoir été), ne sera pas respecté par les autres peuples", ce qui n'est pas, là non plus, la même chose.
Un musulman qui nous dirait, en pensant à l'ensemble des Français : "vous, chrétiens, êtes décadents," se tromperait, à mon sens, doublement : d'une part, cela fait déjà plusieurs décennies que la majorité de la population française n'est plus, ne serait-ce que culturellement, chrétienne ; d'autre part, corrélativement, et dans l'ordre de la morale, c'est précisément parce que "nous" ne sommes plus chrétiens que "nous" sommes devenus décadents.
Je termine ce message en soulignant le fait suivant : une civilisation, ce n'est pas uniquement un ensemble ordonné, un ensemble de moyens ordonné à une fin, c'est aussi un mouvement historique et spirituel, un processus qui se manifeste dans les idées et dans les actions ; le découplage entre ces deux dimension aboutit immanquablement à "l'intensification du moment présent," dans une espèce d'anarchie ou de barbarie festive.
Dans ce cadre, la sollicitation des sens dissimule et manifeste la revendication du non sens, notamment parce qu'il y règne une confusion permanente entre ce qui fait symbole et ce qui fait transgression, alors qu'il existe
- des symboles qui ne sont pas transgressifs, mais constructifs, édifiants et fortifiants, pour les personnes et pour les sociétés ;
- des transgressions qui ne sont pas seulement symboliques, mais qui sont proprement diaboliques, au sens premier du terme : elles n'entraînent que confusions et divisions, au coeur des personnes comme au sein des sociétés.
Dans cet ordre d'idées, conclusif de ce message, je crois qu'il est possible de dire que là où les musulmans peuvent avoir tendance à confondre civilisation et religion, les hédonistes peuvent avoir tendance à confondre civilisation et irréligion, cette confusion étant, au demeurant, faussement libératrice et vraiment asservissante.
C'est bien là que l'on voit tout le fond du problème : sous l'angle de la culture morale et sociale, la "religion" des Droits de l'Homme, des Droits de l'Homme sans Dieu, sans le seul vrai Dieu, est une "religion" de soi-même, un culte du moi contre lui-même, une confusion, savamment propagée par les médias audio-visuels, entre constitution d'une identité personnelle et collective, et satisfaction, illusoire et provisoire, des désirs et des pulsions les plus in-sensés, comme si chacun d'entre nous avait vocation à devenir, de plus en plus, à la fois insatiable et frustré.
Je vous souhaite un bon dimanche de Carême.
Scrutator.

( 592512 )
Difficile, en effet, de respecter ceux qui méprisent leur histoire. par Scrutator Sapientiæ (2011-04-10 21:20:30)
[en réponse à 592492]
Bonsoir Meneau,
Il est difficile, en effet, de respecter ceux qui méprisent leur histoire.
Peut-être n'avons nous droit qu'à du mépris, ressenti, exprimé, par ceux, notamment musulmans, qui sont restés ou redevenus fidèles à leurs racines, culturelles et morales, politico-religieuses, etc.
Ils nous savent décadents, et ils se savent conquérants, non seulement sur le plan des valeurs et des vertus, ou de l'idée qu'ils se font des nôtres et des leurs, mais aussi sur le plan démographique.
Aussi, peut-être y-a-t'il dans tout cela à la fois
- la concrétisation d'une forme de justice immanente,
et
- la manifestation d'une ruse de la raison historique,
puisque, à l'origine, nous, pas vous ni moi, bien sûr, mais nos dirigeants, les avons fait venir chez nous, pour les exploiter sur notre propre sol.
Mais là où je formule une petite objection, c'est sur le point suivant :
1. c'est entendu, ils ne respectent pas nos lois, et font en sorte que l'intégration républicaine fonctionne en sens inverse :
- ce ne sont pas les personnes de confession musulmane qui s'intègrent à la République,
mais
- c'est la République qui intègre, qui accepte voire approuve, en son sein, les principes et pratiques de la confession musulmane ;
2. mais certains d'entre eux, d'origine musulmane, ne respectent-ils pas leurs propres lois culturelles et morales, politiques et religieuses, que quand cela les arrange ?
Regardez, en particulier, l'organisation de la criminalité, dans certaines de nos banlieues "islamisées" ; notre éventuel complexe d'infériorité culturelle et morale, communautaire et identitaire, face à des populations qui donnent l'impression d'être restées ou redevenues fières de leurs origines, n'est-il pas le produit d'une généralisation idéalisatrice de la conformité de leurs pratiques à leurs principes, comme si nous pensions qu'il y a conformité presque en toutes circonstances ?
Et regardez ce que nous rappelle le printemps arabe : les régimes arabo-musulmans ne sont-ils pas, dans leur ensemble, non seulement sclérosés, mais aussi corrompus ?
En d'autres termes : ils ont leurs "radicaux" et ils ont leurs "modérés", mais n'ont-ils pas, eux aussi, leurs propres "décadents" ?
C'est sur cette hypothèse de travail que je vous souhaite une bonne fin de dimanche et un bon début de semaine.
Scrutator.