Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 592441 )Le pacte immoral par bbdg (2011-04-10 09:27:10) 

Si vous avez envie de passer un moment agréable en vous riant de la comédie humaine dans ce qu'elle a de plus grotesque, précipitez-vous sur le récent livre de Sophie Coignard, Le pacte immoral (Paris, Albin Michel, 2011).


Vous y découvrirez la lâcheté des ministres.
Vous y découvrirez l'incompétence pontifiante de leurs entourages.
Vous y découvrirez le cynisme des syndicats, prêts à sacrifier n'importe quoi sur l'autel de leurs dérisoires privilèges.
Vous y découvrirez les planqués de l'IUFM, qui rentrent par la fenêtre quand on a tenté de les faire sortir par la porte.
Vous y découvrirez, dans la plus pure tradition courtelinesque, les fantômes de l'IAP, payés 4500 euros par mois en échange de leurs menus services politiques (pages 178-179).
Vous y découvrirez le langage fleuri des "Diafoirus" du ministère - par exemple, 80% des élèves sont des "lecteurs efficaces", qui "malgré des déficits importants des processus automatisés impliqués dans l'identification des mots", réussissent "les traitements complexes de l'écrit en s'appuyant sur une compétence lexicale avérée".
Vous y découvrirez, surtout, le "pacte immoral" sur lequel tout repose, un pacte conclu il y a plusieurs décennies entre nos élites, qui veulent surtout le rester, et le nouveau clergé du "pédagogisme", doté de sa liturgie, de ses interdits et de son latin (page 51).

Reste que l'on pourrait aller un peu plus loin et se demander comment un tel "pacte immoral" a pu être imaginé, puis se perpétuer.

Deux pistes :

* L'école républicaine n'est pas victime d'attaques extérieures mais de ses contradictions internes, qui appartiennent à son patrimoine génétique. Comment concilier, selon le vœu de Jules Ferry, une transmission verticale des savoirs (sur le modèle jésuite), et un éclatement de ces mêmes savoirs par le refus de toute transcendance et la promotion du relativisme ? La massification des années 60-70 a révélé ce paradoxe et le "pédagogisme", selon cette hypothèse, serait une tentative de réponse.
* Le prolongement du pacte, alors que ses effets destructeurs sont patents et reconnus de tous, ne relève pas d'un complot mais de l'adaptation de l'école à une réalité socio-économique tragique. En 1975, le collège unique constituait peut-être un projet, même utopique. Aujourd'hui, son maintien découle d'une nécessité politique. En effet, il y a de moins en moins d'emplois peu qualifiés sur le marché à cause de la destruction, par la mondialisation, de notre tissu productif. Ceux qui restent font l'objet d'une concurrence féroce à cause de l'immigration voulue par le patronat. En conséquence, il faut bien qu'une "garderie d'État" encadre le plus longtemps possible la jeunesse désœuvrée. Le salaire dérisoire des enseignants est à la hauteur de leur nouvelle mission.

Bref, nous sommes tous complices du pacte immoral, aussi longtemps que nous nous refuserons à changer de société.

L'Union Sacrée
images/icones/fleche2.gif  ( 592446 )L'invective y a tendance à se substituer à l'analyse. par Scrutator Sapientiæ (2011-04-10 10:07:03) 
[en réponse à 592441]

Bonjour et bon dimanche à bbdg,

J'ai lu plusieurs dizaines de pages de ce livre, ce que j'en pense constitue le titre du présent message ; tout n'est pas faux, dans ce constat, bien au contraire, mais tout y dépeint d'une manière virulente, or, à partir d'un certain degré, trop d'indignation nuit à la lucidité.

Je souscris à votre recommandation à propos de cet ouvrage, mais je recommande également le rapport public thématique de la Cour des Comptes, rapport de mai 2010, intitulé : "L'Education nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves".

http://www.ccomptes.fr/fr/CC/documents/RPT/Rapport_education_nationale_reussite_tous_les_eleves_mai_2010.pdf

Vous y trouverez beaucoup plus d'élégance, dans la forme, mais au moins autant de pessimisme, sur le fond, que dans l'ouvrage de Sophie COIGNARD.

Posons-nous, pour finir, la question suivante : croyez-vous un instant qu'il soient dans l'intérêt de nos "élites" académiques, économiques, juridiques, politiques, journalistiques, scientifiques, technologiques,

- que leur propres enfants soient mis en mesure de prendre leur propre relève, de leur succéder un jour, pas nécessairement "poste pour poste", mais à tout le moins à l'intérieur de la même catégorie socio-professionnelle,

OU

- que "les enfants des autres" soient mis en mesure de concurrencer leurs propres enfants, de rivaliser avec eux, sur le marché du savoir, puis sur le marché du travail ?

C'est cela, et pas autre chose, le ressort du pacte immoral.

Bon dimanche de Carême.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 592448 )Vous avez raison par bbdg (2011-04-10 10:15:11) 
[en réponse à 592446]

Votre critique rejoint la mienne : cette satire bien menée, agréable à lire, ne va pas au fond des choses (deuxième partie de ma recension).
images/icones/bravo.gif  ( 592559 )certes mais avec un additif: par blamont (2011-04-11 17:11:25) 
[en réponse à 592448]

nos enfants occuperont les postes de leurs enfants qu'ils n'auront pas eus ou qu'ils auront liquidés ...

Sauf à faire appel à des mercenaires générationnels mais à leur risque.

Ceux-ci et leurs maitres pourront toujours agiter leur diplôme en papier recyclé tel un Chamberlain au retour de Munich, ils seront balayés par les faits et les gens, ceux-là mêmes qu'ils auront fait écarter et affaiblir.

A ce sujet il semble qu'aucun des candidats à l'ENA au titre préférentiel et protégé de la diversité n'ait été reçu.
C'est balo.


Le républicain Coffinhal disait que la république n'avait pas besoin de savants; on pourra toujours proclamer que l'on a pas besoin intrinsèquement des gens adhérents du Siècle et originaires de ce monde.

il suffit de constater la platitude et l'aveuglement des interventions dites représentatives lors d'un récent forum professionnel à propos de la santé, des retraites en répartition et de la dépendance, pour sortir de là et se pendre ou bien rigoler sardoniquement dans l'attente du Big Bang qui leur pétera au nez.