Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=592335
images/icones/idee.gif  ( 592335 )Les théologiens 'classiques' déçus par SS Benoît XVI" par Presbu (2011-04-08 19:08:27) 

vous trouverez sous la signature du très modéré SANDRO MAGISTER
>
une intéressante vue d'ensemble "Les déçus de SS Benoît XVI" et notamment "À propos de la continuité " par
FRANCESCO ARZILLIO, magistrat administratif très ferré tant en philosophie qu'en droit, disciple d'Antonio LIVI, prêtre de l'Opus Dei et philosophe métaphysicien de première grandeur et enseignant à Luniversité Pontificale de Latran (Magister dixit).
---> Je ne vous demande pas de vous aligner sur la pensée - un peu extrémiste - de St Ignace de Loyola et de déclarer "blanc" sur la continuité doctrinale ce que vous observez et vérifiez être "noir", par ce que le Pape déclare que c'est "blanc"! En effet, si les jésuites résiduels à St Pétersbourg de 1784 à 1820 avaient suivi ces principes, ils n'auraient pas pu maintenir en veilleuse la Compagnie solennellement supprimée par les Papes, et donc n'auraient pas pu la remettre sur pied aisément!
images/icones/5b.gif  ( 592337 )J'avoue ! par Miserere (2011-04-08 21:29:13) 
[en réponse à 592335]


Ne pas comprendre grand chose .

Résumons ici

UDP

Miserere
images/icones/rose.gif  ( 592339 )euh.... par jejomau (2011-04-08 22:17:47) 
[en réponse à 592337]

?????????????
images/icones/1e.gif  ( 592340 )Je sais ! par Miserere (2011-04-08 22:22:09) 
[en réponse à 592339]

Aucun rapport , mais cela m'amuse un peu l'histoire des blancs .

Et puis ne voyait pas tout en noir .

Bonne soirée à vous .

Miserere
images/icones/fleche2.gif  ( 592357 )En quel sens l''Eglise "dialoguante" nous condamne et se condamne. par Scrutator Sapientiæ (2011-04-09 10:03:55) 
[en réponse à 592335]

Bonjour Presbu,

Merci beaucoup, évidemment, pour ce lien en direction de ce texte...lequel comporte, me semble-t-il, une erreur, à tout le moins une erreur de formulation, dès la fin de sa première phrase.

En effet, le Concile n'a pas remplacé la condamnation par le dialogue, il a, de facto, remplacé la confession de la foi ad extra, par le dialogue, entre les croyances et entre les croyants, ad extra, ce qui n'est pas la même chose.

En amont du Concile, l'Eglise n'avait pas avant tout ni seulement un comportement placé sous le signe de la condamnation, il y avait une combinaison entre condamnation et apostolat : l'Eglise annonçait ce qu'elle avait, et a toujours, vocation à annoncer, et dénonçait, et dénonce encore parfois, dans l’ordre des mœurs, ce qu'elle avait, et a toujours, vocation à dénoncer.

Ce que le Concile instaure, c'est l'idée selon laquelle il est impossible que des croyants non chrétiens, dès lors qu'ils sont sincères, et respectueux des Droits de l'Homme, déplaisent à Dieu, offensent Dieu, en adhérant à une religion erronée, et en persistant dans cette adhésion, même après avoir entendu parler, même brièvement, du Fils unique du seul vrai Dieu.

Le croyant non chrétien qui adhère consciemment et volontairement à une religion qui constitue objectivement une obstruction à une occasion ou à une possibilité, d'inspiration surnaturelle, d'origine théologale, de conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ, n'est plus considéré comme un errant à détromper, comme un pécheur à exhorter, mais presque comme un frère, en tout cas comme un partenaire, au spirituel comme au temporel : c'est ce que j'appellerai ici la spiritualité du dialogue interreligieux, au service de la paix internationale et intra-nationale.

Dans l'ordre de la Foi, l'Eglise n'est donc plus confessante ad extra, en positif ET en négatif, sauf par intermittences magistérielles, telles que Dominus Iesus, et elle est devenue dialoguante ad extra ; mais elle n'a pas cessé, pour autant, de condamner ; simplement, elle a décidé de retourner une attitude de condamnation

- contre ceux de ses fils qui sont critiques ou sceptiques, indignés par le dialoguisme, opposés au dialoguisme, en les ringardisant, en les stigmatisant, en faisant passer leur fidélité consciencieuse pour de la nostalgie maladive, ou de l'inadaptation confessionnelle, (vous aurez reconnu l’argumentaire de bon nombre de docteurs et de pasteurs)

- contre sa vocation première à annoncer ce qui est vrai, juste et bon, ET à dénoncer ce qui est faux, injuste et mauvais, non seulement dans l'ordre des moeurs, qu'il s'agisse des moeurs domestiques ou des moeurs politiques, mais aussi dans l'ordre de la Foi, de la Foi en Dieu, ordre qui comporte lui aussi plusieurs points non négociables ;

- contre sa vocation première, en d'autres termes :

- à prescrire, dans l’ordre du croire, ce qui est à la fois désagréable à entendre et très profitable à écouter ET à appliquer ;

- à proscrire, dans l'ordre du croire, ce qui est à la fois plus ou moins agréable à entendre et préjudiciable à écouter ET à appliquer.

En "condamnant" ceux de ses fils qui sont « réfractaires » au dialoguisme, l'Eglise les "condamne" à ce que j'appellerai un passéisme bien défini ; c'est l'idée selon laquelle le traditionalisme constitue une sensibilité marginale et particulière, inadaptée car d'inspiration pré-moderne là où le rénovationisme constitue le positionnement officiel et universel, bien adaptée aux aspirations légitimes de la modernité.

Et en s'investissant d'une manière démesurée dans le dialoguisme, l'Eglise se "condamne" à ce que j'appellerai un futurisme indéfini ; c'est l'idée selon laquelle la dynamique du dialogue fait que plus l'on avance et chemine, plus l'on « progresse », vers l'horizon qui lui est propre, plus cet horizon s'éloigne, sauf à passer du rénovationisme à l'humanitarisme, d'inspiration kunguienne plus "extrémiste", mais aussi, en un sens, plus cohérente et conséquente.

Paradoxalement, à la vérité, l'Eglise dialoguante ad extra n'a donc jamais autant..."condamné" ad intra, le plus souvent d'une manière discrète et subtile ; elle nous "condamne" et elle se "condamne" à la soumission à l'idée selon laquelle sa vocation première à dire les vérités qui dérangent, dans l'ordre de la Foi, dans le domaine religieux, en matière spirituelle, était en fait une "prétention" archaique et infondée, dépassée ou périmée, une prétention continentale, alors que, à partir du Concile, elle a pris conscience du fait qu'elle n'est plus qu'une île, parmi d'autres îles, qui forment ensemble l'archipel des religions.

En se substituant à l'Eglise confessante, l'Eglise dialoguante se condamne à dire ce qui est relativement vrai, dans l'ordre de la religion naturelle, mais qui arrange, et se condamne à taire ce qui est absolument vrai, dans l'ordre de la Foi surnaturelle, mais qui dérange, notamment sur le fondement et le contenu des doctrines formalisées et véhiculées par les religions erronées.

L'antinomie radicale, à mon sens, n'est donc pas entre une Eglise pré-conciliaire, qui n'aurait été que condamnation, et une Eglise post-conciliaire, qui ne serait que dialogue, mais entre une Eglise pré-conciliaire, qui était condamnation de ce qu'il faut condamner, et exhortation à ce à quoi il faut exhorter, et une Eglise post-conciliaire, qui n'est plus confessante ad extra, sous ces deux aspects complémentaires, indissociables et indispensables, y compris dans l'ordre de la Foi, et mais qui est dialoguante ad extra, approbatrice de tous ceux qui acceptent voire approuvent la mystique du dialogue, réprobatrice de tous ce qui sont réfractaires à cette orientation fondamentale, que je crains et crois, pour ma part, irrémédiable et irréversible.

Le dialoguisme est devenu un totem, qui dissimule et manifeste un tabou : c'est un peu "le onzième commandement" : "tu ne parleras pas du caractère erroné des religions non chrétiennes !" Pourquoi ? D'une part, parce que dire à des gens sincères qu'ils se trompent, « c'est manquer de charité ». D'autre part, parce que quand on ne veut plus voir dans la Foi catholique la seule source de certitude intellectuelle, dans l’ordre du croire, on est mûr pour ne plus voir dans les doctrines religieuses des croyants non chrétiens que des manifestations de créativité religieuse, de générosité spirituelle, elles aussi "mystérieusement" inspirées.

Voilà, je crois, où nous en sommes ; nous en sommes à une entreprise, à un exercice, de falsification de la miséricorde spirituelle ; j'en veux pour preuve la contradiction, de plus en plus apparente ou évidente,

- entre la notion de dialogue de salut, dans le cadre de laquelle le dialogue inter-religieux aurait pu - et dû - être mis au service exclusif et permanent de l'annonce, en direction des non chrétiens, du fait que le Dieu révélé par Jésus-Christ est le seul vrai Dieu, l’unique Seigneur et Sauveur, dont la Parole est l'unique Parole divine, et dont l'Eglise est l'unique Eglise divine,

- et la vision, de plus en plus prégnante, selon laquelle le dialogue de salut serait un dialogue entre croyants, qui adhèrent à telle ou telle religion ou tradition différente, mais qui poursuivent tous une finalité, sinon identique, du moins convergeante, chacun cherchant, dans sa religion ou tradition, son salut, sa libération, vis-à-vis de ses limites, pauvretés, pesanteurs respectives, comme si les religions non chrétiennes étaient inspiratrices et libératrices, pour ainsi dire "au même titre" que la religion chrétienne.

Croire en Dieu, d'une manière non chrétienne, ce n'est pas croire dans le même Dieu, d'une manière différente, mais c'est croire dans un autre Dieu, d'une manière qui n'a vocation à inspirer aux catholiques ni de hostilité, ni de l'indifférence, à l’égard des personnes dans l'erreur, ni de l'indifférentisme, ni de l'indifférenciation, vis-à-vis-à-vis des doctrines et des pratiques erronées, sous les angles apologétiques, ecclésiologiques, pneumatologiques et sotériologiques.

Ceux qui pensent autrement, ceux qui parlent autrement, ne sont pas nécessairement l’incarnation du diable, mais ont fréquemment tendance à réduire la religion à une orientation sapientelle et spirituelle synonyme de rectitude morale ; effectivement, les chrétiens n'ont pas le monopole de la rectitude morale, dans le cadre de ce qui relève de la morale naturelle, mais aucune religion, en général, et la religion chrétienne, en particulier, n'ont à être élevées ou réduites au rang de configurations sapientielles et spirituelles contribuant toutes à une même éthique planétaire, para chrétienne ou pseudo chrétienne, à un même éthos humain, qui serait plus ou moins divinisé par n'importe quelle religion ou tradition.

Dans la religion chrétienne, le Logos Créateur, incarné, crucifié, ressuscité, Rédempteur, inspire l'ethos des créatures humaines ; le seul vrai Logos, le seul Logos vraiment divin, inspire l'ethos humain, et, en un sens, l'élève, le purifie, le « divinise ».

Ce Logos, éclairant mais exigeant, à la hauteur duquel nous ne serons jamais par nos seules forces, nul n'en est propriétaire, mais l'Eglise en est dépositaire, et sa vocation surnaturelle consiste à faire connaître ce dépôt, en tant qu'unique dépôt révélé, et non à laisser ignorer cette vérité première, en faisant entendre ou en laissant entendre, car le dialoguisme fonctionne souvent au subliminal, que dans les autres religions également, il y a, non seulement en tant qu'éléments isolés, relevant de la religion naturelle, mais aussi en tant qu'ensembles organiques, relevant de croyances quasiment surnaturelles, d'autres dépôts révélés, à la fois différents, dans leur formulation, et convergents, dans leur finalité.

Bonne réception, bonne lecture, bonne journée, je vous prie de bien vouloir m’excuser, pour cette tentative de contribution, qui va bien au-delà, quantitativement, sinon qualitativement, d’un message de réaction habituel, au contact de l’article que vous avez indiqué.

Je terminerai en précisant ou en rappelant ce que j’ai déjà écrit ici-même :

- d’une part, ne demandons pas au Pape Benoît XVI de penser d’une manière différente, sur ces questions, du Cardinal et théologien RATZINGUER : c’est le même être humain, façonné par la même formation intellectuelle, qui ne découle certes pas, pour dire les choses rapidement, mais pas injustement, du réalisme thomiste ;

- d’autre part, ne faisons pas dire à son discours du 22 décembre 2005 ce qu’il n’a jamais dit :

- il ne s’agit pas, pour Benoît XVI, de refermer la grande parenthèse, programmatique, ouverte par le Concile, et qui est d’autant moins facile à refermer qu’elle est bien plus qu’une parenthèse : nous sommes en présence d'une stratégie globale ;

- mais il s’agit, pour Benoît XVI, de neutraliser ou de rétrograder la ligne de pensée interprétative de cette grande parenthèse, ligne de pensée appelée « herméneutique de la rupture », en mettant en avant, en faisant prévaloir, une autre ligne de pensée interprétative, une alternative herméneutique, baptisée « herméneutique du renouveau dans la continuité » qui n’est autre, sous une dénomination contemporaine, que l’interprétation non interruptrice, mais continuatrice, que Paul VI a mis en avant, dès les lendemains de la clôture du Concile…

Appeler, en des termes différents, une orientation stratégique un peu rénovée, dans sa forme, et beaucoup poursuivie, dans son fond, revient en effet à parler de renouveau DANS la continuité : le Renouveau conciliaire continue sur sa lancée ; je m’en tiens, pour l’instant et pour ma part, à « mon » herméneutique du renouveau SANS la continuité, non par ingratitude, vis-à-vis des actes posés par Benoît XVI, en direction de la Tradition, mais dans un souci, comment dire, d’objectivité, quant à l'ampleur théorique et à la portée historique de la rupture conciliaire.

Et c’est le même souci, conclusif de ce message, qui me fait dire que l’on ne remédiera pleinement à la rupture conciliaire que par la mise en forme ET en oeuvre d’une profonde et durable herméneutique de la suture.

La métaphore médicale me tend les bras, et je m’y jette donc, en précisant ou en rappelant qu’il ne s’agit pas seulement d’une cicatrisation en surface, ni d’une réconciliation en profondeur, entre le passé et l’avenir de l’Eglise, mais d’une entreprise courageuse et curative, qui a vocation à redonner pleinement à l’Eglise le sens de ce qui fait sa mission et sa santé.

A contrario, le dialoguisme me fait penser au comportement de celui qui ne se refuse certes pas à ingérer régulièrement le médicament dont il a besoin, mais qui se refuse à en proposer régulièrement à ceux qui en ont au moins autant besoin que lui, alors qu’il a tendance à croire qu’ils disposent, en quelque sorte, de leur propre pharmacie, approvisionnée différemment, mais (presque) aussi bien que la sienne.

Scrutator.