Le Forum Catholique
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( 591923 )
Puisqu'on parlait de Matines... par Eucher (2011-04-04 16:27:54)
Je me posais la question l'autre jour en les disant: d'où proviennent les textes des leçons patristiques dans les éditions préconciliaires du bréviaire? Autrement dit, est-ce que l'édition scientifique de ces textes (Mauristes, [Migne, admettons], le Corpus de Berlin, celui de Vienne, etc.) s'est répercutée sur les textes liturgiques? Le principe historiciste et scientifique de la réforme post-conciliaire, évidemment, impose les éditions les plus "fiables" (ce qui entraînera fatalement, là aussi, la révolution perpétuelle au fur et à mesure de nouvelles éditions chez Sources Chrétiennes, le Corpus Christianorum, et d'autres séries entreprises plus récemment). Mais y a-t-il eu, avant le Concile, un principe de conservation, la "fiabilité" d'un texte cédant la place à l'autorité qu'octroie l'usage (analogiquement au texte "Romain" du Ps 94 retenu, avec son "quoniam non repellet Dominus plebem suam")?
Une étude a-t-elle été faite à ce sujet?
Merci à qui m'aura éclairé,
Eucher.

( 591934 )
A côté... par Nemo (2011-04-04 19:05:23)
[en réponse à 591923]
Je réponds un peu à côté de la plaque mais les neo gallicans ont surtout voulu réformer le bréviaire romain dont ils trouvaient certaines leçons douteuses. On disait bien "menteur comme un deuxième nocturne".
Le nouveau bréviaire de Paris a été donc établi avec des critères historiques.
Mais comme vous dites, si l'on veut toujours suivre des éditions critiques, on va vite tomber dans une révolution perpétuelle.
Or le but du bréviaire n'est pas de donner un cours d'histoire, mais de prier Dieu et par là de se sanctifier.
J'aime bien l'origine du mot légende, "à lire".
La Légende Dorée n'a jamais fait de mal aux fidèles et l'on sait que des saints qui n'ont jamais existé guérissent pourtant.
Il ne faut bien sûr pas tomber dans l'excès de crédulité bien sûr.

( 591941 )
"on va vite tomber dans une révolution perpétuelle" par Eucher (2011-04-04 20:25:41)
[en réponse à 591934]
Cher Nemo, nous y sommes déjà, je ne vous apprends rien. Ici en terre anglophone les fidèles vont s'en rendre compte dès le premier dimanche de l'Avent (à moins de marche arrière pour la traduction "new and improved" ). D'ailleurs je disais hier à Mme Eucher: ce dimanche-là, j'irai à la messe basse de 8h30, car je compte observer la "new New Mass" en paroisse à 10h!
-Eucher.

( 591935 )
A mon avis, par Yves Daoudal (2011-04-04 19:22:17)
[en réponse à 591923]
mais ce n'est qu'un sentiment personnel, on ne s'est tout simplement jamais posé la question, car c'est une question éminemment moderne et pas du tout traditionnelle. Ce qui était normal était de lire une homélie "de saint Augustin" en sachant pertinemment qu'elle n'était pas de saint Augustin.
Vous parlez du psaume 94. Dans le même ordre d'idée, il y a aussi ces antiennes qui reprennent un verset du psaume, mais dans une autre version (parfois c'est le premier verset, qu'on dit ainsi de deux façons différentes). Sans parler de tous les répons en vetus latina. Cela n'a manifestement jamais choqué personne, alors qu'aujourd'hui ce serait impossible: il y aurait un expert pour harmoniser tout cela et définir quelle est la "bonne" version.
Je rejoins ce que dit Nemo des légendes (legenda: ce qu'on doit lire). J'ajoute que certains aspects des légendes sont beaucoup plus vrais sur le plan spirituel (ou surnaturel) que la vérité historique. C'est pourquoi il ne faut pas les saccager.

( 591939 )
Même longueur d'onde. par Eucher (2011-04-04 20:14:29)
[en réponse à 591935]
Mes intérêts (ma profession en fait: j'ai le bonheur qu'ils se recoupent) me mènent à étudier les textes des Pères d'un point de vue scientifique. Mais pour ma sanctification je m'en remets à leur version traditionnelle (enfin j'espère: pour les Matines je me sers du Pustet 1961, usant d'un autre office pour le psautier).
L'histoire de la version traditionnelle d'un texte peut être édifiante en elle-même, dans la mesure où l'on y repère le filtrage, pour ainsi dire, de la tradition. Sur les traces de la Providence... L'histoire des différents psautiers (et la tradition sans complexe de plus d'une version selon l'emploi, comme vous l'indiquez M. Daoudal) en est une bonne leçon. Peut-être devrais-je me lancer dans l'étude de la tradition liturgique des textes patristiques... Est-ce que Batiffol s'y aventure?
-Eucher

( 591955 )
A propos de saints qui n'auraient pas existé par Maïe (2011-04-04 22:44:37)
[en réponse à 591923]
-+IHS+-
puisque Nemo en parle incidemment, est-ce que Saint Christophe est une des "qualités" de Saint Joseph personnifiée : celui qui porte la lumière (du monde, le Christ) ?
P.S. C'est chouette les légendes, parce que c'est l'histoire, ce qu'on doit penser de l'histoire et ce qu'on aime dans l'histoire... même si tout le monde s'en fout.

( 591968 )
pour en revenir au début de la question, il me semble que vos réponses concernant les offices sont un peu à côté de la plaque: par erminig (2011-04-04 23:32:03)
[en réponse à 591955]
Vous mélangez tout: la conservation d'un texte dans un office, et l'historicité.
Il y a un premier problème: les offices et toute la liturgie au départ sont faits / étaient faits pour être totalement chantés.
Du coup, la mélodie et la pratique du chant, par essence , fixent les textes. le chant en quelque sorte domine le texte. Ce qui fait d'ailleurs que dans cet univers du "ne varietur", il restait TRÈS difficile de changer un texte d'un office.
Du coup, le deuxième problème, c'est l'abandon du chant au profit de la lecture des textes: c'est un abandon déstabilisant, parce que du coup, tout se met à changer.
Or le critère de conservation, durant des siècles, ce fut et c'est le chant, avant tout.
là où cela devient très complexe, c'est la dispersion dans tous les sens des critères de dépoussiérage, avec un méli-mélo sur les fondements historiques. Pour les fondamentaux historiques, ce n'est plus tout à fait le même domaine, par ce que l'office est avant tout une prière et pas un cours d'anthropologie historique religieuse.
Après , pour les dévotions populaires, même Benoît XVI a rappelé que c'était un domaine ou sévissait l'Esprit-Saint...

( 592011 )
Nemo avait bien précisé par Eucher (2011-04-05 16:11:10)
[en réponse à 591968]
en guise de préface que sa réponse était "à côté de la plaque". Le sujet est intéressant lui aussi, même s'il ne correspond pas à ma question au départ.
Cela dit, merci de la précision que vous apportez; je n'aurais pas songé à l'influence conservatrice du chant (qui doit expliquer aussi la rétention d'Antiennes dans le texte de la vetus latina et du Ps 94 "romain"). Sujet(s) à creuser...
-Eucher.