Le Forum Catholique

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images/icones/carnet.gif  ( 591774 )La colonne Pascale à Saint-Bonaventure par Bernard Joustrate (2011-04-03 08:56:27) 

La colonne Pascale à Saint-Bonaventure
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Accueillir une œuvre d’art contemporain dans une église n’est pas simplement la prolongation, légitime en soi, du geste de nos prédécesseurs qui ont toujours voulu associer la célébration de la liturgie chrétienne à la convocation du beau voire du spectaculaire, car ils étaient convaincus que l’acte humain de création qui, toujours second, s’empare des éléments créés par Dieu pour les agencer d’une manière inédite, relève de la pleine liberté humaine, voulue par le Créateur, et participe même d’une forme de collaboration à son activité permanente et gracieuse.
Comme beaucoup d’autres églises à Lyon, Saint-Bonaventure est le résultat de ce processus séculaire, où personne n’a eu peur de transformer ce qui existait, d’ajouter à ce qui était déjà là, de retirer ce qui paraissait superflu. De cela, il reste cet étonnant patchwork dont l’harmonie naît de la diversité, depuis le bâtiment du treizième siècle, d’une austère simplicité à l’image de la vie franciscaine, jusqu’aux vitraux éclatants de couleur posés après que la destruction du pont Lafayette à la fin de la Deuxième guerre mondiale avait emporté leurs prédécesseurs. Toutes les générations ont décoré, sculpté, peint, tissé, aménagé, bref ont vécu dans cette église.
Ce qui est désigné par cette formule « art contemporain » veut pourtant aller un peu plus loin, estimant que l’aspect simplement décoratif des arts traditionnels ne suffit pas à rendre compte des interrogations qui traversent le champ artistique, comme tous les autres domaines de notre monde tourmenté. Une installation d’art contemporain ne cherche jamais seulement à être jolie, quoique ce ne soit pas interdit, mais aussi à interroger celui qui la remarque, au risque de ne pas être vue ou de paraître insignifiante. Quelle question est posée à notre monde ? Quelle est cette recherche de l’artiste, dont l’œuvre témoigne, et qui peut toucher celui qui la contemple? Quelle place dans l’histoire des représentations et dans l’interaction des cultures ?
Pourtant, une église n’est jamais seulement un espace que l’on visite bien longtemps après qu’il ait perdu toute utilité, comme on le ferait d’un château ou, hélas, d’un musée, mais elle est toujours un bâtiment habité, non seulement par la liturgie de l’Église dans son déploiement fastueux ou modeste, mais aussi par les présences très discrètes de ces priants de toutes origines, des touristes qui se hasardent dans le cœur commerçant de Lyon, des pauvres qui sont aux portes, des visiteurs hésitants qui profitent de la pénombre et du calme pour se réchauffer, pleurer ou réfléchir, des habitués qui se retrouvent pour bavarder chaleureusement. C’est pour tous qu’est dressée cette « colonne Pascale » au centre de l’église, c’est à tous qu’elle s’adresse, suscitant nécessairement des réactions variées, en particulier parce qu’elle n’est pas d’abord « utile » ce qui constitue une transgression majeure dans notre monde où règne l’économie.
Même si son titre joue volontairement sur une ambivalence, il y a un rapprochement évident entre le prénom de l’artiste et le sommet de la vie chrétienne qu’est la fête de Pâques, célébrée cette année par l’ensemble des confessions chrétiennes le dimanche 24 avril. Mais il y a, au moins, deux autres éléments de rapprochement entre ce qui nous rassemble autour de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ et l’installation que nous avons le privilège d’accueillir. Non seulement, le rappel d’une forte verticalité est particulièrement pertinent dans un bâtiment qui, au fur et à mesure des ajouts, est très large. La colonne pascale montre bien la juste posture chrétienne, qui est d’être debout – et non pas écrasé par son péché ou les forces de l’histoire – face à Dieu et face aux autres. Dans sa forme même, l’œuvre n’est pas sans rappeler cet élément essentiel de notre squelette, qui tient tout le reste et qui combine solidite
et souplesse. Même si mort et violence semblent triompher partout, et d’abord en nos corps, nous sommes appelés à être relevés, autre mot qui désigne la résurrection, non seulement dans la vie future, mais en anticipant aujourd’hui notre relèvement dans l’amour et le service. Mais le deuxième élément, plus intime encore, entre la « colonne Pascale » et ce que l’Église célèbre à Pâques tient au matériau choisi pour constituer la colonne. Il n’y a pas qu’un renvoi qui pourrait sembler exotique à la culture africaine, dont il est quand même temps de prendre conscience de son importance pour notre pays, mais il y a surtout l’usage d’éléments du quotidien que l’accumulation conduit à transcender. Ces casseroles – il faut bien choisir le mot le plus banal pour honorer la démarche – ces casseroles empilées renvoient aux incertitudes actuelles sur la capacité des humains, et non de la Terre, à suffire à leur subsistance, tout en désignant le lieu même où s’actualise pour nous le relèvement de l’humanité. Car la source et le sommet de notre rassemblement se trouve dans un repas ritualisé, qui renvoie au dernier repas de Celui qui a librement engagé son existence dans le don de lui-même. Et la taille même des ustensiles choisis conduit à penser à un repas qui dépasse toujours le petit groupe, mais qui annonce le festin ultime de l’humanité tout en exigeant de nous un partage qui est toujours le signe de la maturité humaine.
C’est bien au mystère constitutif de notre vocation que renvoie la « colonne Pascale », en nous interrogeant intimement et, peut-être, en nous aidant à lever les yeux vers ce qui éclaire l’humanité tout en poussant au partage avec ceux qui, pour diverses raisons, se sentent en bas. Pour terminer, qu’il me soit permis de remercier vivement l’artiste, le Musée d’art contemporain de Lyon et toutes les personnes qui ont permis cette installation dans le parcours lyonnais. Saint-Bonaventure veut ainsi manifester sa disponibilité pour accueillir ce qui peut être signifiant pour tous au cœur de nos hésitations partagées.

Luc Forestier, prêtre de l’Oratoire, recteur de Saint-Bonaventure 2 février 2011

images/icones/5b.gif  ( 591775 )Désolé par Marc B. (2011-04-03 09:15:51) 
[en réponse à 591774]

Je ne suis pas assez intelligent, je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout du texte.

Quand à la photo, il fallait bien trouver un endroit pour stocker toutes les soupières de la soupe populaire, maintenant que l'hiver est fini.
Empilées, elles prennent moins de place.
images/icones/1j.gif  ( 591778 )Quelle horreur ! par FilsDeMarie (2011-04-03 09:37:29) 
[en réponse à 591774]

Des réchauds à fondue empilés !
images/icones/3c.gif  ( 591779 )Maria ! par Miserere (2011-04-03 09:45:36) 
[en réponse à 591774]


Veuillez ranger les casseroles dans leur placard !

Ouich Madame !
images/icones/1d.gif  ( 591926 )Les ranger dans le placard ? Impossible ! par Armavir (2011-04-04 17:11:50) 
[en réponse à 591779]

Toutes ces casseroles, ces chaudrons ..... ont été percés pour pouvoir les assembler au moyen de vis et d'écrous, et ce, afin de faire tenir cet échafaudage à peu près vertical.

Ainsi percés, on ne pourra même plus s'en servir pour faire la soupe.

Quel gâchis !





Idée ! Peut-être après démontage de "l'oeuvre", pourra-t-on, en faisant d'autres trous, en faire des écumoires ?
images/icones/1y.gif  ( 591786 )Ce monsieur est prêtre ? par Justin Petipeu (2011-04-03 13:05:10) 
[en réponse à 591774]

Il n'y a pas de tabernacle dans son église ?


Pourtant, une église n’est jamais seulement un espace que l’on visite bien longtemps après qu’il ait perdu toute utilité, comme on le ferait d’un château ou, hélas, d’un musée, mais elle est toujours un bâtiment habité, non seulement par la liturgie de l’Église dans son déploiement fastueux ou modeste, mais aussi par les présences très discrètes de ces priants de toutes origines, des touristes qui se hasardent dans le cœur commerçant de Lyon, des pauvres qui sont aux portes, des visiteurs hésitants qui profitent de la pénombre et du calme pour se réchauffer, pleurer ou réfléchir, des habitués qui se retrouvent pour bavarder chaleureusement.



Et Dieu dans tout ça ?

Honte à ce monsieur !
images/icones/1w.gif  ( 591787 )A moins que... par Justin Petipeu (2011-04-03 13:07:15) 
[en réponse à 591786]

... ce monsieur soit déjà convaincu de l'invalidité des messes qu'il célèbre, auquel cas je lui adresse mes plus plates excuses.
images/icones/neutre.gif  ( 591789 )En retard... par Pierre (2011-04-03 13:25:24) 
[en réponse à 591774]

Soit de quelques jours, pour le 1er avril.

Soit, si c'est sérieux, de quelques décennies.


Une installation d’art contemporain ne cherche jamais seulement à être jolie, quoique ce ne soit pas interdit



Si c'est vraiment de l'art, ce devrait plutôt être "ne cherche pas seulement à être belle, bien que ce soit obligatoire (de chercher à l'être)"


Quelle question est posée à notre monde ?


Ah oui, ça ne pose pas de questions, ça interroge sur le fait de poser des questions... on peut exposer n'importe quoi, tant que cela peut susciter une question, c'est bon? y compris si la question est "mais qu'est-ce que cette saleté fait ici?" ?

Une forte verticalité... j'approuve! enfin, on va avoir des Messes tournées vers Notre-Seigneur, sans geste horizontal décalé juste avant la communion?

Les casseroles sont grandes, donc c'est eschatologique... mouais...


accueillir ce qui peut être signifiant pour tous au cœur de nos hésitations partagées.


Il faut un plus petit dénominateur commun? bon, une bouteille de coca-cola vide, ça doit aussi faire l'affaire.
En plus, on peut dire que ça renvoie à la soif de l'humanité, cela "interroge" la réponse de Jésus à la samaritaine, cela indique le partage et la nécessité de refuser les guerres de l'eau, cela "remet en cause" la société de consommation, cela "transcende"...


J'espère au moins que ça n'a rien coûté à l'église. A part un peu de ridicule.