Le Forum Catholique
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( 591259 )
La réforme de la semaine sainte... par von Loustique (2011-03-30 09:28:44)
... en 1955: le coup d'envoi de la révolution à venir...?
La réforme de 1955 exige explicitement que les palmes soient bénies non plus à l’autel majeur mais sur une petite table apportée au milieu du chœur & que la bénédiction soit faite face au peuple afin que celui-ci puisse la voir. Le célébrant et ses ministres doivent donc entrer au chœur, faire la génuflexion habituelle à l’autel & à la croix, se retourner et leur faire dos. C’est la première fois dans l’histoire du rit romain qu’est effectué ce changement de focalisation : ce n’est plus l’autel et la croix qui concentrent l’attention, l’impératif se déplace vers le peuple qui doit voir. Outre que dans beaucoup d’églises où le Très-Saint Sacrement est conservé à l’autel majeur, les ministres sacrés doivent lui tourner le dos pour la durée de toute une cérémonie, le fait de placer cette table au milieu du chœur impose de plus quelques contraintes logistiques : une fois les rameaux distribués, il faudra bien la retirer au cours de la cérémonie (mais les rubriques ne le précisent pas). Retenons qu’au nom de la participation des fidèles a été alors introduit un concept totalement nouveau dans l’utilisation de l’espace liturgique, puisque la prière cessait d’être orientée vers Dieu, mais s’orientait vers les fidèles.
Ici

( 591281 )
Un coup d'envoi signé du par megnace (2011-03-30 12:54:06)
[en réponse à 591259]
Bienheureux Pie XII ? C'est un peu fort de café, cette assertion.........

( 591289 )
oui et non par Luc Perrin (2011-03-30 14:40:06)
[en réponse à 591281]
D'abord Pie XII est, en l'état, vénérable et non "bienheureux".
Je n'ai pas vu dans l'article, qui vient de "l'école Gromier" chère à notre ami Nemo, que les réformes - importantes - de 1951-1955 aient été le "coup d'envoi" de la révolution liturgique de 1964-1970 (et depuis).
Une étude italienne est déjà sortie il y a un an ou deux à ce même sujet et qui, elle, allait jusqu'à tirer cette conclusion aussi aventureuse qu'erronée.
Tout est-il parfait dans la réforme dont les PP. Loew et Antonelli - et non Bugnini - furent les artisans principaux ? sans doute pas. On peut rêver tout haut en imaginant que le cardinal Canizares ou Mgr di Noia sans parler du cardinal Levada - ou quiconque à Rome - puisse se mettre à réviser la Semaine sainte réformée sous Pie XII. Au XXIIè siècle peut-être ...
Il n'est pas interdit de réfléchir à cette question, de faire des suggestions de corrections mais, soyons clair, c'est une question d'école aujourd'hui.
D'autant plus que les imperfections relevées sont soit en partie corrigées - le rit d'ouverture des portes existe le plus souvent - soit n'empêchent aucunement les fidèles de se trouver dans le rit romain traditionnel. Les plus virulents des opposants étant les sédévacantistes et le plus souvent a posteriori. Massivement les communautés traditionnelles célèbrent la Semaine Sainte révisée sous Pie XII sans qu'un mouvement de contestation substantiel soit apparu.
Outre Mgr Gromier, l'écrivain anglais Evelyn Waugh fit partie des rares contemporains à s'être plaint mezza voce de cette réforme pacellienne.
L'interprétation téléologique - partir de la conclusion pour déduire le point de départ - est à récuser fortement. Absolument rien ne permet d'affirmer que les Pères Loew et Antonelli avaient en vue directe la néo-liturgie actuelle : au contraire même, les éléments établis dont on dispose prouvent plutôt l'inverse. Le journal du cardinal Antonelli ofm a été publié partiellement - des agissements à la Congrégation du culte divin ayant empêché la publication de l'intégralité - et ce texte montre surtout les vives critiques à l'égard du cours donné par Bugnini au Consilium à partir de 1964. De même, le P. Loew a suggéré des corrections introduites par le cardinal-préfet Larraona au schéma préparatoire bugninien en 1962, mesures qui seront démantelées pendant la discussion de 1962 et surtout 1963. Or ce cardinal Larraona est pendant Vatican II un membre très actif de la ... Minorité. Plusieurs sources indiquent que le P. Loew était mécontent du schéma bugninien avant son décès inopiné et ô combien regrettable.
Dernier point : il y a un océan entre une révision pacellienne de 1951-1955, mesurée et très contrôlée, et le prurit de changements, expérimentations observable après 1963. Le contexte ecclésial a radicalement changé : en 1955, la romanité et l'autorité hiérarchique demeurent largement ; en 1964-1970 elles s'effacent à grande vitesse.
Même avec des défauts - et pour perfectible qu'elle soit -, la révision prudente de 1951-1955 diverge considérablement de la Semaine Sainte du Novus Ordo. Oh certes, il y a des germes en 1955 (simplification, introduction d'une minuscule part de vernaculaire en particulier) mais c'est une erreur d'en déduire une sorte de passage automatique à 1970 et à l'anarchie actuelle.
L'expérience de plonger des fidèles "ordinaires" dans une Semaine Sainte 1955 serait à elle seule suffisante : ces dames de l'E.A.P. et les danseurs "liturgiques" sortiraient en courant ...
Gageons que si la révision post-conciliaire avait été conduite sous les auspices des Pères Loew et Antonelli, le destin de la liturgie eût été bien différent et que, sûrement, nous ne serions pas dans un tel état de déliquescence. Mais c'est aussi de l'histoire fiction...

( 591331 )
Désaccord par Nemo (2011-03-30 18:49:40)
[en réponse à 591289]
Je n'ai absolument pas le temps pour des raisons professionnelles de traiter un sujet si complexe et si fondamental.
Que sous les pontificats de Saint Pie X et Pix XII, le rite romain ait subi les premières modifications qui aboutiront presque à sa mort n'est un secret pour personne. Que les motifs aient été vertueux au départ est vraissemblable.
Bien entendu Mgr Gromier qui ne connaîtra pas le nouveau rite (heureux homme) ne peut parler de coup d'envoi puisqu'il ignore la suite funeste. Néanmoins son analyse classique est visionnaire. Mgr Gromier ne craint pas de se faire des ennemis, et il parle à une époque où dans l'Eglise on obéit comme dans l'armée. Pourtant j'ai lu des lettres manuscrites d'échanges entre liturgistes qui traduisaient un malaise devant la résurgence de ce que Dom Guéranger appelait l'hérésie antiliturgique aux 17ème et 18ème siècle.
Je ne vois pas quelles sont les corrections dont vous parlez. Si l'ouverture des portes avec la croix de procession est un exemple, il faut savoir que cette tradition très populaire et abolie a été réintroduite par exemple il y a quelques années à la cathédrale de Paris, qu'elle est faite dans beaucoup d'endroits tant du nouveau rite que de l'ancien, mais que cette pratique reste abolie. Il s'agit d'un non respect des rubriques et non d'une correction.
Enfin je suis tout à fait d'accord avec toutes les études récentes sur la semaine sainte sainte, elle contient en germe absolument toutes les erreurs du nouveau rite, c'est du reste ce qui est démontré dans l'article cité.
Mais cette semaine sainte de 1955 est célébrée dans les paroisses qui utilisent le rite de 1962 de la même façon que la messe de Paul VI est célébrée à l'Oratoire de Londres, Brompton Oratory, ce qui rend les couleuvres bien plus faciles à avaler.
Je reprends ce que vous dites :
L'expérience de plonger des fidèles "ordinaires" dans une Semaine Sainte 1955 serait à elle seule suffisante :
Je pense que si vous les plongez à la grand messe de Brompton vous obtenez la même chose.
Mais prenez la semaine sainte fabriquée en 1955, traduisez-la en français, mettez des ornements moches ou pas d'ornements du tout, ajoutez quelques danseurs et tout votre petit monde sera ravi : de toutes façons ces gens là ne suivent aucun missel et n'en feront qu'à leur tête.
Pour en finir je ne vois pas comment l'on peut attaquer le rite de Paul VI célébré "dans une herméneutique de continuité" si l'on accepte la semaine sainte de 1955.

( 591302 )
Une assertion?... par von Loustique (2011-03-30 16:21:48)
[en réponse à 591281]
... mais il me semblait avoir simplement posé une question au regard d'un article pour le moins intéressant!

( 591321 )
et bien vous avez une réponse par Luc Perrin (2011-03-30 18:02:44)
[en réponse à 591302]
négative à votre question pour les raisons détaillées que j'ai données.
Je notais que cette question, qui contenait une réponse implicitement positive, ne figurait pas comme telle dans le texte en renvoi.

( 591334 )
Il y a... par von Loustique (2011-03-30 19:04:15)
[en réponse à 591321]
... au moins deux réponses: la votre et celle de Nemo.
Cette dernière est également assez convaincante, et le débat semble très intéressant!

( 591326 )
Coup d'envoi signé Mgr Bugnini par Arvernis (2011-03-30 18:23:35)
[en réponse à 591281]
déjà à l'époque. C'est
ici
Le 28 mai 1948 fut nommée officiellement par Pie XII la Commission pour la réforme liturgique. M. Bugnini en fut désigné secrétaire, à l'initiative, je crois, du P. Ferdinand Antonelli, franciscain, Relator de la Section historique; le P. Agostino Bea y assurait la liaison avec Pie XII dont il était le confesseur. Je note qu'en 1960 y furent adjoints encore quelques membres, parmi lesquels Mgr A. Frutaz, l'érudit spécialiste de l'hagiographie, et Don Luigi Rovigatti, alors curé de la Natività à Rome, où il réalisa un remarquable travail de pastorale liturgique. Il est regrettable que dans le présent livre, sans doute parce qu'il n'avait pas la possibilité d'accéder aux Archives, l'auteur traite si brièvement, pp. 19-25, des travaux de cette Commission, qui compte à son actif: la restauration de la Vigile pascale (1951) et de la Semaine sainte (1955), l'Instruction De musica sacra (1958), le rite du baptême des adultes par étapes (1962).

( 591365 )
erreur comme je l'ai indiqué par Luc Perrin (2011-03-31 01:17:05)
[en réponse à 591326]
le P. Bugnini était certes "secrétaire" de cette commission mais il n'était que cela, pas un secrétaire de dicastère. Il n'y a pas joué un rôle prépondérant comme ensuite à la commission préparatoire conciliaire et plus encore au Consilium et à la Congrégation du culte divin.
Cette réforme de 1951-1955 qu'abomine quelques uns, dont notre ami Nemo, est imputable essentiellement aux Pères Loew et Antonelli qui furent en désaccord avec Bugnini sur de nombreux aspects essentiels par la suite, justement. Il y a deux types de réformateurs, vouloir les amalgamer, en faire un bloc uni et soudé, c'est déformer l'histoire. C'est aussi se priver de la clef d'explication de la position de Joseph Ratzinger, anti-bugniniste affiché mais réformateur et pas traditionaliste (tout en n'étant pas hostile à la Forme extraordinaire).
Un point que les tenants de la thèse 1955=1970 refusent de voir, bien qu'il soit là documenté et tel l'éléphant blanc au milieu du salon.

( 591383 )
mais tout de même par Baskerville (2011-03-31 09:45:11)
[en réponse à 591365]
Que ce soit de Bugnini ou non, il y a bien des choses troublantes qui relèvent de la même logique, comme l'a justement pointé Nemo.
Pourquoi supprimer ce qui relève de plusieurs siècles (reprocher aux oraisons d'être carolingiennes ???).
Pourquoi inventer ce qui n'a jamais été célébré ?
Effectivement, il y a réformateur et traditionnaliste...
Et dans les réformateurs il y en a de pires que d'autres.
C'est bien triste.

( 591399 )
les graines, le terreau, le cancer et l'opportunité par Luc Perrin (2011-03-31 12:02:01)
[en réponse à 591383]
Je ne conteste pas l'évidence : il y a dans cette réforme de 1951-1955 des graines (germes), une "logique" comme vous le dîtes qui est celle amplifiée entre 1964 et 1970. Pas toutes car l'idée de la liturgie ad libitum sous prétexte d'inculturation n'est pas là : Pie XII n'a pas ratifié, à la différence de Paul VI, 4 Semaines Saintes à choisir selon l'humeur du prêtre. Or c'est un élément central dans la révolution liturgique jusqu'à nos jours.
Donc il y a des germes mais pas tous.
Deuxièmement, comme je l'ai souligné, le contexte change tout : des graines jetées sur une terre stérile ne croissent pas. Les années 1960 et 1970 offrent un contexte radicalement différent de celui des années 1950. Ce contexte a contribué à transformer les germes et à leur donner un tour cancéreux qu'ils n'avaient pas au départ : un cancer avec un pouvoir de proliférer très élevé.
La conclusion de Nemo et la vôtre impliquent que toute réforme serait cancéreuse par principe : la liturgie serait figée à une année donnée. Cela ne correspond pas à l'histoire de la liturgie. D'autre part pourquoi canoniser une année plutôt qu'une autre ? Il y aurait autant de Formes extraordinaires que de changements intervenus dans le passé : pourquoi pas la Forme 1569 juste avant saint Pie V ... n'y avait-il pas quelque germe potentiellement cancéreux dans la réforme de Pie V ?
Je ne mets pas un signe égal traditionalisme = fixisme à une date arbitrairement choisie. La révision de 1951-1955 a-t-elle détruit les communautés catholiques depuis plus d'un demi siècle ? A-t-elle causé des dommages ? si oui lesquels ? J'ai beau chercher, je ne les vois pas.
Certaines retouches seraient à y introduire dans le sens du respect de la croissance organique ? Pourquoi pas si l'on n'est pas fixiste, rien ne l'interdit dans l'avenir. Benoît XVI a bien retouché une prière du Samedi Saint : c'est donc possible.
Maintenant est-ce opportun ? L'intervention de Benoît XVI a été très circonscrite comme l'ajout - typiquement bugniniste lui - de nouvelles options pour la formule de renvoi du rit paulin.
Est-il opportun de susciter un clivage fort avec le groupe des "réformateurs" antonelliens, les partisans d'une application d'esprit traditionnel de la néo-liturgie, ceux qui voudraient revenir à une lecture plus stricte du texte de Vatican II ? En somme faut-il miner la position des rares ratzinguériens en matière de liturgie en les ramenant au niveau des bugninistes qu'ils ont pourtant toujours critiqué ? N'est-ce pas plutôt l'inverse qui est bénéfique pour la Tradition, chercher à désarmer les préventions et les préjugés de ces néo-conservateurs en liturgie (cf. les coulisses du projet d'Instruction) ?
La position de la liturgie traditionnelle est-elle devenue si solide en 2011 qu'il soit possible de lancer un toilettage de la Semaine Sainte de 1951-1955 ? Autant je vois l'utilité pour l'Église, pour le bien des âmes de développer l'usage et l'enseignement du missel de 1962, autant je ne vois pas l'urgence de réviser la révision de 1955.
N'est-ce pas mettre la charrue avant les boeufs sans aucun profit pastoral ?

( 591401 )
Pas trop le temps par Nemo (2011-03-31 12:40:11)
[en réponse à 591399]
Le sujet est certes passionnant et mériterait d'être plus argumenté. Il y faudrait de la recherche et des références. Il y a des choses qui se sentent aisément quand on a de la formation et de l'habitude, mais qui prennent énormément de temps et de compétence à démontrer.
Il y a aussi des choses que des anciens, maîtres en la matière, certains moines d'abbayes bénédictines extrêmement compétents et pas forcément en vue m'ont confirmées sans les écrire qui confortent. Seul Mgr Gromier a osé écrire des bribes. Il avait la stature et le mauvais caractère pour le faire. Il suffit de lire la préface de son excellent commentaire sur le Cérémonial des évêques pour voir comment il a été muselé et quasiment interdit de publication.
Certains ouvrent le chantier depuis peu et je m'en réjouis. En admettant que personne ne critique les réformes de la semaine sainte dans le monde tradi (ce qui n'est pas vrai, je connais quantité de prêtres célébrant la nouvelle semaine sainte dans les instituts Ecclesia Dei qui s'en plaignent, et l'ICRSP, qu'on doit publiquement louer pour ça, a fait tout son possible pour utiliser la semaine sainte traditionnelle jusqu'à ce qu'il soit muselé à son tour, cette obstination dépasse sans aucun doute les amours pour les dentelles), je ne connais personne qui se félicite de ces réformes. Sauf sans doute celles d'un changement des horaires et d'une réduction du nombre de lectures du samedi saint qui ont des justifications sérieuses. Je ne vais pas jusqu'à dire que mon ami le Professeur Perrin s'en félicite, ce serait sans doute faux.
Je voudrais juste relever que Saint-Pie V n'a pas opéré une réforme mais plutôt une restauration ce qui est très différent. Il n'a rien inventé ce qui n'est pas le cas pour la semaine sainte. Donc pas de germe chez de saint pape.
Je ne savais pas que Benoît XVI avait modifié une oraison le samedi saint. S'il s'agit de celle du vendredi saint, ce n'est pas brillant donc je ne vois pas purquoi on s'en vante comme d'une preuve. Elle n'a pas été promulguée régulièrement paraît-il et elle n'est pas utilisée par tout le monde. Le Barroux va même jusqu'à insérer celle d'avant ad calcem dans son dernier 800 (804 en fait ou liber usualis) pour ceux qui ne se servent pas de celle de Benoît XVI, avec aval de Rome (pour la nouvelle édition du 804). C'est tout dire.
De toutes façons, comme le dit le motu proprio, Paul VI n'a jamais interdit la messe traditionnelle, on peut aussi en déduire que Pie XII n'a jamais abrogé la semaine sainte traditionnnelle.
Donc vive Quo Primum et la messe traditionnelle. La semaine sainte nouvelle ne m'intéresse pas davantage que sa soeur de 1969. Du reste celle de 1969 me plaît davantage sur bien des points que celle de 1962 si vous voulez tout savoir...
Et puis si on voulait rigoler avec des choses sérieuses, je vous organiserais une petite semaine sainte avec les livres de 1969 qui vous semblerait archi tradi.