Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=1006061
images/icones/carnet.gif  ( 1006061 )« "Vous les reconnaîtrez à leurs fruits." L'Italie catholique, soixante ans après le Concile. » par Vistemboir2 (2026-09-07 09:26:30) 

Article de Maurizio d’Orlando paru sur Infovaticana le 6 septembre 2026 sous le titre : « Dai frutti li riconoscerete. L’Italia cattolica, sessant’anni dopo il Concilio »
----------------------------------
Je ne suis pas théologien. Ma formation est en statistiques, en économie et en économétrie. Par conséquent, je n'entends pas juger le Concile Vatican II à travers le prisme d'une querelle entre écoles théologiques. Je procède simplement comme on évalue toute réforme majeure : je compare le point de départ au point d'arrivée.

Le Concile s'est achevé le 8 décembre 1965. Soixante ans ont passé. Le temps des prédictions est révolu. Nous pouvons maintenant constater les résultats.

Vers 1965, près de 99 % des Italiens se déclaraient catholiques. Plus de 98 % des mariages étaient célébrés à l'église. En 1965, 1 017 944 enfants sont nés ; la moyenne par femme était de 2,66 enfants, bien au-dessus du seuil nécessaire pour assurer la continuité des générations. On a dénombré environ 517 000 décès ; le nombre de naissances a dépassé ce chiffre d'un demi-million.

Les résidents étrangers étaient statistiquement quasi inexistants : 62 780 lors du recensement de 1961 et 121 116 lors de celui de 1971. Au milieu de ces deux recensements, l’année de la fin du Concile Vatican II, leur nombre était donc d’environ une personne sur cinq cents.

Telle était l’Italie léguée à l’ère post-conciliaire.

Soixante ans plus tard, en 2025, seulement 355 000 enfants sont nés et 652 000 sont décédés. Le taux de fécondité a chuté à 1,14 enfant par femme. Le solde naturel était négatif, représentant environ 296 000 habitants.

La même année, le solde migratoire avec l’étranger était positif, représentant 296 000 personnes.

296 000 personnes de moins du fait du solde naturel. 296 000 personnes de plus du fait de l’immigration.

La correspondance est presque parfaite. Les Italiens qui ne naissent pas sont remplacés par des personnes venues de l’étranger.

Ce terme n'a pas été inventé par la soi-disant extrême droite. En 2000, la Division de la population des Nations Unies a publié une étude intitulée « Migration de remplacement : une solution au déclin et au vieillissement de la population ? ». Ce terme désigne précisément l'immigration nécessaire pour compenser le déclin et le vieillissement de la population.

Début 2026, l'Italie comptait 5 560 000 étrangers, soit 9,4 % de la population. À ce chiffre s'ajoutent les personnes ayant déjà acquis la nationalité italienne et leurs descendants.

La grande majorité de cette population n'est pas catholique. Selon les estimations de la Fondation ISMU, début 2025, sur plus de cinq millions de résidents étrangers, on comptait environ 900 000 catholiques. Les musulmans atteignaient 1,7 million et les orthodoxes plus de 1,5 million. Ainsi, plus de quatre étrangers sur cinq appartenaient à d'autres confessions ou ne professaient aucune religion.

Il ne s'agit pas d'un jugement sur la valeur des individus, mais d'une statistique illustrant la transformation de l'Italie.

Une Église qui ne transmet plus

Au cours de la même période, la continuité religieuse s'est effondrée.

Aujourd'hui, même un Italien sur trois se déclare catholique ? Non : une enquête de 2023 situe encore le taux d'appartenance déclarée à l'Église à environ 61 %. Pourtant, seulement 17,9 % de la population fréquente un lieu de culte chaque semaine.

La statistique cruciale concerne les enfants. En 1995, 70,3 % des enfants âgés de six à treize ans assistaient aux offices hebdomadaires. En 2023, ils n'étaient plus que 32,4 %. Chez les jeunes adultes, ce chiffre est inférieur à un sur dix.

En 2024, seulement 38,7 % des mariages étaient religieux. En 1965, ce chiffre dépassait les 98 %.

Entre 2000 et 2024, les baptêmes ont diminué de 64,6 %, tandis que les naissances ont baissé de 31,9 %. Ce n'est pas seulement la baisse de la natalité qui explique la diminution des baptêmes : si la population infantile diminue, la transmission de la foi décline deux fois plus vite.

On comptait 6 337 séminaristes en 1970. En 2019, ils n'étaient plus que 2 103. Le nombre d'ordinations sacerdotales est passé de 527 en 2000 à 279 en 2024.

Aucun indicateur n'a diminué. Fréquentation, pratique religieuse, mariages religieux, baptêmes, vocations et ordinations ont tous chuté simultanément.

Une coïncidence qui remonte à soixante ans

On pourrait objecter : « post hoc non est propter hoc ». Le fait qu'un événement survienne après un autre ne prouve pas qu'il en soit la conséquence.

C'est vrai. Mais cela ne prouve pas non plus le contraire.

Lorsqu'une réforme pastorale majeure est suivie d'une détérioration constante de tous les indicateurs censés mesurer son succès, il est déraisonnable d'affirmer qu'il ne peut y avoir de lien entre les deux. La succession chronologique ne suffit pas à prouver la causalité ; elle suffit toutefois à soulever la question.

Et cette question devient inévitable lorsque le Concile est présenté comme la réponse de l'Église à la modernité. On ne peut imputer l'échec de la réforme à la modernité et, simultanément, célébrer comme providentielle la réforme conçue pour y remédier.

Peut-être la société italienne se serait-elle déchristianisée de toute façon. Peut-être le taux de natalité aurait-il chuté tout aussi rapidement. Peut-être la famille se serait-elle dissoute tout aussi vite, et la population manquante aurait-elle été remplacée par la même immigration.

Mais ce ne sont là que des hypothèses. Les faits observables sont différents.

En 1965, l'Italie était une nation presque entièrement catholique, célébrait la quasi-totalité de ses mariages à l'église, comptait plus d'un million d'enfants par an et assurait en grande partie sa stabilité démographique.

En 2025, la pratique religieuse est minoritaire, les mariages catholiques représentent moins de quatre sur dix, la fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme et le déficit naturel est presque exactement compensé par l'immigration nette. La population qui la remplace est, pour une large majorité, non catholique.

Quelle est la probabilité que tout cela ne soit qu'une simple coïncidence ? Aucune formule fiable ne permet de la calculer. Mais il faut beaucoup plus de foi pour croire à une coïncidence que pour reconnaître au moins une corrélation.

Après soixante ans, il ne suffit plus de répéter que le Concile reste à comprendre, à mettre en œuvre et à mener à bien. Soixante ans, c'est plus de deux générations. Le temps des expérimentations est révolu. L'heure de rendre des comptes a sonné.

Les chiffres ne portent pas de jugements théologiques. Ils ne font que consigner des résultats.

Et l'Évangile nous a laissé un critère que même un statisticien peut comprendre : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »
 ( 1006072 )Une comparaison non polémique avec le marxisme par Roger (2026-09-07 12:07:01) 
[en réponse à 1006061]

Merci beaucoup cher Vistemboir d’avoir partagé cette analyse précise des effets d’un concile pastoral (pastoral peut impliquer au moins partiellement une analyse quantitative).

J’ose une comparaison avec Marx dont le manifeste fut publié en 1848 et le capital en 1867.

Il a fallu attendre 1899 pour qu’un dirigeant du parti marxiste allemand (Eduard Bernstein) ose écrire ce que chacun pouvait voir tous les jours : la classe ouvrière ne se paupérisait pas et la Révolution n’allait jamais arriver.
Et c’est seulement en 1959 que le SPD Allemand (111 ans après le manifeste de Marx !) renonce au marxisme.

Je me demande s’il ne faut pas envisager un délai comparable pour que le haut clergé (globalement sélectionné sur son adhésion aux idées conciliaires) prenne conscience des réalités Pastorale s (je laisse ici les débats doctrinaux).
images/icones/5a.gif  ( 1006073 )Et la France ? par Semetipsum (2026-09-07 12:12:06) 
[en réponse à 1006061]

les chiffres présentés pour l'Italie sont saisissants , qu'en est il en France ?
Les hautes autorités religieuses en sont elles encore à se féliciter du "printemps de l’Église" ? Ou bien ...
 ( 1006075 )C’est bien pire par Roger (2026-09-07 12:18:37) 
[en réponse à 1006073]

Les statistiques françaises sont bien pires - et cela semble encore pire en Belgique et aux Pays Bas.

Mais les progressistes n’en tirent qu’une conclusion : le Concile ne serait pas allé assez loin! Il faudrait accepter la contraception (Humanae vitae est la grande coupable pour eux) le mariage des prêtres, l’ordination des femmes, etc…
images/icones/coeurbrise.gif  ( 1006101 )En France par Lenormand (2026-09-07 16:00:20) 
[en réponse à 1006073]

on ne publie pas de statistiques, sinon tout le monde va pleurer !
images/icones/carnet.gif  ( 1006103 )Si il y en a... par Chouan (2026-09-07 16:08:50) 
[en réponse à 1006101]

les dernières : 2% de pratique dominicale et 5% de pratique (au moins une fois par mois). Source : La Croix
images/icones/carnet.gif  ( 1006125 )Oui bien sûr par Lenormand (2026-09-07 18:36:29) 
[en réponse à 1006103]

mais je voulais parler de statistiques plus complètes comme celles données pour l'Italie
images/icones/carnet.gif  ( 1006132 )Taux de pratique avec la Tradition par JFB33 (2026-09-07 20:00:36) 
[en réponse à 1006103]

En toute logique, avec près de 100.000 pratiquants réguliers pour le rite de Saint Pie V en France, celà représenterait donc bientôt 10% des pratiquants dans ce pays...
La génération 68arde peut paniquer. On comprend mieux leur détresse !
images/icones/fleche2.gif  ( 1006133 )Et 270 000 par Chouan (2026-09-07 20:45:09) 
[en réponse à 1006132]

qui déclarent "préférer la messe en latin" (sondage Ifop 8 décembre 2025). Une tendance...
images/icones/fleche2.gif  ( 1006135 )Quelle "messe en latin " ? par AVV-VVK (2026-09-07 21:57:22) 
[en réponse à 1006133]

La messe célébrée selon le missel romain (2002) parfois ad orientem (du moins dans la liturgie eucharistique) ? Malheureusement célébrée rarement et ne semble pas vraiment encouragée, quoiqu' en y assistant on oublie qu'il y a une messe en latin selon un missel romain antérieur. Et vice versa.
Tous les deux sont équivalents.
Dans le premier l' assemblée priante est plus accentuée, dans l' autre la fonction du célébrant prime. Mais les deux aspects sont liés en fait dans les deux célébrations.
images/icones/carnet.gif  ( 1006136 )"Messe en latin" par JFB33 (2026-09-07 22:07:28) 
[en réponse à 1006133]

Attention aux nuances : messe en latin ne veut pas forcément dire messe de Saint Pie V !
Il existe de nombreuses messes de Paul V dites en partie (le plus souvent) où entièrement en latin.
images/icones/fleur.gif  ( 1006138 )On est d'accord cher JFB33 par Chouan (2026-09-07 22:28:49) 
[en réponse à 1006136]

Nous en avons déjà débattu longuement. Et je ne suis pas un bisounours, je confirme que la question de l'Ifop a été mal posée. Donc à part le fait que ces gens viennent à la messe dominicale "au moins une fois par mois", nous n'avons aucune indication sur la nature de la "messe en latin" qu'ils disent préférer. Néanmoins j'y vois une tendance intéressante à souligner car nouvelle sur une échelle de 30 ans.
images/icones/carnet.gif  ( 1006131 )Bien pire en France ! par JFB33 (2026-09-07 19:22:59) 
[en réponse à 1006061]

Comprenons bien que la situation est malheureusement bien plus dramatique en France.
Mais c'est probablement la faute des tradis, et surtout de la FSSPX qui n'a pas voulu "jouer le jeu" et accepter comme il le fallait "à la lumière de la Tradition" le Concile Vatican d'eux.
(Ironie pour ceux qui n'auraient pas compris)