CHAPITRE XXVI
(SUITE DU PRÉCÉDENT)
Écoutons saint Bernard. « C’est avec raison, dit-il, que la crainte de Dieu est appelée le commencement de la sagesse. En effet, Dieu commence à Se faire goûter à l’âme lorsqu’il lui apprend à craindre et non à savoir : car craindre, c’est goûter : Timor, sapor est. Or, le goût rend sage, comme la science rend savant. Craignez-vous la justice et la puissance de Dieu ?
vous goûtez Dieu juste et puissant. Sagesse vient de saveur. Voilà pourquoi la crainte, commencement de la sagesse, répand dans les profondeurs de l’être une saveur multiple qui régénère toute la famille intérieure de l’âme, purifie son royaume, le pacifie et le sanctifie» (Serm. 23 in Cantic).
L’affirmation du grand mystique est d’autant plus vraie, que le don de Crainte ne produit pas la crainte servile, mais la crainte filiale : crainte respectueuse, résignée et confiante, semblable à celle de l’Homme-Dieu au jardin de Gethsémani.
La crainte est donc le premier degré de notre ascension vers Dieu, la première condition de notre rachat, la première loi de notre régénération. L’Église le sait. Elle qui n’ignore aucun des secrets de l’ordre moral, commence toujours le salut de ses enfants par la crainte.
A ses yeux, le travail de régénération ou de création nouvelle imposé à l’homme se divise en trois périodes qu’elle nomme la vie purgative, la vie illuminative et la vie contemplative.
A chacune correspondent quelques-uns des dons du Saint-Esprit. La crainte est le premier fondement de la vie purgative, et la vie purgative est le commencement de la régénération.
Aussi, lisez tous les auteurs ascétiques, ces officiers du génie dans la guerre spirituelle : pas un qui ne donne aux plans d’attaque et de défense la crainte pour premier centre d’opérations.
Écoutez tous les prédicateurs de retraites et de missions, ces capitaines expérimentés qui font manœuvrer toutes les forces spirituelles, contre les puissances ennemies du salut : pas un qui ne commence la bataille sans mettre en avant les fins dernières de l’homme, sources éternelles de la crainte.
Interprètes du Saint-Esprit, les uns et les autres ne font qu’appliquer la loi immuable, qui pose la crainte comme principe de la sagesse. Par l’organe infaillible du concile de Trente, l’Esprit sanctificateur décrit Lui-même la manière dont Il opère la justification des pécheurs.
La crainte de la justice de Dieu leur donne le branle ; de la crainte ils passent à la considération de la Miséricorde : cette considération les conduit à la confiance que Dieu leur pardonnera en vue des mérites de Son Fils. Alors ils commencent à L’aimer comme source de toute justice, et à détester leurs péchés. (Sess. IV, c. VI).
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde