Le Forum Catholique
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( 1002839 )
Questions non polémiques sur Franco par Roger (2026-07-13 17:30:32)
On peut trouver de grandes qualités et quelques défauts au Caudillo. Je m’interroge sur quelques points.
Très attaché à l’union de l’Eglise et de l’Etat, il a été notoirement pris à contre pied par le Concile et le magistère de Paul VI. Savez vous si la diplomatie espagnole a essayé de freiner les réformes des années 60?
On sait aussi que les clergés catalan et basque étaient très hostiles au centralisme castillan. Le caudillo en était il conscient ? Comment gérait il ce problème ?
Je complète par une remarque : la décentralisation etait au centre de la philosophie de Maurras et correspond au principe de subsidiarite catholique. Or le régime franquiste était ultra centralisé. Comment expliquer cette contradiction ?
Je précise que ces questions n’ont AUCUN lien avec Mgr Lefebvre ou la FSSPX ou les sacres !

( 1002842 )
Je ne suis pas spécialiste du sujet par Chouan (2026-07-13 17:38:47)
[en réponse à 1002839]
Mais ce que je sais c'est que l'Opus Dei a pris une importance croissante à partir des années 60. Je n'en tire aucune conclusion mais c'est un élément à verser au dossier.

( 1002845 )
Par esprit d'escalier par Chouan (2026-07-13 17:43:50)
[en réponse à 1002842]
Une constatation quand même : Balaguer, fondateur de l'Opus Dei, a adhéré avec son organisation au concile Vatican II sans réserve (même s'il aurait lui-même continué à dire le VOM - à confirmer)

( 1002847 )
C'est fatigant par MG (2026-07-13 17:48:41)
[en réponse à 1002845]
Les légendes sur les fondateurs ou les papes ou les cardinaux qui secrètement célébrait selon l'ancien missel.
C'est faux et vous n'y criez même pas.

( 1002849 )
Non vous me faites un mauvais procès par Chouan (2026-07-13 18:07:41)
[en réponse à 1002847]
J'y croyais car je l'avais lu plusieurs fois, mais peut-être suis-je un peu trop naïf, mais si c'est bidon, c'est bidon !.... Aucun problème pour moi, d'autant plus que je suis très critique vis à vis de l'Opus Dei

( 1002850 )
C'est attesté par Candidus (2026-07-13 18:18:20)
[en réponse à 1002849]
Vous pouvez poser la question à n'importe quel membre de l'Opus Dei, il le reconnaîtra sans difficulté, mais il vous expliquera aussi qu'il ne faut pas surinterpréter ce choix liturgique, il était âgé, avait une très mauvaise vue or il connaissait le VOM par coeur, avait obtenu une dispense et n'a jamais critiqué le NOM.

( 1002851 )
Dont acte ! par Chouan (2026-07-13 18:23:02)
[en réponse à 1002850]
Tout est dans le titre !
Après, je suis critique non seulement de la pratique de l'OD mais également de leur doctrine. Mais c'est un autre sujet...

( 1002885 )
je confirme pour Mgr Escriva de Balaguer par Luc Perrin (2026-07-14 09:07:25)
[en réponse à 1002850]
il a essayé de célébrer le NOM mais en souffrait et a obtenu une dispense de Paul VI pour conserver le Vetus Ordo, ce qui au demeurant était dans la ligne des dispositions de la constitution Missale romanum de 1969 qui prévoit le cas des prêtres âgés.
Sans surinterpréter, il est acquis que Mgr Escriva était inquiet de la tournure des événements dès 1964 à cause de la crise qui se répandait dans l'Église. Il était certes affligé de diverses maladies et de troubles oculaires à l'extrême fin de sa vie mais comme il a bien célébré un temps court le Novus Ordo, par obéissance, le fait qu'il retourne à la messe romaine traditionnelle et qu'on lui donne une dispense formelle pour cela n'est pas totalement sans signification comme voudrait le faire penser le discours officiel de l'Opus Dei.
Le discours officiel, pour tout, est à regarder de plus près : il arrive que parfois il coïncide à 100% avec la vérité mais les pourcentages inférieurs pouvant aller jusqu'à zéro sont fréquents. Ici on doit se situer vers 80-90%.

( 1002843 )
Où voulez-vous nous entrainer ? par MG (2026-07-13 17:41:46)
[en réponse à 1002839]
Sieur Roger pourquoi venir déterrer Franco ?
Que bien faire la diplomatie espagnole avec les réformes de Vatican II ?
Le lien entre Franco et Maurras ?

( 1002848 )
Je partage votre intérêt par Pétrarque (2026-07-13 18:02:09)
[en réponse à 1002839]
Et je me permets quelques réponses, sans prétention.
Très attaché à l’union de l’Eglise et de l’Etat, il a été notoirement pris à contre pied par le Concile et le magistère de Paul VI. Savez vous si la diplomatie espagnole a essayé de freiner les réformes des années 60?
Franco a en effet été meurtri par la volonté de Paul VI de se distancer du régime, et de sa demande de supprimer le caractère privilégié que la constitution espagnole donnait à l'Église.
L'amiral Carrero Blanco partageait cette déception, d'autant que l'Église d'Espagne et Pie XII avaient objectivement et activement soutenu la
croisade des Nationaux.
Parallèlement, l'action de l'Opus Dei, assez puissante parmi les technocrates du régime qui avaient activement aidé le Caudillo à développer l'économie espagnole à partir de 1955, a probablement dissuadé Franco de se mettre le Vatican à dos.
On sait aussi que les clergés catalan et basque étaient très hostiles au centralisme castillan. Le caudillo en était il conscient ? Comment gérait il ce problème ?
Oui, je crois que le Caudillo se méfiait d'un certain clergé depuis la guerre civile. Rappelons qu'en 1936, le Pays Basque fut la seule province d'Espagne où le clergé catholique rallia majoritairement les Républicains plutôt que les Nationaux.
Comment gérait-il ? Je crois qu'il a tout simplement renoncé après la mort de Carrero Blanco, en 1973.
la décentralisation etait au centre de la philosophie de Maurras et correspond au principe de subsidiarite catholique. Or le régime franquiste était ultra centralisé. Comment expliquer cette contradiction ?
L'unité espagnole s'est faite plus tard que l'unité française, et sur un temps plus court, et je ne crois pas que l'on puisse trop décalquer la décentralisation maurassienne dans l'idéologie franquiste, si tant est que celle-ci existe. Les particularismes régionaux ont été politiquement plus marqués en Espagne qu'en France, notamment avec le régime foral.
Franco avait la hantise de la division de l'Espagne, allant même jusqu'à interdire la sardane en Catalogne... Ses derniers mots à Juan Carlos avant de mourir en témoignent : "
Altesse, la seule chose que je vous demande, c'est de maintenir l'unité de l'Espagne".
Comme disait Madiran, il est mort trahi.

( 1002853 )
Espagne - France par Jean-Paul PARFU (2026-07-13 18:52:38)
[en réponse à 1002839]
Je n'évoquerai pas ici la Coupe du monde football, mais l'histoire des deux pays.
1) Forme de l'Etat
La France s'est très tôt constituée sur un mode centralisé, d'autant qu'en France, l'Etat dynastique reposait sur le principe de "Postestas" et donc sur le contrôle d'un territoire unifié et centralisé.
L'unification politique de l'Espagne se dessine à partir de l'union dynastique des couronnes de Castille et d'Aragon, par le mariage en 1469 des héritiers de ces deux États, la future Isabelle de Castille (1474-1504) et le futur Ferdinand II d'Aragon (1479-1516), surnommés "les Rois catholiques" pour avoir mené en 1492 la conquête du royaume de Grenade.
En 1700, à la suite de la mort sans héritier mâle du dernier souverain Habsbourg espagnol, l'un des petits-fils de Louis XIV, le duc d'Anjou, devient, après une longue guerre meurtrière, roi d'Espagne sous le nom de Felipe V/ Philippe V, et fonde la dynastie des Bourbons d'Espagne. Sur le mode français, il supprime, souvent dans le sang, les autonomies politiques, judiciaires, administratives et linguistiques de la Navarre, de l'Aragon, de la Catalogne, des îles Baléares, du royaume de Valence, etc, par les décrets de la "Nueva Planta".
Aujourd'hui, l'Espagne est constituée de 17 "communautés autonomes" et si l'espagnol ou castillan est la langue officielle dans toute l'Espagne, il y a, dans le royaume, d'autres langues officielles (seulement dans leurs régions respectives) : le basque au Pays basque et en Navarre, le catalan en Catalogne, aux Îles Baléares et dans la Communauté valencienne, le galicien en Galice, et l'occitan aranais en Catalogne.
L'Espagne en tant que pays naît donc de l'union dynastique au XVe siècle de deux États souverains, les couronnes de Castille et d'Aragon — elles-mêmes construites tout au long du Moyen Âge par l'union ou la conquête d'entités politiques, culturelles et linguistiques initialement distinctes, qui se retrouvent dans les multiples nationalités historiques reconnues par la Constitution actuelle de l'État espagnol.
Les forces centrifuges sont donc toujours présentes et très fortes en Espagne, comme le prouvent les évènements récents de 2017 en Catalogne. Franco s'est toujours opposé à ces forces, d'autant qu'elles avaient joué un rôle dans la Guerre civile espagnole (1936-1939).
2) S'agissant de Maurras
Il y a deux Maurras :
Le premier Maurras qui était régionaliste, décentralisateur, ami de Mistral, issu de la Provence "blanche" (royaliste) !
Et puis, il y a le deuxième Maurras, le Maurras qui, au fond, et peut-être sans vraiment s'en rendre compte, à cause de l'atmosphère du temps, est devenu un Jacobin !
On pourrait même citer des phrases assez inquiétantes de Maurras qui loue certains zins-zins du Comité de Salut public.

( 1002857 )
Concernant Maurras par Chouan (2026-07-13 19:40:33)
[en réponse à 1002853]
Il y a eu certes deux Maurras quasi antithétiques, au point qu'on a surnommé le deuxième Maurras "le jacobin blanc".
Après, autant Maurras a pu influencer Salazar au Portugal, autant je n'ai pas connaissance qu'il ait eu une quelconque influence sur Franco.
Par contre, José Antonio Primo de Rivera et sa Phalange, même si leur discours social n'a pas été suivi par Franco, a certainement influencé sur la question de l’Unité de l'Espagne.

( 1002859 )
La Phalange a été complètement dénaturée par Franco... par Pétrarque (2026-07-13 20:01:56)
[en réponse à 1002857]
...qui en a gommé l'identité révolutionnaire et sociale pour en faire une force exclusivement conservatrice.
Si Jose Antonio avait survécu à la guerre, il se serait probablement opposé à Franco sur ce point.

( 1002861 )
C'est clair par Chouan (2026-07-13 20:10:21)
[en réponse à 1002859]
Avec Franco on était très loin de Manuel Hedilla...
Et a fortiori de Ramiro Ledesma Ramos

( 1002863 )
C'est certain par N.M. (2026-07-13 22:03:18)
[en réponse à 1002861]
Et Manuel Hedilla l'apprit à ses dépens.
Au demeurant, la politique du général Franco à l'encontre des spécificités basques et catalanes était aux antipodes de la tradition carliste.
Au passage, les indépendantistes basques étaient les alliés des républicains, ce qui ne signifie pas qu'ils en partageaient les convictions idéologiques. Loin de là. Le PNV des années 1930 n'est pas, sur le plan idéologique, l'ETA des années 1960, avec sa dérive marxiste.
Cela étant, je ne crois pas du tout que Franco se faisait des illusions sur la permanence de son régime après lui. Ce Galicien madré, très souvent sous-estimé, était un assez fin politique.
Je vous soumets le témoignage assez saisissant du diplomate américain Vernon Walters (qui fut également directeur adjoint de la CIA de 1972 à 1976), paru dans
ABC le 15 août 2000 :
« Nixon, qui était très inquiet de la situation en Espagne m'a dit : "Je veux que tu te rendes sur place et parles avec Franco de ce qui arrivera après lui."
« Franco m'a reçu debout. Il m'a dit : "Ce qui intéresse vraiment votre président est de savoir ce qui arrivera après ma mort, n'est-ce pas ? Asseyez-vous, je vais vous le dire. J'ai créé des institutions et personne ne pense qu'elles pourront continuer à fonctionner. Tout le monde se trompe. Le prince [Juan-Carlos] sera roi, car il n'y a pas d'autre choix. L'Espagne ira loin sur le chemin que les États-Uniens, les Anglais et les Français veulent voir : démocratie, pornographie, drogue, et que sais-je encore. Il y aura de grandes folies, mais aucune d'entre elles ne sera fatale à l'Espagne."
« Je lui ai dit : "Mais, mon général, comment pouvez-vous en être si sûr ?"
« "Car je vais laisser quelque chose que je n'ai pas trouvé il y a quarante ans." Je croyais qu'il allait parler des forces armées, mais il a dit : "La classe moyenne espagnole." »
Mais la classe moyenne espagnole, qui fait irruption à partir des années 1960, avec une croissance espagnole à la japonaise, a-t-elle servi et servira-t-elle de garde-fou ? Sous Pedro Sanchez, il est permis d'en douter.

( 1002870 )
Idem pour l'Irlande par Chouan (2026-07-13 22:41:37)
[en réponse à 1002863]
pour le Sinn Fein et l'IRA qui jusqu'à la fin des années 60 étaient extrêmement conservateurs. Nonobstant en dépit des proclamations gauchistes du Sinn Fein du Nord, je peux témoigner que la base républicaine militarisée était restée très conservatrice et catholique.

( 1003240 )
L'influence de Maurras par N.M. (2026-07-21 12:30:56)
[en réponse à 1002857]
Il y a eu une influence de Maurras sur la droite espagnole. Cela concerne la revue et la mouvance Rénovation espagnole, mouvement auquel appartenait le député assassiné José Calvo Sotelo. Il y eut aussi des liens avec la mouvance carliste, alors en pleine refondation.
Sur l’influence de Charles Maurras à l’étranger, il faut consulter notamment les ouvrages codirigés par Olivier Dard. Sous la direction du même auteur, on trouve aussi pas mal de choses sur l’influence de Salazar à l’étranger et notamment en France (études publiées chez l’éditeur Peter Lang).

( 1002910 )
Jacobin blanc? par Roger (2026-07-14 17:03:00)
[en réponse à 1002853]
Merci cher maître pour ces précisions très utiles
Pouvez-vous me donner quelques références (livre ou article) sur ce second Maurras svp?

( 1002878 )
quelques réponses autant que je sache par Luc Perrin (2026-07-14 00:16:20)
[en réponse à 1002839]
- de grandes qualités et d'abominables crimes c'est une formulation plus proche des faits. Les atrocités des anarchistes et des socialistes espagnols (particulièrement les Catalans) sont équivalentes mais un crime n'excuse pas un autre crime.
- la Catalogne était une terre républicaine, socialiste et beaucoup anarchiste : hyper anticléricale. Gaudi catholique fervent a conçu son édifice comme un sanctuaire expiatoire.
- à l'inverse le Pays basque était hyper catholique, l'Église y a été protégée ; l'idée du nationalisme basque est comme le flamand, le breton, l'alsacien, le corse ... très liée au clergé catholique d'où cette relative symbiose pendant la Seconde République à rebours de tout le reste des Espagnes.
- Franco qui est un catholique conservateur sans plus a usé du catholicisme pour tenter d'unifier une Espagne cassée en deux depuis les années 1890 et la cuisante défaite face aux USA (déjà eux). La Seconde République est violemment anticléricale, sauf chez les Basques, si bien que logiquement Franco s'appuie sur l'Église et Pie XI assez vite appuie le mouvement malgré les évêques catalans et basques.
Pie XI assimile, à tort, l'Espagne républicaine au Mexique et y voit la main de Moscou (Union soviétique de Staline) alors que les moteurs sont les socialistes et les anarchistes bien plus que les communistes locaux.
- le centralisme poussé de Franco est une réponse aux tendances fédéralistes déjà visibles lors de la Première république espagnole de courte durée. Il use aussi complexité du personnage de la Phalange mouvement de type fasciste italien dont il fait après l'assassinat du chef, le parti unique officiel plus ou moins. Les phalangistes sont eux étrangers au catholicisme conservateur bon teint.
Maurras connais peu en Espagne, pas d'influence réelle à ma connaissance mais il faudrait lire les actes du colloque qu'avaient organisé en 2009 Olivier Dard et alii sur Maurras et l'étranger : le Québec, le Brésil, un peu la Belgique et la Suisse semblent être plus concernés. A vérifier. L'Espagne est évoquée.
La question de l'unité des Espagnes est enracinée dans l'histoire : Franco a tenté, sans succès in fine, une approche jacobine ou bonapartiste pour la résoudre. Il ne pouvait pas aller dans la direction des provinces et du fédéralisme, très teinté de républicanisme en Espagne.
- beaucoup d'évêques espagnols ont fait partie et voté avec la Minorité à Vatican II. Ils ont notamment obtenu une mention des concordats dans le schéma sur la Liberté religieuse.
Les tensions entre le gouvernement franquiste et Paul VI après Vatican II sont notoires. Il y a eu volonté de freiner oui. Mais c'est le clergé espagnol qui a changé et poussé vers le libéralisme au même moment. Les mouvements d'Action catholique par milieu, tardifs en Espagne à cause des événements, émergent dans les années 1950 et se radicalisent plus tôt qu'en France.
Bref le franquisme qui a de fait intégré des ministres venus de l'Opus Dei dans les années 60, surtout pour une ouverture économique (tourisme, modernisation) restait fondé sur la propriété terrienne et des solidarités locales classiques : le clergé pour Franco plus fervent que Bonaparte certes est à comprendre comme pour le Premier empire. Il doit pacifier les esprits grâce à l'école où on lui donne une grande influence et les institutions charitables.
- il faut bien distinguer le Portugal salazariste de l'Estado Novo de l'Espagne unitaire franquiste : le premier est nettement d'inspiration catholique intégrale, la seconde est plus opportuniste et au plan idéologique plus complexe.

( 1002891 )
Il faut lire Pio Moa par Abbé Claude Barthe (2026-07-14 11:52:33)
[en réponse à 1002878]
Il faut absolument lire l'essayiste Pio Moa, qui depuis pas mal d'années bouscule beaucoup les certitudes, comme on dit, sur la guerre civile espagnole et crée le débat, aidée par une remontée d'une "droite décomplexée". Voir en français: Pio Moa, Les mythes de la guerre d’Espagne 1936-1939 (L'Artilleur, poche), l'un de ses livres qui ont eu un énorme succès en Espagne.
Moa est un ancien terroriste marxiste-léniniste et maoïste (donc antistalinien), qui avait par exemple participé à l'un des assassinats de 1975, commis par des membres de l'ETA et du FRAP, en représailles des dernières exécutions du régime franquiste. Il s'est converti au franquisme sur le tard. Selon lui, lors du déclenchement de la guerre civile, du fait des républicains, et dans son déroulement, Staline, menait le jeu chez ces républicains, et Franco a sauvé l'Espagne du stalinisme. Il réhabilite par ailleurs Franco comme stratège (l'interruption de la marche sur Madrid qu'on lui impute comme grave erreur, a été au contraire un coup de génie selon lui), Franco qui avait une évidente baraka (le passage de l'armée d'Afrique en Espagne, qui a décidé du rapport des forces, a tenu du miracle).
Luc Perrin dit que Franco était un catholique conservateur sans plus, ce qu'au fond confirme Moa. Je dirais pour ma part qu'il a reproduit le modèle de la dictature de Miguel Primo de Rivera, qui avait voulu sauver la monarchie constitutionnelle d'Alfonse XIII, mais en tenant pour sa part sur longue la durée, presque 40 ans après la victoire, la "dictadura" étant adoucie en "dictablanda" avec le temps. Mais au fond, comme Primo de Rivera, son idée de base était de réablir la monarchie constitutionnelle, en d'autres termes la démocratie.
Sauf qu'il rêvait d'une démocratie forte, version Opus Dei du point de vue religieux, avec une homme fort, son dauphin et ami l'amiral Carrero Blanco. Ce dernier ayant été assassiné en 1973, peut-être avec la complicité des Américains (il voulait alors la bombe atomique, comme les Iraniens...), et Paul VI détruisant méthodiquement le national-catholicisme, l'ultime Franco était résigné : Pio Moa le cite disant que ses successeurs immédiats promulgueraient une loi sur l'avortement.

( 1002895 )
Le livre par Jean-Paul PARFU (2026-07-14 12:56:22)
[en réponse à 1002891]

( 1002902 )
intéressant j'ignorais cet ouvrage mais par Luc Perrin (2026-07-14 15:13:52)
[en réponse à 1002891]
je reste sceptique quant au rôle majeur des Staliniens donc du PCE. Tous les historiens classiques, si je puis dire, majorent à l'inverse le rôle des socialistes/radicaux-socialistes plus à gauche qu'en France - ils ont fait la Seconde République et Manuel Azana se trouve au début et à la fin (1936-1939) - et des anarchistes, très hostiles à Moscou (!). Ce sont ces derniers et pas du tout les communistes qui pilotent les massacres de prêtres, religieux et destructions d'églises en 1936-1937.
Il est établi que le PCE a freiné ces exactions craignant d'aliéner une part notable de la population.
Le radical Émile Combes a fait mille fois plus de mal à l'Église de France que n'importe lequel dirigeant du PCF par la suite.
En Espagne, la détestation envers le catholicisme au XIXe et avant 1931 précède très largement Staline et le PCE.
Je souscris pleinement en revanche à l'analogie avec la dictature royale de Primo de Rivera (le père) entre 1923 et 1930. Avec un habillage modernisé emprunté aux régimes totalitaires, Franco refait du Primo de Rivera en gros, avec la même base sociale. La tragédie de la Guerre civile a fait que la plupart des Espagnols, anti-franquistes inclus, n'avaient aucune envie de refaire 1931 et 1936.
Il faut en effet toujours avoir l'oeil du côté de la CIA et de ses manoeuvres partout dans le monde et beaucoup à l'époque : les tentatives de se débarrasser de De Gaulle ont abondé, l'opération Gladio en Italie, le coup contre Allende au Chili etc.
J'ignore si les US sont impliqués dans l'attentat décisif de 1973 mais on ne peut écarter l'hypothèse sans recherche. L'attitude des USA a varié envers le franquisme : très hostile pendant longtemps, melliflue ensuite.
nb. notons que la succession de Salazar a duré quelques années avant de sombrer dans les "oeillets". L'amiral aurait-il fait mieux que Caetano ?

( 1002941 )
Le cas de Caetano au Portugal est différent... par Pétrarque (2026-07-15 10:40:12)
[en réponse à 1002902]
Au Portugal, l'armée est de plus en plus hostile au salazarisme et penche à gauche à cause de l'enlisement des guerres coloniales.
C'est cette perte du soutien militaire qui balaie le régime en avril 74.
En Espagne, c'est l'inverse. L'armée reste franquiste jusqu'au bout, et la tentative de putsch de février 81 indique qu'une part notable des cadres supérieurs de l'appareil militaire demeure assez nostalgique du régime.
Si Carrero Blanco avait été à la place d'Arias Navarro en novembre 75, il est probable que Juan Carlos n'aurait pu démanteler le régime aussi facilement.

( 1003006 )
Carrero Blanco par N.M. (2026-07-16 09:25:29)
[en réponse à 1002941]
On a dit en effet que l'amiral Carrero Blanco aurait pu présenter un sérieux obstacle à la transition démocratique après la mort de Franco. Ce pourquoi certains ont même imaginé que ses assassins auraient pu être manipulés par les uns ou les autres, histoire soulever l'obstacle en question. Rien de sérieux ne vient étayer pareilles spéculations.
Il est certain que l'amiral n'était pas un démocrate. Il faut toutefois noter qu'à l'intérieur du régime, et au gouvernement, il fut un adversaire constant des milieux phalangistes et un proche des ministres relevant de l'Opus Dei, parmi lesquels certains acteurs de la transition. Il a également constamment soutenu la candidature du prince Juan-Carlos, avec lequel il avait manifestement de bonnes relations.
N'oublions jamais que la transition démocratique est d'abord une opération, conduite par Juan-Carlos, qui vient de l'intérieur même du régime. Avec le rôle central joué par Fernández-Miranda et López Rodó (très proche de l'amiral Carrero Blanco). Et notamment au niveau de la jeune génération : Adolfo Suárez, ex vice-secrétaire du Mouvement national, Miguel Primo de Rivera (petit-fils du dictateur et neveu du fondateur de la Phalange), Leopoldo Calvo-Sotelo (neveu du député de droite assassiné en 1936). Sans compter Manuel Fraga, ancien ministre et l'un des principaux fondateurs de l'actuel Parti populaire. La gauche et les autonomistes ont joué leur partition dans la transition démocratique, mais le mouvement a été conduit jusqu'en 1982 par des cadres ou des fils de l'ancien régime.
Les observateurs français ont souvent minimisé cet aspect des choses. De telle sorte que les propos empreints de respect et de reconnaissance à l'égard de Franco exprimés récemment par Juan-Carlos dans ses Mémoires sont incompréhensibles pour beaucoup, du moins en France. Et il est clair que la gauche espagnole, depuis Zapatero, et singulièrement avec Pedro Sánchez, est maintenant dans une démarche de rupture avec les années de la Transition, à rebours de la ligne alors suivie par Felipe González.
On débattra longtemps sur le putsch du 23 F. La gauche espagnole semble friande des théories alternatives qui mettent en cause le roi et l'accusent de double jeu. Il faut dire que le rôle joué par le général Armada dans cette affaire pose question.
Pour ce qui est du Portugal, il ne faut jamais oublier que les militaires qui ont pris le pouvoir en 1926, et qui ont congédié la caste de la Première République portugaise, étaient, pour beaucoup d'entre eux, républicains et souvent frères maçons. L'Estado Novo bâti par Salazar - qui n'a jamais été que président du Conseil des ministres, alors que la présidence de la République, certes honorifique, était réservée à l'armée - devait compter avec le pouvoir de l'armée. Et, finalement, c'est l'armée qui a congédié le régime en 1974. Toutefois, le mouvement des capitaines émanait de la base - qui avait démesurément grossi et changé sous l'effet des interminables guerres coloniales. Mais le fameux général Spinola, qui prend la tête de la junte après la chute de Caetano, était bien l'un des plus hauts cadres de l'armée portugaise. Sa trajectoire ultérieure, avec sa tentative de putsch en 1975 et son exil, est assez parlante.

( 1003007 )
Vous avez raison par Pétrarque (2026-07-16 09:48:28)
[en réponse à 1003006]
Une question subsiste aussi, celle de savoir pourquoi Franco a opté pour Juan Carlos, dont le père lui était hostile, plutôt que pour le duc de Cadix, sachant que celui-ci aurait probablement été plus proche des principes du Movimiento.
La renonciation du père d'Alfonso à ses droits espagnols au trône est-elle la seule raison ?

( 1003010 )
La famille de Franco par Roger (2026-07-16 09:58:56)
[en réponse à 1003007]
Aurait cherché à écarter le prince en effet
Toutefois pour tout le monde (à droite comme à gauche) il n’y avait que deux options sérieuses : Juan Carlos ou son père.
Tout autre choix aurait été vu comme une forme d’usurpation.

( 1003234 )
Franco était au-dessus de tout ça par N.M. (2026-07-21 12:05:20)
[en réponse à 1003010]
Le clan Villaverde a probablement cherché à instrumentaliser le duc de Cadix. Je crois que Franco était clairement au-dessus de tout ça, même s’il y avait peut-être là un moyen de pression sur Juan-Carlos. Mais personne ne pensait sérieusement que le duc de Cadix, une fois marié à la petite-fille du Caudillo - constituerait une alternative politiquement crédible.
Si instrumentalisation il y a eu, le mariage qui en a résulté, en tous cas, n’a vraiment pas été heureux.
Le comte de Barcelone s’était lui-même brûlé les ailes. Sa politique d’opposition mesurée au régime lui a aliéné Franco et les chevilles ouvrières du régime en question. N’oublions pas que l’Espagne était redevenue officiellement une monarchie avec la Charte de 1945 et la loi de Succession de 1947, toutes deux approuvées par referendum. Franco en était le régent à vie. Il n’y avait donc pas de restauration possible sans passer par Franco. L’opposition en exil et l’opposition intérieure ne voulaient pas d’un roi. L’un des enjeux de la transition démocratique a été précisément de faire approuver la monarchie – même réduite, au final, à une monarchie parlementaire – par les oppositions.
PS : Je vous prie de bien vouloir m'excuser. Je n'ai pas eu le temps matériel de poster mes réponses à vos interventions et questions en temps voulu. Je le fais avec retard.

( 1003021 )
Franco était respectueux du droit dynastique par N.M. (2026-07-16 12:57:17)
[en réponse à 1003007]
Don Alfonso était issu d'un mariage "inégal" (héritage des Habsbourg dans le droit dynastique espagnol). Par conséquent, au regard du droit de succession en vigueur sous l'ancienne monarchie, il n'était tout simplement pas dynaste en Espagne. Comme pour la descendance de l'archiduc François-Ferdinand et de Sophie Chotek.
Les choses ont évolué depuis. Selon les règles présentement en vigueur et qui s'appliqueront à la descendance de Felipe VI, il en aurait été autrement.
Notez d'ailleurs qu'Alphonse XIII avait abdiqué en exil, le 15 janvier 1941, en faveur de don Juan. Le titre de comte de Barcelone est d'ailleurs un titre de prince régnant. Quand à don Jaime, duc de Ségovie, il avait renoncé à la couronne, à la demande expresse de son père, en 1933, avant de contracter un mariage inégal. Durant ses années d'errance, et à partir de 1949, don Jaime revint sur ses renonciations - ce qui posa quelques problèmes d'ordre protocolaire lors du mariage de don Alfonso avec la petite-fille du Caudillo...
Vous noterez que Franco avait en un sens opté pour Juan-Carlos et son frère (l'autre Alfonso), au détriment de leurs cousins, dès les accords intervenus entre le Caudillo et le comte de Barcelone (1949 ?) pour l'éducation des jeunes princes en Espagne. Dès l'âge de 11 ans, pour ce qui regarde Juan-Carlos qui reçut, de par la volonté de son père et surtout de Franco, une éducation de futur roi.
Le futur duc de Cadix, qui avait finalement obtenu lui aussi de compléter en Espagne sa formation - au niveau universitaire et militaire -, mais ne reçut pas une éducation équivalente à celle de son cousin, était considéré avec intérêt dans certains milieux phalangistes, hostiles au comte de Barcelone et aux milieux du régime qui soutenaient l'option Juan-Carlos.
Pour être complet, il faudrait également évoquer, comme outsider, le prince Hugues de Bourbon-Parme - don Carlos-Ugo -, candidat d'une partie des carlistes, mais initiateur d'une gauchisation de son propre mouvement, et plusieurs fois expulsé d'Espagne par le régime.
Rappelons que si le comte de Barcelone, à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, avait tenu à se présenter, sur le plan international, comme une alternative "démocratique" au général Franco, il avait voulu s'engager dans le camp national lors de la guerre civile et avait courtisé le pouvoir franquiste dans ces années-là.

( 1003008 )
À propos de l’Espagne par Roger (2026-07-16 09:52:06)
[en réponse à 1003006]
Merci beaucoup pour ces explications
J’ajoute une hypothèse : les franquistes ne considéraient ils pas que la Ve République (avec un général à sa tête !) montrait la capacité d’un régime démocratique à faire respecter un certain ordre relativement traditionnel (Mitterrand n’avait il pas établi une équivalence entre De Gaulle et Franco?).
Autre hypothèse : les Américains n’ont ils pas joué un certain rôle en encourageant l’armée (avec laquelle ils avaient des liens étroits depuis 1955) à ne pas refuser la démocratie ?
Sans oublier l’épiscopal qui a poussé la démocratie et les autonomies régionales !

( 1003235 )
De Gaulle par N.M. (2026-07-21 12:16:32)
[en réponse à 1003008]
L’équivalence entre De Gaulle et Franco, sous la plume brillante et assassine de Mitterrand, c’est un morceau de choix tiré du
Coup d’État permanent et un bel effet de manche…
J’ignore quelle était la cote du général de Gaulle au sein des cadres de l’armée espagnole. On raconte que le général Armada, l’un des protagonistes du 23 F, se réclamait de l’exemple du général de Gaulle : il se serait agi, en 1981 et en Espagne, de rejouer l’opération Résurrection de 1958…
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas l’effet du hasard si le Général, démissionnaire, est parti en villégiature en Irlande (1969) et en Espagne (1970), et a réservé ses deux dernières grandes entrevues à Eamon de Valera et Francisco Franco. Cette dernière, en son temps, a particulièrement fait tousser de ce côté-ci des Pyrénées (notamment Malraux et Mauriac – ce dernier avait été l’ami de José Antonio Aguirre, le président du gouvernement basque en exil).
Certes, on fait valoir que De Gaulle voulait également, avant de mourir, rencontrer Mao. Et plus largement, tous les grands chefs d’État. Et dans la pensée du Général, il y avait d’abord les peuples, façonnés par l’Histoire, et bien après les régimes et les idéologies. Ceci explique aussi sa politique vis-à-vis de la Russie ou encore la reconnaissance de la Chine populaire (1964).
Toutefois, le choix ultime d’Eamon de Valera, vieux nationaliste, et du général Franco est sans doute tout sauf innocent et en dit beaucoup sur la vraie nature des convictions anciennes du Général, quoi qu’on en puisse en penser du côté des antigaullistes de droite ou des accapareurs politiquement intéressés de la mémoire gaullienne. Ni les uns ni les autres ne veulent voir qu’intellectuellement le général de Gaulle – quoi qu’on puisse, y compris légitimement, penser de ses choix politiques contingents – se rattache assurément au nationalisme barrésien et aussi à la tradition politique capétienne. Et l’on sent aussi l’influence de Maurras, même si De Gaulle est aux antipodes de la doctrine des « quatre états confédérés ».
Le courrier qu’avait adressé le général de Gaulle au Caudillo après leur rencontre avait d’évidents accents d’hommage à la politique menée par Franco.
« Avant tout, j’ai été heureux de faire personnellement votre connaissance, c’est-à-dire celle de l’homme qui assure, au plan le plus illustre, l’unité, le progrès et la grandeur de l’Espagne, et je n’ai pas manqué d’être fort impressionné par notre entretien. » (Courrier daté du 29 juin 1970.)

( 1003236 )
Les Américains... par N.M. (2026-07-21 12:18:41)
[en réponse à 1003008]
Pour ce qui regarde le rôle de l’administration Reagan dans le putsch du 23 F, il y a eu beaucoup, là encore, de spéculation. Il est vrai que la réaction officielle du secrétaire d’État Alexander Haig a pu alimenter la machine à fabriquer a posteriori des conjurations : « L'assaut du Congrès des députés est une affaire interne concernant les Espagnols ».
En avril 1961, et à titre de comparaison, le général Challe a semblé vouloir croire qu’il avait reçu le « feu orange » de Washington. Probablement pas de la part de la Maison blanche (avec l’administration Kennedy). Mais possiblement du Pentagone.
Encore que… Éric Branca défend la thèse selon laquelle l’administration Kennedy, contre De Gaulle, a alternativement joué la carte du FLN et celle de l’Algérie française. Pourquoi pas ? Nous avons bien découvert que le BND de Reinhard Gehlen avait lui aussi, avec le « feu orange » (sinon vert) du chancelier Adenauer, joué la carte du FLN pour affaiblir la France. En pleine « réconciliation franco-française ». Et que dire de nos alliés italiens qui lorgnaient fortement sur le pétrole algérien ? Et qui avait eux aussi une revanche à prendre.
Tout cela relève de la dure mais incontournable logique de la raison d’État.
Il n’y a que les angélistes de la « paix dans le monde », de la « croisade des démocraties », ou bien (autre version) de la défense concertée de l’Occident chrétien pour s’en étonner.

( 1003237 )
Les piliers du régime par N.M. (2026-07-21 12:22:27)
[en réponse à 1003008]
Les piliers historiques du régime franquiste étaient l’armée, l’Église et le Mouvement national.
Le Mouvement national, véritable pâté d’alouette fait de phalangisme et de carlisme domestiqués, omniprésent dans les années 1940, était devenu un fantôme sous l’ère des ministres technocrates (années 1960) et de l’amiral Carrero Blanco.
L’Église… Le clergé et le laïcat espagnols ont été profondément ébranlés par Vatican II. La vieille garde épiscopale a été prise à contre-pied par « le concile de notre temps ». Elle a joué un temps au jeu du « concile à la lumière de la Tradition », puis a été systématiquement supplantée (à quelques exceptions près, dont celle de l’évêque de Cuenca) par « saint » Paul VI et son fondé de pouvoir Vicente Enrique y Tarancón, maître d’œuvre de l’aggiornamento espagnol. Il s’est agi là, en quelque sorte, de la transition avant la transition. Mais sans les excuses du jeu proprement politique qui est par définition le lieu de la composition – et les postfranquistes composaient pour garantir l’unité nationale et éviter somme toute une nouvelle guerre civile, ou à tout le moins un nouveau bain de sang. La hiérarchie postconciliaire, là comme ailleurs, composait avec les principes, et au bout du compte avec la foi.
Au début des années 1970, il ne restait plus comme pilier que l’armée. Le dur tribut qu’elle eut à payer face au terrorisme, durant les années de la transition, explique en bonne part l’affaire du 23 F.

( 1003241 )
Les autonomies régionales par N.M. (2026-07-21 12:40:51)
[en réponse à 1003008]
Les autonomies régionales, au moins pour ce qui concerne la Catalogne et le Pays basque, avaient des justifications historiques évidentes. Le mouvement carliste, gardien des libertés forales, a toujours milité dans ce sens-là. Sur ce point, le régime franquiste était en rupture avec la tradition des Espagnes, et l’héritier viscéral de la monarchie libérale du XIXe siècle, l’armée et Franco étant restés quasi inflexibles sur cette ligne.
Il y eut cependant sous Franco une belle exception : celle de la Navarre, qui bénéficia d’un rétablissement (limité) de ses libertés forales, grâce au sacrifice des Requetés carlistes navarrais pendant la guerre civile, et grâce à l’action du comte de Rodezno (1882-1952), notable du mouvement carliste, ministre de la Justice de Franco, de 1938 à 1939, et vice-président de la Députation forale de Navarre, de 1940 à 1949.
Pour l'anecdote, le comte de Rodezno, sur le plan dynastique, était l'âme du courant qui, à l'intérieur du carlisme, s'était rallié au comte de Barcelone.
On sait en effet que la branche aînée des Bourbons d'Espagne s'est éteinte en 1936, avec la mort du prétendant carliste don Alfonso-Carlos. Le mouvement carliste s'est ensuite divisé - sur le plan dynastique - entre partisans de la régence du prince Xavier de Bourbon-Parme, rodeznistes ralliés au comte de Barcelone (l'aîné dynaste de la branche cadette devenue aînée, mais autrefois ennemie), et partisans des Habsbourg-Toscane (qui descendaient des prétendants carlistes par les femmes).

( 1003255 )
Merci cher NM par Roger (2026-07-21 18:28:11)
[en réponse à 1003241]
Pour vos réponses très intéressantes !

( 1003009 )
À propos du Portugal par Roger (2026-07-16 09:55:53)
[en réponse à 1003006]
Peut on dire que le général Spinola etait l’homme des États Unis ? En tout cas il a essayé sans succès de freiner la révolution des œillets !
Je crois avoir lu dans les mémoires de Kissinger qu’il avait passé un message très clair aux soviétiques : « le Portugal est dans notre camp n’y touchez pas ! »

( 1003238 )
Le Portugal par N.M. (2026-07-21 12:24:55)
[en réponse à 1003009]
Oui Spinola a tenté de freiner, au nom de la « majorité silencieuse » (ce n’est pas du Kissinger, mais du Nixon), les conséquences de la révolution des Œillets. Je serais très heureux de lire ce qu’a pu en écrire Kissinger dans ses Mémoires.
Ce qui est admis – me semble-t-il – c’est que, sous la pression de Washington, l’Angola et le Mozambique devenus indépendants sont tombés en partie dans l’orbite soviétique – mais en partie seulement, cf. le soutien américain au FNLA et à l’UNITA –, tandis que le Portugal devait impérativement rester dans l’OTAN.
Mário Soares, qui a gouverné une première fois le Portugal dans la période immédiatement postérieure à celle des Œillets et de ses coups d’État à répétition (1976-1978), a puissamment aidé à cela. Le secrétaire général du Parti socialiste portugais était anticommuniste comme pouvait l’être les mainteneurs de la « vieille maison » à l’issue du congrès de Tours. Il n’arrivait d’ailleurs pas à comprendre la stratégie d’union de la gauche portée alors en France par son ami Mitterrand (qui se révélera lui aussi un bon allié des Américains).

( 1003253 )
State department 1975 par Roger (2026-07-21 18:01:21)
[en réponse à 1003238]
Mieux que les souvenirs de Kissinger une fiche du département d’Etat préparé e pour une réunion Kissinger Gromyko en 1975 !
Soviet Position on Portugal
Issues and Talking Points
TALKING POINTS (if Gromyko raises)
Portugal is a member of NATO, and we and our
allies cannot remain indifferent to the outcome of the
domestic crisis in that c~untry.
A large majority of the Portuguese people
clearly expressed their preference for democratic
development in the elections last April. We believe
the wishes of this majority should be respected and
that solutions to Portugal's domestic problems should
be consistent with their will.
ANALYSIS/BACKGROUND
Apart from an indeterminate amount of financial
assistance to the Portuguese Communist Party (PCP) ,
and public expressions of sympathy for them, the
Soviet posture toward Portugal has been restrained.
Whether this is out of concern for Moscow's detente
relations with the West, especially the US, or based
on a pessimistic evaluation of the PCP's prospects
for success, i~ moot. In any case, Moscow now seems
resigned to a secondary role for the PCP on the
Portuguese scene.
Gromyko may nevertheless attempt
to take us to task--if only in reaction to our warn-
ings to Moscow--and repeat Soviet propaganda charges
that we are violating Helsinki CSCE principles by
interferring in Portuguese developments through threats
and exertion of ebonomic pressures.
Department of State

( 1003014 )
merci très juste observation N.M. une transition de l'intérieur par Luc Perrin (2026-07-16 10:34:36)
[en réponse à 1003006]
comme vous le rappelez fort bien pour l'Espagne.
Pour le Portugal, on lit que Caetano tente d'ouvrir le régime avec des réformettes mais n'y parvient guère. L'armée de 1974 n'est plus l'armée de 1926, vous le soulignez, les guerres coloniales dans l'Afrique portugaise l'ont transformée. La montée d'officiers séduits par diverses formes de socialisme-communisme comme ceux qui vont très très vite mettre de côté le très conservateur salazariste Spinola s'observe de même dans bien des pays (Libye par ex., Égypte auparavant avec Néguib et Nasser, Congo-Brazzaville, Dahomey-Bénin, Afghanistan, Haute-Volta-Burkina Faso dans les années 1980 etc.).
Si je vous lis bien, l'amiral espagnol, s'il avait vécu, aurait pu être une sorte de Gorbatchev du franquisme. Son maintien n'aurait pa forcément été aussi décisif pour le maintien du franquisme "canal historique" qu'on a tendance à le penser. Intéressante perspective.

( 1003239 )
Un Gorbatchev du franquisme ? par N.M. (2026-07-21 12:27:53)
[en réponse à 1003014]
Je souscris tout à fait à ce que vous écrivez au sujet du mouvement des capitaines. Spinola a cru « chevaucher le tigre », mais, n’en déplaise à Dominique de Roux qui s’en était entiché (et qui avait plus lu Pessoa qu’Evola), il s’est vite retrouvé par terre.
Je ne voudrais pas être trop affirmatif au sujet de l’amiral Carrero Blanco. L’hypothèse d’un Gorbatchev du franquisme est amusante et stimulante, mais nous ne saurons probablement jamais sur quel pied exact il aurait dansé si l’opération Ogro avait échoué.

( 1002909 )
Peu d’influence française à votre avis ? par Roger (2026-07-14 17:00:48)
[en réponse à 1002891]
Merci beaucoup monsieur l’abbé pour ce tableau d’ensemble
Peut on considérer que les intellectuels français d’esprit traditionnel n’ont guère eu d’influence sur la doctrine franquiste ou sur Primo de Rivera?

( 1002904 )
En Catalogne par Chouan (2026-07-14 15:53:08)
[en réponse à 1002878]
Même s'il y avait une tradition fédéraliste très ancienne, l'anticatholicisme aurait été considérablement renforcé par l'arrivée massive de travailleurs andalous anarchistes. C'était la thèse d'un célèbre historien marxiste britannique (dont le nom m'échappe) qui décrivait l'anarchisme andalou comme un phénomène quasi religieux et mystique...

( 1002905 )
Eric Hobsbawm par Chouan (2026-07-14 16:32:15)
[en réponse à 1002904]
C'est à lui que je faisais référence dans ses travaux sur l'anarchisme et les millénarismes