CHAPITRE XXVI
(SUITE DU PRÉCIDENT)
Si on veut que le chrétien connaisse l’enchaînement et la dignité relative des dons du Saint-Esprit, tel est l’ordre qu’il importe de suivre en les expliquant. Il est d’autant plus rationnel, que les dons du Saint-Esprit sont directement opposés aux péchés capitaux. Or, l’orgueil est le père de tous les autres :
Initium omnis peccati est superbia ; il est aussi le premier qu’on explique. La crainte en est le remède, comme nous le montrerons. C’est donc par la crainte que doit commencer l’explication des dons du Saint-Esprit.
Comme il est facile de le voir, ces deux ordres, dont l’un descend et l’autre monte, renferment de grands enseignements et de belles harmonies. Ni les uns ni les autres n’ont échappé au regard pénétrant des docteurs de l’Église.
« Par le nombre sept, dit saint Augustin, les dons nous révèlent le Saint-Esprit qui, en descendant à nous, commence par la sagesse et finit par la crainte ; tandis que nous, pour monter jusqu’à lui, nous commençons par la crainte et finissons par la sagesse ; car la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse» (Serm. 448, c. IV, opp. t. V, p. I, d. 1499).
Et ailleurs : « Lorsque le prophète Isaïe célèbre les sept dons merveilleux du Saint-Esprit, il commence par la sagesse et arrive à la crainte, descendant du sommet jusqu’à nous, afin de nous apprendre à monter.
Il part du point où nous voulons parvenir et il parvient au point d’où nous devons commencer. Sur lui reposera, dit-il, l’Esprit du Seigneur, l’Esprit de sagesse et d’entendement, l’Esprit de conseil et de force, l’Esprit de science et de piété, l’Esprit de la crainte du Seigneur.
Ainsi, comme le Verbe Incarné, non en diminuant, mais en nous enseignant, descend depuis la sagesse jusqu’à la crainte ; de même nous devons monter, en avançant depuis la crainte jusqu’à la sagesse. La crainte, en effet, est le commencement de la sagesse. Elle est cette vallée des pleurs dont parle le prophète lorsqu’il dit : Il a disposé des ascensions clans son cœur, au fond de la vallée des larmes.
« Cette vallée, c’est l’humilité. Or, quel est l’humble, sinon celui qui craint Dieu et qui, à cause de cette crainte, fait couler de son cœur des larmes de confession et de pénitence ? Dieu ne méprise pas un cœur contrit et humilié. Qu’il ne craigne donc pas de demeurer dans le fond de la vallée.
Dans ce cœur contrit et humilié, Dieu a préparé des ascensions, par lesquelles nous nous élevons jusqu’à Lui. Où se font ces ascensions ? Dans le cœur, dit le prophète, in corde. D’où faut-il monter ? Du fond de la vallée des pleurs. Où faut-il monter ? Au lieu que Dieu lui-même a préparé, in locum quem disposuit. Quel est ce lieu ? Le lieu du repos et de la paix, où habite, resplendissante de lumière, l’immortelle Sagesse.
Source : Livres-mystiques.com
Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde